avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t26008-oblivion
OblivionSpectre de la Mante Religieuse
Spectre de la Mante Religieuse

Date d'inscription : 15/02/2013
Nombre de messages : 1109
Age : 20
Double Compte : Ntikuma

Revenir en haut Aller en bas
Lun 1 Sep - 17:05
Après tant de douleur, de terreur et d'émotions, je me souviens de mon dernier chant, non pas un hymne de force mais bien de miséricorde. Accueillez-moi, priai-je, et faites que mon dernier voyage soit rapide. J'ai imploré les morts, chanté l'hymne que j'avais juré de ne plus chanté, espéré un peu de pitié dans la mort.

J'ai cru pendant quelques secondes que c'était fini. Je ne ressentais plus rien, la douleur avait disparu, j'aurais pu me lever et marcher. Mais c'était une illusion, et Iblis a porté à ce moment là le coup fatal. Pendant que je reprenais espoir. Avant de me torturer une dernière fois, il avait cru bon de me faire oublier ma douleur... mais ce dernier coup fut le bon. 

Je suis morte.

Comme dans un rêve, j'ai vu Iblis me traîner dans le désert, avec ma Cloth et ma lyre brisée, et abandonner le pantin disloqué et ensanglanté qu'était mon cadavre. Je n'arrivais pas à me reconnaître. Ces articulations, pliées dans le mauvais sens, ces jambes grisâtres et recouvertes de sang et de pus, ces bras dévorés par les mouches, ça ne pouvait pas être les miens, si? Ce corps menu et criblés de trous, ce n'est pas vraiment à moi? Et ce visage... si on peut appeler cet amas de sang et ces yeux noirs comme du charbon encore ouverts un visage sanglant, il ne devrait pas m'appartenir... n'est-ce pas? 
Inutile de le nier, pourtant. C'est mon corps qui gît là, déjà brûlé par le soleil. Dans mon sommeil éternel, je n'ai rien de la Belle au Bois Dormant ou Blanche-Neige, non. La mort m'a transformé en quelque chose qui n'a pas de nom, mais que l'on surnommerait peut-être "monstre," si toutefois la bête respirait encore. Ce n'est pas le cas.

Et là, d'un coup, la noirceur tombe sur mon esprit. Il n'y a plus rien, plus de douleur ni d'émotions, seulement des pensées. C'est la seule chose que je peux faire avant de partir: penser.

Je pense d'abords à Prayer. J'ai tellement pleuré sa mort, j'ai toujours cherché à y trouver une raison. Et maintenant, quelle importance? Je vais enfin la rejoindre, là où Iblis ne pourra rien nous faire. Je vais enfin revoir ma soeur...

Ensuite, je pense à Oblivion. Quelle genre de vie m'a-t-il fait vivre? Celle d'une fille qui se prenait pour une ratée, qui se croyait incapable parce que son maître voulait garder l'armure pour lui. Vais-je le revoir? M'en veut-il, serais-je jugée coupable de sa mort?

Je me rappelle ma première mission. Rafarunto. Celui qui m'a guidé vers la lumière, et qui après m'a laissé partir sans m'en vouloir pour la peine que je lui ai fait. Comment puis-je l'abandonner à nouveau? Pourquoi lui n'est-il jamais venu me chercher? Parce qu'il ne savait pas... personne ne savait. 

Je me souviens de la Palestre, des gens que j'y ai rencontré et les amitiés que j'ai pu y créer. S'ils apprennent un jour ma mort, quelqu'un s'en souciera-t-il? Qui me regretteras? 

Je sais qui pleurera. Vermalis. Mon premier amour et mon dernier. Le seul qui aurait dû savoir ce qui s'était passé. Il était juste là. Pourquoi sept jours plus tard personne n'est venu? Pourquoi m'ont-ils laissé mourrir?

Parce que ceux qui en avaient quelque chose à faire sont morts. Arsiesys, qui à peine quelques minutes après nous avoir rencontré s'est rallié à notre cause, a été assassiné par Iblis, je le sais, il n'aurait jamais pu survivre au Démon, maintenant ça me semble impossible. Et il est mort à cause de moi. 

Tout comme Sargas. Sa seule mémoire réussit à agiter mon esprit mort. Qu'est-ce que j'ai fait, mais qu'est-ce que je lui ai fait? J'ai envie de pleurer, éclater en sanglots, me réveiller pour courir jusque dans son Temple, le retrouver, le serrer dans mes bras et hurler à plein poumons que je suis désolée, qu'il sera toujours mon grand frère et que je n'aurais jamais dû douter de lui, que je l'aime et l'aimerai toujours, comme s'il était mon frère de sang... mais trop tard. Sargas est mort. La petite Rage est une fois de plus orpheline. Et c'est encore ma faute. J'ai tué mon frère. Je les ai tous tué... moi y compris.

Aimer, ça fait trop mal. J'aurais dû m'en rendre compte après la mort d'Oblivion. Ou même de Prayer. Mais si je meurs, qui vengera Sargas et Arsiesys? Qui prendra ma relève? Toutes les choses que je n'ai pas pu réaliser... qui le fera? Personne. Après tout, Iblis avait raison: qui se soucie d'une simple Sainte d'Argent?
Je dois faire quelque chose. J'ai fait une promesse. Je ne peux pas partir, pas maintenant.

... Quelle promesse?

Je sens la mémoire m'échapper alors que je me réveille. Peu à peu, ma motivation disparaît, pour laisser place au vide. J'oublie Vermalis, Sargas, Arsiesys, Prayer et même qui je suis, moi. Je n'existe plus, maintenant, à mes yeux plus rien n'existe.

Je me réveille et je commence à marcher.

Sans rien ressentir, sans me souvenir de rien, sans même me poser de questions, je marche. Je ne pense plus, je ne réfléchis plus, je ne me souviens plus. Il n'y a plus rien. Je marche vers le haut d'une montagne, sans me demander pourquoi. Je ne suis pas seule, nous sommes des milliers à le faire. J'attendrai mon tour, j'ai l'éternité devant moi maintenant. Donc je marche, d'un pas lent et régulier, en suivant les autres. Je suis morte. Et alors?

Je suis déjà venue ici, même si je ne le sais pas. J'y avais vu ma soeur et avec son aide, j'avais pu retrouver mon chemin. Mais cette fois c'est différent. Ce n'est plus un jeu, je suis morte et elle ne peut rien y faire. 

J'entends quelqu'un approcher, je ne réagis pas. Une voix aiguë et bizarre me parle, mais je ne comprends pas ce qu'elle dit. Je marche. Une figure floue se dresse devant moi, mais je passe au travers sans m'arrêter. J'entends encore la voix, puis une lumière rose m'aveugle, je sens que je manque d'air... et la mémoire me revient.

Je m'appelle Rage Finnegan, connue sous le nom d'Oblivion. J'ai seize ans, je suis née au Nebraska, États-Unis, j'ai vécu au Vatican. J'ai une petite soeur qui s'appelle Prayer et un grand frère qui s'appelle Sargas. Et je suis une Sainte d'Athéna.
Je me souviens des sept jours. Comment j'ai été torturée, mais je ne ressens aucune douleur. Je suis sereine.

Parce que la silhouette floue se précise et la voix devient plus humaine, et mon regard croise enfin celui de mon sauveur.

-Prayer...

Je la reconnaîtrais entre mille. Elle a grandi, c'est une fille de douze ans maintenant, aux longs cheveux noirs et aux yeux verts, au regard dur mais troublé, avec une armure orangée la protégeant et, le plus surprenant, deux grandes ailes de papillon colorées. Elle a changé, mais elle restera toujours ma petite soeur, Prayer.

Elle s'approche et pose une main sur mon épaule. Son contact me fait sursauter. Elle a la peau chaude, plus que je ne le pensais. Après onze ans aux Enfers, et apparemment passées en tant que Spectre, ma soeur semble très vivante. Plus que moi, de mon vivant. 
Elle soupire en soutenant mon regard.

-J'ai essayé de te sauver, j'ai cru que des secours arriveraient. Mais en voyant ce qu'il t'arrivait à chaque fois... j'ai cru qu'il t'épargnerait si j'arrêtais d'intervenir. J'ai eu tort.

Elle veut paraître froide et en contrôle, mais je sens un petit trémolo dans sa voix. C'était donc elle qui avait dévié les pics de la dame de fer, qui m'avait aidé à atteindre ma lyre pour m'échapper. Tout ça pour des échecs et des fractures. Mais elle ne pouvait pas savoir. Je lui souris.

-Tu as tenté de me sauver. Je ne peux pas t'en vouloir.

Elle n'a pas répondu tout de suite. Qu'est-ce qui lui était arrivé?

-Alors voilà... c'est toi la Sainte de la Lyre. Ça en explique, des choses... et tu as eu un intrus dans tes rêves, dernièrement?

Je tilte. Je sais de quoi elle parle. L'homme qui apparaît dans mes rêves, qui agit comme s'il devrait être là mais qui à chaque fois me parle et me fait remarquer qu'il ne devrait pas se trouver dans mes rêves. À chaque réveil, j'oubliais de qui il s'agissait, mais maintenant je sais. Prayer aussi.

-Il y a eu une faille dans le Cocyte il y a quelques années de ça, c'est grâce à ça que j'ai eu mon surplis. Et une âme s'est échappé.

-Elle était attirée par mon armure, mais maintenant ton fugitif se trouve dans ma tête. J'aurais pensé que c'était Oblivion, mais...

-... Il n'a jamais porté l'armure. Le fugitif, c'est Orphée.

Je me masse les tempes en grognant. De mieux en mieux. La présence de l'ancien Saint ne m'a jamais dérangé avant, mais maintenant que je sais que les Spectres pourraient peut-être me pourchasser pour le retrouver, là c'est embêtant. 

Prayer ferme les yeux avant de poursuivre.

-De toute façon, après ta mort, vous serez séparés. Le problème, c'est que ça va devoir attendre encore un peu.

-Prayer...

-Je peux te ramener à la vie, sœurette. Tu ne mourras pas aujourd'hui, je veux que tu retournes là-bas, en échange de...

-Non, Prayer. Arrête. Je ne retourne pas là-bas. 

Elle recule et me lâche l'épaule, incrédule.

-Pardon?

-Pourquoi je reviendrais à la vie? Je n'ai plus rien là-bas, je n'ai plus d'amis, plus de famille... j'ai tout gâché, il n'y a rien que je puisse faire. 

Ma soeur soupire et lève une main. Des morceaux de roche quittent le sol et se mettent à tourner autour de nous dans un cercle parfait.

-Rage, je ne peux pas te promettre que tout sera comme avant et que ce sera facile. Certaines choses ne s'effaceront jamais. Mais une chose est sûre: tu n'as pas tout perdu. Si tu peux juste être assez courageuse.

-Et pourquoi je ne resterais pas avec toi? Je pourrais être une Spectre, servir Hadès, comme Orphée l'a fait!

-NON!

L'expression de Prayer a changé. Elle est horrifiée et en colère à la fois. 

-Je ne vais pas me trimbaler une grande soeur maintenant, compris!? Si tu veux m'aider, alors fais ce que je te dis, OK?

Je n'arrive pas à y croire. Tant de changement en si peu de temps... ma soeur qui veut m'aider et d'un coup, c'est à moi de le faire. Car je n'ai pas vraiment le choix.

-Si je t'aide... tu me promets qu'après je pourrai revenir?

-Je reconsidérerai, c'est sûr. Je suis au bas de la hiérarchie moi, je peux pas décider pour personne. Mais je pourrai défendre ta cause. Et sinon... bah ça pourrait être l'Élysée. Sauf que je peux rien promettre.

Je soupire.

-OK, Prayer. Je t'écoute. Qu'est-ce que je dois faire?
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t27662-thanatos
ThanatosDieu de la Mort | Administrateur
Dieu de la Mort | Administrateur

Date d'inscription : 27/12/2012
Nombre de messages : 2101
Age : 24

Revenir en haut Aller en bas
Mar 9 Sep - 14:20
Arsiesys s'épongea le front du revers de la main. L'astre de feu flottait haut dans le ciel et ne paraissait pas vouloir descendre de son trône céleste. Pas un nuage à l'horizon ne lui offrait ses services – ceux de le cacher de ce feu stellaire pour un moment de répit. Il était ironique de se dire qu'il avait fallu attendre qu'il prenne la forme d'un Chevalier des Glaces pour que le désert devienne son nouveau foyer. Par deux fois en moins d'une semaine voilà qu'il venait s'y égarer. Encore que s'il errait à nouveau entre les dunes, ce n'était pas sans but cette fois. La placidité qui était la sienne en quittant ces sables du temps il y a tout juste quelques jours de cela avait cédé sa place à une urgence disciplinée.

Ja'far n'avait sans doute pas apprécié d'être ainsi livré à lui-même au-devant de ses nouveaux frères (et soeurs, se dit Arsiesys au ressouvenir du Scorpion masqué), mais le danger qu'il avait deviné dans cet appel à l'aide ne lui avait pas laissé le choix. Même à la vitesse de la lumière, ce voyage prenait du temps. Un temps devenu précieux – trop pour considérer perdre une seconde de plus en fastidieuses explications. Même mis au parfum, qu'auraient-ils pu faire de plus de toute façon ? Si activement qu'il s'emploie à y remédier, il ne connaissait pas ces Chevaliers.

Pas encore, et certainement pas assez pour jurer qu'ils lui auraient prêté main forte même en sachant de quoi il retournait. Du reste, si l'ancien Pope aimait se savoir entouré d'amis, d'alliés sur lesquels il puisse compter, il répugnait obstinément à les laisser prendre des risques – plus encore en son nom – lorsqu'il pouvait s'en charger. Depuis que la seule vie qu'il avait à sacrifier était artificielle, cela n'avait jamais été aussi vrai. N'avoir plus à guider Sanctuaire lui facilitait grandement la tâche à ce point de vue, quand bien même il arrivait déjà à l'époque à n'en faire qu'à sa tête. On ne se refait pas.

Redevenu simple Chevalier d'Or, ses mains avaient été déliées, libéré qu'il était du poids de ses responsabilités d'autrefois. Ne restait dorénavant plus qu'à prouver, se prouver que ce pouvoir qu'il avait hérité de l'Armure du Verseau était sien à présent. Que la force qui était la sienne au temps jadis ne l'avait pas quitté. Agir seul n'était pas recommandé ; en tant qu'ancien meneur d'hommes, il était bien placé pour le savoir. Mais il était un homme nouveau - au sens premier du terme –, et devait apprendre à se connaître autant qu'à connaître ses limites. Ses capacités actuelles différaient radicalement des précédentes, et s'il avait démontré les avoir dans le sang encore fallait-il les apprivoiser.

Ce à quoi il s'était attelé dès qu'il avait laissé sa première empreinte à la surface de cette terre infertile, lesté par le poids d'une Cloth qu'il n'avait encore que trop peu l'habitude de porter. Sa cosmo-énergie s'était exprimée aussi naturellement que si elle avait été douée d'une volonté propre pour le prémunir de la chaleur mais ce n'est que sous sa férule que sa protection prit sa pleine mesure. Avoir vécu il y a plus d'un millénaire et demi de cela ne l'empêchait pas d'avoir été à l'heure de son règne perçu comme un érudit, un scientifique. Les siècles écoulés avaient en fuyant laissé derrière eux une pléiade d'études à rattraper, mais avoir été en avance sur son temps l'y prédisposait.

L'aura qui virevoltait autour de lui s'était alors brusquement refroidie, effleurant le Zéro Absolu sans toutefois aller jusque là. S'en servir à la légère était exclu, plus encore à tort et à travers, et surtout il voulait voir ce qu'il pouvait faire sans y avoir recours. Une froideur si intense que l'air lui-même en fût pétrifié, se matérialisant sous la forme d'une kyrielle de cristaux flottants, d'une constellation aux étoiles de givre. L'ayant pris pour centre de gravité, ces étoiles de gel convergèrent vers lui alors même qu'il continuait sa marche, laquelle n'avait pas cessé un seul instant. Si complexe soit-il en apparence, ce n'était qu'un modeste tour de magie ne réclamant que peu de concentration de sa part.

Même en pleine canicule, le vent était porteur d'une once d'humidité. En le condensant d'abord sous forme solide avant de le liquéfier à nouveau, il se rafraîchissait et respirait avec bien plus d'aisance que ce n'aurait dû être le cas. S'il ne pouvait pas dire qu'il ne regrettait point la perte de ses facultés d'antan, celles avec lesquelles il avait grandi jusqu'à devenir une légende, force lui était d'admettre qu'elles étaient moins propices à jouer avec les lois de la nature. Si ce n'est pour consumer ses ennemis – une application qui ne lui plaisait guère. Ainsi donc put-il garder la tête froide, au propre comme au figuré. Ce qu'il ne devait hélas pas tarder à déplorer : pour avoir annihilé les risques d'hallucination, il ne pouvait douter de ce qu'il voyait.

Et ce qu'il vit lui souleva le coeur.

Si pressée qu'ait pu être son pas jusque là, ce n'était rien à côté du pic de vitesse qu'il réalisa pour se porter à son côté. Tombant les genoux dans le sable, il la saisit par les épaules et la fit pivoter avec un subtil compromis de hâte concentrée et d'urgence paniquée - n'anticipant que trop bien malgré lui l'odieux spectacle qui l'attendait. Pour autant, si grandes et si nombreuses qu'aient pu être les atrocités qu'il avait pu voir dans sa vie, aucune n'aurait su le préparer à un tel étalage de barbarie. Les traits étaient si méconnaissables, tuméfiés et déformés par ce que la jeune femme avait dû endurer qu'une partie de lui aurait voulu croire qu'il ne s'agissait que d'une imitation. D'un traquenard soigneusement préparé pour le troubler.

Le reste du corps n'était pas en meilleur état.

Un profond sentiment d'impuissance, mauvais et néfaste, remonta depuis les méandres de ses entrailles. Cette vision révoltante lui rappelait bien trop de mauvais souvenirs et il ne le tolérerait pas. Il n'était pas revenu d'entre les morts pour assister à ça une nouvelle fois. Mais que pouvait-il faire dans son cas ?... Il était trop tard déjà, bien trop tard pour faire quoi que ce soit. Injustice que cela ! Pourquoi ne pouvait-il donc pas troquer sa vie artificielle contre celle d'Oblivion, bel et bien réelle ? Le Héros du Passé avait fait plus que son temps. Pourquoi continuait-il de le faire alors que la jeune Lyre même mutilée de la sorte respirait la jeunesse ? Elle avait encore tant de choses à voir, et elle était supposée avoir toute la vie devant elle pour le faire, alors pourquoi ?...

D'une main rendue nerveuse par l'émotion, il arracha la cape qui flottait dans son dos et l'en drapa avec toute la délicatesse que lui permettait son état. Si pénible que cela lui soit, il aurait pu l'endurer, mais nul doute que si elle avait eu le choix elle n'aurait pas souhaité qu'on la voie comme cela. Dès que sa silhouette dénaturée eut disparu sous le tissu, il y fit circuler un zeste de son aura, chassant les charognards et refermant temporairement les plaies au moyen d'une fine pellicule glacée. Seul son visage n'y eut pas droit, ou si peu, le Dernier Centurion refusant de courir le risque de l'abîmer plus que ce n'était déjà fait. Tandis qu'il se redressait, la portant dans ses bras comme si elle n'avait été qu'une princesse ensommeillée, la tristesse le prit par surpris et l'écrasa sous son poids.

Je suis désolé... Je suis tellement désolé...

De n'avoir pas été là, de ne pouvoir rien changer. Serrer les dents n'empêcha pas une larme de rouler le long de sa joue et se changer en glace avant de toucher le sol. Arsiesys ne le remarqua même pas et se pencha sur la demoiselle dont jamais plus les doigts ne composeraient de somptueuses mélodies, apposant son front au sien à travers le rideau immaculé qui les séparait. Front sur lequel il déposa l'ombre d'un baiser, de la bénédiction qu'il lui dédiait. Tout ce qu'il lui souhaitait était d'être à présent délivrée de toute la douleur qu'on lui avait infligée – de reposer dans un monde meilleur. Si pénible que cela lui soit, il résolut de se diriger vers l'Armure d'Argent qui gisait non loin de là.

Il n'avait peut-être pas le coeur à la porter, lui à qui elle n'était pas destinée, mais elle avait elle aussi trop souffert – jamais elle n'arriverait à rentrer seule au Sanctuaire. En plus de quoi sa maîtresse n'aurait sans doute pas aimé la savoir abandonnée à son sort. Sans jamais la lâcher, renforçant même son étreinte avec toute la prévenance qui convenait pour ne pas plus l'endommager, il garda ce qu'il restait d'Oblivion au plus près de son torse tandis qu'il usait de ses pouvoirs pour rassembler les pièces détachées. Que la Cloth n'opposât aucune résistance à être ainsi manipulée par un étranger, preuve formelle de sa résignation, ne lui fendit le coeur que davantage. Seul l'instrument qui la complétait, isolé, refusa d'obtempérer.

Encore sous le choc, Arsiesys n'était pas en état de s'interroger et se contenta de la ramasser, mirant son reflet dans son métal précieux d'un oeil absent. Quel que soit l'auteur de ce crime affreux, il savait une chose et une seule à son sujet : il trouverait un moyen de le lui faire regretter.
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t26008-oblivion
OblivionSpectre de la Mante Religieuse
Spectre de la Mante Religieuse

Date d'inscription : 15/02/2013
Nombre de messages : 1109
Age : 20
Double Compte : Ntikuma

Revenir en haut Aller en bas
Ven 12 Sep - 2:47
-Tu as tout compris? Ça ne demandera rien de ta part, ou presque.

-Oui. Je saurai le faire.

-Bien. Je compte sur toi. Maintenant, je vais te ramener à la vie. J'ai besoin que tu restes le plus calme possible pendant que je force ton âme à sortir des Enfers, alors reste tranquille.

-OK...

Prayer recule et ferme les yeux. Au début il ne se passe rien, mais elle ramène son bâton devant elle et le lâche, seulement le bâton reste parfaitement droit, comme si quelque chose le retenait toujours. Non, il lévite... le cosmos de ma soeur augmente et je me sens soudainement... bien plus légère... j'articule avec difficulté:

-Tu as déjà fait ça avant?

-Non. Maintenant tais-toi et relaxe. Si tu panique maintenant, tu peux dire adieu au peu de santé mentale qu'il te reste.

-Pardon?!

-Rien. Relaxe...

Elle force un sourire. Je me calme et décide de lui faire confiance. C'est ma petite soeur, après tout... mes yeux se ferment d'eux même et soudainement, je me sens basculer vers l'arrière, très lentement, comme si j'étais en apesanteur. La sensation n'est pas désagréable du tout, j'ai l'impression de flotter. Le cosmos de ma soeur, calme et posé, m'enveloppe, et dans le noir je vois de petites taches roses danser devant mes yeux. J'ignore combien de temps je dois rester ainsi, mais je dois me préparer mentalement au choc. Mon corps est en mauvais état... mon esprit aussi, comme semble le croire Prayer. Mais je vais bien maintenant, alors ça ne doit pas être si mal, non?

Rien ne peut mal aller. Je ne paniquerai pas...

Mais d'un coup, tout s'effondre. Les taches roses disparaissent. Le cosmos s'efface. J'ouvre les yeux et je me mets à tomber de plus en plus vite.

-Prayer?

Je prends de la vitesse. Une nausée me prend et d'un coup boum, ma tête explose. La douleur semble me fendre le crâne en deux, mais impossible de bouger pour le confirmer. Je suis terrorisée.

-PRAYER!!!

Tout s'estompe. Je tombe en chute libre. Je hurle. Et...

Un grand flash. Un écran blanc m'aveugle et me brûle. Je ferme les yeux.

La douleur est insoutenable. Je tente de respirer. Je tousse. Je sens quelque chose couler entre mes lèvres. 
Je veux rouvrir mes yeux. L'écran est devenu rouge. Ça me brûle. Je referme les yeux. 

Je panique. Je veux respirer, mais je n'arrive qu'à tousser. Je crache du sang, je tente de reprendre mon souffle. Mais à chaque fois je tousse. J'ai peur. Je n'ai plus d'air. Mes yeux brûlent. Mais j'ai froid. Et les taches roses ont disparu.

Prayer...

Je me sens trembler de façon incontrôlable. Le manque d'air me fait mal à la tête. Je tente de dire quelque chose, d'émettre un son, au moins. Rien. Tout s'embrouille dans ma tête. Je crache du sang.

Sargas.

Mes bras ne bougent pas. Mes jambes non plus. Qu'est-ce qui m'arrive? Ma tête devient lourde, on dirait que je m'endors... à nouveau...

Sargas...

Pas le noir. Pas encore le noir. Je veux voir... je veux savoir où je suis. Je veux... je veux... le froid. Quelque chose qui ne brûle pas. Qui ne me fera pas mal. J'aimerais bien voir un ami, qui ne me fera pas de mal. Qui sera gentil. Mais mes amis sont morts. Ma famille est morte. Moi aussi je suis morte. Je crois...

-Ah... ah...
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t27662-thanatos
ThanatosDieu de la Mort | Administrateur
Dieu de la Mort | Administrateur

Date d'inscription : 27/12/2012
Nombre de messages : 2101
Age : 24

Revenir en haut Aller en bas
Jeu 18 Sep - 16:06
Arsiesys n'eût pas besoin de s'essuyer le visage : le désert s'en chargea à sa place.

Même si son système de refroidissement improvisé avait prouvé son efficience, lui non plus ne parvenait pas à lui seul à totalement le protéger – avec ou sans les émotions fortes dont il faisait l'objet contre son gré. En son temps comme aujourd'hui, le Saint du Verseau était un modèle de tempérance mais n'avait jamais su rester de marbre face à la mort. La vie était, à son sens, un bien trop précieux pour être pris à la légère, dont nul ne pouvait disposer si ce n'est son propriétaire. S'il pouvait sans ciller mettre la sienne en jeu – maintenant plus que jamais -, ce n'était guère que le couteau sous la gorge qu'il consentait à risquer celle de ses subordonnés. Si le sacrifice d'un seul homme pouvait tout changer, je serai celui-là. Telle était sa façon d'être ; tel avait-il toujours été. Telle était la façon dont tout s'était arrêté – même si pas pour toujours, à ce qu'il semblerait.

Malheureusement, ce n'était pas cette fois que son abnégation pourrait faire la moindre différence que ce soit. Oblivion était partie et ne reviendrait pas. Si jeune, et pourtant... Pour avoir étudié dans les moindres détails l'histoire du Sanctuaire et de ceux qui y vivaient depuis les temps reculés, ceux qui même pour lui semblaient si loin qu'ils s'en perdaient dans l'éternité, il savait très exactement à quoi cela tenait. Lui-même n'avait-il pas commencé dès l'enfance à s'entraîner pour devenir celui qu'il avait autrefois été ? Mais secrètement, il avait toujours espéré que cette loi visant à employer des enfants en priorité. La place des jouvenceaux et jouvencelles que la déesse Athéna s'escrimait à recruter était partout de par le monde - partout sauf sur un champ de bataille. C'était à la majorité que les Éveillés étaient à leur apogée, mais cela n'excusait pas de couper court aux dernières années d'insouciance qu'ils auraient jamais.

Cela atténuerait certes la puissance de leur nitescente armée qui, si vaste soit-elle, continuait de lui sembler bien frêle au regard du nombre de menaces qui couvaient, mais à tout le moins n'auraient-ils pas sur la conscience le poids de leurs sourires trop tôt fanés – comme celui de la jeune fille qu'il tenait dans ses bras, aussi proche qu'on pouvait l'être et pourtant plus esseulé que jamais. Rien, pas même le crime le plus odieux ne méritait pareille rétribution. Le nomade temporal ne parvenait pas à croire que c'était l'oeuvre d'un homme et n'y voyait que celle d'une bête car rien d'humain n'aurait pu sans lui-même sombrer dans la folie administrer ce traitement. Et cela, il n'avait point besoin de s'attarder sur ses plaies pour en avoir la conviction – il ne l'aurait pu de toute façon. Son expression se fit plus grave encore que l'ombre qu'y projetait le deuil ne la faisait paraître alors qu'il mirait son reflet dans la lyre que les doigts de la jeune fille, sans doute rompus eux aussi, n'animeraient jamais plus.

Les siens ne s'en firent pas moins une place sous le drap blanc qu'il avait lui-même jeté sur son être brisé pour trouver sa main et l'enserrer, lui offrant un soutien dont l'on ne pouvait plus dire qu'elle risquait d'avoir l'utilité. S'il dut en réduire à presque rien, une simple caresse la pression pour être sûr de ne point plus l'abîmer, que le coeur y soit n'était l'objet d'aucun soupçon. Tenir la main à une enfant était un geste commun, mais qu'il était triste d'avoir à le faire pour la guider sur son dernier chemin... Du moins était-ce ce qu'il pensait quand ses phalanges se crispèrent sur les siennes en un réflexe bien humain – celui de s'accrocher à la vie. Le Gold Saint tressaillit. Il avait pourtant vérifié. Son coeur de battre avait cessé. N'y voir qu'un dernier spasme était ce à quoi l'eût enjoint la rigueur scientifique, surtout après tant d'outrages et de sévices, mais il voulait y croire. Qu'une fois, et rien qu'une fois, il n'était pas trop tard. Confus, il ne sut s'il devait relâcher son étreinte ou au contraire la raffermir, si bien qu'il n'opta pour rien.

Ne bouge pas. Ne parle pas. Je vais m'occuper de toi. 

Ces paroles n'étaient qu'un filet de voix, un murmure emporté par le vent. N'ayant point encore fait l'inventaire détaillé de ses plaies, il ne voulait pas risquer de réveiller des souffrances sordides qu'il n'aurait pas deviné – oreilles comme langue étant hors de sa portée. Même au coeur du désert, une vague de froid échappa au bout de ses doigts, profitant d'être en contact rapproché avec elle pour le lui communiquer. Pour engourdir ce corps délité, cette chair délabrée au moins le temps de trouver une solution à ce qu'aucune d'elles ne résoudrait. Le propre des Chevaliers de l'Espoir était bien de produire des miracles, et la jeune Oblivion le lui avait rappelé en ressuscitant au creux de ses bras... N'est impossible que ce en quoi l'on cesse d'avoir foi. Il devait y avoir un moyen de la guérir, et il le trouverait. Elle avait quant à elle déjà fait plus que sa part du marché. Si la mort l'émouvait, la vie le  faisait plus encore et cela s'entendait dans sa voix.

Ça va aller. se crut-il obligé d'insister.

Un pâle miroir de givre se forma bientôt à la surface de sa chair crevassée, endormie par le froid. Il s'en serait fallu de peu qu'il ne la plongeât en état d'hypothermie, mais il ne se sentait pas le coeur à éteindre même pour un temps sa conscience retrouvée. À trop tôt l'en priver, c'était son anxiété qui risquait de revenir à grands pas. Après la peur qu'elle venait de lui faire, la savoir éveillée – à défaut de pouvoir parler – l'aiderait à reprendre la contenance qu'il lui manquait. Respirer devant déjà lui être assez pénible sans en rajouter, il libéra son visage de l'étoffe qui le recouvrait. La voir aussi mal en point lui était difficile, à fortiori en se sentant hypocrite quand il lui disait qu'il en prendrait soin – non qu'il ne le veuille pas, mais plutôt qu'il ne sache trop quoi faire pour la soulager.  Néanmoins, ce n'était rien à côté de ce qu'elle devait endurer, et le simple fait de la savoir en vie sous le masque d'épouvante qu'étaient devenus ses traits suffisait à lui rendre la vue supportable.

Je suis là. Je ne te laisserai pas tomber. Alors accroche-toi, d'accord ?

Non qu'il la trouvât laide - quand bien même il était horrible de penser que quelqu'un avait pu à ce point dénaturer le charmant minois qui était le sien autrefois. Non, ce qui lui pesait était la douleur qui en émanait, laquelle ne faisait que renforcer sa compassion à son égard mais aussi et surtout sa culpabilité. Même s'il trouvait un moyen de l'aider, n'en restait pas moins qu'il aurait été préférable d'arriver plus tôt – à temps pour que rien n'ait pu lui arriver. Il fallait croire que même mille-cinq-cent ans de sommeil n'avaient pas suffi à le rendre assez ponctuel... Ses doigts caressèrent les rares parcelles de chair que le baiser de l'acier – ou de quelque outil primitif  que ce fût – avait épargné, à grands renforts d'une tendresse, d'une empathie avérée. Repoussant les mèches poisseuses de sang il s'efforça de ne pas grimacer en voyant ce qu'il était advenu de ses yeux, en profitant pour souffler sur eux aussi une brise glacée. Il ne la lâcherait pas, pas avant qu'elle soit en sécurité là où plus rien – plus aucun mal ne lui serait fait. Ce qu'il voulait vraiment lui dire, néanmoins, n'arriva pas à sortir.

Tout ira bien, maintenant je te le promets.
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t26008-oblivion
OblivionSpectre de la Mante Religieuse
Spectre de la Mante Religieuse

Date d'inscription : 15/02/2013
Nombre de messages : 1109
Age : 20
Double Compte : Ntikuma

Revenir en haut Aller en bas
Dim 21 Sep - 22:43
Inspire. La brûlure. Expire. Le mal de tête. Inspire. Le froid. Expire. La chaleur. Respire. La douleur. 

Ne bouge pas. Ne parle pas. Je vais m'occuper de toi. 

Pas bouger. Pas parler. Sinon il me cassera les côtes. Ou me tranchera les doigts. Je dois faire ce qu'il me dit, quand je désobéis il me punit. Et si je fuis, il me rattrapera. Toujours. Pas de cosmos. 

Est-ce que je peux seulement bouger? Est-ce qu'il y a seulement une limite à la souffrance? Je sens mon visage qui me brûle comme si on y avait jeté des braises, surtout sur mes lèvres et mes joues. Chaque fois que je tente de bouger les doigts, un courant électrique me traverse les bras. Même chose pour les jambes. Mes pieds ne touchent plus le sol, je crois, mais quelque chose me soutient dans le dos, y faisant circuler une autre vague de douleur. Et mes yeux... même fermés, ils me piquent, et je sens quelque chose couler le long de mes joues et de ma mâchoire. Des larmes... ce ne sont que des larmes, pas vrai? Pas du sang?

Je... je dois respirer plus. Je respire plus fort. Ma poitrine passe près d'exploser. Je tousse et crache une autre gerbe de sang. Je pleure à chaudes larmes, maintenant, je pense. Ça fait trop mal...


Ça va aller.


Aller? Je ne comprends pas... aller où, quand, comment, pourquoi?
Le bout de mes doigts devient froid. Très froid. En peu de temps, le reste de mon corps suit et la douleur s'estompe. Je peux presque sentir le sang qui peine à circuler, et si j'en avais la force je grelotterais. J'ai si froid... mais il n'y a plus de brulûre. Plus de chaleur. Je sens qu'on retire quelque chose de sur mon visage. Et, même si c'est minime, je sens une brise étouffante passer sur mon visage. Mon gémissement n'est plus qu'un faible souffle, alors que par pure réflexe, j'ouvre les yeux.

Je suis là. Je ne te laisserai pas tomber. Alors accroche-toi, d'accord ?

Des millions de petites aiguilles m'attaquent les globes oculaires à ce moment-là. Tout est blanc, aveuglant, trop aveuglant. Le froid atteint mes yeux et la douleur se calme... un peu... je veux fermer mes paupières, mais je n'y arrive pas. Je ne peux que fixer le ciel d'un bleu aveuglant, les larmes coulants le long de mes joues. Et soudain, je sens une main sur ma joue. Froide. Mais je ressens autre chose, de la tendresse. De l'amour.
Je comprends enfin. C'est fini. 

J'émets un sanglot. Je tousse faiblement, un filet de sang coule le long de mon visage.

On m'a retrouvé. Maintenant tout ira bien. Il l'a dit... fini la torture, fini la douleur... c'est fini. Je ne sais pas qui m'a retrouvé. C'est trop blanc pour le voir. Mais j'arrive enfin à fermer les yeux, murmurant faiblement:

-... Sar...gas...

Et je me remets à tousser. Le froid m'empêche d'avoir mal, mais me plonge dans un demi-sommeil. Et soudain...

*Conserve tes forces. Ta soeur va bien, ne t'inquiète pas. C'était trop pour vous deux, mais vous allez vous en sortir.*

J'écoute la voix qui tente de rassurer sans jamais pouvoir réagir. La douleur s'est calmé, mon esprit aussi, malgré cette voix qui me parle sans se montrer, mais je me sens toujours aussi confuse. Et maintenant? Qu'est-ce qui se passe? Dois-je rester prisonnière du froid pour toujours? Est-ce que ma douleur va revenir? Qu'est-ce qui va m'arriver, maintenant? Si seulement je savais quoi faire... si seulement je pouvais y faire quoi que ce soit...
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t27662-thanatos
ThanatosDieu de la Mort | Administrateur
Dieu de la Mort | Administrateur

Date d'inscription : 27/12/2012
Nombre de messages : 2101
Age : 24

Revenir en haut Aller en bas
Dim 28 Sep - 16:10
« Elle était dans un état critique quand vous me l'avez amenée, mais ses jours ne sont plus en danger. »
« Je vois... Soyez-en remercié. »

Le visage d'Arsiesys s'éclaira de son éternel sourire affable, sans parvenir à maquiller la fatigue qui avait conquis ses traits. Malgré tout, on pouvait y lire un net soulagement de la savoir à présent hors de danger à défaut d'en bonne santé. Depuis qu'il avait découvert le corps, qui n'en était, Athéna soit louée, pas un pour finir, le héros du passé n'avait pas fermé l'oeil. Même si sa condition d’Éveillé lui accordait une endurance hors-normes, le stress et l'angoisse étaient autant de facteurs avec lesquels il ne pouvait négocier. Une faiblesse qui lui rappelait son humanité. Cette partie humaine dont aucun Saint ne pouvait, ne devait jamais se débarrasser.

Ignorant les courbatures que son corps roidi par l'attente tentait de lui imposer, il se redressa souplement de ce banc qui l'avait accueilli des heures durant. Butée, sa main n'accepta qu'alors de lâcher la cape souillée de sang dans laquelle il avait enrobé avec précaution le pantin désarticulé qui avait été le corps d'Oblivion. On la lui avait rendue à son admission et il ne s'en était pas départi depuis, son regard allant quelquefois errer sur les motifs qu'y peignaient les arabesques rubicondes. Ses pieds gourds faillirent se dérober sous lui alors qu'il retrouvait le monde tel qu'il avait l'habitude de le contempler à sa hauteur. Il avait eu de la chance de tomber sur quelqu'un d'aussi compréhensif...

« Vous pouvez aller la voir, expira-t-il en même temps qu'un épais nuage de fumée, mais je vous conseille d'enlever ça avant, ça ferait désordre. »

...Et d'aussi ouvert à ce qui dépasse la compréhension.

Suivant le doigt que pointait sur lui le membre du personnel hospitalier, son regard tomba immanquablement sur son armure dorée. Celle-ci ne l'avait pas quitté depuis son arrivée et la garder sur le dos lui avait été d'un réconfort si indispensable au cours de ces heures d'incertitude qu'il avait presque oublié la porter. Un rien mis dans l'embarras par cette distraction qui ne lui ressemblait guère, il étouffa un rire gêné. C'était plus nerveux qu'autre chose, mais il en avait bien besoin : la pression devait encore retomber. À son tour, le médecin sourit de bon coeur, coutumier du fait. Par la même occasion, le Guerrier des Temps Passés effleura son plastron en la remerciant intérieurement pour le soutien apporté. Il savait qu'elle entendrait.

« Les cheveux bleus, je dis trop rien, mais ça, ça risque de pas passer. »
« Vous avez raison. » abonda en son sens l'ex-archer. « Le problème... »
« C'est que vous avez rien à vous mettre. » Il soupira avant même que son interlocuteur ait fini d'acquiescer. « Je dois avoir un truc à vous filer. Suivez-moi et faites pas de bruit, même si ça m'a l'air mal barré avec votre quincaillerie. »

D'une chiquenaude, il expulsa son mégot encore grésillant de l'autre côté de l'arrière-cour de l'hôpital où il avait personnellement stationné le Chevalier en lui demandant de patienter. Ce qu'il avait fait. Le Verseau le suivit sans discuter. Dès qu'il passa les portes de l'établissement, il veilla à enduire ses solerets d'une couche de neige visant à étouffer le bruit de ses pas. Tremper le sol d'un lieu où des gens étaient susceptibles de se déplacer à l'aide de béquilles n'était pas forcément très avisé, mais Arsiesys n'en avait pas idée. Il lui fallut se faire violence pour rester concentré pendant qu'il découvrait à chaque pas un peu plus de cet environnement entièrement nouveau pour lui. Il prit néanmoins soin d'évaporer l'eau par sécurité.

Si le Sanctuaire était resté fidèle à lui-même, le monde lui, avait changé, et il en avait sous les yeux la preuve la plus formelle. Pour lui qui ne connaissait rien de l'époque où il vivait, même ce corridor désert revêtait des allures de caverne aux merveilles. Que ce soient les néons éblouissants, le carrelage fraîchement lustré ou les mécaniques complexes des distributeurs de boissons et autres friandises, il ne connaissait rien de tout ça et ne demandait qu'à apprendre. Ce qu'il aurait probablement pris le temps de faire s'il ne s'était pas souvenu être là pour une bonne raison. Reprenant tout son sérieux, il en détacha le regard – quoiqu'à regret – et suivit la trace de son bienfaiteur jusqu'à une pièce laissée ouverte à quelques mètres de là.

« On fait à peu près la même taille, ça devrait vous aller. »

Il n'eut pas le temps de franchir la porte – encore une nouveauté, mais qu'il avait déjà eu le temps de cerner – qu'une blouse blanche lui était jetée au visage. Ne la rattrapant que grâce à ses réflexes surdéveloppés malgré un corps flambant neuf, il l'observa avec circonspection, reportant son attention sur son donateur. Celui-ci lui tournait le dos, s'affairant auprès de ce que la légende vivante ignorait être une machine à café. Les bruits qui émanaient de celle-ci, qu'il ne pouvait voir de là où il était, le firent sursauter. Il avait décidément beaucoup de retard à rattraper. Saisissant la tenue au niveau des épaules, il la déplia, faisant tomber au sol dans un bruit mou les autres effets qu'elle cachait en son sein.

« Vous avez qu'à vous changer pendant que j'en refais. Promis, je regarde pas. Z'en voulez un ? »

Sans se retourner, le bon samaritain désigna d'un large geste de la main une salle annexe. Après avoir refusé poliment sa proposition, le gardien de la onzième maison se dirigea vers l'endroit indiqué. Ce n'était pas qu'il ne veuille pas y goûter, ni même qu'il soit méfiant à l'idée de boire le breuvage en question, mais il craignait de ne pouvoir masquer longtemps ses réactions incrédules s'il venait à essayer. Une fois cloîtré entre les murs du pseudo-vestiaire, avec cette fois rien pour le distraire, il entreprit de se changer. Une fois l'armure retirée et rendue à sa forme première dans une série de cliquetis métalliques (qui fit demander à son bienfaiteur « si tout allait comme il voulait » à travers la porte) il se dévêtit de sa toge.

Avec tout ce qui s'était passé, il n'avait en effet pas eu le temps de se procurer des habits contemporains. La générosité du soigneur soit louée, en somme. Malgré une perplexité passagère au moment d'enfiler chacun d'eux, il réussit à s'habiller sans réelle difficulté, prenant le rendu qu'avaient sur lui ceux du vrai propriétaire de ces atours comme modèle pour mieux se guider. L'intéressé avait vu juste. Nonobstant les manches qui ne lui arrivaient que péniblement au poignet, l'ensemble s'ajustait à sa silhouette pourtant athlétique. En premier lieu peu à l'aise dans ses mouvements, Arsiesys s'habitua rapidement à se mouvoir en les ayant sur lui. Quand il quitta la cabine, c'était comme s'il les avait toujours portés.

« Beau comme un camion. » railla le médecin. Il ne comprit pas. « Alors, on y va ou on attend le déluge ? »

Dès que l'antique héros eût incliné le chef pour signifier son assentiment, il se remit en route de son habituel pas traînant, une tasse sertie du célèbre logo de Batman à la main. Alors qu'il pivotait pour quitter la pièce, le regard du Chevalier des Glaces enveloppa l'ensemble de sa physionomie, le détaillant de pied en cap. Le poil brun, la barbe mal rasée, l'oeil vif – et clair – et la trentaine bien entamée, son hôte respirait la lassitude... De tout et de tout le monde. Pourtant, il avait choisi de l'aider quand personne ne l'aurait fait, sans insister quand ses questions ne trouvaient pas de réponse. Ce pourquoi le Gold Saint lui était infiniment reconnaissant. Si ça n'avait tenu qu'à lui, il se serait fait une joie de lui dire la vérité, ne fût-ce qu'en remerciement. Mais l'aurait-il cru seulement ?

« Au fait... »
« Hm ? »
« Puis-je vous demander pourquoi m'avoir aidé ? »

Le guérisseur ne fit pas même mine de ralentir, dépassant chambres et bifurcations de ses pas allongés. La réponse mit néanmoins quelques secondes à venir.

« C'est mon boulot. Les gens tombent malades, ils viennent me voir et moi je les remets sur pieds. Comme ça ils peuvent retomber malades, revenir me voir parce que je les ai bien rafistolés, et continuer à me rapporter du blé. » Il haussa les épaules comme s'il n'avait fait qu'énoncer une vérité à la portée de tous. Le Grand Pope d'autrefois eût sans savoir pourquoi l'intime conviction qu'il ne lui disait pas tout, mais sans penser un instant à l'y forcer – chacun son tour. « S'il faut vraiment une raison, je dirais que je m'emmerdais et que vous êtes bien tombé. Les urgences dans le coin, à part les petites vieilles qui cassent leur pipe dans l'escalier... Et puis, je connais pas grand monde qui aurait laissé une gosse dans cet état. C'est pas humain. »

Pas humain, hein... Le pourchassant comme son ombre, le Saint sous couverture franchit à sa suite le seuil de la chambre où Oblivion reprenait des forces grâce à un repos bien mérité. Le corps noyé sous les bandages et branchées à une véritable constellation de perfusions – il en comprit à peu près l'utilité au premier regard -, il aurait été difficile de croire que son état s'était amélioré en quoi que ce soit. Mais eux qui auraient dit cela ne l'auraient pas vu comme elle était au moment d'être emmenée au bloc. La mine grave, « Aquarius » scruta les moniteurs sans parvenir à les déchiffrer, se fiant à la seule impassibilité de son guide pour se convaincre que tout allait bien. Autant que possible.

« Jamais vu un truc pareil. » reprit-il en se grattant la joue, observant lui aussi, solennellement, la silhouette endormie. « Au moins, ce mois-ci, j'aurai bien mérité mon salaire. On pourra dire que vous m'aurez donné du boulot. Déjà rien que les fractures, c'était pas joli à voir, mais alors le reste... Je pense m'en être pas trop mal tiré. Avec de la chance, on devrait pouvoir la garder en un seul morceau. Par contre, pour son visage, j'ai pas pu faire grand chose à part nettoyer les plaies. »
« Vous avez déjà fait beaucoup. » observa le guerrier ressuscité. « Merci beaucoup, docteur... »
« Tim Howard. Faites-moi plaisir, faites comme tout le monde et appelez-moi Tim. »
« Tim. » rectifia-t-il avec un léger sourire.

Après avoir demandé la permission et qu'elle lui ait été donné d'un geste (« faites comme chez vous »), il se rapprocha à pas lents du lit d'hôpital où la Saint de la Lyre dormait d'un sommeil qu'il espérait serein. S'agiter ne serait pas bon dans son état, et elle avait bien assez souffert – assez pour une vie entière. S'il avait emporté avec lui l'Armure d'Argent, la lui rendre n'était pas dans ses projets. Ultimement, ce serait bien sûr à elle d'en décider : il n'avait plus l'autorité de rompre le lien qui les unissait et n'aurait de toute façon pas voulu lui faire cette peine. Mais comment croire qu'elle pourrait un jour à nouveau marcher sur un champ de bataille ? Cela ne devait pas être. Rien qu'à y penser, il en avait la gorge nouée.

Arrivé à sa hauteur, il tendit une main prudente vers son visage, la berçant d'une caresse lente et minutieuse, s'attardant sur les rares parcelles de peau à l'air libre, allégeant encore son geste lorsqu'il passait par-dessus les pansements. Rien qui put lui sembler être plus que le souffle du vent, la chaleur mise à part. Se penchant sur elle, il approcha son front du sien sans jamais le toucher, ne voulant pas risquer que des entailles bien que suturées se réveillent à son contact. Il en profita pour « faire glisser » en elle une partie de sa cosmo-énergie, à si petites doses qu'elle en était invisible. Discrétion oblige. La beauté défigurée aurait besoin de toutes les forces disponibles pour se rétablir, et la sienne était encore trop faible pour remplir son office.

« Maintenant que j'y pense, moi aussi, j'aurais une question à vous poser. »

Occupé à se redresser, Arsiesys se figea dans son mouvement. Avait-il remarqué ce qu'il faisait ?

« C'est vous qui l'avez congelée, pas vrai ? »

Le malaise qui l'avait gagné s'atténua, sans tout à fait s'en aller. La menace était moins directe qu'il ne l'aurait pensé, mais il y avait quand même un risque. Le Saint du Verseau ne se voyait pas lui mentir, encore moins après tout ce qu'il avait fait pour eux. Mais il avait déjà relaté brièvement les circonstances dans lesquelles il l'avait trouvée en n'omettant que les détails « surnaturels », et le médecin n'aurait de toute façon pas été dupe après avoir vu le sable sur les vêtements qu'il avait dû découper pour opérer. Alors comment justifier qu'il ait pu faire descendre si bas sa température corporelle en plein désert et sans équipement ? Cherchant en vain la meilleure réponse à donner, il fût content de n'avoir finalement pas à le faire.

« Je vous demanderai pas comment vous avez fait, reprit-il, mais c'est du travail de pro, et même plus que ça. Aussi bas qu'on peut descendre sans entraîner de séquelle au dixième, non, au centième de degré près. Et elle a commencé à se réchauffer dès que vous l'avez lâchée. J'en connais qui tueraient pour bosser avec quelqu'un qui fait un boulot aussi propre, vous savez ? »

S'il savait que la réponse était dans ses paroles, qu'en penserait-il ? Ne s'attendant guère à être la cible de tant d'éloges, d'autant que le personnage n'avait pas vraiment le profil à donner dans le laudatif. Fallait-il y voir sa méthode à lui de tâter le terrain, de mener l'enquête ? Le Dernier Centurion avait, sans offense, bien du mal à croire que de tels propos de sa part puissent être innocents et qu'il n'avait pas une idée derrière la tête. Après quelques secondes d'un silence qui n'était perturbé que par le ronronnement diffus de la machinerie, Arsiesys gratifia son propriétaire d'un de ces sourires sibyllins que lui seul connaissait – ceux qui semblent renfermer tous les mystères de l'univers et même un peu plus.

« Sincèrement navré de vous décevoir, mais je crains de n'avoir pas la fibre médicale. »

Ils échangèrent un sourire de connivence qui se perdit dans la pénombre du local.

« Vous n'avez toujours aucune idée de ce qui a pu lui arriver ? »
« Si je le savais, je vous prie de croire que le coupable en aurait été informé comme il se doit. »

À ces mots, l'interne manqua de s'étrangler avec son café.

« ...Vous voulez dire que c'est un type... Un être humain qui lui a fait ça ? »
« Non... Pas un humain. Un démon. »

Le scepticisme qu'il y avait dans le regard qu'il lui lança ne sembla pas l'empêcher d'accepter cette version des faits. S'il ne le prenait pas encore pour un fou, il n'y avait pas de raison pour qu'il ne le croie pas quand il avançait une telle théorie, même si lui-même n'en savait rien. Théorie que la parfaite dignité de son regard ne faisait que corroborer. L'homme était trop malin pour le croire à même de plaisanter à ce propos. Soulevant à nouveau les épaules – pas qu'il ne voulait pas y croire, mais plutôt qu'il n'était, en fin de compte, plus très sûr de  vouloir savoir – il lui fit savoir qu'il l'attendrait en salle de repos et qu'il n'aurait qu'à « faire signe » quand il en aurait terminé. Laissé en tête à tête avec la patiente, il reposa les yeux sur elle et émit un triste soupir. Pas de dégoût, juste une peine profonde. Sa main retrouva d'instinct la sienne dans l'obscurité, la frôlant plus qu'elle ne la serrait.

« Oblivion... » murmura-t-il piteusement comme si cela allait changer quoi que ce soit.

Toute l'ironie du monde était dans ce nom : comment pourrait-elle jamais oublier ?
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t26008-oblivion
OblivionSpectre de la Mante Religieuse
Spectre de la Mante Religieuse

Date d'inscription : 15/02/2013
Nombre de messages : 1109
Age : 20
Double Compte : Ntikuma

Revenir en haut Aller en bas
Mer 1 Oct - 19:39
C'est si dur de se souvenir... je me rappelle du froid, de mes blessures qui se sont engourdies, et de quelques secondes qui ont parues durer une éternité... non... était-ce une éternité qui n'a duré que quelques secondes? Je ne sais pas. Comment savoir? Qui me le diras? Personne... pas vrai? 
Je ne dors pas. Le froid m'empêche de bouger et me force à fermer les yeux, mais j'entends toujours, si ce n'est que de vagues échos inhumains. Et des murmures, trop faibles pour que les entende bien. J'ai l'impression d'en reconnaître quelques une, mais...
Non. Je ne rêverai pas. Je ne dois pas dormir. Ce n'est pas un rêve.

Mais je ne dors pas. Je ne pense plus, parce que je n'ai plus rien à penser. J'écoute les voix, en essayant de comprendre ce qu'elles disent. 

D'un coup, je sens le froid qui s'estompe. La chaleur revient, désagréable et douloureuse et je me sens vaguement tousser. Une goutte de sang coule le long de mon visage, une seule. Les voix se distordent encore plus, les murmures deviennent plus claires... 

Ma gorge se bloque. Quelque chose s'enfonce dans ma trachée, me gratte l'intérieur de la gorge, et finalement s'arrête dans mes poumons. J'ai peur.

Peur.

Je veux me débattre. Je ne sais pas si j'ai bougé. Plusieurs mains, chaudes

Bouillantes, acides, ça fait mal, mal, mal

me retiennent et je sens quelque chose remonter dans ma gorge. J'ouvre les yeux, la lumière crue m'aveugle, je veux crier et je n'y arrive pas, après une autre éternité,

Ou pas? Qu'est-ce que t'en sais?

ma gorge se débloque et je cherche mon souffle en pleurant. Je ne tousse pas. Je ne crache pas de sang. On m'enfonce une aiguille dans le bras

Dans les épaules, dans les hanches, partout

et tout s'estompe, jusqu'à ce que, je crois, je m'endors.

Ça doit être un rêve, car je ne me suis jamais sentie aussi bien. Peut-être parce que je ne ressens plus rien? Ah non, il y a une sorte de... brise, toujours constante, et je n'arrive pas à dire si elle est chaude ou froide, qui me frôle le visage. Et l'éternité, encore et toujours. Combien de temps j'ai dormi? Je me dis que j'ai rêvé, que j'ai passé la nuit à Jamir avec Vermalis, que tout va bien, que

Arrête de mentir.

Je frissonne. On me parle. Non, ce n'est qu'un murmure. Je lui réponds, moi aussi en chuchotant, car je n'arrive pas à parler plus fort:

-Je ne mens pas.

Oui. Non. Tu mens. Tu ne sais rien. Suis le guide, le guide...

Il fait si noir... je ne vois pas le guide. Je devrais me mettre en marche, pour le retrouver, mais pourquoi bouger? Je ne sais même pas

Par où aller?

-Qu'est-ce que j'en sais? Qui es-tu?

Nouveau frisson. C'est ma propre voix qui me répond, déformée, cauchemardesque.

Toi. Moi. Tout et rien. Et tu es perdue.

-Non. Je sais où je suis!

*Rage?*

-LAISSEZ-MOI TRANQUILLE!!!


Je hurle, mes tympans éclatent. J'entends du verre qui se brisent, et les voix se multiplient. Et toutes ne répètent qu'un seul mot.

Pitoyable.

Je n'entends pas le *réveille-toi!* noyée par tous ces murmures. Je dois faire taire les voix, je dois arrêter de dormir! Peu importe ce qui me force au sommeil, je dois le combattre.

Mes muscles se raidissent. Je sens des draps contre ma peau. Les voix disparaissent.
Je suis déjà réveillée.

Mais depuis quand?

-... Ohé...?

Je ne m'entends même pas, tant ma voix est faible. Pourquoi appeler? Je suis seule. Si seulement... non, il y a quelqu'un tout près.

-Vermalis?

J'entends une autre voix. Une parmi tant d'autres. Sur le coup, je cesse presque de respirer. Je la reconnais, parmi toutes les autres. 
Je rêve encore. Il ne peut pas être ici.

-Non... Non, pas toi... 

Il est mort, par ma faute, mais pourquoi dois-je m'en rappeler maintenant? Je croyais être réveillée, il ne peut pas me hanter maintenant... je me débats faiblement.

-Je ne savais pas... je jure que je l'ignorais... je ne voulais pas ça, si j'avais su... je n'aurais pas appelé à l'aide, je le jure...!

Je tente de me calmer. Si seulement je pouvais me réveiller...

-Je suis tellement désolée... c'est ma faute...

Je sens une sorte de flash, puis une énergie, douce et familière, m'enveloppe. Mon armure? Pourrais-je enfin me réveiller? Comment savoir, avec mes yeux?

Il faut que j'essaie, une nouvelle fois. 
Lentement, doucement, j'ouvre les yeux.

Il fait très noir, donc rien ne m'aveugle. Mais je reconnais ce genre d'endroit, cette salle, je distingue ensuite le bruit des machines. Je suis dans un hôpital. Ce n'était qu'un rêve... je tourne la tête avec difficulté et aperçoit vaguement une silhouette, tout près du lit. Et je la reconnais. Ma gorge se sert. C'est impossible...

-A... Arsiesys?

Je rêve encore. Il ne peut pas être ici. Mais la vérité s'impose, dure mais pourtant si rassurante... ma voix reprend un tout petit peu de force, mais l'émotion la déforme.

-C'est vraiment toi?

Je n'arrive pas à y croire. C'était un mensonge. Iblis n'a jamais tué personne. Il n'y a pas eu de mort par ma faute. Je m'entends sangloter, plus que je ne le ressens. Je suis trop faible pour ressentir quoi que ce soit. Je veux tendre la main vers lui, mais je ne peux pas bouger. 

-Il m'a dit qu'il t'avait tué... il... il m'a dit que tu était mort à cause de moi... toi et Sargas... 

À la mention de mon frère, je me fige. 

-Je suis tellement désolée... je... j'ai été horrible...

Je me force à respirer normalement et je ferme les yeux. Mes forces me quittent déjà.

-C'est fini... c'est vraiment fini...?
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t27662-thanatos
ThanatosDieu de la Mort | Administrateur
Dieu de la Mort | Administrateur

Date d'inscription : 27/12/2012
Nombre de messages : 2101
Age : 24

Revenir en haut Aller en bas
Jeu 16 Oct - 5:14
En dépit de tous ses efforts, Oblivion s'agitait dans son sommeil. La voir et savoir aussi tourmentée n'était peut-être pas le pire, mais plutôt de ne savoir comment l'apaiser. Même lui qui s'était toujours voulu père et guide parmi les siens, modèle de stabilité et facteur rassérénant, ne savait comment s'y prendre. Prendre sur soi le fait d'autrui était quelque chose qui le connaissait bien, mais ce fardeau-là était de ceux qu'il ne pouvait pas porter. S'il l'avait pu, il l'aurait fait volontiers, mais le Destin ou les Dieux – n'était-ce pas du pareil au même ? – avaient vraisemblablement cru bon de le mettre en face de l'irrémédiable pour (re)commencer. Sans être encore tout à fait remis du choc que la trouver si mal en point avait causé chez lui, le Saint du Verseau se sentait déjà plus paisible, mais hélas pas assez pour trouver la parade à ses maux.

Se trouver dans un monde qu'il ne connaissait pas, qui n'était pas le sien n'y était pas étranger. Même s'il le prenait avec philosophie et s'émerveillait plus qu'il ne s'effrayait de chaque découverte, restait que tous ses repères restaient à refaire. Une absence de plus de mille-cinq-cent ans ne se comble pas en un claquement de doigts. Ainsi, s'il s'était très vite habitué à leur présence et à leurs bruits, n'avait -il pas la moindre idée de ce à quoi toutes ces machines bien différentes de ses mécaniques antiques pouvaient bien servir. Sa capacité à déterminer qu'ils étaient réellement bienfaisants ne tenaient qu'à la parole de son nouvel ami – en qui il avait toute confiance, cependant. Dans cette ère comme dans une autre, Arsiesys avait toujours été doué pour discerner la vraie nature des gens. Leur potentiel. Il y a des choses qui ne changent pas.

À l'agitation succédèrent les cris. L'envie le prit de l'immobiliser, mais les blessures constellant son corps étaient si nombreuses qu'il n'aurait su comment s'y prendre pour ne pas plus la meurtrir. Quant à la réfrigérer à nouveau, c'était hors de question : s'il avait eu la chance – du débutant – d'y arriver, rien ne garantissait qu'il soit aussi brillant à reproduire l'exploit. Tout ce qu'il put faire fut d'atténuer encore la chaleur ambiante, dans l'espoir que le vent glacé saurait la ramener vers de moins sombres pensées. Aquarius, quant à lui, était déchiré entre l'horreur qu'elle puisse revivre en rêve ce par quoi elle était passée et le besoin impérieux de la laisser se reposer. À quoi bon la sortir de ce cauchemar, si c'était pour qu'elle en vive un éveillé ? En songe, au moins, tout pouvait encore s'arranger ; on ne pouvait en dire autant de la réalité.

Le Chevalier d'Or eut un mouvement de recul quand elle ordonna qu'on la laisse tranquille, avant de se rendre compte que l'injonction ne lui était pas l'adressée. Ne pouvait l'être. Même dans ses rêves, elle continuait de se battre... Et c'était une lutte dans laquelle il ne pouvait l'aider. Peut-être serait-ce le cas s'il lui faisait ouvrir les yeux, mais comment en être sûr sans avoir essayé ? Son effervescence était telle qu'on l'aurait crue dans un état de transe, comme possédée. Le fantôme de la douleur était tenace, de ceux que l'on prend parfois toute une vie à exorciser. Il ferait bien sûr tout ce qu'il pouvait pour l'aider, mais quel poids pesait-il dans la balance des souffrances ? Le seul faisceau de lumière dans l'obscurité était qu'elle soit encore là. Qu'elle ait encore la force de vivre. Tant que ce serait le cas, il y aurait encore de l'espoir.

« Sois sans peur. Ici, les cauchemars ne viendront pas. Le froid empêchera leurs flammes de te faire du mal. »

À nouveau, sa main alla caresser son front, cette fois en un contact purement rassurant. Elle n'avait pas de fièvre : le problème était plus profond que ça. Gravé dans sa chair, dans son âme. Ses doigts repoussèrent les mèches abîmées, caressant d'un geste répétitif, machinal une peau qui ne l'était pas moins. Que n'aurait-il pas donné pour pouvoir lui promettre que c'était la dernière fois – que jamais plus cette ombre ne planerait au-dessus d'elle. Mais il n'y avait qu'une solution pour cela, et il savait déjà laquelle. Ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait entreprendre tant qu'il aurait une blessée sur les bras, et son bien-être était sa première priorité. Pour une fois qu'il avait la possibilité de sauver quelqu'un, d'empêcher malheur d'arriver, il ne la laisserait pas passer. Mieux valait attendre d'avoir repris tout son sang-froid avant d'initier quoi que ce soit.

« Tu n'as rien fait de mal. » certifia-t-il, baissant encore d'un octave.

Sa voix n'était plus qu'un murmure, un souffle, à peine plus audible que celui de la climatisation que sa simple présence rendait parfaitement obsolète. Si même avant que tout cela n'arrive, Oblivion lui paraissait déjà n'être encore qu'une enfant, c'était d'autant plus vrai à présent. Une petite fille perdue dans le noir, en quête d'une présence rassurante pour apaiser son sommeil troublé. Le percevoir sous cet angle lui était pénible : que pouvait-il bien rester de son innocence après ça ? Des débris, et puis voilà tout. C'était justement pour empêcher que de trop jeunes gens perdent la leur qu'il était revenu parmi les vivants, alors pourquoi n'avait-il pas été là ? Était-ce en vain qu'on l'avait fait rejaillir des couloirs du temps, auréolé de sa gloire passée ?

Sa mine se fit plus sombre et torturée tandis qu'il ressassait ces noires idées, sans rompre un contact qui lui faisait peut-être autant de bien qu'à elle, tout compte fait. Un étau le prit à la gorge. Il n'avait pas pour habitude de verser dans les effusions, aussi chaleureux qu'il puisse être parfois. Pas parce qu'il associait l'émotivité à une quelconque faiblesse, bien au contraire – le coeur étant à son sens le plus grand trésor des Chevaliers d'Athéna. Mais toujours dans cette optique de ne pas flancher là où tant d'autres comptaient sur lui, le prenaient en exemple. Une responsabilité dont il avait en grande partie délesté à l'heure de sa mort, sans que le titre de Gold Saint lui permette de totalement oublier.

Mais l'impuissance, surtout quand il s'agissait d'éviter des souffrances inutiles à sa « famille », était bien l'outil le plus à même de fêler son masque de sérénité. Pourtant, quand frémirent ses paupières avant de se soulever et que ses yeux retrouvèrent la lumière, la pluie mélancolique qui se déversait sur son âme cessa pour n'être plus que rosée à l'aurore. Il fût tenté de caresser sa joue pour s'assurer que ce ne soit pas une frasque de son imaginaire, mais préféra en fin de compte ôter sa main pour ne pas la gêner. Même s'il veillait scrupuleusement à éviter les blessures, il n'avait aucune garantie que cette proximité lui soit encore agréable : autant lui laisser le temps. Un fin sourire se peignit sur ses traits avec l'élégance d'un coup de pinceau sur une toile de maître.

« Je n'en connais nul autre. » répondit-il avec entrain quand elle s'enquit de son identité.

Il semblerait que la mort ne veuille pas de moi, faillit-il se confier à elle, mais il referma les lèvres avant d'avoir pu vendre la mèche. Inutile d'encombrer son esprit somnolent avec ça pour le moment, elle aurait déjà bien assez à penser pour se recentrer dans le temps et l'espace. Moins étouffante que la précédente, mais là tout de même, une boule se forma dans sa gorge quand elle évoqua le nom de Sargas. Même s'il n'avait pas obtenu la preuve formelle de sa mort, voir quelqu'un d'autre porter son Armure était, comme souvent, un signe qu'un initié pouvait difficilement ne pas décrypter. Quant à savoir si cela avait le moindre lien avec son bourreau... Il garda pour lui ces réflexions, tout en ayant la malheureuse assurance que ce n'était que mieux remettre à plus tard.

« Fini et bien fini. Comme toute histoire, bonne ou mauvaise, doit un jour s'achever. Et je ne laisserai pas celle-ci continuer. Pas même une page.  »

Malgré sa volonté de lui offrir un peu d'espace, le gardien de la onzième maison passa le pouce sur sa bouche éraflée. Ce n'était pas un geste tendre, quand bien même il le fut autant que faire se peut ; pour faire couler entre ses lèvres gercées un fin filet d'eau glacée jusqu'à sa gorge asséchée. Il ne lui avait pas demandé son avis, mais il était logique de supposer que le besoin s'en serait fait sentir bien assez tôt, et tenir quelque récipient lui aurait certainement été compliqué au moment présent. Avec lenteur, il éloigna à nouveau la main de son visage pour mieux en cueillir la sienne, prenant garde à l'endroit où il posait ses doigts. Déjà penché sur elle, il s'inclina un peu plus pour qu'elle n'ait pas à parler trop fort. Lui épargner tout effort superflu pour qu'elle économise les forces qui manqueraient à l'appel bien assez tôt était le mieux qu'il puisse faire.

« Nous partirons pour le Sanctuaire dès que tu te sentiras en état. J'ai fait comme j'ai pu en t'amenant ici, mais c'est encore là-bas que tu seras la mieux soignée. Ne te sens pas pressée surtout, la route sera longue et je ne voudrais pas que tu en souffres... Ça te va ? »
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t26008-oblivion
OblivionSpectre de la Mante Religieuse
Spectre de la Mante Religieuse

Date d'inscription : 15/02/2013
Nombre de messages : 1109
Age : 20
Double Compte : Ntikuma

Revenir en haut Aller en bas
Sam 18 Oct - 22:37
Je me sens déchirée de l'intérieur. Partagée entre la peur de mes rêves et l'envie de pleurer de joie, parce que tout n'est pas perdu. Arsiesys est vivant. Même après tout ce que qui s'est passé... j'ai essayé d'être forte, mais maintenant j'en ai assez.

-J'ai... j'ai eu tellement peur...

Une brûlure me lancine la poitrine et un bourdonnement m'envahit la tête alors que ma respiration se fait rapide et irrégulière. Asphyxie, hyperventilation, asthme peut-être, il n'y a pas si longtemps je l'aurais su mais maintenant je n'y accorde plus d'importance.
J'ai encore peur. Tant qu'il y a de la douleur, ce ne sera pas fini. Et ce qui vient d'arriver, ça ne se terminera jamais complètement. Peut-être que maintenant est le moment où je serai le plus tranquille, pendant ce premier retour d'un peu d'espoir. C'est fini, Arsiesys l'a promis.

Et s'il pouvait vraiment faire quoi que ce soit il aurait empêcher cette histoire de seulement commencer.

Non. Je suis réveillée. Pourquoi j'entends encore la voix? Ça doit être quelqu'un d'autre qui a parlé, qui se cache dans la pièce. 
Quelqu'un qui a ma voix?

Je viens pour dire quelque chose, n'importe quoi, pour soit dire que c'est vrai ou faux, quand je sens le doigt du Verseau se poser sur mes lèvres. Ce n'est pas agréable et alors que je veux secouer la tête pour lui faire signe de s'éloigner, je sens quelque chose couler dans ma gorge. De l'eau. Pas comme l'eau de pluie, chaude et sale du Domaine oublié, mais une eau propre et surtout glacée qui me convainc bien vite de me taire. Je n'avais pas réalisé à quel point j'avais soif.

Les secondes passent. Arsiesys me tient la main, et bien qu'il semble faire attention ça me fait mal. Sauf que je me force à l'ignorer. Je n'ai eu que Sargas pour me rassurer quand j'avais peur, pour m'aider quand j'avais besoin d'aide et pour me soutenir quand j'en avais besoin. Et pourtant, Sargas n'est pas là, c'est le Verseau qui est venu à mon aide et qui a pris sa place. Je ne lui serais jamais assez reconnaissant d'avoir répondu à mon appel et de m'avoir retrouvé.

Trop tard.

Il se penche vers moi pour me dévoiler la suite de son "plan." Retourner au Sanctuaire pour que je sois soignée correctement quand je serai prête. Je tente de "forcer" mes yeux à s'ajuster pour bien le voir, car il n'est qu'une forme floue, mais la douleur qui en résulte me force à fermer les yeux et me contenter de hocher la tête faiblement. 

-D'accord. On ira au Sanctuaire. Et je vais m'excuser à Sargas. Et au Gémeau. Je vais même demander pardon à Nephtys, à Aiden, à Rafarunto... je vais être gentille, promis. Je vais tout réparer.

Je force un sourire. Quand nous serons au Sanctuaire, tout va s'arranger. Ça n'a pas été facile, depuis l'arrivé des dieux hindous et la disparition de Vermalis, mais les choses iront mieux. Elles ne peuvent pas être pires, de toute façon.

Ils pourraient ne jamais te pardonner. Tu pourrais crever en chemin. Ce Verseau-là n'est pas digne de confiance.

Je tourne la tête vers Arsiesys et serre sa main comme je le peux.

-Ne l'écoute pas... je peux te faire confiance... ce n'est pas moi... je te dirais où elle est mais je ne sais pas... je ne vois plus rien...

J'ai l'impression qu'il s'éloigne. Les sons deviennent plus faibles, plus distants, même la douleur n'est plus la même. Mais je ne veux pas me rendormir, pas avec les voix qui me parlent dans mes rêves... ces somnifères d'hôpital sont plus faciles à combattre que ceux d'Iblis, mais pas éternellement. Ma voix est à peine audible, mais je refuse d'affronter tout ça à nouveau seule.

-Reste avec moi... ne me laisse pas toute seule...

Et enfin, le noir. Il n'y a plus rien. Sauf les voix, de simples murmures qui me disent des choses que je ne comprends pas. Une seule voix, claire et rassurante, semble plus vraie que les autres, et ce n'est pas Arsiesys.

*N'oublie pas ta mission.*

Je soupire alors que les larmes coulent à flot sur mon visage. Est-ce là le prix à payer pour ma seconde vie?

-Je n'oublie pas.
avatar
http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t27662-thanatos
ThanatosDieu de la Mort | Administrateur
Dieu de la Mort | Administrateur

Date d'inscription : 27/12/2012
Nombre de messages : 2101
Age : 24

Revenir en haut Aller en bas
Lun 20 Oct - 3:32
« Je sais. »

C'est bien tout ce qu'il trouva à répondre. Il aurait voulu faire tellement plus, avoir tellement plus de mots de réconfort à lui donner... Mais même de cela, il n'était pas capable. Prétendre comprendre, et de quel droit ? Il n'avait pas été là. Il n'avait pas vécu ça. Il pouvait bien se répéter autant qu'il le voulait qu'il aurait volontiers pris sa place, ce n'avait pas été le cas. Oh, il connaissait la peur, même s'il s'obstinait à prétendre le contraire. Mais il n'avait pas ressenti celle-là. Ni ne le ferait sans doute jamais – ni personne d'autre, il l'espérait ; il s'y était engagé et ce n'était pas une parole en l'air. Non, il n'avait pas le pouvoir revenir en arrière, qu'importe combien il le voudrait. Mais il n'était pas trop tard pour s'assurer que cela ne se reproduise plus jamais.

Sans oser aborder avec elle le sujet de peur de retourner le couteau dans une plaie encore bien trop fraîche, il imaginait que c'était ce qu'elle voudrait. Tout d'abord pour que nul n'ait à souffrir comme elle avait souffert... Mais aussi pour la venger. Même s'il ne le dirait jamais en ces termes, qui selon lui n'avaient leur place ni dans la bouche ni dans le coeur d'un Saint, mais c'était bien de cela dont il s'agissait. Même – et surtout – en ces temps reculés d'où il venait, où l'épée était encore un peu trop prompte à s'exprimer et le sang à couler, Arsiesys avait toujours été un homme de paix. L'idée de répondre au sang par le sang ne l'aurait pas effleuré. Mais il est des choses que même lui ne pouvait pardonner. Et la cruauté en faisait partie.

Pour avoir lui-même constaté de ce dont il était capable et avoir toute confiance en ses capacités de jugement, il pouvait dire que mettre ce monstre hors d'état de nuire n'était plus une option, mais une nécessité. En étant celui qui avait secouru son dernier « jouet » après qu'il l'ait brisé puis jeté, ne pas en faire une affaire personnelle tenait de l'impossibilité. Enfin, s'il ne prendrait nul plaisir à le faire, il était bien trop humain pour ne pas au moins s'en sentir allégé. Au point qu'il en éprouva par avance une vague de culpabilité, alors pourtant qu'il se savait incapable de le tuer. Ce qui, toutefois, ne voulait pas dire qu'il manquait de choix pour le neutraliser... S'il n'en avait encore été courroucé, il aurait pu se faire peur à lui-même d'être capable d'ainsi raisonner.

Ce n'était pas une façon de penser dont il se serait cru capable. Sa vie d'avant l'avait-elle transformé plus qu'il ne l'aurait cru sans en avoir l'air, ou était-ce l'influence de ceux qui lui avaient légué cette autre armure dorée ? Sans réussir à le déterminer, il n'était pas sûr de devoir en être très rassuré... La main d'Oblivion dans la sienne l'empêcha de trop s'attarder sur le sujet. C'était vrai : avant de penser à mener des représailles à sa place, encore fallait-il l'aider à se relever. Surtout pour l'heure où c'était de lui qu'il avait besoin, quand bien même il ne pouvait rien. Il s'en voulut d'avoir pensé à quoi que ce soit d'autre avant cela. Non, il ne savait ce qu'était cette partie de lui qui s'offusquait qu'il se croie à sa place parmi les blessés, mais elle allait devoir l'accepter.

À voir son regard errer dans sa direction, il comprit tout de suite que c'était lui qu'elle cherchait.

Il ne savait trop s'il devait l'y encourager ou, à l'inverse, lui dire de ne pas insister : la douleur décida à sa place. Rien d'étonnant à cela : ses yeux avaient été gravement endommagés dans le processus, et que sa vue ne soit pas menacée comptait parmi les rares bonnes nouvelles. C'était d'ailleurs l'un des espoirs auxquels il se raccrochait : si elle avait pu être sauvée, rien n'était impossible. À défaut de connaître la portée de la médecine moderne, au moins savait-il qu'elle avait beaucoup à donner. De là à savoir dans quelle mesure elle pourrait l'aider... Il ne put que sourire malgré lui quand elle lui fit part d'excuses qu'elle devrait. Aussi déconcertant que ce soit, si elle était à même d'y penser, c'était bon signe en soi... N'est-ce pas ?

« Si tu y tiens. Mais tu n'as rien fait de mal. »

Il n'en savait rien en vérité, mais si elle avait quoi que ce soit à se faire pardonner, il était d'avis que ce n'était rien que cette mésaventure ne fasse oublier. L'un des, si pas le seul bon côté qu'elle puisse y trouver. Il ne savait d'elle que peu de choses, il est vrai, mais ce peu ne lui avait pas laissé à penser une seule seconde qu'elle puisse être une fille à problème. Que ce soit la première chose à laquelle elle pense en dépit des circonstances suffisait à le prouver. Si la position s'y était prêtée davantage et qu'il n'avait craint de lui faire mal, sans doute aurait-il posé sur sa tête cette main paternaliste dont il avait affublé tant de Chevalier. Il éprouva une triste nostalgie à l'idée que tous sans exception soient aujourd'hui morts et enterrés. Pour certains, ils étaient même partis avant lui...

Non, elle n'avait rien brisé, il en était certain. Lorsqu'elle lui retourna son sourire, il ne put réprimer un pincement au coeur. S'il avait dû être autrefois aussi radieux que le soleil lui-même, de ceux que l'on en vient à souhaiter d'avoir provoqué, il avait mal pour elle à voir comme il tirait à présent sur les cicatrices sillonnant son visage sous le masque de gaze. La suture était de qualité, mais le blanc en avait déjà viré pour moitié à l'écarlate. Le temps passant, cela ne pourrait qu'aller en s'améliorant, mais tout optimiste qu'il soit, le Verseau savait que ce ne serait jamais plus pareil. Ce n'était point un problème pour lui, mais un tel visage ne serait pas facile à porter. Néanmoins... Tant qu'elle aurait ce sourire, il avait envie de croire que tout irait pour le mieux. Puisse-t-il ne pas se tromper.

Son coeur rata un battement quand elle lui dit de ne pas écouter... Quoi ?

C'était toute la question. Il aurait aimé pouvoir se dire que ce n'était qu'une divagation à mettre sur le compte de la fièvre ou de la médication, voire les deux à la fois, mais n'était-ce vraiment que cela ? N'était-ce pas un peu trop naïf de sa part de croire que seule sa chair portait les séquelles de cet enfer sur terre duquel il l'avait évacuée ? La bouffée délirante semblant se classer sans suite, il affecta n'avoir rien entendu – aussi préoccupé qu'il soit en réalité. Ce ne serait pas un problème si cela restait un phénomène isolé, mais dans le cas contraire... Cela ne fit que le conforter dans sa décision de rester auprès d'elle jusqu'à ce que ce cauchemar soit derrière elle. Plus que jamais, elle avait besoin de quelqu'un, d'une épaule sur laquelle se reposer, et comment la lui refuser ?

« Tu n'es plus seule. »

Ses doigts se faufilèrent entre les siens. Il aurait voulu lui promettre qu'elle ne le serait jamais plus, mais c'aurait été contraire à sa manière d'être – celle voulant que chaque jour puisse être le dernier pour lui dont le temps était déjà écoulé. Pourvu qu'il y ait une vie sauve à la clé. Et puis, il ne savait dans quelle mesure celle qu'il vivait en ce moment était fiable. Ja'far avait sa plus entière confiance, mais il doutait qu'il se livre souvent à ce genre d'expérience – ou soit en mesure de lui dire combien de temps elle pouvait durer. L'incertitude la gouvernait, mais il ne s'en sentait nullement lésé. Même si ce devait n'être que pour un jour, c'était déjà formidable de pouvoir fouler une terre plus vieille de plus d'un millier d'années.

Et qui était-il pour se donner tant d'importance, au fond ? Elle devait avoir quelqu'un d'autre sur qui compter. Les larmes qui inondèrent son visage n'en furent pas moins comme autant de poignards à son cœur. Quand à nouveau le sommeil se fut emparé d'elle, il caressa son visage quelques secondes durant – pour attendrir sa rêverie, mais pas seulement. Mémorisant l'ossature de son visage, il se mit rapidement au travail. Le son légèrement distordu de sa respiration ne devient bientôt qu'un bruit de fond alors qu'il créait à partir de rien un bloc de glace. D'abord grossier, il se raffina de plus en plus à force de gestes habiles, ses mains étant le seul outil dont il avait besoin pour façonner la matière. Elle lui obéissait.

Maîtriser le froid était une chose, mais cette faculté à elle seule ne le plaçait pas encore sur un pied d'égalité avec ceux qui l'avaient précédé dans ce rôle. Il devait encore affirmer son emprise sur cette discipline. L'intensité qu'il pouvait lui donner n'était pas un problème, les soins prestés sur l'ex-Gold Saint du Scorpion l'avaient prouvé. C'était bien pour ça qu'il devait récupérer au plus tôt la précision chirurgicale qui était la sienne autrefois – car il n'était plus question de flèches à décocher cette fois. Et quel meilleur moyen qu'un exercice minutieux pour cela ? Un centimètre après l'autre, le pain de glace perdit du volume jusqu'à n'être plus qu'une mince couche de verglas. Un masque richement ouvragé, dont la nuance de bleu n'était pas sans rappeler celui, surnaturel, de ses yeux.

Sortant de sa frénésie créative, il parcourut du regard les arabesques qu'il y avait tracé sans vraiment y penser. Son « nouveau visage » ne le dérangeait pas ni ne lui inspirait de dégoût en aucune façon. Néanmoins... Ce ne serait pas le cas de tout le monde. Même sans cela, elle-même aurait sans doute du mal à se faire à sa propre image. Toute considération esthétique mise à part, un rafraîchissement permanent ferait certainement du bien à ses plaies, la fraîcheur de l'ouvrage ayant été mesurée avec soin pour ne pas faire plus de mal que de bien. Rien ne l'obligeait à le porter, mais il tenait à lui faire ce cadeau – tout en lui souhaitant pourtant, si elle l'acceptait, de pouvoir au plus tôt s'en passer. Les finitions achevées, il le déposa sur la table de chevet et, croisant les bras sur le matelas, s'abandonna lui aussi à la nuit.


* * *

« Il est encore trop tôt pour opérer. » dit-il en grattant une barbe plus drue encore que le jour où il les avait reçus. « J'suis pas un expert, mais je peux au moins vous dire qu'il faudra au moins attendre que ça ait dégonflé. Je dis pas qu'on pourra tout enlever, mais... » Il haussa les épaules. « Bah, vous verrez bien par vous-même. Moi, j'ai fait ce que je pouvais. »
« Je saurai m'en rappeler. » affirma Arsiesys en lui serrant la main. « Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous, ce ne sera pas oublié. »
Il rompit le contact, presque agacé. « Ah, ta gueule ! J'ai fait que mon boulot. Et je veux plus jamais vous revoir. »

Arsiesys sourit. Après quelques jours à le fréquenter, il commençait à connaître le spécimen, et n'y vit que sa manière à lui de leur souhaiter de bien se porter. Une tasse de café à la main (il semblait à Aquarius que c'était le cas à chaque fois qu'il le voyait, comme si elle faisait partie intégrante de son être), il les avait accompagnés jusqu'à la porte arrière de l'hôpital. Celle-là même par laquelle il était arrivé avec la blessée et où il avait attendu que s'achève son opération. En plus de vêtements civils fournis pour l'occasion – le toubib leur avait caché s'être servi dans les effets de défunts n'ayant pas été réclamés –, ils emportaient avec eux leurs Armures, qui n'avaient depuis le premier jour cessé de passer d'un cagibi à un débarras – et vice et versa.

« 'sûr que ça va aller avec elle ? » demanda-t-il en avisant la demoiselle.
Le Verseau l'observa lui aussi à la dérobée, vaguement inquiet. « Il va bien falloir. Ne vous en faites pas. Vous ne nous avez pas vu sous notre meilleur jour, mais... Nous sommes beaucoup plus forts que vous le croyez. »

Une semaine avait filé depuis lors. Sans être tout à fait guérie – et sans être près de l'être –, Oblivion  s'était assez remise de ses blessures que pour pouvoir bouger. Le Gold Saint aurait préféré prolonger son séjour par sécurité, mais ils ne pouvaient pas se permettre d'attendre. Par la force des choses, il n'avait pu que laisser le Sanctuaire sans nouvelles tout ce temps. Y retourner dans ces conditions ne serait pas une promenade de santé, mais elle semblait pressée de rentrer. Or, celui à qui l'on donnait le nom de Dernier Centurion n'avait pas attendu les études contemporaines pour savoir que, quelle que soit la convalescence, on ne la vit jamais mieux que dans un environnement familier. Une fois que le médecin les eût salué pour regagner sa passionnante tournée de consultation, il se tourna vers sa protégée, l'air aussi chaleureux que faire se peut.

« Allons-y. Rentrons. »

Malgré l'effet d'annonce, il resta là, à la considérer en silence. Au bout d'une poignée de secondes, il la gratifia d'un sourire sibyllin et, sans lui laisser le temps de comprendre ce qui avait pu lui passer par la tête, s'inclina devant elle. Genou en terre, il lui tourna le dos et se redressa brusquement pour l'y charger sans qu'elle puisse protester. Ses bras soutinrent ses cuisses, l'incitant à les serrer autour de sa taille. Malgré la rudesse du mouvement, il avait bien entendu pris garde à ne pas la blesser. Que cela lui plaise ou non, il ne la voyait pas marcher des kilomètres dans son état. Ce n'était certes pas le plus confortable qui soit, ni le plus formel. Mais des convenances, il n'avait toujours fait que peu de cas. Ajouter son poids au sien, en plus de celui de leurs deux Cloths, n'allait pas l'aider à forcer l'allure, mais il préférait ça que de la voir choir à nouveau. Il la porterait jusqu'au bout du monde, si ça pouvait changer quoi que ce soit. L'observant d'une œillade amusée, il lui lança avec entrain :

« Quel que soit le temps que ça prendra. »
Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

[Le Désert] La chute des étoiles [PV Arsi]