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OblivionSpectre de la Mante Religieuse
Spectre de la Mante Religieuse

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Mar 3 Nov - 17:03
Aussitôt le pied mis en dehors de cette maudite Forêt, je quitte les lieux dans un mélange de bonds cosmiques et de course effrénée à une vitesse inimaginable, ne m'arrêtant jamais pour regarder derrière. Je ne peux pas me résoudre à faire ça. Quelques secondes après avoir enfin pris une décision, tout avait déjà tourné au cauchemar et j'étais forcée de fuir, pour m'assurer du succès de la mission... aux dépends de la vie de ceux que je devrai bientôt appeler mes collègues. J'ai ressenti les combats, l'énergie qui s'en dégageait et la puissance d'Humbaba qui a fait disparaitre le cosmos des deux Spectres, un à la fois... ils devraient pouvoir revenir, ce sont des Spectres, mais si je pouvais comprendre ce qui le leur permettait... mais qui empêche Prayer de le faire...
J'ai le réflexe d'essuyer une larme, mais la surface de mon masque n'en porte aucune trace... les vrais problèmes se cachent en dessous. Une bien belle métaphore, si elle pouvait soulever autre chose que des problèmes. Ce n'est pas si facile de se débarrasser d'un masque, réel comme fictif, quand il nous protège de la douleur.
Abattre le Sapindus ne ramènera pas Prayer. Mais quand ce sera fait, au moins je saurai que ça n'arrivera plus, que faute de pouvoir guérir nous allons prévenir. Et la première chose que je ferai une fois libre de toute accusation, encore vivante (dans la mesure du possible) et supposément plus puissante, ce sera de retrouver le Rosaire et le détruire. Après tout ce que ma sœur a fait pour moi, c'est la moindre des choses.
 
Prayer est morte. Elle voulait que tu la sauve.
 
-Et c'est ce que je vais faire. Tiens bon, Prayer... ta grande sœur arrive...
 
Arrivée devant le grand manoir de la cité d'Elis, je m'avance vers l'entrée pour aller  à la rencontre des gardes, qui m'approchent aussitôt sur la défensive. Mes bras tremblants sous le poids de la hache qui pend lamentablement entre mes mains, je les dévisage à mon tour, le souffle court.
 
-Qui va là ?
 
-Je m'appelle Oblivion. J'ai... les Spectres Rogos du Dullahan et Wolgorn du Bourreau m'ont demandé de les rejoindre ici...
 
-Et pourquoi ça?
 
-Ils étaient en mission et ils ont eu besoin de mon aide. Leur but est de détruire l'arbre Sapindus, aux Enfers, et nous avions besoin d'une arme spécifique pour y parvenir, en plus de quelqu'un... vivant... Mais ils ont été vaincus par le géant Humbaba et nous avions convenu de se rejoindre ici.
 
Il pourrait très bien ne pas me croire. Je n’ai aucune preuve, je ne porte pas de Surplis, je pourrais très bien être un ennemi… je leur montre la hache, le garde l’examine et reporte son attention sur moi, plus particulièrement sur mon masque… puis…
 
-Viens avec moi.
 
Je suis le garde à l'intérieur du manoir, observant avec admiration les lieux. J'ai rarement eu l'occasion de visiter des endroits aussi luxueux, encore moins d'y être invitée... après l'atmosphère chaude et paradisiaque de la Forêt de Cèdres, le manoir me semble étrangement froid et ordonné, deux parfaits opposés. Nous arrivons dans un petit salon avec un canapé et quelques fauteuils, décoration typique de ce genre de lieu.
 
-Attends ici.
 
Puis, après m'avoir bien regardée de la tête aux pieds, il ajoute d'un ton compatissant.
 
-Des domestiques vont t'apporter d'autres vêtements.
 

Quelques heures plus tard, non seulement j'ai eu droit à de nouveaux vêtements, mais j'ai aussi eu la chance de me laver, de manger un peu et d'être mis au courant de la situation de Rogos et Wolgorn. Ils devraient être là bientôt. Recroquevillée dans un fauteuil, la massive hache d'Humbaba serrée contre moi, je sens mes paupières s'alourdir de plus en plus et je finis par fermer les yeux complètement, maintenant décidée de me reposer un peu. Je n'aurais peut-être plus jamais cette occasion... Selon le Bourreau, je pourrais ne pas survivre à la suite des événements.
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Mer 4 Nov - 18:43
Il avait fallu du temps avant que les stimulants et les anti-douleur administrés par les Squelettes fassent véritablement effet, mais une fois suffisamment d'attaque, le Dullahan n'avait pas traîné. Lui et son collègue étaient passé par le Puits des Âmes, débouchant ainsi dans les ruines inondées du Château d'Heinstein, parcourues de larbins occupés à dégager les cadavres de leurs camarades. Ils ne s'étaient pas attardés sur le triste spectacle des pierres fracassées, des murs écroulés, des salles éventrées, des corps broyés, et avaient grimpé aussitôt dans l'hélicoptère qu'ils avaient ordonné aux séides d'appeler. L'engin les conduisit par-delà la sombre forêt entourant les restes du quartier général des Spectres jusqu'à un petit aéroport où ils changèrent de moyen de transport ; heureusement que la logistique infernale fonctionnait encore même après leur défaite...

Ce fut donc en jet privé qu'ils gagnèrent la Grèce et les environs de la cité d'Elis, un voyage qui en rappela un autre à Rogos, effectué quelques heures plus tôt... Sauf que cette fois, le pilote était de leur côté, et pouvait donc s'attendre à survivre à ce vol. De là, ils se rendirent au manoir surplombant la petite ville, lieu de culte de leur Seigneur depuis l'Antiquité, et furent accueillis par le personnel de l'endroit, les tenues endimanchées des gardes et domestiques contrastant sévèrement avec les atours habituels des servants de l'Au-delà. Durant tout ce périple, l’Étoile de l'Ombre avait senti le poids du regard de Wolgorn, son impatience, son anxiété, les promesses des punitions qu'il infligerait à son collègue si la Berserker ne se trouvait pas ici. Ils n'avaient reçu ni Fée ni appel téléphonique pour les informer de la situation, mais peut-être était-ce dû au fait que le personnel ne pouvait utiliser le cosmos, et que les Spectres étaient injoignables en avion.

La tension fut cependant dissipée lorsque le majordome s'avança pour s'adresser à ses invités : « Bienvenue à Elis, messires. Je suis heureux de vous informer que votre amie est bien arrivée avec son... chargement. »

Le cavalier sans tête ne prêta pas davantage d'attention au domestique qui s'inclina devant eux et les invita à entrer. Tout ce qui comptait, c'était ces paroles. Il avait fait confiance à Oblivion, et il avait eu raison. Ils avaient acquis la hache, ils allaient pouvoir compléter leur mission, ils avaient une nouvelle camarade ! Même la perspective de ne pas subir les foudres de son camarade et de ses supérieurs n'était qu'une mineure partie de la joie qu'il pouvait ressentir ! Il se hâta donc dans les couloirs du manoir, sans maître depuis la mort de Phantasos, autant que le lui permettait son corps endolori, et arriva bientôt à un luxueux salon. Là, dans un fauteuil près de l'âtre, se reposait la jeune fille au masque, débarrassée de ses guenilles et serrant contre elle l'arme de légende, comme si elle ne pouvait se résoudre à lâcher ce trésor remporté de haute lutte. Fasciné, il prit quelques instants pour observer le mystérieux artefact aux couleurs et à la forme étranges, forgé à partir de la dépouille d'une abomination antédiluvienne, renfermant la puissance qui abattrait le Sapindus... Même immobile, la précieuse hache émettait une aura impressionnante, digne de son statut.

« Homme de peu de foi. » persifla doucement le Dullahan à l'attention du Bourreau, une remarque culottée considérant son propre (et habituel) pessimisme. Il entendait le majordome en arrière-plan, qui expliquait qu'ils avaient bien pris soin de la sœur de Prayer, qu'elle s'était restaurée, et autres détails triviaux. Il n'avait pas trop le cœur de la réveiller, mais connaissant les manières de son compère bougon, ils n'y couperaient pas : le sommeil bien mérité de l'ex-Sainte allait prendre fin. Réprimant l'envie de lui ébouriffer les cheveux comme à une enfant (il n'était pas sûr que ça ne lui vaudrait pas d'être à nouveau transformé en pelote d'épingles), il secoua légèrement la marmotte :

« Héhoooo, debout là-dedans ! »
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Ven 6 Nov - 20:59
Après avoir quitté les Enfers depuis l'Allemagne, Wolgorn et Rogos se rendirent en Grèce à bord d'un jet privé. Dans leur état actuel, il leur était impossible de se mouvoir à leur guise et d'utiliser le déplacement supersonique. Pour rejoindre Elis, il leur fallait donc user des moyens de transport classiques. Même si le voyage fut plus lent, les Étoiles Terrestres purent se reposer et n'eurent pas à rendre de comptes sur leur condition physique déplorable. S'exposer en public de la sorte était vraiment dégradant, surtout après avoir accumulé les humiliations successives. La chair du Bourreau était calcinée et il ne savait pas si les brûlures allaient un jour se résorber pour laisser place à une peau neuve. Le duo spectral demeura silencieux au cours du trajet, le Russe refusant de communiquer avec quiconque pour le moment. Il avait encore en travers de la gorge la réponse du Dullahan, qui le faisait passer pour un imbécile incompétent. Il se refusait à l'optimisme tant qu'il n'avait pas la preuve qu'Oblivion avait bien remplie sa mission.
 
Arrivés en Grèce, ils retrouvèrent le soleil de plomb méditerranéen, qui faisait regretter à l'Exécuteur la fraîcheur de l'Allemagne. Il en avait assez de suer comme un porc, surtout avec ses vêtements amples qui n'arrangeraient rien à la chaleur étouffante. Heureusement, ils passèrent peu de temps sous le soleil, se dirigeant directement vers le repaire des Spectres à Elis. Il s'agissait d'un manoir d'apparence ordinaire, construit sur une colline surplombant les ruines de la cité antique. Dès qu'ils arrivèrent au seuil de l'édifice, Wolgorn et Rogos furent immédiatement accueillis par des domestiques. Ceux-ci leur expliquèrent alors que la Berserker était présente et qu'elle avait emporté la hache avec elle.
 
Le Bourreau fut soulagé de la nouvelle, bien que regrettant d'avoir à se reposer sur cette fille à ce point. Les deux guerriers infernaux furent ainsi emmenés à l'intérieur du manoir pour retrouver leur camarade. Cette dernière était endormie dans un fauteuil du salon, l'arme légendaire serrée dans ses bras. L’Étoile de l'Ombre s'en alla la réveiller derechef, non sans avoir glissé dans l'oreille de son compère une pique à son encontre. Si le Russe s'était écouté, il aurait instamment giflé le Français pour son humour douteux. Néanmoins, il préféra afficher une expression neutre, soucieux de ne pas plus se ridiculiser. En plus, sous ses bandages et considérant la faiblesse de son cosmos, il était devenu ardu de saisir le fond de sa pensée. Ce n'était hélas guère suffisant pour réprimer le sentiment de honte que lui avaient infligé ses deux compagnons de quête. D'une manière ou d'une autre, il allait le leur faire payer.

Wolgorn fut surpris de la violence de sa réflexion, craignant toujours de se transformer en monstre pétri de haine. Cependant, s'il désirait avancer, il devait se souvenir de la peine qui lui avait été infligée pour mieux se renforcer. Mais pour l'instant, il valait mieux se focaliser sur la mission tant qu'elle n'était pas entièrement accomplie. Effectivement, il restait encore à utiliser la hache pour trancher l'Arbre Sapindus. Pas le temps de flemmarder ou de se congratuler, du travail les attendait. L'Exécuteur attendit que la sœur de Prayer émerge de son sommeil et dès que ce fut fait, gronda à son attention :
 
"Tu as la hache ? Parfait. Maintenant que nous sommes là, tu vas te rendre en Enfer avec nous et nous irons abattre le Sapindus."
 
Soudain, il se rappela que les serviteurs d'Hadès devaient eux aussi honorer leur part du marché. Bien que récalcitrant à l'idée de récompenser une âme fugitive aussi insolente, il devait reconnaître qu'elle avait bien bossé. Les Spectres allaient par conséquent lui épargner les affres des prisons infernales et l'enrôler au sein de leurs régiments. Toutefois, après son incorporation, le Bourreau espérait qu'elle allait filer droit, sinon c'était la sanction assurée. Elle avait eu droit à une chance de s'amender, mais il ne fallait pas compter sur une deuxième.
 
"Nous irons aussi te choisir un Surplis..." ajouta-t-il. "Il reste à voir si l'un d'eux t'acceptera et si tu survivras au changement d'armure."

Si elle pouvait en baver en se convertissant en Spectre, ce ne serait pas plus mal et cela lui inculquerait un peu de discipline. La précédente aventure avait passablement fâché le Russe contre la Berserker et il n'était plus d'humeur à sympathiser avec elle.
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Sam 7 Nov - 22:19
Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.
 
Je me sens m’agiter, ma tête devient lourde alors que les vers résonnent et je les répète sans trop y penser, savourant ce moment étrangement harmonieux dans le grand espace noir, alors que mille voix me parlent comme si elles n’étaient qu’une.
 
Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu'est devenu mon cœur, navire déserté?
Hélas!
 
-Il a sombré dans l’abîme du Rêve…


...
 
- Héhoooo, debout là-dedans !
 
Dans un sursaut, je me réveille. Les voix s’atténuent jusqu’à disparaitre complètement, un vague courant d’air me caresse le visage et je sens qu’on me secoue, ma vue se précise et je distingue une silhouette familière devant moi. Je parviens à faire le lien entre la personne qui se tient là et la voix qui m’interpelle : il s’agit de Rogos.
 
-Hm…
 
Je me redresse dans le fauteuil, légèrement courbaturée après avoir dormi dans une posture n’étant pas des plus confortables, m’étire en tenant toujours fermement la hache contre moi, son poids m’écrasant autant que la puissance qui s’en dégage, et ai le réflexe de me frotter les yeux pour chasser ce qui y reste de sommeil, mais me heurte à la surface métallique du masque. Je baisse ma main et reporte mon attention sur les deux Spectres, incertaine de comment réagir. Vêtus de longs manteaux noirs, ils sont recouverts de bandages pour cacher leurs blessures… Je ne veux même pas savoir quels genres de tourments ils ont dû subir face à Humbaba, sachant que ce n’est qu’à cause de la mission et de mon rôle que j’ai pu y échapper. Pour l’instant, ils ont besoin de moi vivante. Je viens pour leur faire une remarque sur leur apparence, mais le Bourreau prend la parole avant, probablement bien plus soucieux d’en finir. Je hoche la tête sans répondre, sachant très bien qu’il n’y a rien à dire pour changer son humeur.
 
Son ton de voix ne me rassure pas et c’est en serrant les poings que je me lève, n’envisageant même pas de les laisser me prendre la hache sacrée. Ce serait pourtant une bien bonne idée, Wolgorn est sans doute plus fort que moi et pourrait la porter plus aisément, mais je n’oserai jamais le dire à voix haute et décide de la garder. Ça ne me plait pas de retourner aux Enfers, même si ce n’est pas pour y mourir, mais je n’ai plus le choix, si c’est là l’unique façon de ne pas souffrir pour l’éternité. Cela est, comme le pointe à nouveau le Bourreau, si je survis au changement d’armure, si une armure me choisit, même. Devant son ton déplaisant, je sens mes muscles se crisper et dois user de toute ma volonté pour ne pas répliquer, je ne crois pas que le Dullahan apprécierait que nous commencions à nous battre alors que nous sommes si près du but. Ça ne m’empêche pas de marmonner d’une voix basse :
 
-Je survivrai.
 
Inutile d’attendre plus longtemps. Je prends une grande inspiration et reporte mon attention vers Rogos, désormais déterminée à voir la fin de cette mission. Acquérir un Surplis ne me fait pas peur malgré les menaces du Bourreau, mais me séparer de mon Anima… Après tant de temps sous l’influence calme et sereine de la Lyre, j’ignorais qu’une armure pouvait être aussi agressive, même en me libérant elle m’a tellement tourmenté… rien ne peut être pire. Ça me fait peur, mais je n’attendrai pas plus longtemps pour m’en débarrasser.
 

-Je suis prête. Comment allons-nous nous rendre aux Enfers?
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Dim 8 Nov - 23:22
À l'appel du Dullahan, Oblivion émergea de sa torpeur agitée. Il lui avait semblé l'entendre marmonner quelque chose, mais le Bourreau bourru ne lui laissa pas le loisir de s'étendre là-dessus, accueillant le réveil de la jeune fille avec sa gratitude et son tact coutumiers. Pince sans rire et droit au but, comme toujours. Les épaules de Rogos s'abaissèrent dans un soupir las ; hélas, le russe était ainsi, on ne le changerait pas, et lui-même devait bien avouer son impatience à l'idée d'enfin en finir avec cette improbable équipée. Quand il y repensait, quelle journée ! Ils s'étaient relevés de leur défaite, avaient reçu la lourde tâche de donner aux Enfers l'impulsion dont ils avaient besoin pour remonter la pente, et pour cela ils s'étaient lancés sur les traces d'une chimère en compagnie d'une inconnue, tout cela sur la base de paris insensés, de vagues indices et de suppositions nébuleuses... Ils avaient voyagé, ils avaient appris, ils s'étaient disputés, ils s'étaient forcés à avancer ensemble, à combattre, à se faire confiance alors que rien ne le justifiait...

Tout cela pour cette arme dans les bras de la Berserker, cette hache extirpée des abîmes du temps, arrachée au prix de leur sang et de leur souffrance des entrailles d'un lieu oublié des hommes et des Dieux. Il espérait sincèrement que cela en vaudrait la peine, que l'intuition de l'Apkallu se révélerait exacte ; mais pour en avoir le cœur net, on ne pouvait pas y aller par quatre chemins, il fallait essayer la chose !

Rogos reçut d'un hochement de tête approbateur la réplique d'Oblivion aux paroles de Wolgorn. Il ne savait pas si le russe essayait mesquinement de faire peur à la nouvelle recrue (« Et après c'est moi le rabat-joie... » se dit le cavalier sans tête), s'il s'agissait d'un test de caractère ou d'une simple information, mais la résolution dans la voix de la sœur de Prayer était de bon augure. Plus d'hésitations, plus de changement d'avis, plus de fuite. Il s'avançait peut-être un peu trop en se projetant ainsi, toutefois il lui semblait qu'il serait préférable – une fois l'ex-Sainte dûment intronisée – de garder ces deux-là séparés : il y avait beaucoup trop de conflits entre eux, et il n'en pouvait plus de jouer les médiateurs. À la réflexion, il vaudrait sans doute mieux que lui-même se distance quelques temps de son camarade Terrestre, la mission ayant exacerbé les tensions dans le duo de Spectres... Il leur faudrait un moment pour dépasser tous leurs griefs et reproches.

« Pour aller en Enfer, nous prendrons la petite porte. » répondit le Dullahan à la question de la jeune fille. Il brandit l'une des pièces brisées de son Surplis, à présent incapable de protéger son porteur, mais pouvant toujours remplir sa fonction de clé du chemin entre les plans d'existence. « Je ne vais pas te mentir, ça va sans doute te faire un choc. Cependant, en tant que notre invitée, tu ne devrais pas être soumise aux lois de l'Au-delà... »

C'était du moins ce qu'il voulait croire : l’Étoile Terrestre de l'Ombre avait ses appréhensions quant à ce premier transfert incluant une non-Spectre, mais ils n'allaient pas refaire la route en avion en sens inverse, et il n'avait pas envie de lui montrer l'état déplorable du Château d'Heinstein. De plus, son armure représentait le Dullahan, le cavalier sans tête allant et venant librement entre la Terre et le Royaume des Ténèbres, le Messager de la Mort, alors il serait plus que temps qu'il commence à se montrer digne de son totem ! De sa manche sortirent trois Fées, guides supplémentaires qui les maintiendraient sur la voie, et il déversa le peu d'énergie cosmique qu'il lui était redevenu possible de produire dans le fragment de métal noir. Autour d'eux, le monde se tordit, les formes perdirent toute consistance, et tout s'obscurcit...

[Quête du Mont Liban] Le calme avant la tempête