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MohanaSpectre du Nâga
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Mer 24 Juil - 18:26
-- Arrive de l'Ile des mercenaires


    -«  Parfois, l’ignorance est un don… Mieux vaut ne pas savoir que croire  le faux et prendre un mauvais sentier. Le plus dangereux est celui qui incapable de rectifier son erreur. »

    Un homme aux cheveux grisonnants vêtu d’une tunique orange, était un sage céleste, Vyasha. Il vivait près du fleuve Yamuna, tour proche de Mathura. Il avait autour du cou un rosaire, et entre ses mains un second. Il était assis en position du lotus juste devant un magnifique tronc d’arbre, et venait de répondre à une mystérieuse question. Question posé par un autre sage qui avait atteint l’éveil il y a de cela des siècles, Naga. Il était debout, légèrement en retrait, la jambe droite croisant la gauche, le bout du pied touchant le sol, s’adonnant à la musique, jouant avec un vieux sitar en toute sérénité. Quelques passants s’amusaient à danser. Ils obtenaient tous un sourire charmeur, ainsi qu’une bénédiction. Mais ce n’était pas le plus important de l’histoire.

    D’apparence jeune, le sage Naga écoutait les paroles de « l’ancien », tout en se demandant s’il avait raison concernant la petite Mohana qu’il avait rencontré près du Gange. Etait-elle sous la protection de Vishnou ? Etait-elle vraiment une lueur d’espoir capable de lutter contre les ténèbres qui gagnaient de plus en plus de terrain dans le monde à cause d’hommes totalement inconscients. Il aurait pu agir lui-même, mais désormais son rôle était tout autre, il était en compagnie de Vyasha celui qui devait faire éclore cette fleurs sacrée. La nourrir d’eau et de soleil grâce à leur enseignement et leur connaissance. Naga tout en poursuivant sa douce et entrainante mélodie demanda au vieux sage s’il pensait qu’il avait fait le bon choix avec cette fille ? 
    Les yeux fermés, le sage, souriant tourna sa tête vers son interlocuteur.

    -«  Comment pourrais-je répondre à une question qui échappe même à ta conscience ?  Toi, qui as surpassé l’état de mortel, et qui a su prendre place dans la cour céleste. »

    Naga lui répondit par un sourire malicieux, seul le seigneur tout puissant pouvait répondre à cette question et connaissait le destin de chaque être. C’est alors qu’une jeune femme s’approcha de Vyasha et déposa un vase avec du beurre à l’intérieur. Il a remercia et elle poursuivit sa route. 

    Un peu plus tard, alors que le sage récitait des vedas, et que Naga continuait de jouer du sitar, leur jeune protégée s’approcha, en entendant le son mélodieux et rythmé, elle se mit à danser autour de celui qui jouait, elle riait aux éclats, et acheva sa route devant le sage Vyasha qui s’occupait d’elle. Elle serra ses mains paumes ouvertes devant elle, et le salua respectueusement et elle prit place en s’asseyant en position du lotus. 

    -«  Ô Grand Sage, j’ai suivie sans discuter vos conseils, mes yeux ont vus les cœurs les plus sombres, et mes oreilles ont entendues les paroles les plus sombres. Comment peut-on devenir ainsi ? Comment un homme peut-il être autant rongé par l’orgueil ? »

    Naga observa la danseuse, toujours en jouant et en esquissant un sourire, la mélodie restait toujours en accord avec la scène, quant au sage Vyasha, il ouvrit les yeux, des yeux d’un bleus clairs extrêmement rares qui contrastait vraiment avec sa peau bronzée. Sur son front, trois traits blancs avec un bindi, symbolisant le troisième œil de Shiva. Il leva sa main droite, et tendit son index en direction du ciel, et d’une voix clair et grave répondit à sa jeune apprentie. 

    -« Les hommes sont comme les planètes, ils ont tous une place, et un chemin qu’ils suivent scrupuleusement, ainsi jusqu’à leur disparition. Et de tout temps, des créatures se sont déviées de leur chemin, apparemment, en notre temps il y a un nombre bien élevé d’âme qui se laissent bercer dans le Moi. Pour certain tu pourras encore voir la main se tendre vers le ciel en pleine glissade dans le puits des démons, eux, sauve-les. Pour d’autres, tu n’entendras que les cris… Et pour les derniers, les illusions auront été trop fortes. Mais sache, qu’il est plus facile de céder que de résister. Approche Mohana…»

    L’ensorceleuse se leva et fit les quelques pas qui la séparait de son professeur ; celui –ci tendit sa main vers sa jeune disciple qui l’attrapa pour l’aider à se relever. Debout, le sage posa ses mains sur la tête de Mohana.

    -« Que ta vie soit longue mon enfant, ton esprit est fertile… Garde en tête que l’humilité mène au progrès. »

    Mohana serra ensuite fort la main de Vyasha, et souria à Naga, à vrai dire elle ne savait pas comment les remercier pour leur éducation, de plus, elle était certaine qu’ils avaient encore tellement à lui offrir. Et Naga, il était toujours aussi silencieux, et se contentait souvent d’observer en jouant de la musique où en rigolant parfois. La danseuse reporta son attention vers le sage, et serra ses mains devant elle.

    -« Je serai digne de vos espoirs ô grand sage. »

    Vyasha laissa un sourire radieux sur son visage, puis, le pas lent à cause de son âge il suivit un sentier, demandant à Mohana de le suivre. Naga toujours en retrait poursuivait son apprentissage du sitar.
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MohanaSpectre du Nâga
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Dim 28 Juil - 0:35

    La petite troupe s’éloignait de la population, Vyasha était le guide, Naga en retrait avait toujours l’air nonchalant. L’épopée de la petite Mohana suivait son chemin. Etait-elle capable de supporter sur ses frêles épaules l’espoir que lui portaient Vyasha et Naga ? Nous verrons cela plus tard, car voila les trois personnes qui approchaient d’une petite cabane, isolé, à deux pas du fleuve Yamuna. Il s’agissait du lieu de vie du vieux sage. La petite fille remarqua que le son du sitar avait disparu, le sage rigola, amusé, en posant sa main sur le front de sa disciple.

    -«  Tu en as mis du temps pour le remarquer… Prends cela comme une leçon. »

    Mohana tourna les talons, et vit, toute surprise, Naga allongé dans l’herbe contre un tronc d’arbre, un livre à la main, en train de dormir. Le Sitar posé négligemment au sol. De son coté Vyasha était revenu de sa cabane avec un coffret en bois, plutôt ancien, mais très bien décoré, il le posa au sol, et porta son regard sur Naga qui était en plein repos. Puis il se dirigea vers le fleuve Yamuna, et d’un geste de la main demanda à l’ensorceleuse de venir avec lui. Sans dire un mot, sagement elle s’approcha du fleuve, et se posa à genoux au bord, juste à coté du sage qui lui était debout.

    -«  Tu es si jeune, et pourtant dans le creux de ta main on peut y voir tellement de pouvoir. Et plus important encore, de nombreux progrès à accomplir. Si jamais ton âme tombait sous le contrôle de l'injustice, alors le monde souffrirait... »

    La jeune danseuse était curieuse et se demandait ce qu’il y avait dans le petit coffre qu’avait posé le sage un peu plus loin. Mais elle n’osa pas lui demander, préférant se laisser bercer par le bruit apaisant des vagues du Yamuna, et écouta ces paroles. D’ailleurs la suite, allait être intéressante…

    -«  Mon enfant, s’il te plait, peux-tu augmenter ton aura jusqu’à atteindre tes limites ? »

    La ballerine regarda droit dans les yeux le sage, lui fit un petit sourire, et répondit un simple, « A vos ordres ». Elle se releva allégrement, les pieds joints, les yeux clos, et les mains paumes collées devant sa poitrine. De son coté Naga acheva sa sieste, mais passons… Une aura d’abord verte entoura Mohana, qui petit l’augmenta, jusqu’à ce qu’elle devienne d’un blanc mystique, le rond qui se formait avec elle comme centre grandissait, et emportait avec lui la misère, la cabane se transformait en un sublime domaine, la partie du Yamuna prise dans l’aura passait d’une couleur azur d’un clair idyllique, les arbres parfaitement verts, l’herbe séchait devenait somptueux.

    Vyasha surpris planta son regard dans celui de Naga qui lui esquissa un sourire, le léger souffle faisait flotter sa tunique et sa chevelure d’ébène. Puis après quelques minutes, le sage illumina son visage d’un sourire radieux, comme pour indiquer à celui qui avait surpassé l’état mortel qu’il avait extrêmement bien travaillé avec cette enfant pour qu’elle ait un tel niveau, si jeune. Mais lorsqu’elle touchait ses limites, Mohana perdit connaissance, et s’écroula au sol, les bras plongés dans le fleuve sacré. Le paysage sortit d'un songe disparut... Preuve qu'il lui restait encore du chemin à accomplir...
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Lun 29 Juil - 22:51

    Mohana reprenait ses esprits, elle ne savait pas combien de temps elle avait perdue connaissance, en sortant ses mains de l’eau, elle s’appuyer sur le bord pour s’écarter, et en se relevant, elle tomba nez à nez avec le visage de Naga, large sourire aux lèvres, cela eu le don de la surprendre et de la faire tomber à l’eau.
    Rigolant aux éclats, l’ancien pèlerin  prit la parole le ton amusé.

    -«  Ce n’est pas très flatteur pour moi ça… Dire que j’ai veillé sur toi pendant une semaine car Vyasha a du s’occuper des affaires sur convocation des politiques de Mathura. Il nous faut attendre son retour, et prendre soin de sa cabane. »

    La jeune fille remonta, tout trempé, arrivée devant Naga, elle secoua ses cheveux pour l’arroser, le jeune garçon se protégea avec sa main dans des éclats de rires qui montrait la bonne ambiance qui régnait ici.
    Quelques minutes plus tard, alors que la nuit venait de tomber, laissant apparaitre ses étoiles, et sa lune, et que nos deux protagonistes marchaient le long du fleuve dans une ballade apaisante, Mohana brisa le silence.

    -«  Pourquoi tu ne peux pas délivrer le monde ? On dit que tu es capable d’atteindre le divin… »

    Naga s’arrêta, Mohana l’imita presque au moment, elle voulait connaitre la réponse. Pourquoi lui faire autant confiance ? Lui dire qu’elle devait protéger la justice et les hommes bons alors que lui était de loin capable d’éliminer le mal de cette planète. Surtout qu’elle avait vu la source de ce mal. L’ensorceleuse avait analysé, et la conclusion était qu’elle aurait très bien pu arracher ces mauvaises herbes de la terre. Alors pourquoi ?

    -«  Mon épopée est passée, désormais tu dois écrire la tienne… Ma place ne m’oblige plus qu’à guider, et enseigner… Mais tu es déjà une rose pourvue de nombreuses épines, pourquoi doutes-tu ? Tu sais tout comme moi que la créature que tu as rencontré sur l’ile s’est sauvé parce qu’il se savait incapable de t’affronter. »

    La danseuse le savait, oui, elle le savait. Elle devait pourtant encore apprendre…

    -«  L’important n’est pas d’être le plus fort, mais de donner le meilleur de soi pour protéger la justice, et les êtres dignes de vivre. »

    Le sage céleste était surpris par la maturité de cet enfant, il en était même troublé… Cela faisait des siècles qu’il n’avait pas rencontré une personne aussi sereine, illuminée. Il y avait peu de doute qu’il se soit trompé. Cela le ravissait. Il comprenait de plus en plus son rôle en tant qu’être ayant atteint le seuil du ciel, et du divin. Mohana était celle qui devait affronter et vaincre les démons. Ce qui allait surprendre le plus Naga fût la question qu’elle venait de lui poser.

    -« Afin de connaitre l’étendue de mes progrès, je souhaiterai me mesurer à toi… Jusqu’à épuisement, le temps que le sage Vyasha arrive. »
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Ven 2 Aoû - 14:12
    Naga était à peine surpris par la proposition de Mohana, c’était écrit… Il était donc l’heure pour elle de se rendre en Allemagne, dans le château de la Prêtresse du Seigneur des Enfers. Cependant elle ne pouvait guère y aller encore, elle devait encore se préparer, et ce « combat » était sa dernière épreuve. Et puis le sage divin savait que la jeune fille mettait en doute le fait qu’il avait touché le ciel. Il était également temps de lui montrer la vérité.

    -« Ton discours ne manque pas de sens… Très bien, j’accepte, mais attention l’arrivée du sage sonnera la fin de l’affrontement ! »

    Cela ne voulait rien dire. Puisque ni lui ni elle ne pouvait savoir quand il rentrerait, ainsi le combat pouvait durer jusqu’à épuisement de l’un des d’eux. Un grand sourire aux lèvres, l’ensorceleuse fit un saut pour s’écarter, près du Yamuna. Elle se mit sans attendre sur ses gardes…
    Naga était également prêt pour cette affrontement « amical » ; la paume de sa main en direction de la jeune enfant.

    Dans le creux de sa main une étincelle azur, qui se changea en une multitude de nâgas qui foncèrent à vive allure en direction de Mohana. Celle-ci dans un reflexe et avec une rare souplesse cambra son dos en arrière jusqu’à ce que ses mains touchèrent le sol… Son regard s’illumina, et elle vit dans le ciel, le sage céleste foncer en sa direction genou en avant. Les yeux grands ouverts, elle esquissa un sourire. Une impulsion sur ses poignets et elle se releva. Naga se rattrapa au dernier moment, un genou au sol, il observa comme sa petite protégée lui lança un coup de pied circulaire tout en étant de dos. L’ancien pèlerin bloqua le coup avec sa main, et tenait fortement le pied de l’ensorceleuse.

    Malheureusement pour la danseuse, le sage Vyasha arriva… Naga la relâcha. Lui souriait, elle pestait. En observant le sage céleste elle comprenait qu’il savait que le combat n’allait pas durer. Ni même débuter.

    -« Pourquoi ? » Lui demanda-t-elle le ton légèrement vexé.

    -« La rivière de ce combat se scindait en deux, tu m’aurais blâmé de ne me pas t’avoir montré l’étendu de mon pouvoir, ou alors ; reproché de ne pas t’avoir laissé l’ombre d’une chance et ainsi de pas t'avoir permis de progresser. De plus, le seigneur ne souhaitait pas cet affrontement, sinon tu n’aurais pas eu l’idée du retour du sage comme symbole de fin. » Répliqua Naga en saluant poliment de la main Vyasha qui executa le même geste…

    Sans se soucier de cette petite polémique, il se dirigea vers son élève, et posa sa main sur son épaule fragile, son regard en direction du fleuve.

    -« Tu devrais te reposer… Demain est un grand jour ! C’est la fête annuelle pour célébrer le seigneur Shiva. Il serait donc préférable de conserver ses forces et sa concentration pour l’épreuve de danse. Nataradja offrira au vainqueur un présent digne de l’effort. »

    Mohana répondit un simple oui du bout des lèvres avant de se retirer dans la cabane… Voyant l’état légèrement morose de la jeune fille interrogea son ami sur ce sujet. Ce à quoi il répondit.

    -« L’élève souhaitait se mesurer au maître bien trop tôt… Le destin, par précaution pour elle, s’est interposé. »

    Et sur cette pensée, eux aussi partaient se reposer…
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MohanaSpectre du Nâga
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Ven 2 Aoû - 15:33

    Qu’allait-il se passer ? Le futur de cette enfant prodige était-il si brillant comme le prédisait Naga et le sage Vyasha ? Eux ne peuvent que prédire l’avenir, moi je sais l’avenir ! Mais il est temps de retrouver Mohana en compagnie d’une femme, il s’agit de Satya, sa mère adoptive, elle était en train d’aider sa fille à s’habiller, se maquiller. Les deux autres étaient déjà partis sur place.

    Mathura était en fête, comme tous ans, c’était le jour de la célébration du seigneur Shiva. Et pour célébrer cela, il y avait de nombreux jeux ; mais le spectacle le plus connu et le plus réputé était sans aucun doute l’épreuve de la danse céleste.
    C’est pour cela que nous allons laisser Mohana se préparer, la pauvre, elle sentait de là l’effervescence et la pression, il y a des moments où la sagesse est dépassé par la peur, et c’est ce qu’était en train d’apprendre la danseuse…

    Mais laissons là, et rendons nous dans l’arène royale de l’imposante ville. Il y avait une foule monstrueuse, personne ne voulait rater ce spectacle, personne ne voulait l’épreuve, personne ne voulait à l’avenir dire ; non je n’ai pas vu ce miracle. A ce jour, personne ne l’avait accomplie. Néanmoins cette affirmation allait se briser un jour, car plus le temps avance plus une série approche de son épilogue.  Voila le roi et la reine qui prenaient place sur leurs trônes respectifs, à coté, le prince héritier, un peu plus loin le sage Vyasha, et de l’autre coté isolé, Naga tout sourire.

    Au milieu de la place alors que la foule prenait place bruyamment, certains exprimant leur adoration au roi, d’autres au sage une petite troupe d’homme était en train d’installer au centre, une immense fleur de lotus, accompagné d’un cercle représentant des flammes, le cosmos divin du seigneur Shiva. Il s’agissait de l’épreuve. On dit que cette représentation fût construite par Nataradja lui même, et qu’elle s’illuminerait lorsqu’une personne s’en montre digne. Mais comme nous l’avons dit précédemment jusqu’à ce jour, personne n’y était arrivé.

    La cérémonie pouvait commencer, après un défilé, et des jeux, le sage Vyasha souffla dans sa conque pour signaler le début de la cérémonie en hommage au seigneur. Au même instant, de nombreuses participantes firent leur arrivée, une à une… Accompagné à chaque fois d’une acclamation. Mais regardez donc, c’était maintenant Mohana qu’annonçait le maître de cérémonie. Le sourire de Naga s’illumina encore plus lorsqu’elle salua puis reçut la bénédiction du roi. Elle rejoignit ensuite les autres filles sur l’un des sièges, attendant ainsi son tour…
    Les princes des autres villes, ainsi que les rois commençaient à parier, à miser… Mais qui pouvait affirmer qu’aujourd’hui se produirait ce qui semblait être une légende ? Celui qui ne se fit pas à la raison le pourrait…

    Patientons pour connaitre la suite, car nous allons avoir le privilège d'assister à l'arrivée d'une personne importante de cette épopée...
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Ven 2 Aoû - 18:55
Les rues de Mathura s'étaient animées dès le petit jour, et furent rapidement bondées, dans un fourmillement incessant. La fête avait attiré une foule de pèlerins, de touristes, de visiteurs venus des régions avoisinantes. Quand en sortant de ses méditations il remarqua par la fenêtre le corbeau qui les avait suivis depuis le sanctuaire d'Indra, perché sur une palissade couverte d'affiches déchirées procclamant depuis des mois la danse pour  la fête de Shiva Nataraja, son instinct lui dit que c'était pour aujourd'hui. La voix ensommeillée de l'un de ses condisciples s'éleva mollement alors qu'il se préparait à partir.

« Rajendra, nous devons repartir dans deux heures. La fête te distraira et t'empêchera de revenir assez tôt. »

« Nos routes se séparent ici, Prithvi. Reste là, je dois repartir. Vous, vous savez où vous devez vous rendre désormais pour vous mettre à l'abrit du conflit. Le corbeau s'est envolé, il n'y a plus de menace. Tu transmettras au Maître mes adieux et mes respects. Il vous faudra rester discrets, même dans cette province ignorée de nos ennemis. Bonne chance. »

Et ayant dit ces mots, le jeune homme sortit sans bruit, laissant ses compagnons de voyage ensommeillés terminer leur nuit. A sa sortie, l'oiseau noir battit des ailes dans un froissement glacé et s'envola en direction des temples. Le dénommé Rajendra n'avait guère plus besoin de plus d'indication de la part du messager. On dit au Nepal que lorsqu'un corbeau se pose devant une maison, alors il se passera quelque chose d'important à ses habitants. Cette superstition n'avait qu'un petit fond de vérité, mais pour une étoile céleste, il était beaucoup plus aisé de déchiffrer la présence d'un animal porteur d'un présage.

Alors qu'il progressait dans la foule de badauds et de vendeurs à la sauvette, le spectre sortait du rôle de son hôte. Il constatait que l'Inde avait était beaucoup plus épargnée par la haine des dieux que beaucoup de pays du monde, et pourtant même en cette terre bénie, le vice progressait, rampant. Il venait de l'est, de l'ouest, de la vie moderne qui perdait les âmes dans une coulée de boue invisible aux yeux inconscients. Le Juge sentait l'impatience le gagner. Il était roi, sa place n'était pas ici, au milieu des basses castes, mais sa couverture lui liait les mains.

Pris d'un élan d'inspiration, il se faufila par un escalier de secours et un appartement délaissé par ses hôtes pour prendre la voie des airs. Sur les toits et au-dessus de la cohue rampante, il se retrouvait libre des mouvements et de ses pensées. Le temple de Shiva n'était plus très loin, il avançait plus vite ainsi, et personne pour lever les yeux de ses occupations quotidiennes. Arrivé avant tout le monde, il traversa la rivière tranquillement. En oiseau de malheur, il se percha sur les hauteurs, là où le soleil décourage les meilleures volonté de s'aventurer.

Avec un sourire narquois, il regarda les gradins se remplir peu à peu, les hommes dans leurs costumes blancs éblouissants, les femmes parées de leur plus somptueux atours, les princes, les sages, les marchands et les intouchables. L'arrivée des danseuses fut saluée. Le miracle de la danse celeste allait-il se produire aujourd'hui ? Eaque n'en savait rien, et c'était le cadet de ses soucis. L'accès à l'éveil et aux savoirs sacrés pouvait concerner tant de personnes, des quidams sans intérêts. Seuls les intérêts des Enfers l'intéressaient. Et il murmura pour lui-même :

« Allons, allons, que le spectacle commence. Peut-être y en aura t-il une qui saura produire la danse céleste avec une pincée de vérité, et qui saura délasser mon esprit de la triste déchéance qu'il a pû observer. Il doit se produire quelque chose aujourd'hui, mais est-ce vraiment d'un miracle de danse dont il s'agit ? Le destin joue parfois de ces tours ... »

Enfin, le maître de cérémonie annonça le début des festivités. Les danseuses se présentèrent chacune devant le roi local qui les bénit. Le son des sitars n'allait plus tarder à s'élever, l'estrade accueillait les artistes. Le juge lui, s'accouda à son aise. Plus la cérémonie passait, plus il se rendait compte que son regard était attiré par une danseuse en particulier. Peut-être était-ce à cause de la fleur d'un rouge intense qui ornait sa chevelure de jais ? Et quelque chose en lui chuchotta avec plus d'insistance que le miracle tant attendu se produirait aujourd'hui.
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Sam 3 Aoû - 20:12

    L’épreuve de la danse allait débuter. Qui serait capable de changer cette pierre en un cercle de feu protecteur ?  Mohana attendait son tour, l’orchestre commença son œuvre, des musiques traditionnelles. Les danseuses s’enchainaient dans la scène, une à une. Et les échecs au bout… Rien ne se passait, tout se concluait par une ovation bien méritée, cela était vrai. Car échoué ici n’avait pas vraiment de sens. Toutes faisaient au mieux pour avant tout satisfaire et divertir l’assemblée. Le « réveil » de Shiva était pour beaucoup un fait impossible.

    Finalement, l’épreuve n’était en réalité une cérémonie festive et dansante… On y regardait juste les prodiges des plus grandes danseuses de la nation. Rien de plus, rien de moins. Naga attendait avec impatience le passage de Mohana, en attendant il profita du spectacle, applaudissant toujours. Il devait admettre que toutes dansaient divinement bien, certaine pouvait même affirmer danser mieux que sa protégée. Et pourtant le symbole du seigneur Shiva ne s’illuminait pas.
    Il en restait encore six, et c’était maintenant à Mohana de s’illustrer et de plaire, en se levant de son siège, elle sentait une pression forte, son cœur battait si fort. Elle s’approcha du bord de la tribune royale, ses mains jointes devant elle…

    -«  Ô mon Roi, je souhaite m’exprimer afin d’annoncer mon retrait… »

    Les princes, les grands guerriers, les sages, et la foules  toute entière étaient un murmure négatif à l’encontre de la jeune fille. Scandale, manque de respect, tromperie, arrogance… Et bien d’autres mots désagréables fusaient dans l’enceinte. Mais Mohana ne bougeait pas, comme une statue, le roi se leva de son siège furieux, et le bras levé prit la parole d’un ton parfaitement en harmonie avec son état d’esprit.

    -«  Que la colère du Seigneur Shiva s’abatte sur toi ! Comment peut-on se présenter ici et faire preuve d’autant irrespect pour la cérémonie ? »

    L’ensorceleuse leva son regard, elle observait, le visage était le parfait reflet de sa peur, et de sa crainte, en effet elle remarqua que le peuple était de loin du coté des paroles du roi de Mathura. Son seul oasis fût de croiser le regard de Naga qui était tranquillement assis, un large sourire sur les lèvres. Son regarda s’arrêta lorsqu’elle croisa celui du souverain.

    -« Non mon roi, je n’ai pas cette intention… Je  souhaite tout simplement ne pas danser sur ce cercle, ce trône n’est destiné qu’à une personne…Qui suis-je pour prétendre danser à cette place ? Le talent de Shiva est aussi vaste que le Gange… Mon talent est pareil à l’une de mes larmes comparé. Shiva est tout puissant. Monter au milieu de ce cercle n’est qu’une preuve d’arrogance… Si participer à ce concours signifie « imiter » le divin danseur, je ne peux qu’humblement admettre que j’en suis incapable…Car celui qui dit pouvoir, n’est qu’un menteur. »

    Elle désigna de la main la représentation, devant le silence de l’assemblé, elle décrocha le tambourin qui était accroché à sa ceinture, et elle commença à danser autour de la statue…

    -«  Seigneur Shiva, soyez mon modèle,
    Seigneur Shiva, soyez mon exemple.
    Je ne puis danser au milieu de ce cercle.
    Néanmoins je peux modestement m’illustrer à vos coté.
    Telle une élève devant son Maître.
    Car personne ne peut apprendre l'art de la danse au Seigneur Shiva… »


    L’incompréhension était totale, le peuple observait la petite Mohana danser autour de ce cercle en pierre qui formait des flammes ; au milieu rien, jusqu’au moment où la pierre se transformant un immense cercle de feu… Et qu’au milieu la statue de Shiva se dessina. L’œuvre était complète. Et Nataradja avait fait son choix. Le roi, et les spectateurs de la tribune royale admiraient le spectacle… Pensant être dans un rêve. Mohana poursuivait avec grâce et élégance sa représentation.
    La foule commençait à l’acclamer… Quant à la danseuse, elle savait que sans la leçon de Naga la veille, elle n’aurait jamais pu agir de la sorte.
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Dim 4 Aoû - 18:06
Installé à l'endroit le plus exposé aux rayons impitoyables de l'astre de feu, modestement vêtu et la taille entourée d'une ceinture en peau de daim laissant à penser qu'il était pèlerin sans le sou, Eaque se tenait pourtant comme un pacha indolent et satisfait. Il relevait fréquement le regard des danses à la moindre imperfection qui détruisait l'exquise syntaxe des pas consacrés et observait tout ce beau monde qui riait, se distrayait. Il s'en amusait comme on s'amuse des ronds d'eau qui rident furtivement la surface d'un bassin.

« Allons, il ne se passera rien. Beautés éphémères avec vos yeux tendres comme les lotus, vos chevelures ondoyantes et vos frivoles gracieusetés, ces efforts sont vains. Si toute cette peine a été prise pour vous faire aimer de vos amis d'enfance, elle était sûrement excessive. Pourquoi singer les rites divins et égratigner l'honneur de vos ancêtres alors qu'un sourire, une parole, suffit à enflammer les cœurs mous comme le beurre et l'étoupe en cet âge de décadence ? Enfin, vous en aurez donné pour leur argent à tous ces spectateurs avides de chairs tendres. Tout cela ne me dit guère ce que je suis amené à faire ici ... »

Et se confortant dans cet a priori avant même que la dernière danse ait commencé, le juge se laissa glisser en arrière, le visage clos et souriant, tandis qu'il déployait sa kundalini. On aurait dit qu'il prenait un bain de soleil, mais il ouvrait son œil spirituel, Il y avait bien des présences. Certaines endormies ou silencieuse, avec un potentiel invisible et difficile à mesurer, et d'autres clairement présentes, et épanouies dans toute leur splendeur. Oui, Eaque parvenait à voir à travers les illusions des êtres éthérés, et il les vit, présents au-dessus de l'arène.

Apsaras et nymphes célestes étaient penchées au-dessus des toits et des murs, sans pouvoir atteindre un monde devenu trop impur et dangereux pour pouvoir s'y aventurer ou pour pouvoir seulement se montrer. Elles étaient là cependant, et attendaient avec émotion, les bras chargés de fleurs de cosmos subtiles et délicates comme des reflets de soleil sur l'eau. Alors l'étoile celeste du Garuda les interpela :

« Ô déesses d'or et d'azur
Aimables compagnes des êtres saints,
Pourquoi avoir quitté vos demeures célestes
Pourquoi planer au-dessus de ce marais putréfié ?
Est-ce ce triste spectacle qui écorche les yeux
Qui amène votre présence bénie parmi les mortels ? »


L'une d'entre elles, d'abord incertaine et craintive, se décida à descendre le long d'un rayon de soleil pour rejoindre le disciple de Vishnou, au-dessus de la foule émerveillée par les ombres de miracles.

« Je ne connais pas ton nom, étranger
Mais j'ai la certitude que tu es un être juste.
C'est Shiva, notre Grand Dieu,
Qui nous a demandé de venir
Afin de récompenser son élue.
Hélas, nous craignons le danger
Peut-être est-il tapi dans cette arène.
Tu es équitable et pieu
Donne de notre part le cadeau de Shiva
A celle qui recevra le signe de bénédiction. »


Et Eaque promit de faire ce que la nymphe lui demandait. Lorsqu'il sortit de sa méditation, il trouva à côté de sa main un poignard ouvragé par des mains divines. Sur son manche était un être doté de trois têtes, six bras et quatre jambes, et ses visages étaient courroucés. Le juge sut qu'il s'agissait d'un phurbu, une dague rituelle. Il fut cependant surpris lorsque la dernière candidate annonça son retrait de la cérémonie. C'était impossible, elle se refusait à accomplir le vœu de Shiva lui-même. Alors la jeune fille expliqua que sa place n'était pas sur l'estrade du dieu mais à ses pieds.

« Les véritable preuves de respect sincère et conscient envers les dieux sont si rares par les temps qui courent ... »

Eaque ferma brièvement les yeux en murmurant ces paroles pour lui-même et sut alors qu'il pourrait tenir la promesse qu'il avait fait aux apsaras. Alors il observa la performance de la dernière danseuse avec attention, et elle s'en révéla digne. Nataradja envoya un signe. Pour les incrédules et les touristes, c'était un effet spécial de pyrotechnie amusant, pour d'autres leur foi était à peine suffisante pour croire ce qu'il voyaient. Mais tous applaudirent, même sans savoir ce à quoi ils assistaient, tandis que la danseuse continuait à tracer ses aériennes arabesques.

Les acclamations venaient aussi des nymphes qui lançaient d'invisibles fleurs au-dessus de la jeune fille. Alors le juge descendit des gradins jusque dans la fosse. Personne ne songea à l'arrêter, car la danse les captivait tous, mais il s'interposa devant la danseuse et interrompit ses pas en s'agenouillant devant elle.

« Ô toi, élue du Grand Dieu. Ta sagesse et ta grâce sont les témoignages d'une ferveur plus précieuse que tout les trésors et toutes les terres du monde. Cependant, je t'en conjure, n'achève pas la danse, ne pose pas le dernier pas qui nous porterait préjudice à tous et à toi-même. J'ai fait la promesse de donner cette dague sacrée à celle qui serait choisie par Shiva. Son vœu est que tu la reçoives et non que tu achèves ton ouvrage, alors arrête-toi et daigne accepter sa bénédiction. »

L'assistance était une fois de plus étonnée, mais personne n'osa d'abord élever la voix, car en cet instant, l'inconnu resplendissait dans son hommage même comme aurait resplendit le dieu Indra, puissant et beau comme l'orage.
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MohanaSpectre du Nâga
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Lun 5 Aoû - 22:51

    Lorsqu’un inconnu s’avança dans l’arène avec le cadeau du tout puissant, et que la fête suivait son rythme, le roi demanda autour de lui qui était cet individu. Le sage Vyasha lui signala qu’il s’agissait de celui choisi par les messagères, les nymphes afin de transmettre le présent. Tous semblaient plus que surpris par le spectacle, de voir la statue complète, plus vivante que jamais, et la petite fille qui dansait autour, le roi ne pouvait qu’admettre que sa colère était injuste et qu’il devrait surement s’excuser auprès de cette participante.

    Cependant le sage lui indiqua que cela ne valait pas la peine, que sa remarque était juste, et qu’au fond, elle ne pouvait pas être élue comme gagnante, s’étant volontairement retiré du jeu. La leçon qu’elle devrait en tirer était que parfois la gloire ne s’accompagnait pas avec la victoire. Le sage s’installa une nouvelle fois sur son siège, et observa la suite avec attention.
    Quant à Naga, il était tranquille, mangeant quelques fruits que l’on venait de lui apporter, à ses cotés, il y avait la mère adoptive de Mohana. Elle était heureuse, les mains posées sur son cœur, son regard était un océan de bonheur.

    D’ailleurs l’ancien pèlerin lui annonça qu’elle pouvait l’être, que cet enfant était prodigieuse… Bien sûr lui savait que cette réussite n’était qu’une goutte d’eau dans la mer, cela pouvait être du nectar, ou bien le plus terrible des poisons. Mais cela seul l’avenir pourra nous fournir la réponse.
    Mohana exprimait sa joie, des pétales tombaient du ciel, l’orchestre continuait de jouer. L’inconnu s’agenouilla, et présenta suite à un beau discours un poignard, symbole de sa victoire… La jeune danseuse s’approchât de cet homme, elle ne se posait nullement de question sur qui il était comme pouvait s’interroger la tribune royale. De toute façon, elle n’avait qu’à demander à Naga pour le savoir…

    Son regard se posa sur la dague des esprits. Elle était façonnée par les dieux, il n’y avait pas de doute, elle dégageait une lueur rare, mais n’était pas forcement destinée pour blesser… Non, elle avait un pouvoir bien terrifiant qu’elle n’était pas encore pas capable de maitriser, et ça, elle ne le savait pas encore, elle n’en avait pas conscience.
    L’ensorceleuse, termina son œuvre, en tournant autour du messager…

    -«  Relevez-vous je vous prie… Je ne possède ni de rangs, ni accomplis de miracle pour mériter pour
    que l’on s’agenouille devant moi afin de recevoir ma bénédiction… »


    Elle s’arrêta devant lui, serra les paumes de ses mains entres elles devant son cœur, et inclina son buste.

    -«  Suis-je réellement digne d’un telle présent ?  Je suis pourtant loin d’être la meilleure danseuse. Mon seul mérite n’est-il pas d’être entre les mains du meilleur professeur ? Un diamant brut peut-il être taillé divinement avec un couteau mal affuté ? »

    Un sourire sincère et chaleureux se dessina sur le visage de l’enfant qui était vraiment ravie par la reconnaissance du peuple, et lire dans les yeux de sa mère adoptive, du sage Vyasha et de Naga la fierté était pour elle la plus grande récompense.
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Mer 7 Aoû - 14:25
Jusqu'où allait l'humilité de cette étrange fillette ? Au goût du juge, elle était vraiment très jeune et pourtant parlait avec les accents de la sagesse. Il se demandait si cette piété était profondément ancrée dans la nature de la petite danseuse ou si au fond il ne s'agissait que d'une copie inspirée d'un maître sage, un peu comme les enfants qui apprennent en imitant leurs parents.

Il entendait aussi les messes basses du roi et de son sage, à la fois impressionnés et réticents à reconnaître la victoire de la jeune hindoue. Ainsi le respect d'un règlement écrit par un quelconque brahmane passait avant le respect du dieu. Le sourcil du juge se haussa avec ironie alors qu'il entendait l'élue de Shiva se récrier qu'elle ne méritait pas un tel honneur.

« Aucun miracle, dis-tu ? Grâce à toi, la fête est complète. Les apsaras elles-mêmes sont venues applaudir ton triomphe, et la bénédiction de leur présence au-dessus de nous est un bienfait si rare  … Douterais-tu que  les devi te destinaient ce cadeau ? Crois-tu que je t'aie menti ? »

L'étoile céleste de la vaillance s'était relevée et se tenait désormais aux côtés de la jeune fille, devant l'assistance. Ils leur faisaient face, et Eaque se trouvait tout à fait dans son élément avec tout cet auditoire si facile à envoûter. La candidate dut se rendre à l'évidence tandis qu'elle le contournait avec circonspection : la dague était véritablement un présent céleste. Le juge s'amusa de son incrédulité, un sourire malicieux aux lèvres. Elle faisait vraiment de son mieux pour ne pas s'écarter de la voie de la sagesse, sa fraîcheur était un enchantement pour le roi d'Egine.

« Je ne suis pas un sage pour pouvoir répondre à tes questions, et je suis venu à toi en simple qualité de messager. Cependant écoute ce que le bon sens et l'expérience me disent à moi qui ne peux lire dans les desseins divins. »

« Un couteau peut être affuté jusqu'à pouvoir séparer sans peine l'écorce du bois : s'il est voilé ou présente des imperfections dans son matériau, il finira un jour par se briser ou blesser celui qui l'utilise. Mais une lame équilibrée qui allie avec art souplesse et dureté sera toujours de plus grande valeur, car elle pourra toujours être aiguisée. »


Le roi guerrier déploya alors toute sa verve et se tourna davantage vers le public, levant la main d'un air théâtral. Ses paroles n'avaient rien de particulièrement juste ou habile, mais Eaque, habitué à haranguer les foules, avait l'art d'enflammer les esprits par sa prestance oratoire et son charisme guerrier. Car la flamme de la guerre embrase les foules dominées par les sentiments, au point que celles-ci deviennent sourdes à la sagesse la plus respectable.

« Le Seigneur Shiva a parlé, nous l'avons tous vu de nos yeux. Qui oserait contester la décision du Seigneur de la Danse qui nous accueille aujourd'hui en son saint temple et nous envoie un signe favorable ? Gloire à Shiva ! »

Et il brandit un poing victorieux pour saluer l'assistance. Ravis de ce qu'ils tenaient pour un acteur ou un envoyé de la providence venu rétablir la justice dans ce concours qui avait dédaigné l'élue de Nataradja, les spectateurs l'écoutaient, absolument captivés et l'approuvaient en acclamant la danseuse dans un tonnerre d'applaudissements. Sûr de l'appui du public, Eaque se tourna vers le roi de Mathura en faisant la révérence, la main sur le cœur.

« Je serais honoré, Seigneur de Mathura, d'avoir le privilège de conduire la monture de celle qui sut s'attirer les bénédictions célestes. »

La révérence cachait dans l'ombre le rictus du roi travesti en vagabond. Le roi avait le choix d'aller dans son sens et de profiter des miettes des éloges de ses sujets et des visiteurs, ou de tenter de renverser ce bel enthousiasme. Cette dernière décision serait doublée d'un exercice périlleux. Eaque était jeune et vibrant de puissance, la foule avait une affection instinctive pour lui, l'échec serait cuisant et aurait pour conséquence une catastrophique perte de popularité. Les prêtres hésitaient aussi : les offrandes seraient beaucoup plus généreuses si la foule obtenait ce qu'elle voulait.

En revanche, Eaque n'avait pas grand chose à perdre à ce petit jeu. Le prince grec rugissait de rire en son fort intérieur. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas amusé ainsi.
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MohanaSpectre du Nâga
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Jeu 8 Aoû - 17:19
    Mohana n’était pas de marbre face à ce spectacle, et les acclamations, pourtant elle savait qu’elle ne pouvait pas laisser le torrent de l’arrogance et de la fierté déplacée l’emporter ainsi. Son pire ennemi était là, devant elle, mais la danseuse ne le savait pas. Sobrement elle fit non de la tête pour répondre au mystérieux personnage qui venait de lui remettre le présent, et qui venait de lui poser une question. De toute façon tout était si beau, si merveilleux, qu’elle ne savait pas vraiment ce qu’elle pouvait répliquer.

    Les mains serrés contre son cœur, elle écoutait, avec attention, était-ce un miracle ? Il était vrai que personne jusqu’ici n’était parvenu à compléter le chef d’œuvre. Comme venait de le souligner justement l’individu, seul le seigneur Shiva pouvait dicter sa sentence. De plus, elle avait gagné l’admiration de tout le peuple, et même si elle voulait l’occulter, au fond d’elle elle trouvait cela fort agréable.

    Le jeune homme se tourna ensuite vers la tribune d’honneur, après avoir levé le poing pour haranguer la foule, il lui demanda s’il pouvait avoir l’honneur de conduire la monture de la gagnante.
    Après quelques mots échangés avec les sages, il répondit positivement, tendant la paume de sa main en sa direction, et en lui offrants sa bénédiction.
    De son coté Naga observait tout ça, un rictus léger s’empara de ses lèvres, il savait que cette jeune enfant allait traverser une rude épreuve, et que surement, elle allait offrir son cœur aux griffes de l’ivresse de la gloire.

    En silence, elle posa son regard sur le poignard des esprits, exquisément forgé, cependant les paroles qu’elle avait entendues étaient floues. Elle ne savait pas son usage, ni sa puissance. La danseuse se retourna à son tour lorsque des danseuses, des danseurs, des chanteuses, et des filles lançaient des pétales de lotus sur leur chemin. Derrière des chevaux, et pour finir un éléphant paré majestueusement.

    Un large sourire se dessina sur les lèvres de l’ensorceleuse lorsque l’une des danseuses plaça autour de son cou une guirlande de fleurs, elle s’inclina les mains jointes.

    -« Merci ! Il est vrai que mon acte n’est pas à la portée d’une âme impure… Traversons donc la ville, que la cité puisse acclamer celle qui à su obtenir la bénédiction du grand Nataradja. Il serait donc injuste de nier au peuple la vue de l’élue.»

    Rayonnante, elle usa la petite échelle qui était en place pour prendre place dans la monture qui se trouvait sur l’éléphant. A l’intérieur se trouvait de quoi se restaurer, un éventail, et une petite couronne en or, qu’elle plaça sur sa tête avec délicatesse.
    Puis elle ferma les rideaux des quatre cotés et s’allongea confortablement, attendant que le défilé commence.

    En tribune, la mère était fière de sa fille sans se rendre compte que l’homme qui avait remis la dague venait de lui planter des flèches empoisonnées par ses paroles. Le sage Vyasha s’approcha de Naga inquiet.

    -« Qui est cet homme capable de mettre en péril notre enseignement ? »

    -« La lumière de la gloire est bien plus aveuglante pour la jeunesse… Quant à cet homme, qui peut bien vouloir détruire la sagesse dans l’esprit d’un nâga ? »

    Le sage éternelle planta son regard dans celui de son « ainé » un fin sourire sur son visage, Vyasha surpris dévia ses yeux pour regarder ce qu’il soupçonnait être un Garuda.
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Jeu 8 Aoû - 22:19
Le roi de Mathura ne prit pas de risque inutile et accepta la faveur que lui demandait ce mystérieux inconnu qui avait dressée une marée humaine en liesse devant lui, prête à l'engloutir dans les abysses ou l'emporter au plus haut. Eaque renouvela son salut avec une humilité admirablement feinte, et le choeur du public redoubla de ferveur, sa clameur monta jusqu'au ciel, crépitant d'applaudissements, confondu en éloges.

Le cortège arriva, somptueusement ennivrant de couleurs. Les musiciens et les danseuses distillaient une vibrante harmonie, les soies vives moiraient, les ors scintillaient, les pierres fines lançaient de féériques éclats. Cette escorte était toute faite de lumière, embaumée de parfums et de joie, digne d'une véritable déesse. Le roi d'Egine lança un regard furtif à la reine procclamée de la fête, tandis que l'on paraît ses épaules de fleurs.

* Savoure, petite fille, savoure cette fête. Le goût de la gloire est le plus merveilleux des nectars, il est facile de le dédaigner lorsque jamais cette coupe ne vous est offerte. La première gorgée est de miel, la seconde est d'ivresse, la dernière est douce-amère. *

Difficile à dire ce que ce sourire signifiait, même pour un juge capable de deviner certains écarts de l'âme engagée sur le droit chemin. Tandis qu'il tenait l'échelle sur laquelle la jeune danseuse montait de son pas léger, il sentit un regard peser sur lui. A son tour, il monta avec agilité pour prendre la place du cornac, à cheval sur le cou de l'animal, et lui murmura quelques mots d'une calme fermeté.

Il les remarqua alors, les deux sages qui parlaient en le regardant avec défaveur. Il inclina légèrement le visage pour les saluer, un large sourire aux lèvres et une étincelle de facétie au fond de l'oeil, avant de faire avancer la monture d'un mouvement du talon. Le harnachement du pachyderme se mit à dodeliner sur son dos, et le howda dont les rideaux avaient été tirés entamma un lent mouvement berceur au rythme des pas de l'éléphant. Eaque profita de sa proximité avec la danseuse couronnée pour entammer une discussion.

« Tu devrais les voir. Quel espoir tu leur as apporté, quel amour tu leur inspires déjà. Salue-les, lance-leur des fleurs de papier. Ce qu'une sainte touche de ses mains a pour vertu d'écarter la maladie et le mauvais œil. Toutes ces mains tendues vers toi, il ne faut pas les laisser repartir vides et désolées. »

La foule était compacte et ralentissait le défilé triomphal. Le bouche à oreille avait fait son œuvre et la nouvelle s'était répandue comme une fumée bleue d'opium invitant au rêve collectif. Shiva avait fait un signe, il avait couronné la plus merveilleuse danseuse depuis mille ans, et la ville était désormais bénie pour le siècle à venir dans toutes les conversations, on ne tarissait pas d'éloges sur la beauté et la grâce de la dernière candidate à la cérémonie de la danse céleste.

« Puis-je te poser une question ? Pourquoi as-tu achevé la danse mystique ? Le tandava apporte la bénédiction du renouveau et de la création, mais il implique également la destruction. N'as-tu pas craint les effets que pourrait avoir tes pas en voyant le succès dont ils avaient été couronnés avant même la fin du cycle ? »

Lentement mais sûrement, ils prenaient le chemin du palais royal.
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MohanaSpectre du Nâga
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Sam 10 Aoû - 22:30

    Mohana s’était confortablement installé, légèrement allongé sur le coté, elle caressait avec tendresse l’un des coussins de soie en se disant qu’elle était bien mieux ici que dans la cabane usée du sage Vyasha. Ici on ne lui donnait pas de leçons, ici on l’acclamait comme rarement. Son esprit devenait volage sans le savoir… Elle se servit quelques fruits alors qu’accompagnait d’une musique envoutante et de chant céleste l’éléphant se mit en route lentement, mené par l’inconnu de tout à l’heure.

    La danseuse attrapa ensuite l’éventail, lentement elle fit naitre un léger vent qui effleura suavement son visage de porcelaine orné de quelques  bijoux. Elle attrapa avec sa main gauche le poignard qu’elle venait d’obtenir. Il était beau, spirituel… Et il était en sa possession. Que pouvait-elle souhaiter de mieux que cette ambiance paradisiaque dont elle était l’idole ?
    Lorsque le chauffeur l’interpella afin qu’elle se montre à la foule, pour les bénir en envoyant des pétales de fleurs, elle accepta avec un fin sourire au visage elle dégagea les rideaux pour apercevoir la fête à son honneur. Elle ne savait pas si elle devait être gêné ou orgueilleuse… Elle ne savait pas ce que lui aurait conseillé ses maîtres ? Son regard se porta alors sur un panier contenant une quantité immense de pétale de fleur de lotus avec des inscriptions sacrées.

    -«  Tu as sans doute raison… Si je peux leur apporter un peu de lumière dans leur cœur obscurci par le désespoir… »

    Doucement elle attrapa quelques pétales dans sa main, et avec une certaine forme de suffisance les envoya vers le peuple accompagné d’un sourire charmant. L’ensorceleuse constata l’effusion de joie qu’occasionnait son geste, il y avait même de la nervosité parfois pour obtenir le précieux. Et plus elle lançait et plus son cœur se sentait pousser des ailes. Elle gagnait en assurance à chaque fois.

    -«  Ils semblent heureux. » Murmura t-elle alors que le conducteur lui posa une question concernant la danse.

    Mohana ne savait pas vraiment. Il était vrai qu’une telle danse était un symbole dangereux ; la destruction.

    -«  Ma danse n’était pas encore parfaite, si ce cadeau m’est apparu, ce n’est pas grâce à cela, mais grâce à mon respect. Cette danse n’est dangereuse que lorsqu’elle est effectuée par le puissant Seigneur Shiva. Alors pourquoi craindre ? De plus, l’apparition de cette dague était le signe de mon arrêt. Un coureur à pied ne poursuit pas sa course lorsqu’il franchit la ligne d’arrivée. S’il y avait un réel danger, penses-tu que le divin Nataradja aurait fais ce signe ? »

    L’éléphant continuait sa route, Mohana poursuivait ses offrandes aux habitants, alors qu’au loin se montrait le palais royal.
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Jeu 15 Aoû - 11:57
Il y avait encore des traces visibles de la modernité le long des avenues de Mathura. Mais plus on approchait du palais et du centre historique, plus elles étaient habilement cachées. Le palais lui-même semblait sorti d'un temps ancien, un temps antérieur aux réformes des castes, où l'égalité n'avait pas droit de cité, où le raja avait droit de vie ou de mort sur ses sujets et où il montrait sa majesté dans la magnificence de son palais. L'équipage atteignait sa destination sous les acclamations du peuple.

« Ils avaient très certainement besoin de vos bénédictions, surtout en cette ère de troubles. Ces fleurs sont un peu de votre vertu distillée à travers la ville. Combien sont ceux qui comprendront réellement, qui tireront réellement profit de ces souvenirs de papier : les années ont passé et tentation et pénitence ont été vidées de leur sens. La voix de la sagesse n'est plus aussi respectée qu'autrefois. Mais ceci, vous devez le savoir mieux que personne, ô élue de Shiva. »

Le ton du conducteur de l'éléphant était toujours désinvolte et léger, mais on sentait comme une pointe de cynisme ou d'amertume. Difficile à déterminer, il tournait le dos à l'ensorceleuse sans la regarder, ne lui offrant que la vue de son épaisse chevelure d'un noir profond. Sa main glissa le long de la peau rugueuse de l'éléphant et il lui murmura quelques mots pour l'arrêter. Mohana put descendre, aidée par les serviteurs, tandis qu'il remettait l'animal aux mains des soigneurs.

Dans le palais, la fête battait son plein. Les courtisans accueillaient la danseuse du temple en lançant des pétales de roses, et sans doute la fillette découvrait-elle un monde d'or et d'argent, la salle du trône tapissée de tapis précieux, ornée de meubles dorés à la feuille d'or, dessinant de luxuriants rinceaux célébrant la richesse et l'abondance. Le roi qui était arrivé en premier accueillit la gagnante du concours avec le plus solennel des discours, marquant l'honneur de ses ancêtres et de sa famille à recevoir une favorite de Shiva dans sa demeure, et l'invitant à séjourner désormais à sa cour.

Eaque observait cela par la porte des serviteurs. C'était très instructif, on voyait déjà les inquiétudes d'une cour bouleversée par l'arrivée d'un nouveau membre. Le front des sages était ridé, certains courtisans restaient dans l'ombre, et se lançaient des regards entendus. Mais celle qui était sans doute la plus gênée était la fille du roi. Assise sur son trône, les poings serrés à tenter de maîtriser sa contrariété, elle devait voir dans cette sage danseuse une rivale qui pourrait eclipser son talent renommé pour la danse.

« Un petit monde qui accueille une étoile trop brillante et trop importante pour lui. Jeune brahmane, tu te rendras bientôt compte que tu devras soit te faire plus petite pour cette cage dorée, soit partir d'ici … »

Le juge déguisé attendit jusqu'au soir dans le jardin du palais. Sûrement la danseuse trouverait un moment pour se recueillir au milieu des jasmins et des roses : le changement était si brusque, et pour une sage, l'habitude de la méditation et du recueillement était incontournable. Au milieu de la pièce d'eau, une merveilleuse fleur de lotus en bouton avait grandi au milieu des roseaux. Certains s'inclinaient comme pour l'honorer, d'autres faisaient mine de l'ignorer. Le jardinier n'avait pas encore défriché les algues sombres, menace rampante pour les nénuphars. Quel serait le destin de ce lotus dans ce petit jardin.
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MohanaSpectre du Nâga
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Ven 16 Aoû - 13:55
    La route se terminait, Mohana avait entendu de façon distraite l’ultime parole du conducteur… Le bonheur qu’offrait sa simple présence ne faisait qu’accroitre sa joie, et sa félicitée. Souriante, elle descendit avec l’aide de serviteurs du palais de sa place. Elle pouvait de là entendre le son des tambours, des flûtes. Sur son passage, les lances des guerriers s’écartaient sur son passage, plus elle avançait, plus elle entendait l’effervescence. Sa démarche comme toujours, légère, gracieuse, comme si elle glissait.

    A l’horizon, le dernier passage avant de pénétrer devant la cour de Mathura, l’un des rares endroits où la croyance envers les dieux existaient encore. La jeune enfant ne pouvait cacher son admiration devant tant d’illuminations, tant de lumières. Lorsqu’elle franchit le pas, son regard balaya toute la salle jusqu’à arriver au pied des quelques marches menant au trône. Elle inclina le buste les mains jointes pour présenter ses respects à l’assemblée et écouta au milieu d’un silence religieux le discours du Roi, qu’il concluait en désirant qu’elle soit un membre important de la cour.
    Les mains toujours liées, elle releva la tête, sereine. Elle ne vit guère la jalousie, et la colère naître dans le cœur de certains et en particulier dans celui de la belle princesse qui comme elle se voulait être l’une des plus talentueuses danseuses de l’Inde. Sapanâ opta pour un discours simple.

    -« Un citoyen peut-il déplaire à son Roi ? Votre discours est une récompense que j’accepte les bras grands ouverts comme un grand honneur. »

    Le Roi fit un geste et une jeune servante s’approcha, tenant entre ses mains un coussin pourpre portant un diadème en diamant avec un bijou qui retombait sur le front. L’un des sages offrit sa bénédiction à l’ensorceleuse en lui souhaitant une longue vie, et de protéger le monde de l’injustice. Puis il plaça délicatement le diadème sur le front de la jeune prodige. Discrètement, la Princesse frappa de son poing son siège pourtant si lumineux.
    Le sage qui avait procédé à l’acte final, s’en retourna à son siège, et les courtisans, et autres princes, princesses, guerriers scandaient le nom de l’enfant, louant le seigneur pour avoir permis à leurs yeux d’assister à ce jour.

    La fête terminée, Mohana était tranquillement dans ses appartements, elle décida de prendre l’air en allant sur le balcon. De là, elle pouvait entendre la fontaine, et admirer les jardins. Mohana remarqua ensuite légèrement cacher, celui qui lui avait remis le poignard des esprits, poignard dont elle ne connaissait guère les vertus, il fallait admettre qu’elle n’avait pas pu discuter ni avec Naga ni avec Vyasha. Par conséquent, elle ne pouvait savoir sans leurs conseils. Vu la hauteur qui la séparait du sol, elle se retrouva vite au sol, dans le jardin. Et se dirigea vers le cochet, surprise de le voir ici.

    -« Que fais-tu ici ? »

    La voix mielleuse raisonna un instant, alors qu’elle s’amusa à respirer le parfum de l’une des plantes avant de poursuivre.

    -« Depuis notre première rencontre, je ne connais pas ton nom… Ne crois-tu pas qu’il serait temps d’ôter ce voile qui cache ton identité ? »
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Sam 17 Aoû - 16:38
Le roi d'Egine haussa un sourcil ironique en voyant la disciple de Shiva sauter lestement du balcon comme une campagnarde. Il la salua les mains jointe tout en ne se lassant pas de lui faire la remarque, sur un ton désinvolte.

« Sapanâ … Ce que je faisais ici ? Hé bien je vous attendais afin de vous faire mes adieux, car je vais partir pendant quelques jours. Je suis en revanche assez étonné de voir une dame de la cour bondir comme un cerf au-dessus d'un balcon. »

Eaque se redressa et la contempla alors dans ses parures de cour. Elle faisait une très belle danseuse, malgré sa très grande jeunesse, pour le monde terrestre du moins. Le roi avait fait de son mieux pour l'honorer avec tous ces présents pour l'aura sacrée qui se dégageait d'elle. La dynastie de Mathura estimait qu'elle avait besoin de la danseuse, mais était-ce sagesse ou chimère ? Déjà, la tentation apportait sur un plateau d'argent la coupe sucrée de l'arrogance devant celle qui avait été l'image de l'humilité.

L'apprentie se trouvait dans une situation assez cocasse aux yeux du juge. Elle avait gagné l'estime de Shiva par sa sagesse et avait été élevée au plus haut, pour tomber aussitôt dans le gouffre de l'orgueil. Se sortirait-elle de là ? Eaque avait résolu quoi qu'il en soit de laisser mûrir les fruits de cet arbre avant de se rendre compte s'il était réellement ce qu'il avait parut aux yeux du public. Shiva s'était-il manifesté pour montrer en exemple une servante de la Vérité ou s'était-il acquité d'une dette envers une pénitente ?

« Quelle impatience. Chaque chose en son temps, Sapanâ. Vous avez vu juste, je ne suis pas seulement celui que je semble être, répondant au nom de Rajendra. »

« J'appartiens aussi à une cour lointaine, qui finit par règner un jour sur chaque homme de ce Monde. Mon devoir m'a appelé jusque dans ces terres, mais je suis à Mathura dans l'anonymat, je ne puis vous révéler ce soir toute mon identité. Dans exactement trois jours, je serais revenu et lèverai le voile pour éponger ma dette envers vous. »


Et il dit cela, car l'on ne doit pas mentir ou refuser de répondre à un brahmane. Il s'inclina et salua à nouveau la jeune fille avant de s'en retourner. Il avait à faire en Himalaya avant de retourner dans sa véritable demeure. Avec un peu de chance, des années d'espionnage et de dissimulation allaient enfin ramener aux Enfers l'un des trésors qui permettrait d'accélérer leur reconstruction ou du moins redorer le blason infernal, terni par la défaite depuis plus de trente ans, sinon davantage. Certes pas un enjeu stratégique incontournable, peut-être même ne servirait-il à rien lors des prochains conflits, mais un symbole pour une armée qui se morfondait dans le silence de ses dieux.
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Dim 18 Aoû - 17:58
    Le mystère ne s’était pas découvert. Ou alors simplement un peu. Rien en tout cas qui puisse permettre à la jeune danseuse d’affirmer sans crainte de se tromper, l’identité de cette personne. Les mains dans le dos, elle baissa timidement sa tête lorsqu’il exprima son étonnement. Il n’avait pas tord, cela n’était pas vraiment digne d’une fille de son rang que de sauter ainsi par le balcon. Elle murmura maladroitement des excuses.

    Mohana n’avait pas vraiment l’habitude de cette ambiance, ce monde si différent de celui que lui avait offert depuis toujours sa mère adoptive, Naga, et Vyasha.
    Elle qui pour les aider se rendait chaque jours sur les rives du fleuve Yamuna afin d’animer sur les barques la traversée des voyageurs, ou simplement de ceux qui voulait se rendre de l’autre coté. Son regard ne se releva que lorsque le conducteur d’éléphant se retourna. Ainsi il partait quelques jours. L’énigme devait donc attendre avant d’offrir sa solution. C’est d’un ton irrité qui venant d’une Apsara ne signifiait rien de bon qu’elle prit la parole.

    -« Si au-delà de ces trois jours tu te joues encore de moi, je fais le serment de… »

    Un son attira son attention dans l’un des arbres, un serpent venait de l’empêcher de terminer sa phrase. Mohana planta son regard dans celui hypnotique du reptile alors que s’éloignait celui qui allait être le sujet de sa première malédiction, où du moins qui devait l’être, car l’ensorceleuse comme résigné sous l’emprise d’un pouvoir leva sa main pour offrir sa bénédiction pour les trois jours d’absence à celui qui avait servi de messager au seigneur Shiva et lui souhaita bonne route.

    L’Apsara ne pouvait plus rien faire ou dire à présent, il avait disparu de la lumière de son regard d’argent. Cependant malgré sa douceur, elle serrait le poing, en observant le serpent et s’approcha de lui. Une aura blanchâtre l’entoura, et Naga apparu au milieu d’un spectacle divin. Perché sur l’une des grandes branches il écouta sa jeune disciple.

    -« Pourquoi êtes-vous intervenu ? Approuvez-vous l’ombre qu’il repend sur ma conscience ? »

    Naga conserva le silence, et descendit de l’arbre en sautant, il lia les paumes de ses mains devant lui…

    -« N’est-ce pas le rôle du maître que d’éviter à son élève de manger un fruit amer ? Un poison peut posséder un goût exquis avant d’agir. »

    Le sage divin tourna le dos à Sapanâ, l’index de la main en direction du ciel qui commençait à perdre le bleu pour se changer en nuit. L’une des servantes arriva alors et présenta ses respects à la jeune fille, et lui annonça que la soirée qui clôturait le jour de célébration du Dieu Shiva allait bientôt débuter.

    Sapanâ s’inclina et remercia la messagère en lui affirmant qu’elle arrivait… Et lorsque sa servante se retira, elle ôta de son étui le poignard céleste et le tendit vers Naga qui n’avait pas bougé et qui venait de croiser ses bras.

    -« Est-ce cela, la racine de l’arbre empoisonné qui nourrit de ses fruits mon esprit ? »

    Mohana posa la question d’une voix tremblante, craintive, elle ne savait pas s’en servir et ne savait pas encore à quoi pouvait servir cette arme divine.

    -« Une récompense du seigneur Shiva ne peut contenir du poison… Mais ne perd pas de temps, la fête va commencer. »

    Naga s’éloigna, et la danseuse prit une autre direction suivant le chemin tracé au sein de l’immense jardin du palais.
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Mar 20 Aoû - 15:36
[Post à ne pas compter pour les récompenses !!]

Comme la jeune danseuse traversait le palais pour rejoindre les festivités, elle rencontra sur son chemin un hôte important entouré de son escorte. Il était tout habillé et couronné d'or comme les princes de l'ancien temps et portait une étole d'un rose tyrien profond. Il s'inclina devant celle qui était considérée comme une danseuse sage au palais pour recevoir sa bénédiction, et se présenta.

« Je vous salue, Sapanâ, victorieuse élue du puissant dieu Shiva. Je suis Uttara, fils du roi de Matsya, Virata .J'ai pû assister à la cérémonie. Je voudrais recevoir votre bénédiction. »

La danseuse comprendrait-elle malgré son jeune âge ce qui était visible dans les yeux du jeune prince de Matsya ? Kama avait envoyé ses cinq flèches sur Uttara qui regardait désormais la danseuse avec un regard trop appuyé. Si une jeune fille peut être honorée par l'admiration que les hommes lui portent, cela peut également lui apporter de nombreux ennuis. Ils ne tarderaient pas à se présenter au-devant de Mohana. Un messager arriva à la rencontre du prince et de la danseuse et s'inclina les mains jointes.

« Prince Uttara, sage Sapanâ, la famille royale vous invite à une entrevue privée avant la fête dans la salle de danse. La fille du roi pratique beaucoup la danse accompagnée par son professeur au tambour, elle voudrait humblement demander l'avis de la disciple de Shiva. »
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Mer 21 Aoû - 0:56

    Mohana marchait lentement, suivant machinalement le chemin. Elle pensait, se demandait pourquoi tant de mystère ? Et que voulait lui enseigner Naga avec sa dernière intervention ? Avec une certaine nonchalance, elle leva son visage. Devant elle, un prince avec quelques éléments de sa cour. Il s’agissait du Prince de Matsya. Il lui demanda une chose, lui donner une bénédiction… Un fin sourire se peignit sur le visage juvénile de Sapanâ qui regardait le jeune homme incliné. C’est à cet instant qu’elle comprit que son œuvre de cette après-midi avait totalement chamboulé son existence.
    Elle leva sa main, paume ouverte en direction d’Uttâra.

    -« Longue vie à vous Ô Prince de Matsya. Que votre promise soit toujours heureuse à vos cotés, et que vos futurs enfants soient éloignés des malheurs. »

    Une lumière blanchâtre sortit de la paume de la main de Mohana, et illumina le bienheureux qui releva son buste.

    -«  Votre requête est un honneur pour ma modeste personne. »

    Cette phrase naquit par le regard insistant du Prince sur elle, un regard qui devenait même gênant, car la danseuse se doutait qu’un homme de ce rang ne pouvait être célibataire. Heureusement pour elle, l’un des messagers du palais brisa ce moment délicat, bien que plaisant.

    Le Prince et Mohana signalèrent à l’envoyé qu’ils arrivaient. Il ne fallut que quelques minutes pour atteindre la salle de danse et ainsi assister à la démonstration de la Princesse de Mathura. Les bras croisés, elle assista donc à la danse. Là encore, il s’agissait de la première fois qu’elle devait juger une autre personne. Un souffle étrange traversa son âme lorsque le dernier coup sur le tambour raisonna et que tous les regards se posèrent sur elle. D’habitude, elle écoutait Naga, et le sage
    Vyasha, mais là, c’est elle qui devait transmettre, et ce même si elle sentait une certaine tension, la princesse goûtait peu les regards complices d’Uttara pour l’ensorceleuse. Elle se leva calmement, s’approcha de la ballerine qui s’inclina poliment avant de recevoir l’enseignement de Sapanâ.
    La jeune enfant posa sa main sur l’épaule de la princesse, lui indiquant que son rang n’était pas si grand pour mériter ce geste. Puis, d’une voix douce, mais qui montrait parfaitement le rôle qui lui était alloué dans cette salle.

    -«  Vous ne transmettez pas assez vos émotions… Votre technique, vos pas, vos gestes, sont d’une beauté admirables, cependant vous n’accompagnez pas cela par un sourire ou une moue morose. »

    Mohana fit une pause pour reprendre son souffle, elle savait que ses mots pouvaient blesser, mais les flèches n’étaient pas empoisonnées, elles étaient baignés dans l’élixir de la vérité et de la progression. Libre à celle qui recevait de les changer en poison.

    -«  Hélas, cela ne se trouve guère dans l’effort et le travail, mais dans la seule passion, l’envie d’offrir aux spectateurs, d’ouvrir son cœur. Vous avez pratiquement gravie toutes les marches pour atteindre la perfection, il ne vous manque plus que la plus haute, la plus délicate. Ne dansez pas pour atteindre le niveau d’Urvasi, mais pour atteindre puis dépasser vos limites. »

    Puis les mains jointes elle se tourna vers le roi et s’inclina avant de terminer… Ses sentiments se mélangeaient. Entre arrogance incontrôlé, et vérité, elle ne savait pas où se trouvait son cœur.

    -«  Sur terre, nul de peux affirmer maitriser l’art de la danse comme votre fille sans qu’il soit accuser de mensonge. A une seule exception. Mais est-ce un mauvais sort d’être uniquement dans l’ombre de celle qui fit briller le regard du Seigneur Nataradja ? »
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Jeu 22 Aoû - 16:52
    [Ne pas compter dans les récompenses !]


Le discours de Sapanâ ne fit pas réellement plaisir à la famille royale qui força le sourire en saluant ses mots. La princesse accepta la sentence en s'inclinant devant la sage. C'est alors qu'elle s'inclina devant ses parents et le prince Uttâra en prononçant ces mots :

« Si j'ai réjouit les cœurs de ceux qui me sont chers, je serais satisfaite pour le moment et continuerai à suivre avec application l'enseignement de mon maître. »

Et le roi et la reine lui donnèrent leur bénédiction, la paume tournée vers elle tandis qu'elle s'inclinait devant eux. Vint le tour du prince qui devait selon les règles de la bienséance lui faire un compliment. Mais celui-ci était comme géné, ses mots résonnaient avec fausseté.

« Votre danse était vraiment charmante, je me suis cru au paradis pendant toute sa durée. Je crois que vous devriez suivre l'enseignement de Sapanâ, peut-être parviendrez-vous alors à l'égaler. »

Ce qui se passait entre les deux promis était sensible, une image se dressait entre eux, et cette image avait le visage de Sapanâ la danseuse. Cependant un courtisan arriva pour annoncer que les invités étaient arrivés. La colère était dans le cœur de la princesse, le désir dans celui du prince, et le roi et la reine étaient dans l'incertitude. Quelqu'un devait profiter de la situation pour asseoir son ascendant sur la famille royale à la cour. Cette personne était la tante Shakunti, une veuve qui était par malheur restée sans enfant. Comme Shakunti voyait la princesse dépitée, elle vint la voir :

« Quel est ce nuage qui ombre tes yeux ? Ta mère est ma sœur, tu es comme mon enfant. Ta tristesse est aussi ma tristesse. Je voudrais au moins pouvoir t'aider. C'est depuis que cette fille de cannotière est arrivée au palais, n'est-ce pas ? »

Et la princesse d'ouvrir de grands yeux. Elle était d'autant plus en colère qu'elle avait été surpassé dans la danse par une fillette dont la mère conduisait le tout-venant sur le Gange. Elle devait encore sentir la vase, pensait-elle amèrement, comment le prince pouvait-il la préférer ? Et sa tante lui apprit aussi que Sapanâ n'aurait pas dû gagner le concours, car elle s'en était retirée. Elle aurait dû refuser la dignité de sage du palais, mais elle ne l'avait pas fait par ambition !

« C'est vrai ma tante ! Sapanâ n'a pas à être aussi importante. »

Et la princesse de s'écrier que la jeune sage n'était qu'une danseuse de salon sans dignité qui osait charmer le prince et le détourner de la vertu. Le mariage n'était il pas prévu depuis des années ? Alors Shakunti lui dit qu'il faudrait alors trouver des habits qui seraient à la mesure de cette fille, chose que la princesse applaudit. Elle alla courir trouver son père le roi et lui dit qu'elle voulait fournir la garde-robe de Sapanâ grâce à l'argent de sa cassette personnelle.

Quelle ne devait pas être la déconvenue de Sapanâ lorsqu'elle découvrit les vêtements et voiles indécents que lui avait donnés la princesse, et qu'elle devait porter le 3e jour pour danser devant la cour ! Jalousie, tentation parmis les tentations, voilà que tu rend furieuse la princesse : elle a un sourire moqueur en attendant l'arrivée de Sapanâ qui sera humiliée devant la cour, car elle ne peut refuser les cadeaux de la famille royale et doit la remercier en les portant. Tous les courtisans sont invités, et le prince Uttâra, et la mère et le maître de Sapanâ ...
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Mer 4 Sep - 17:37
    Voilà deux jours, bientôt elle devrait partir, elle attendait le retour du mystérieux personnage, curieuse, passant ses journées sur le balcon de ses appartements. Observant, le ciel bleu, puis les étoiles la nuit. Elle s’était plongée dans une profonde réflexion, l’enseignement qu’elle avait suivi, son triomphe, son jugement, juste dont elle ignorait les méfaits. Et puis tout ce luxe ! Alors à quoi bon, pourquoi partir ? Pourquoi ne pas rester ici, laisser le temps s’écouler, que les jours et les nuits passent jusqu’au jour où sa flamme s’éteindrait. Ne serait-elle pas heureuse ainsi ? Pourtant elle avait beau voir l’avenir différemment, cependant elle savait que la rencontre avec Naga était le symbole de son destin. Malgré tout elle ne cessait de se demander pourquoi elle ?

    A vrai dire Sapanâ ne comprenait son refus de lutter pour l’idéal qu’il souhaitait, et qu’elle souhaitait. Il était pourtant largement plus puissant… Le seul guerrier qu’elle avait vu sur l’île des mercenaires n’était pas digne d’être nommé « adversaire ».
    Etait-ce là un comportement juste de sa part que de lui donner tant de responsabilités, alors qu’il était capable d’accomplir ce qu’il désirait. Finalement, la danseuse se demandait si elle ne devait pas en vouloir à son destin de lui avoir offert cette rencontre.

    C’est alors que sa sombre méditation fût interrompue par le prince Uttara qui marchait sur le chemin en bas. L’ensorceleuse se contenta d’un geste de la main et d’un regard complice. Il allait se coucher, et Mohana en fit de même, car demain, elle devait faire une charmante actuation avant de partir. En tout cas la jeune prodige avait l’envie de parler à Naga, ou à Vyasa afin d’en savoir plus. Avait-ils pensaient à un éventuel échec ? Un sourire amusé se dessina sur le visage de la fille, elle se disait que ce mot ne pouvait être lié à celle qui fût capable de recevoir le présent du seigneur Shiva.
    Le soleil venait seulement de se lever, Mohana était en pleine préparation, elle allait désormais découvrir avec effroi les vêtements de sa garde robe. Tous offerts par la fille du Roi. Effroi ? C’était le sentiment qui gagnait son âme en voyant la pauvreté de ce qu’elle voyait, des habits indignes d’elle.

    Pourtant Sapanâ n’avait pas le choix, elle se devait de mettre ça pour se présenter à la cour. D’un saut elle s’allongea sur son lit, les larmes aux yeux. Elle savait que le jugement qu’elle avait donné lors de la danse de la princesse était la cause de cette terrible vengeance, et elle ne pouvait strictement rien faire. Et cette fois pas de « maître » pour lui apporter quelques conseils. De toute façon, elle n’en voulait pas. Elle savait déjà comment se venger à son tour. Tout cela pour son propre bien et son honneur. Car oui, elle ne pouvait pas rester ainsi, humiliée. La jeune fille enfila donc les vêtements déchirés, et de très mauvaise qualité, mais avant cela elle avait murmurée à l’oreille de l’un de ses serviteurs ce qu’il devait faire pour la mise en scène.

    L’heure approchait à grand pas, et au milieu de la salle un voile blanc cachait une œuvre. Un murmure se faisait entendre lorsque l’heure sonna. La princesse souriante était fière d’elle et se leva déclarant que Mohana n’était qu’une simple fille de canotière. A cet instant le voile se leva un socle orné de diamant et de pierres précieuse tenait une sphère rempli à moitié d’eau, et de là se montra Sapanâ mouillée qui se mit à danser à l’intérieur malgré la tenue étrange qui a cet instant était masqué par la performance de l’Apsara. La fin arriva lorsque la sphère s’illumina d’une aura rosée, et qui s’ouvrit telle une fleur de lotus, laissant l’eau couler recouvrir la salle sous les yeux surpris et plein de rages de la princesse qui vit Mohana à genoux, trempé la tête baissée.

    -« Cette œuvre est celle d’une simple fille, vivant dans la misère et qui lutte dans cet océan de la vie, souffrant pour connaître le bonheur. »

    L’index de sa main droite effleura la fine couche d’eau, qui au contact s’évapora dans une poussière féerique. Puis Mohana planta son regard dans les yeux de la Princesse, ensuite dans celui de l’amant de cette dernière. Amant, qui ne semblait pas indifférent aux charmes de la danseuse.
    Secouant sa tête de gauche à droite quelques gouttes d’eaux s’échappaient de ses cheveux, et elle s’arrêta brutalement, et déclara à l’encontre de la princesse et de son fiancé pendant que les gens applaudissaient et parlaient.

    -« Désormais dès que vous fermerez les yeux la nuit ou le jour l’obscurité ne sera plus obscurité mais mon image envoûtante. Vous m’haïrez, m’aimerez… Vous rêverez de moi. Et cela pendant un an ! »

    Elle quitta alors l’endroit en présentant ses respects au roi et à la reine. En sachant parfaitement que cette histoire était loin d’être terminée. Là, elle partait pour de nouvelles aventures.
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Ven 6 Sep - 12:16
Les péripéties que Eaque traversa avec quelques spectres en Himalaya auraient pû empêcher le juge de tenir son engagement envers l'élue de Shiva. Cependant, peu après le coucher du soleil, une brume nocturne envahit la capitale de Mathura, engourdissante et hypnotique, comme une deuxième malédiction tombant sur la cour du roi. Le calme qui planait était aussi glaçant que la mort elle-même, il était à peine troublé par des couinements à hérisser le poil de ceux qui pouvaient encore y faire attention. Un sourire impitoyable laissa tomber ces mots :

« Quelle fête insolite, sans débordements, sans un bruit. Et pourtant, on y danse, on y boit, on y fait un grand festin. Voilà les chauves-souris qui valsent, ivres de sang, et les rats qui finissement goulûment les restes. Profitez, vermine, profitez et gardez la ville pécheresse de Mathura endormie pendant que je viens tenir la promesse faite au lotus qui s'épanouit au-dessus de ce bourbier. »

La silhouette du dénommé Rajendra émergea du voile opaque qui recelait un secret quasi palpable, massif, effrayant. Il traversa le palais qui avait abandonné les agapes et vint s'asseoir dans le jardin pour attendre la danseuse prodige. Dans l'ombre du feuillage fourni d'un pipal, Eaque déploya alors son surplis d'un noir intense comme un diamant pris dans l'ombre, et patienta dans son habituelle posture nonchalente. Il songeait. Le roi d'Egine avait bien compris que quelque chose de peu naturel était arrivé.

« Cette odeur moite et un brin musquée … n'est-ce pas le captivant parfum de désemparement ? Il se peut que la perfection ait déjà perdu patience devant tant de médiocrité. A moins que ce soit l'orgueil blessé. »

Son murmure rencontra la quiétude molle du jardin. Il tendit l'oreille jusqu'à ce qu'il décelle enfin la présence de Sapanâ. Alors il la salua d'un sourire et l'invita à approcher.

« C'est une joie de te retrouver, Sapanâ. Me reconnais-tu ? Voilà, comme je te l'avais dit, je suis sous mon véritable jour, ou plutôt devrais-je dire, ma nuit … Mon nom est Eaque, spectre du Garuda. Je sers le dieu des Enfers, Hades, et règne avec mes frères sur le monde des damnés. J'étais venu pour accomplir une mission, mais désormais, elle est achevée et je m'en retourne au palais de Dame Pandore. Peut-être comprends-tu désormais pourquoi je ne t'avais pas révélé plus tôt mon identité. »

Il fit une pause, le sourire dégagé, intéressé par la danseuse qui semblait en avoir appris en trois jours autant qu'en trois mois. Fronçant un sourcil avec amusement, il appuya son menton sur son poing, accoudé à son genou et la questionna alors sur ses impressions.

« Tu es sans doute l'une des rares personnes pour lesquelles l'un des dieux hindous s'est manifesté en ce siècle, peut-être pourrions-nous avoir leur mot par ton biais à la cour de notre Prêtresse quant à leur possible intervention en cette ère ? Mais avant toute chose, je voudrais savoir si tu te plais ici. Raconte-moi tout, les charmes de la vie de palais ont-ils été une juste récompense pour la danseuse de Shiva ? »
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Sam 7 Sep - 22:04
    Furieuse, vexée, Mohana traversa les jardins, la démarche sobre, mais le visage sans voile qui montrait parfaitement son état d’esprit actuel. L’air grave, les bras croisés la tête basse, elle marchait, suivant simplement le chemin sans se soucier de rien. Elle avait presque oublié la personne qui allait l’interrompre. Le conducteur de l’éléphant. Elle leva sa tête lorsqu’il prit la parole et d’un geste l’invita dans un coin sombre et isolé du jardin de ce vaste domaine or du chemin traditionnel.

    D’ailleurs il ne perdait pas son temps et lui dévoila ce qu’elle avait souhaité savoir il y a de cela trois jours, son identité. Eaque du Garuda, un être au service du seigneur des Enfers, Hadès. Et il venait de terminer sa mission. Devait-il s’occuper d’elle ? La danseuse se contenta de dévisager cet individu qui était de plus en plus mystérieux. Ainsi il faisait partie des plus puissants spectres. Elle esquissa un sourire, qui se dissipa rapidement lorsqu’elle entendit les questions de son interlocuteur.

    -« L’intervention de Shiva est peut-être le signe d’une future intervention en effet. Le monde n’est sans doute plus à leur goût, et la destruction serait la seule solution. Serons-nous capable de repousser cet assaut ? Je possède la bénédiction du seigneur de la danse, rien ne pourra nous arriver. »

    Elle tourna ensuite le dos au juge du Garuda et observa le ciel, le soleil s’était couché, et la lune brillait.

    -« Qui refuserait une telle existence ? Qu'elle personne de mon rang ne se sentirait pas pousser des ailes ? »

    Mohana attrapa le poignard sacré, admirant son visage se refléter sur la lame lumineuse. Avait-elle bien agie ? Sa réflexion ne dura guère longtemps, emporté par une tempête d’orgueil.

    -« Seulement en apparence, car parfois de mauvaises herbes poussent dans les cœurs jusqu’à pousser à des agissements qui viole la raison. »

    Puis Sapanâ reprit son souffle tenant dans sa main le poignard elle reporta son regard en direction d’Eaque lui posant à son tour quelques questions.

    -« Ta mission était de me rencontrer, et de m’obliger à plonger la tête dans le poison de l’arrogance et de l’orgeuil ? Je ne suis qu’une jeune fille, un simple cœur encore naïf, qui passait son temps à poursuivre son maître. Mais voila qu’il m’abandonne. Quant à Dame Pandore, qui est-elle ? »
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Lun 9 Sep - 19:36
Le spectre du Garuda écoutait la fillette raisonner tout en jouant avec la lame divine, avisée et frivole à la fois. Sans doute, son estimation de l'état d'esprit des dieux de l'Inde devait être assez juste. N'avait-elle pas grandi dans leur ancien royaume ? Un sourire fendit le visage d'Eaque alors que la fillette énonçait que grâce à la bénédiction de Shiva, elle serait protégée, ainsi que tous ceux qu'elle aurait sous son aile.

* Je crains que ce soit le contraire, petite fille … Celui qui reçoit la bénédiction d'un dieu reçoit une arme pour aller à la rencontre du péril. Comment espérer rester dans la quiétude et la tranquillité dans ce cas-là ? Le résultat est peut-être assuré, mais les épreuves sont encore à traverser. *

Mais il ne chercha pas à la détromper, pas plus qu'il n'exprima son opinion sur son œuvre dans le palais du roi, malgré l'étincelle de colère qu'il décela dans le reflet de l'oeil sombre de la danseuse sur la lame de son couteau. Il n'était ni son père ni son directeur de conscience après tout, et n'allait pas incommoder la conscience de Sapanâ stabilisée dans le sentiment de satsifaction après la punition que ceux qui l'avaient offensée devaient avoir subit. Il restait royalement flegmatique, assis sur son banc comme sur le trône d'Antenora.

« Tu sais tout cela mieux que moi, Sapanâ. Après tout, n'as-tu pas reçu l'enseignement de la sagesse ? »

C'est alors qu'elle se retourna pour lui poser des questions à son tour. Elle lui en voulait visiblement de l'avoir conduite dans cette mésaventure qui ne lui avait visiblement guère plu. On aurait dit un chat en colère qui soufflait hargneusement sa contrariété, et le juge eut toutes les peines du monde à dissimuler son amusement. Il secoua la tête avec un gloussement railleur.

« La mission dont je te parle n'a aucun lien avec toi, bien que tu sois l'unique et ô combien vénérable élue de Shiva. Mais le destin m'a sans doute donné cette autre mission mission te rencontrer, oui, pour une raison qui m'échappe, quoique j'aie une petite idée là-dessus maintenant que je crois deviner ta mésaventure. »

Sûrement la fière danseuse avait été la victime de son succès. En tout cas, elle avait montré un penchant à redresser les torts, ce qui n'était pas si étranger à la façon de penser d'un partisan d'Hades. Le juge ferma les yeux et entreprit de maîtriser sa gaité pour en finir avec ce badinage distrayant : toutes les bonnes choses ont une fin, et il ne devait pas se faire attendre une nuit de plus au sombre château d'Heinstein.

« Ne disais-tu pas qu'avec la bénédiction de Shiva tu ne craignais rien ? Les habitants de ce palais peuvent faire bien peu de mal à une élue. A moins qu'elle ne soit un peu susceptible ? Allons, tu ne vas pas rester éternellement dans les pattes de ton maître, et s'il t'a laissé affronter la sottise ambiante, c'est qu'il a jugé qu'il était temps : s'il s'était résolu à ne plus t'enseigner, il te l'aurait dit de vive voix. »

Eaque se releva et fit quelques pas pour traverser le jardin, terminant son argument.

« Dame Pandore, les objectifs et les missions de l'armée infernale. Hmm, je ne crois pas que ces murs soient dignes de recevoir des témoignages à ces sujets-là. J'ai une idée : et si tu me suivais jusqu'au château d'Heinstein ? Le voyage te coûtera peu de temps, et ta curiosité sera davantage satisfaite que par tout ce que l'on pourra te raconter. C'est une invitation, tu es libre de la décliner et de rester ici, où il ne pourra sans doute plus rien t'arriver si j'en juge au calme qui règne maintenant dans ce palais. »

Et le roi d'Egine prit le chemin des quais. A son passage, la vermine qui infestait la ville semblait se replier, comme une armée qui se livre au pillage le plus éhonté emboîte le pas à son chef, prête à partir pour de nouvelles conquêtes. Alors, pour celui qui accompagnerait le Garuda pourrait enfin voir l'objectif de sa première mission, l'objet pour lequel le Juge des européens s'était déplacé en Inde. Le vaisseau Garuda était là, dans tout son horrifique gigantisme, prêt à apparier malgré ses réparations sommaires. Eaque monta à bord, insouciant, et ordonna le départ, et entouré de sa brume de ténèbres, le vaisseau prit son envol en direction de l'Occident.

>> Palais de Pandore
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Mer 11 Sep - 22:42
    Sapanâ admirait encore le poignard des esprits. Plus elle le regardait plus le brouillard devenait épais devant elle quant à la façon dont elle devait l’utiliser. La danseuse savait seulement qu’il ne fallait pas en faire usage pour frapper, ni l’utiliser pour des banalités. Alors quand ? Est-ce qu’un moment digne était le même pour elle que le seigneur Shiva ? Bref, il fallait désormais passer à la suite, elle rangea alors la dague, et reporta son attention sur Eaque qui allait répondre à ses interrogations.

    Ainsi, sa mission n’avait rien à voir avec elle, et il avait lui aussi l’esprit plein d’incertitude même s’il en avait une petite idée. Elle, rien, toujours aussi surprise, pourtant son regard brillait toujours autant entre l’arrogance, et l’orgueil blessé.
    Oui elle était susceptible, et n’avait guère apprécié le poison qu’elle avait goûté dans le palais. Et oui, elle ne craignait rien. La bénédiction de Shiva en était la preuve. Elle était une Apsara. Et aspirait à devenir la meilleure. L’idée qui n’avait auparavant jamais effleurée son esprit était tranquillement en train de faire son chemin. Cette pensée voulait également dire, être meilleure danseuse qu’Urvasi. Etait-ce possible ?

    Cela ne l’inquiétait pas, elle était faite de la même matière, et donc pouvait au moins l’égaler.

    -« Je n’ai plus de Maître ! »

    Le son de sa voix montrait une détermination étonnante, forte. Mohana avait besoin de briser ce lien invisible, et accomplirait son devoir seule, sans aide. Et comme venait de le dire Eaque, s’il n’était plus là c’est qu’il avait jugeait que son enseignement s’était terminé, et que dans son dos, les ailes étaient assez solide pour qu’elle puisse voler sans son aide.

    Sapanâ suivit du regard l’homme qui traversa les jardins, invitant l’ensorceleuse à venir au palais en Allemagne afin de rencontrer Pandore. Pourquoi pas ? Se disait-elle en le suivant, ce voyage n’était pas embêtant, et puis ce voyage était prévu malgré tout, même si elle venait juste de le savoir. La jeune enfant devait oublier l’événement de tout à l’heure, et la thérapie du voyage était sans doute bonne.

    -« J’accepte ton invitation. Cela me sera bénéfique, et me permettra de débuter un nouvel enseignement. »

    A en croire les mots d’Eaque, Pandore était la dirigeante du Royaume des enfers, donc de l’ultime vérité de la vie, pouvait-elle apporter des mensonges ? Impossible pensa-t-elle en esquissant un sourire amusé, en contemplant de ses pupilles grisâtres le bateau qui allait les conduire jusqu’en Allemagne.
    A son tour elle monta par l’échelle, et se plaça sur le bord pour observer le paysage, elle quittait là son pays, sa vie peut-être. Même si elle ne le montrait pas, la danseuse était nostalgique, elle se souvenait des années ici. De l’entrainement, les souffrances, les joies. Elle avait traversé tout ça, et ne garderait que les bonnes choses.

    -« Ô Mon pays, quand je reviendrai tu seras fier d’avoir vu naître une danseuse aussi douée que moi… Tu vas me manquer, me faire verser des larmes, mais nos retrouvailles seront inoubliables. »

    L’Apsara versa une petite larme qui comme une goutte de pluie heurta la paume de la main du sage Vyasa qui comprit rapidement ce qui se passait… Direction l’Allemagne !

[Mathura] La naissance d'un songe