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AspisChevalier Noir de l'Ecu
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Ven 30 Sep - 19:58

Ma ville. Elle est toujours là pour moi. Chaque nuit de solitude, elle est là pour moi. Ce n'est pas une espèce de fausse nymphette maquillée au marqueur. Non, c'est une vieille ville, vieille et fière de ses moindres pustules, fissures et ridules. C'est ma chérie, mon joujou. Elle ne cache pas ce qu'elle est, ce dont elle est faite: de sueur, de muscle et du sang des générations successives. Elles sommeille. De minuit à l'aube, seul les ombres fendent le silence. Ma ville hurle, elle a besoin de moi. Elles est mon amour, elle est ma vie. Et moi, je suis son esprit.

Ha ha ha, t'as reconnu ? C'est The Spirit ! Le film, pas le cheval. Hong-Kong n'est pas ma ville. J'ai pas de ville. Et je ne dis pas ça pour dire genre, je suis citoyen du monde ou ce genre de connerie. Je suis surtout citoyen de nulle part. Mais on est vendredi, et vendredi, c'est raviolis hongkongais. Et c'est moi qui me charge du menu. Tu vas voir, ça met l'eau à la bouche.


Entrée:

Assortiment d'interrogatoires aux 5 pare-feux.

Premier service:

Pêche du jour avec son cri sauté sos et gredin

Trou normand:

Attaque des clowns.

Second service:

Contrat à point mijoté aux petits oignons avec son supplément de recommandations du chef.

Dessert:

Une dame blanche. Ou jaune, ou noire, peu importe.


Ca me semble bien ça. Et non, je ne sauterai pas le dessert. Enfin, quand je dis sauter.....t'as quel âge au juste ? Laisse tomber, si on se perd à parler des plaisirs qu'offre Hong-Kong, on va être beaucoup moins motivés à la sauver. C'est pas Las Vegas, mais y Alvis quand même. Allez, magnéto Serge, il est temps de faire de l'image.

Quartier portuaire. Ce qu'il en reste. On a beaucoup songé à limiter la fonte de la calote polaire, à la disparition de la banquise et à la libération nocive du permafrost, mais on n'avait pas prévu le coup de sang du tyran des océans. C'était pas le Roi Triton là, c'était plutôt Ursulla en Grèce. Après le raz-de-marée, Tout est encore boue humide, moustiques et puanteur. Et au milieu de cette vase immense, des déchets, des nauvragés, des débris. L'être humain a beau s'adapter à n'importe quel niveau de misère, il n'a pas à subir ça. Faut être un connard fini à la pisse pour traverser ces simili rue set s'en foutre. C'est pas qu'une question d'images. Des gens malheureux, malnutris, abandonnés des dieux comme des hommes, t'en vois tout le temps à la télé ou sur le net. Et c'est triste, mais t'as le bouclier de ta propre impuissance. T'y peux rien et t'as déjà ton loyer à régler et tes gosses à éduquer avant de devoir utiliser ton énergie aux problèmes des autres. Mais là, c'est pas qu'une image dans une boîte et c'est pas lointain. Et tu peux y faire quelque chose.


Entre le remugle du désespoir qui te pique le nez jusqu'à la gorge et les sons des râles, les pleurs, puis des êtres sans visages, sans expressions qui déambulent à la recherche d'un peu de bois, d'un morceau de tissu pas trop trempé, d'un emballage plastique en espérant qu'il contienne encore de la bouffe, tu te sens faible. Et tu sens Poséidon encore plus faible que toi. Parce que toi, t'as passé l'âge de faire chier les fourmilières à quoi, 9 ans ? Mettons 11. Il a plus de 2000 ans le machin. Et il passe encore son temps à terroriser les simples civils pour disparaître ensuite. La classe. Et derrière, c'est aux gens comme moi mais aussi les plus faibles, mais volontaires des hommes et femmes à nettoyer, à recommencer. Parce que Hong-Kong reconstruit le port. pas le choix. Mais ce n'est pas la seule ville touchée et la main d'oeuvre manque. Puis, le Gouvernement doit agir par priorités. Pourquoi offrir un toit aux gens quand tu manques de ressources et qu'un quai pourrait relancer l'économie, et l'approvisionnement ? C'est un choix cornélien, mais là encore l'Etat aide l'Etat, le peuple aide le peuple. Moi, je suis là pour aider les deux.

Caméra fixée sur l'épaule, je m'enfonce vers les zones inondées en guettant un drapeau bleu océan. Les gangs n'ont pas tarder à vouloir organiser les zones délaissées par le Gouvernement. Et celui qui s'est distingué, c'est celui des Casseurs Flowters, un groupe d'illuminés louant Poséidon et la colère divine. Si le peuple se soumet, il a peut-être une chance d'être nourri ou protégé. On vend la peur, on achète l'obéissance. La plus vieille monnaie du monde. Et le taux est avantageux pour le commerçant en ce moment. Je secoue un peu ça. un peu ça, et une première gueule, aussi. Une vigie avec un foulard bleu sur le pif et un Tec-9 au poing. C'est un pistolet-mitrailleur. Et ce crac, c'est sa cheville qui rompt tandis que j'étouffe son cri avant de lui heurter la gueule sur la balustrade pour ne pas avoir à la materner des heures. Il n'est pas mort mais il aura du mal à redescendre de son perchoir tout seul. De la tour de garde, je repère les autres. Faut pas interroger les pions, ça ne sert à rien. Mais deux maisons, dont une à moitié dans la flotte, forment leur baraquement d'avant-poste. il y en a forcément à l'intérieur qui aura du biscuit pour moi. Je profite du crépuscule pour me mouvoir comme une ombre. Un seul vigil manquant à l'appel, c'est pas trop grave, je peux m'infiltrer entre les taudis, les carcasses et les rues éventrées pour atteindre ma cible. Et comme je suis vêtu en rouge et que j'ai un gros sac, je vais leur faire l'entrée Petit papa Noël.

Je commence par la baraque avachie d'un flanc dans la flotte. Peu de gardes, c'est une réserve et un entrepôt de denrées en tout genre. Je veille à ne pas dépasser les 200m/s et sers ma soupe de phalanges aux gardes en rafale. Le dernier a fini de déconnecter avec le monde réel que le premier n'est pas encore tombé de tout son long. Travail propre, ça sent le sapin pour ceux de l'autre maison. Et c'est là que je tombe nez-à-nez avec elle. Cette fille, petite, à l'âge incertain et vêtue seulement d'une culotte sale. Je reste interdit, aussi surpris qu'elle de me voir. Pourvu qu'elle ne gueule pas. Je veux pas devoir lui mettre une tarte pour l'endormir. De mon mandarin approximatif, je rassure.

" Joyeux Noël petite."

Ca rassure pas, elle gueule. Trop longtemps pour que l'assommer serve à quelque chose, je laisse un juron baigner mon esprit tandis qu'elle sort en courant comme si elle avait vu le diable. Et là, c'est la fanfare, des cris vénères comme des clébards sous stéroïdes dont tu viens d'écraser la queue. J'entends les cliquetis métalliques autour du cubre de bois et des noms chinois lancés. Sûrement ceux des gars que j'ai calmé. Ils ne répondront pas, ça c'est sûr. Alors, je fais acte de présence pour eux, en cherchant une sortie.

" Oh je suis vraiment désolé, mais ils sont occupés, puis-je prendre un message ?
- Qui êtes vous ?
- Une mouche dans le lait mon cher, une rouage qui grippe, un emmerdeur."

J'ai pas fini de me moquer que ça part dans tous les sens. Le bois déjà à moitié pourri par l'humidité n'offre pas grande résistance, le couloir, le salon reconverti en hall de débarras et les deux autres salles bourrées de colis se font trouer de toutes parts. Sont vraiment pas fins les mecs, sérieux. Ils arrosent surtout le hall où ma voix s'est faite entendre, mais je suis à l'autre bout de la maison quand c'est la grande averse. Un des corps ne se relèvera plus jamais, les balles ne sont pas perdues pour tout le monde. Quand la montée de percussions s'interrompt net, ça sent moins le moisi et davantage le souffre. Je ne bouge pas, j'attends de voir ce qu'ils ont prévu comme suite au plan. Le truc sympa, c'est que maintenant je peux voir qui est le chef de l'avant-poste. Sûrement pas le type pas très rassuré qui entre sur un ordre probable et balaye les coins comme un arachnophobes chasse la tégénaire avec son aspirateur. Fusil-mitrailleur K-50, pas mal. C'est un genre d'Ak-47, en moins bien. Populaire au Vietnam. Abracadabra, l’arme disparait des pognes du gangster que se brise les doigts sous la violence du larcin et se prend un gnon d'accalmie avant que son cerveau lui signale qui a la main en puzzle. De l'extérieur, tout ce que les autres perçoivent, c'est leur pote qui s'effondre suite à un gros courant d'air. Et quelques secondes plus tard, une lampe de chevet qui sort par la fenêtre et manque de les faire détaler. C'est pas une presse-purée, c'est juste une lampe. Sur le tissu enrobant l'ampoule, j'ai écrit un petit truc, que le chef lit tout haut.

"Maintenant, j'ai une mitraillette. Oh ! Oh ! Oh !"

J'aime pas utiliser les armes, mais faut reconnaître qu'un truc qui envoie des projectiles à quelques centaines de mère par seconde, ça t'économise du trajet. Je presse la détente dans min abri et entame ma course quand je sens le coup partir. Le mode de tir est automatique, mais j'ajuste les mollets de chaque ennemi entre deux coups. Fait fait tactactac, et à chaque détonation, un gars s'en prend une dans la guibole. Je vise le mollet parce que c'est handicapant, mais pas mortel. Ces types ne sont sûrement pas tous des enfoirés, ils ont peur. J'ai pas à me défouler sur eux, je veux juste qu'ils comprennent que la récréation est terminée, on se range et dans le calme. Je perce les jambes de tous, sauf du chef. Lui, je le veux sains, sauf et avec la trouille de ce que je pourrais lui faire. Ses gars s'effondrent et j'apparais, souriant, le canon de mon arme brûlant sous son menton.

"Ton chef, où il se planque ?
- Qui es-tu ?
- On a déjà eu cette conversation. A toi de répondre.
- Tu es un chevalier. C'est inutile, Poséidon me protège. "

J'arque un sourcil et laisse tomber mon arme pour l'empoigner et l'emmener par le col à l'intérieur de la maison trouée. Il dérape le cul dans la boue et gémit comme un cochon d'abattoir, mais même s'il pesait une tonne, je pourrais l'emporter, alors avec ses 70 Kg, c'est un sac de plumes que je tracte sans mal. On se rend vers la partie inondée de la maison. Et là, je coupe l'enregistrement vidéo.

" Il te protège hein ? Ben alors il te donnera des branchies."

Je lui plonge le visage et compte dix secondes. C'est pas beaucoup, mais quand tu paniques, c'est très long. Il tousse et panique quand je le sors de là. Je reprends, plus sec.

"Dix. la prochaine fois, ce sera 20, puis 30 secondes. Tu tiens jusqu'où en apnée ?"

Injure, nouvelle trempette. Vingt secondes. Puis les trente. Arrivé aux quarante, je sens qu'il ne supportera plus trop la baignade. Mais lui aussi le sent, alors je l'aide à craquer.

" Si t'as tant foi que ça en ton culte, pourquoi tu ne me laisses pas m'y casser les dents ? Ce n'est pas toi qui vas m'arrêter et quand j'en aurai fini avec toi, j'interrogerai tes gars un à un. Tu penses vraiment qu'ils auront tous ta volonté quand je leur montrerai ton visage bleu, glacé et figé dans la flotte en préambule à leur tour de baignade ? Je saurai ce que je veux savoir, que tu crèves ou non.
- Si je te le dis, tu m'épargneras ?
- Pour cette fois seulement. je te revois arborer les couleurs d'un gang ou foutre la merde parmi les tiens, je fais de toi un exemple. "

On a un deal, il crache ce qu'il lui reste d'eau croupie dans la bouche et le morceau que j'attendais pour savoir où me diriger. je la laisse barboter et rallume la caméra pour m'adresser à toi.

"J'ai trouvé quelque chose. Le boss des Casseurs Flowters, un certain Ho Reisan,  a ses quartiers au 58ème étage du Central plaza, un gratte-ciel long comme toutes mes qualités.  Monsieur Oh, si vous êtes connecté, ne bougez pas. j'arrive. Et vous, téléspectateurs, j'espère que vous n'avez pas le vertige, parce qu'on ne va pas emprunter l'ascenseur de service. "


Dernière édition par Aspis le Dim 23 Oct - 6:38, édité 1 fois
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Ven 7 Oct - 2:36

Faut admettre un truc: Hong Kong, c'est quand même magique la nuit. Et je te dis pas que ça parce que j'y ai croisé Lilith. Regarde-moi ça, des lumières dans tous les sens, comme des arcs de lumière pour te guider au sein sans g des odeurs. Et ça sent un tas de trucs. Les nouilles, le poisson, le pain cuit, la viande braisée, probablement de la volaille, la graisse rissolée la drogue. Pas tant que ça les épices, à cause de la pluie. Ca sent la pluie aussi, d'ailleurs. Je pourrais poser le derche sur un tabouret de stand et rester là une ou deux heures à bouffer tout ce qui pique ma curiosité, si j'avais pas une mission en cours. Et ça me coûte d'écourter, mais faut être pro parfois.

"Combien pour une brochette de poisson jaune ? Ah ouais, bha mets m'en deux alors."

Quoi ? Hey, la nuit s'annonce rude, jai besoin de carburant. La brochette de poisson jaune, ou yellow fish balls/eggs, ou 魚蛋, si vraiment tu veux faire ton puriste, c'est un mélange de poisson et de farine fris en boule dans une sauce curry. C'est hyper bon. T'attrapes pas faim là ? Crois-moi, avec cette nuit animée au marché, la moiteur de l'averse tiède, et toute la nourriture qui te charme les sens, t'aimerais être avec moi en ce moment.

On est dans les quartiers plus sûrs de la ville. Pas loin du Central plaza. on pourrait même dire que le marché de nuit lui lèche un flanc. A la base, je comptais lancer la vidéo d'en haut de l'immeuble. Sauf qu'en fait, fait nuit et il pleut. T'aurais rien vu. Et j'ai pas envie de me taper un 400 m vertical avec une pluie battante dans la tronche, alors on attend un peu, voir si ça se calme. De toute façon, c'est bien ici aussi. Ca fera pas avancer le démantèlement des Casseurs Flowters, mais hey, c'est moi qui me tape le boulot, et en indépendant. Mes horaires mon pote. Tiens, ils vendent des radeaux gonflables. Genre, ça tiendra mieux la flottaison si Popo nous refait un caca nerveux. J'ai toujours été fasciné par la faculté qu'avait notre espèce à s'adapter. Sérieux, au milieu des crocs, des griffes, du poison, des sonars et des masses et volumes de toutes les espèces, t'aurais parié sur celle qui a juste l'intelligence et des pouces opposables ? Je suis sûr que si demain c'est Héphaïstos qui se met à cracher du volcan, on trouvera comment vivre dans la cendre. C'est finalement ça le secret. Un humain, ça improvise, ça s'adapte et ça domine. Par contre, ça n'arrête pas la pluie.

Comme c'est pas près de se calmer et que j'ai déjà englouti la moitié d'une de mes brochettes, je me remets en route. Finalement, on passe par l'intérieur, au sec. Je monte les quelques marchent qui mènent à la porte d'entrée et là, je vois un des quatre gardes qui cause à son revers de col. Sûrement qu'il annonce que je suis à l'heure, super. J'aime bien me battre, mais j'ai pas envie de ne faire que ça, alors je salue poliment et me fais braquer par un flingue à pointeur laser. Je connais pas ce modèle, mais on dirait un socom. Je regarde ce que j'ai comme équipement, pour répliquer.


"Me reste que trois boulettes et vous êtes quatre. C'est balaud."

Je laisse pas le temps au braqueur de jouer à Pong avec moi, une valse à quatre temps qui s'offre encore le temps de s'offrir des détours à côté de la tour comme c'est charmant. Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz ! Voilà, c'est fini. Je me récompense d'une boulette que je mâchonne à même le bâton en entrant. Et là, faut admettre, c'est la classe. Ca aime le marbre et la pierre lisse par ici, y en a partout. Ca et des machins dorés. Grands espaces, colonnes, du tout propre partout. Sérieux, même les poubelles sont dorées, c'est quoi leur délire ? On jurerait une banque le machin. Ou un Sanctuaire. Mais y a vachement plus d'étages. Mais y a un ascenseur aussi, j'avoue. Je me rends à la réception et là, un gars qui finit probablement d'appuyer sur le bouton d'alerte me voir arriver à son bureau. C'est un mec un peu gros d'une bonne cinquantaine d'année. Cheveux courts, costume impeccable, il présente bien, malgré son gros cou de buveur de vin. J'appuie sur la sonnette comme un buzzer d'émission télé.

" Bonjour ! Je vous préviens, vous êtes filmé, j'ai une caméra ici. Alors, je viens parce que j'ai rendez-vous avec Monsieur Ho Reisan, est-il là ?"

Le type fixe mon objectif attaché à la sangle de ma box et consulte son ordinateur, le stress presque aussi dégoulinant que la pluie dehors. Je reste tout sourire et attend les infos, en en profitant pour me sécher sommairement les cheveux en les ébrouant.

" Monsieur Ho est bien ici, qui dois-je annoncer ?
- Incredble Captain Boxman s'il vous plaît.
- Un instant je vous prie.
- Bien sûr."

Poli le gars, dis donc. Faut dire aussi que l'autre solution, c'est m'amener le comité d'accueil. Mais si tu connais un peu ma chaîne, tu sais que ça sert pas à grand chose à part me faire perdre du temps. Bon, ben les interrogatoires seront plutôt sobres au final. Je préfère.

" Je peux vous emprunter un bic ?"

Je réceptionniste me place un stylo à plume dorée sur le comptoir somptueux en ne quittant pas le combiné à son oreille. Je le remercie et checke ma liste. Entrée barrée, place au premier service. Matériel rendu, menu bien replié dans la poche, je le laisse discutailler avec le service de sécurité et m'amuse un peu de l'accent avec lequel il prononce mon nom. Petit traveling sur les lieux, ça mérite. Je te montre d'un peu plus près la poubelle dorée en me sentant un poil japonais pour le coup. On se fout d'eux parce qu'ils photographient tout et n'importe quoi, mais on s'arrache les perches à selfie pour montrer nos propres tronches sur un vague fond de trottoir d'une place qui passe en arrière plan. Alors ouais, moi je filme une poubelle, mais elle est dorée. Puis c'est à Hong Kong. Oserais-je regarder ce qu'il y a dedans ? Oops, pas le temps, mon pote de l'accueil m'appelle et je le rejoins bien vite pour lui éviter d'élever la voix. Ascenseur au deuxième étage, jusqu'au 46ème. De là, je change pour le 58ème où Monsieur Ho m'attend. Ben nickel, faisons ça.

"Alors vous, vous êtes vraiment sympathique. Tenez. Je gardais la brochette pour Monsieur Ho, mais vous m'être trop sympathique, je dois vous la donner. J'espère que vous aimez bien, je l'ai achetée au marché nocturne.
- Oui j'aime bien. Merci.
- Je vous ai dit, vous m'êtes sympathique. Bonjour chez vous."

Bon, du coup, me reste que deux boulettes. J'aime bien l'espèce de petite excitation où tu te dis que tu dois savourer pleinement la fin de ton repas, mais j'aime pas arriver au moment où il ne reste qu'une bouchée. Cela dit, l'élévateur va assez vite, alors je me dis que, peut-être, je pourrai commander un truc à boire ou manger avec Ho. C'est un peu un cliché de penser que toutes els conquêtes avec opposition se font dans la bagarre et le sang. ouais, je sais, je viens de péter quelques gueules entre le quartier portuaire et ici. Mais c'étaient des gangsters et des petites frappes, eux tu dois parler leur langue. Ho, c'est un boss et un business man. Il sait que je peux envoyer ses employés à l'hosto, alors il est malin le gars, il traite au lieu de jouer à celui qui a la plus grande. C'est une qualité de businessman, négocier et s'en tirer, même quand on n'a plus grand chose. Et bon, je suis humain. S'il me fait tester un super siège, qu'on boit un peu de thé, ou mieux, un bon alcool du pays et qu'on cause comme deux amis de fac qui se retrouvent, ben je serai pas vache, je le laisserai toucher sa part. Tout ce qui incombe, c'est qu'il arrête d'exploiter les sinistrés et qu'il comprennent que l'ordre revient, et qu'il est noir maintenant. Je sais que Hong Kong n'a pas de grande valeur pour les Chevaliers Noirs, mais si le temps de la collab, on peut remettre la ville à flot et avoir accès à des denrées et des infos, ben c'est gagnant-gagnant.

Les portes du 46ème s'ouvrent. je t'ai dit que les portes des ascenseurs sont en genre de platine ? Sérieux, c'est pas modeste pour un sou. A l'étage de transit, je vois le couloir moucheté de gardes. Ils sont rangées comme des armures médiévales aux deux bordées du couloir. Une haie d'honneur, j'aurais probablement dû me battre contre tout ça s'il n'avait pas plu. Je marche fièrement, mais prudent. Les sens en éveil. Un hongkongais bien strict dans son costume me dit qu'il va me conduire au second ascenseur. Je le suis et regarde au passage les fenêtres panoramiques qui offrent une vue mi splendide, mi floue avec cette flotte qui picore en vain les vitres. Arrivé à mon élévateur, j'appuie sur le bon nombre et me laisse porter. Dernière boulette, ah là là, ce moment fatidique. En même temps, elle n'est plus que tiède maintenant, donc trop tarder à la manger réduit sa saveur. Mais quand même, y avait un attachement. Je la respire et me prépare à l'engloutir comme un second rôle des Misérables quand le bip prévient que je suis arrivé à mon étage. Mes yeux se détournent de la bouffe pour repérer les lieux tandis que les portes s'ouvrent, au cas où il y aurait un danger à proximité.

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Sam 22 Oct - 4:44
Et là, ça tourne, mais pas à mon avantage. Le bras du gars m'a saisi. un grand type, au visage sombre, à l'armure brillante, éveillée. Moi, je fais comme Sardou, je vole. Pas sans fumée, pas sans alcool, mais je vole. Je m'enfuis pas, je m'enfonce. J’atterris pas, je défonce. Le marbre, c'est loin et c'est beau. Quand c'est beaucoup moins loin, ça fait bobo. Il m'a jeté comme ça, comme une merde. Ok, j'étais qu'à 83% de mon attention, mais il m'a quand même été vif ce con. En laissant le père Newton faire des siennes, j'ai pu admirer le panorama. Grande salle reluisante, des pillasses en murs porteurs et au fond, à son bureau, Ho. Enfin, c'est presque un bureau, sauf que c'est pas une chaise à roulettes, mais un canapé marron délavé. Et c'est pas un bureau avec des tiroirs, c'est plus une table basse avec une télé écran plat. Ouais, c'est pas du tout un bureau en fait. Le gars tripote même sa manette sans décoller ses yeux sombres de son écran. J'ai presque l'impression qu'il joue à un jeu de baston et que moi, je suis le CPU qu'il malmène avec son guerrier de l'émeraude. Je me bouffe le mur, qui cède à l'impact, et m'écrase en toussant. Souffle coupé net, le corps fait le bilan de la dernière seconde. Je serais pas surhumain, j'aurais troué d'un peu partout pur répandre le rouge sur la pierre. C'est pas ce que j'espérais comme accueil. Un bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c'est que Ho a pour garde du corps un putain de gaillard et que je vais pas rigoler souvent tellement il est furax que j'utilise son ascenseur. La bonne nouvelle, c'est que ma brochette n'a rien. La boulette est toujours là, avec son armure d'or et son auteur de dernière Maison du Zodiaque. Je raffermis ma prise dessus comme pour la rassurer. Et le type en armure dont je ne connaîtrai que bientôt le nom écourte ma pause en rompant la distance.

"Sing, qu'est-ce que tu ferais si t'étais pauvre ? Mais genre super pauvre ?"

Sing, que Ho prononce Singe, m'envoie un pied tracé d'une fumée colorée vers la tronche. Je pare et décolle. Nouveau heurt contre le mur, vert de colère me fixe de ses yeux perçants en bombardant aux poings tout ce qu'il voit rouge. Je réplique, j'esquive, j'encaisse des gnons de Ding prononcé dingue. C'est pas un guignol, la guigne. Je peux même pas lâcher des vannes tellement il y va à feu nourri. On dirait ce film où les bonhommes de signalisation piétonnière se mettent sur la gueule. Et lui, il cause, vénère, mais distinct. Alors que je me prends un nouveau choc dans la mâchoire entre deux parades.

" Je vais au Burkina Faso en stop, pour faire la manche. "

Sing fiste le mur jusqu'au coude. J'en profite pour me défaire du coin défiguré par son mauvais cratère et lui colle mon coude entre deux côtes, pour lui apprendre à baisser sa garde. Il tique de douleur, mais il lui en faudra plus. C'est pas un de ces éveillés tout fous d'avoir du pouvoir et incapable de riposter quand il y a un rude en face. Lui, la baston, il connait. Je vais devoir le travailler pour le calmer. Nouvel assaut, j'évite le poing dont le souffle me rafraichit la trombine et lui en colle un dans l'abdomen, où l'armure ne protège pas. Un direct, vilain Avec la prise d'élan et tout, Vert prend le vent et embrasse le pilier le plus proche dans un gros poc bien claquant. Il s'écroule, comme une partie du décor, mais se remet bien plus vite. Bordel, un pur tank. Le songe, c'est pas pour Singe, qui écoute son pote continuer le jeu en se marrant, toujours à sa manette.

"Je donne mon sang. Comme ça on me dit si j'ai le sida et avec le snickers j'ai plus à faire les courses pendant une semaine. "

Mon adversaire sourit, mais sans me quitter des yeux. Il aime le combat, c'est un bon moment pour lui. Ca me rappelle que moi aussi, alors je rends la mimique. En me calant le bois de la brochette comme si je m'en grillais une. Me faut mes deux mains pour lui. On fonce tous les deux, et nos poings se heurtent. Avantage pour lui: son armure, dont la résistance m'écorche la peau. Avantage pour moi: une mobilité totale. La main indemne lui prend le poignet. Il ne peut pas s'en dégager, sa peau glisse sous le métal de sa protection. C'est comme une carapace, je la manipule avec une prise totale. Son bras tiré vers moi, l'autre paume heurte son coude et pousse pour tendre son bras à l'extrême. Je l'amène au sol et le bloque jusqu'à l'épaule. S'il résiste, je plie son bras dans le mauvais sens. Il grimace, pris au piège. Puis la grimace s'estompe. Il se retourne malgré ma prise. Et s'il y arrive, c'est parce que je lévite, lui offrant assez d'amplitude pour se mouvoir à nouveau. Je lévite ?

"Je participe à Koh Lanta, pour prendre du poids."


Qu'il dit, en se relevant. Ma tête se tourne vers Ho, qui me fixe, sévère. Un télékinésiste, fait chier. Suspendu à un cintre invisible, j'ai pas le temps de filer un talon dans les dents de Sing. Il m'aligne une fureur de dragon dans le bide, le même gnon sans pondération que celui que je lui avais filé un peu plus tôt. L'emprise persiste, j'ai même pas droit au vol plané pour encaisse le choc. Déluge de phalanges dans les intestins, je serre le bâton de bois comme pour éviter de me briser les dents en les faisant riper à cause de la douleur. Je douille, et Sing marque un coup final via un front kick à la this is sparta en plein plexus. Cette fois, je peux valdinguer où je veux. Où je peux surtout.

"Je vais dans un camp de caravanes de gitans la nuit et je leur vole des trucs inutiles. Genre les enjoliveurs de leurs bagnoles de luxe.
- Si tu veux un truc inutile, choure leurs hérissons, mon pote. Tout le reste, c'est pas du vol, c'est du recèle. "

Je prends quelques secondes pour récupérer, et je me redresse. Moins de colère chez Sing, il me laisse me relever. A moins qu'il s’avoue  Lui tout seul, c'est déjà pas un cadeau. Mais si en plus il a le soutien Ho, qui est bien un éveillé aussi, je suis dans la panure. Deux tactiques s'offrent à moi. Encaisser les aides de Ho et vaincre Sing d'un coup unique qui surprend le duo pour me permettre d'en faire un solo, soit aller vers Ho pour briser le soutien en m'arrangeant des aptitudes martiales de Sing. Dans les deux cas, je perds. Il y a un guerrier au contact et un archer en haut d'une colline. Et sans friendly fire, je peux même pas en gêner un. Me barrer, c'est la seule option sensée. Et là, je me rappelle un truc. Cette caméra. Cette fichue caméra qui filme tout et immortaliser cette phase de ma vie.

"Je demande à des enfants chinois s'ils ont du travail pour moi.
- Je dis bonjour aux gens, je souris, je suis poli. Et si au bout de deux fois où je veux leur taper du pognon ils ne m'en filent toujours pas, je tourne la tête et me barre, sans même leur dire au revoir ni rien. Juste pour leur casser les couilles et leur montrer que c'est moi qui les méprise. "


Ca doit se diviser chez les fans. Entre ceux qui veulent que je me tire pour ne pas terminer ma carrière, et ceux qui ont foi en moi et veulent que j'y aille, que je me montre digne de ce que je leur ai toujours dit. Vivre sans espoir, c'est cesser de vivre. C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui. Ensemble, rien n'est impossible. Bien aidés, même les glands donnent des chênes. Et bien sûr, un grand pouvoir demande de grandes responsabilités. C'est plus tellement le choix de savoir si je me bats ou non, c'est de savoir ce que mes actes auront comme répercutions sur ma communauté. Parce que je ne suis pas seul à me battre. Tous ceux qui me suivent sont avec moi. Sauf 10% d'entre eux. Y a toujours 10% de rageux sur le net. Ceux-là doivent avoir le gourdin en ce moment, à moins qu'ils ragent encore comme quoi je suis un naze. Et voilà, ils ont réussi à me mettre en colère ces cons.

Je demande une pause à Sing qui s'interroge en me voyant consulter mon téléphone. La réseau passe bien ici.

"C'est quoi le code du wi-fi?
- AXIA1986
-Merci."

Je vérifie les comms. Ca fuse. J'ajoute le mien.

"Je passe des coups de fil à des condamnés à mort pour me plaindre. Comme quoi j'ai peur pour mon avenir, je sors pas me balader parce qu'il pleut.
- Ah, j'avoue. Et tu le fais en PCV"


Là où on va, on n'a pas besoin de route. J'envoie et souris, avant de rattacher l'appareil à mon épaule. Cette fois, je ne me sens entouré. Ils sont chouettes les followers. Ils me rassurent, je les rassure. Des gens que je ne connais pas, mais que j'aime et pour quoi je risque ma vie. Comme là. parce que je vais pas fuir, ça non. Quand on fanfaronne que rien ne nous fait plier, on ne se casse pas. Un seul coup et je gagne. Faudra encore composer avec l'autre psyker, mais au moins j'aurai dézingué Sing.

"Je vais à Bézier, avec les réfugiés, et je fustige tout le monde avec des titres détournés de Renaud. Crade Marave Bourgeois.
-Toujours deux bouts, à joindre"

Nouvel assaut. Je n'attaque pas, je défends. Tant que Ho pense son pote en ascendance, il n'intervient pas. Je jongle avec des bâtons de dynamite sur une tapis de braises. Pas droit à l'erreur, pas droit au doute. Vert n'a pas adouci le ton et est toujours une plaie à gérer, et moi j'ai toujours mal dans tout le tronc. Ca s'égalise aux bras, à force de parades. Les membres s'ankylosent, la chair se syndique pour demander un meilleur traitement. Et moi, je joue la montre, j'assure que tout ira bien sans même en être sûr. Je ne suis sûr que de l'idée de ne pas changer d'idée. Ca passe ou ça casse, j'ai que deux balles pour deux cibles. Un coup, un mort. Ou ce sera la mienne.

"C'est Caen qu'on va où ?
 -Sans dent. "

Mes mains bloquent le casque de Zing. Il y a un joli visage bien mou dedans, un délice molletonné pour mon genoux. Je l'élance et percute de plein fouet le faciès du grand énervé qui se fige sur place. Pas vu venir celui-là, et pas sûr qu'il soit encore assez conscient pour le sentir. KO instantané.

Je ne retombe pas, mon corps danse à nouveau dans les airs. C'était à prévoir. Ce que je n'ai pas prévu, c'est que la main de Sing s’anime à nouveau pour le tenir le cou. Merde, il est increvable ce type. J'y ai mis ma rage dans ce genou, j'ai même senti son nez plier jusqu'aux orbites. Et de fait, son visage gicle de sang. Mais ça ne l'empêche pas de me tenir le cou  et de serrer pour le briser. Je lui balaye la hanche, mais il reste en suspension. Ok, Ho, lui offre la lévitation à lui aussi, super. On n'est pas trop dans les règles de la chevalerie là. Le cou de Sing est trop loin pour moi quand il me tient à bout de patte, mais son visage en bouillie peut toujours se bouloter. Nouveau gnon, sévère. Et rien. Il ne me sent plus le gars. Il vole jusqu'à la fenêtre que ma box accrochée au dos rompt avant de me laisser suivre du reste du corps. Et me voilà suspendu dans le vide, avec la pluie qui me tabasse la peau alors que j'ai déjà du mal à capter le peu d'oxygène que l'étau autorise. Et dans le vent trempé, Ho continue.

"Docteur Renaud, Mister Ménard. "

Mais Sing ne réplique pas. Et c'est là que Ho comprend, en même temps que moi. Il est bien dans les choux. Son pote l'avait animé comme un pantin pour donner le change, mais il ne revient pas à lui. Peut-être mort. Ca ne serait pas honteux, j'ai mis le paquet pour le final. Sans savoir si le type qui m'étrangle par procuration est un zombie ou non, je prends la parole à sa place, comme pour rassurer Ho que je sens à deux doigts de finir de façon de sale.

"Hey, menu, rentre chez toi, y a tes larmes plein la mer. "


Et il se marre, comme si la blague venait de son pote. C'est tout ce que je vois avant que la fenêtre se dérobe par le haut. Je ne vole pas. Je tombe. Pendant plus de quarante étages. Y a plus grand chose à faire, à part espérer que des ailes me poussent dans le dos. Dans ma chute, je regarde ma dernière boulette de poisson jaune. C'est le moment de finir je crois, sans trop de regret. Je la mange en mâchant bien. Elle est froide.



Bonus DVD: Le jeu de Sing et Ho Reisan.


Dernière édition par Aspis le Sam 29 Oct - 12:24, édité 8 fois
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Dim 23 Oct - 6:34
" Radeaux, qui veut un radeau ? J'en ai pour une, pour deux, pour trois et même six personnes. Sauvez-vous et votre famille lors du prochain déluge. Monsieur, un radeau ?
- Je ne suis pas convaincu, c'est juste un gros matelas gonflable non ?
- C'est mieux que ça, il est doté de rames et son plastique possède une double épaisseur. Si une couche troue, vous en avez une seconde.
- J'ai eu un matelas gonflable une fois. A force de rester dessus, il se dégonflait alors qu'il était correctement fermé.
- Monsieur, n'en dites pas plus. Que la foudre me tombe dessus si je vous vends un navire pneumatique qui vous mettra en danger vous et votre fam..."

BAM !

Bam, c'est moi. Je défonce le toit en toile de la tente du vendeur de radeaux et et bousille la table sous ses modèles d'exposition, mais profite de ces derniers pour amortir considérablement ma chute. Ca fait mal, je douille, j'entends tout le brouhaha du stand qui cède au météore d'Icare. Mais j'entends, c'est plutôt une bonne nouvelle. J'entends même l'inquiétude des gens autour, la pluie qui joue de la batterie sur le plastique de la bouée dans laquelle je suis enfoncé et qui éclatent pour m'éclabousser le visage sans que ça ne puisse vraiment me déranger. Je sais que j'ai survécu, malgré la douleur. Un soupire, t la fatigue me revient d'un coup. Je ferme les yeux. je sombre.

"- Je vais vous en prendre deux, avec leurs rames. "

De quoi ? ...

Y a un truc qui me tire du sommeil, comme un mauvais rêve qui se tire à la lumière que j'engouffre dans mes yeux en relevant les paupières. Flash aveuglant, je plisse et recommence, d'un seul, pour gérer l'aveuglement. Le son me revient quasi aussitôt. Une musique asiatique à la pipa avec un chant traditionnel. Je traduis sans trop y penser; c'est une histoire à la Roméo et Juliette version Trois Royaumes. Je suis aps au paradis, je doute qu'on y parle mandarin. Enfin, je dis ça, mais y a que le grec ancien qui me ferait mal au cul niveau langue nationale. Je suis à Hong-Kong donc, et pas dans un hôpital. Ni une cellule. Deux bonnes nouvelles. Pourtant, je sens en pivotant le bassin pour m'étirer les lombaires que je suis torse nu et seulement en slip sous les couvertures froides. Les infos s'accumulent, le cerveau reprend du service. Je lève la tête et découvre, assise en train de fermer les yeux pour savourer le chant, une chinoise. Style élégant, genre employée de bureau aux fenêtres donnant sur la rue. La cinquantaine peut-être, j'ai du mal à donner un âge aux asiatiques. Elle ouvre les yeux en entendant le bruissement de mes jambes qui craquent ensuite tant je les étire et me salue avec courtoisie. Ma main se lève dans un coucou approximatif. La gorge est sèche, je racle avant de demander.

"Est-ce que je peux avoir un truc à boire ?"

Elle se hâte et apporte un pot d'eau en porcelaine blanche, avec un tas de dessins cinabres représentant des feuilles de je-sais-pas quelle espèce végétale. Sûrement un machin de thé. Je remercie et bois. Eau chaude, je tousse de surprise et rassure que tout va bien en reprenant une gorgée, plus aguerrie. Il y a un léger parfum dans l'eau, c'est bien du thé. Mais le genre subtil, pas les copeaux de bois aromatisés à la pisse anglaise des lipton. Et je déconne pas , ce sont vraiment des copeaux de bois parfumés. ici, c'est amer et un peu fade, genre terreux. Mais discret, alors ça passe. Je m'en ferais pas exploser le bide avec la formule concentrée. Mais là, c'est bien, et y a le goût du service en plus.

"Merci. Je peux savoir qui vous êtes ?
- Je m'appelle Shu. Mon fils vous a ramené à la maison après votre combat sur internet. Vous avez beaucoup dormi.
- Ouais j'imagine qu'on n'est plus tellement mardi là.
- Nous sommes jeudi.
- Ah oui, deux jours, quand même.
- Neuf jours, monsieur.
- Oh. Ca explique la soif.

Je reprends un peu de thé et laisse Madame Shu remplir mon verre en notant sa gêne. C'est pas non plus la super aise pour moi j'ai pas l'habitude de causer avec des dames plus âgées, et encore moins de le faire quasi à poil dans un lit. Pour ne pas laisser le monopole des paroles à l'autre larmoyante à la pipa, je me renseigne sur un truc, que j'ai jamais eu l'occasion de demander.

" Je me suis toujours demandé. Quand on est dans les vappes pendant des jours, on se pisse dessus ? Ou le corps retient tout ?
- Je n'ai pas l'habitude de garder des gens qui hibernent, mais vous avez été très propre. Vos vêtements ont été nettoyés et recousus. Ils sont dans le premier tiroir de la commode.
- Merci. Encore.
- Merci à vous. Nous apprécions ce que vous faites pour notre peuple. "

Et c'est là que la mère de mon sauveur m'explique. Elle n'était pas très portée sur mes idéaux avant, jusqu'à ce que je vienne à Hong Kong défier les Casseurs Flowters. L'attaque portuaire, le KO de Sing, le fait que j'ai survécu à la chute, tout ça a délivré un message aux Hong-kongais. Il faut poursuivre la lutte. Si un étranger est prêt à donner sa vie et tout braver pour aider une population dont il ne devrait avoir rien à foutre, que doit penser un natif que la situation concerne et qui ne fait rien ? La résistance s'est mise en place, pendant que je dormais. les tripots, les avant-postes, les convois, tout a été cible des rebelles. Ils se sont battus comme moi, sans avoir peur de la mort. Les Flowters ont perdu peu à peu toutes leurs fortifications. D'habitude, Sing venait régler les problèmes majeurs, mais Sing était lui aussi en convalescence, suite à la dérouillée. Et Ho Reisan ne s'est jamais bougé pour défendre son business. Tout ce qu'il a protégé, c'est son étage, au Plaza. C'est là que ses hommes se sont retranchés et là, les salaires se sont faits plus incertains avec l'absence de rentrées. Les troupes ont déserté, pour la plupart. Et le drapeau rouge de la Bauhinia s'est opposé au drapeau bleu avec un bonnet de marin. Et le plus beau dans tout ça ? Quand la presse s'est rendue compte que les Marinas n'étaient pas derrière les gangs louant Poséidon, ils ont osé des billets et du soutien aux forces natives. Avec le support officiel et l'appui diplomatique de la Chine, les rebelles changeaient de camp. L'ordre reprenait ses droits. Et hier, lors d'une visite d'un de leurs derniers employés, Ho et Sing avaient évacué le 46ème étage de la tour. Une guerre inachevée.

Après le récit, un bon repas et de la discussion sur le tout et le rien, mon sauveur est revenu du travail. Et tu sais quoi ? C'était pas le vendeur de radeaux, c'est le réceptionniste, Shui-Khan. En fait il n'a tout à fait cinquante ans, tout comme sa mère. Y a dix ans d'écart à chaque bord de la fourchette. Comme je disais, c'est pas facile de leur mettre un âge aux asiatiques des fois. Bien entendu, quand le fiston m'a demandé s'il pouvait faire quelque chose pour moi, je lui ai demandé son stylo. Pêche du jour avec son cri sauté sos et gredin. L'attaque des clowns a déjà eu lieu, mais faut que j'y mette un point, et même un poing final. Faut que je tire l'Ho Rei des derniers Casseurs Poissonneux et que je rassure mon public. Je ne me suis jamais senti aussi bien. Depuis une semaine en tout cas.
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Mer 2 Nov - 15:42
Hyundai Sonata hybrid bleu nuit, sous le ciel bleu jour. Ca fait un moment que j'ai plus voyagé en bagnole, encore plus à l'arrière avec un chauffeur. Shui-Khan tenait à me conduire. L'objectif, c'est un point de rendez-vous adressé aux deux éveillés, les Casseurs Poisonneux. Y en a aussi dans les résistants maintenant, surtout depuis que la Chine arrose de renforts. Alors forcément, le grand retour capote. J'ai pas encore tourné de nouvelle vidéo, j'attends d'être seul entre la hyundai et les deux zigs. Pour l'instant, on roule. On roule, et on parle, surtout. On en est au point où le natif me demande la finalité de tout ça.

"C'est quoi la finalité de tout ça ?
- Hmm ? La finalité de tout ça ? De tout ça quoi ?
- Ton combat. Capitain Boxman, les médias, les conquêtes, ça mène où au final ?
- Tu me demandes si j'ai un objectif à atteindre ou si je ne fais que me fixer des objectifs pour continuer à courir ?
- Je ne sais pas, peut-être les deux.
- Je vois, que je réponds, en structurant la réponse pour ne pas m'emmêler. Mon avenir, c'est probablement brûlé ou éviscéré dans un champ de ruine quelconque, quelque part. Dans le meilleur des cas. Quand j'étais petit, je voyais mon avenir au jour le jour. Et ma préoccupation majeure, c'était être invisible et avoir de quoi bouffer.
- Tu as grandi dans la rue.
- J'ai grandi partout, y compris dans la rue."

Il acquiesce dans le rétroviseur.

" Et maintenant, c'est toujours au jour le jour ?
- Plutôt oui. Je mange à ma faim, mais je continue d'être invisible. Je m'efface et je laisse Boxman exister à ma place. C'est mieux comme ça. Qu'est-ce que je pourrais bien faire si je n'étais plus un superhéros de toute façon, hein ?
- Chauffeur de superhéros ?" Sa plaisanterie m'oblige à pouffer de rire. Elle est pas mal. Lui, il se contente de sourire, et poursuit le fil de sa pensée.

"Ou ouvrier, employé d'une entreprise. Pêcheur, si tu veux du grand air et des horaires variables, ou journaliste. Même sans pouvoir, tu peux essayer tout ce que tu veux. Je ne pense pas qu'en posséder un oblige à s'en servir.
- Hmm, mais si tu étais doué au baseball, tu ne penses pas qu'il serait intéressant de voir jusqu'où tu peux aller ?
- Tu n'es pas un joueur de baseball, gamin, t'es un tueur.
- Hmm, on n'a que quelques années d'écart Shui, que je fais, un peu fermement, et plus pour le terme tueur que gamin.
- C'est vrai, excuse-moi. Mais ça ne change rien pour le reste, tu es doué pour une chose qui apporte....ça, tout ce que tu vois aux infos quand on parle des éveillés. Destruction, peur, sectarisme religieux...
-...je t'arrête tout de suite, je ne suis pas un chevalier. Et je me bats pour défendre les humains, pas honorer les dieux.
- Peu importe, tu as un pouvoir. Et tu t'en sers pour la guerre. Est-ce que tu as raison de le faire ? Oui, je ne vais pas prétendre qu'il est honteux que des humains s'opposent à la dictature des divinités. Ce serait trahir sa propre espèce. Mais est-ce que posséder le pouvoir d'éveillé, de superhéros ou de tout ce que tu veux pour rivaliser avec eux est une raison en soi pour le faire ? Je n'en suis pas sûr. Ce n'est pas parce qu'on a une dentition d'omnivores qu'on ne peut pas choisir d'être végétarien, tu vois ce que je veux dire ?
- Ce n'est pas parce qu'on ne mange pas de viande qu'on ne doit pas abattre les meutes de loups qui menacent les troupeaux et les détruiront si personne ne les repousse.
- Juste. Mais ils se dévorent entre eux tes loups, tu penses pouvoir tous les repousser ? Est-ce que la bonne idée, ça ne serait pas de les éduquer à modérer leur faim ?"

Au début, je lève un sourcil comme s'il venait de dire une bonne grosse débilité. Mais y a du fond dans son idée, je l'admets bien vite. Ma réponse est plus une réflexion à voix haute qu'une envie de débattre.

" L'éducation. Sûr que c'est la solution dans l'absolu. Mais on n'arrivait déjà pas à empêcher des simples hommes et femmes à mal tourner et agir comme des enfoirés avant l'Eveil, pourquoi maintenant qu'ils ont le pouvoir de supplanter les autres ça serait plus réaliste ? J'aimerais qu'il existe une méthode ou une divinité pour rétablir l'équilibre, mais y a rien. C'est pas une partie d'échecs où chaque pièce est bien placée et définie. C'est un gros sac de billes jeté devant un tas d'enfants et celui qui en aura le plus aura plus de chance de remporter celles des autres. Comment tu raisonnes ces enfants quand tu peux au mieux en être un et qu'ils se sont déjà rués sur les billes pour en avoir un maximum, hum ? Les dieux, les éveillés, ce sont des drogués au pouvoir. Et les autres sont lâches ou impuissants et préfèrent ne pas se sentir concernés par des enjeux qui les dépassent.
- Et pourtant, les Casseurs ont été vaincus.
- Mais à quel effort, que je dis sur l'impulsion ? Il ont pu s'installer, maîtriser une population plus nombreuse et il aura fallu une vidéo d'un mec qui fait tomber le Général de l'armée pour que les troupes commencent à prendre courage, en plus de la misère continue. Je ne te traite pas de lâche Shui, mais tu étais réceptionniste d'un bâtiment abritant des usuriers spéculant sur le malheur de la population il y a encore deux semaines. Tu m'as sauvé, tu m'as protégé et tu es quelqu'un de bien, ça ne fait aucun doute. Mais j'ai failli mourir pour que des gens bien osent suivre leurs convictions. C'est quoi le prix pour que des gens plus puissants changent la leur au profit des autres ?"

Il me fixe, met son clignotant et prend le rond-point. Au loin, on voit le temple à flanc de montagne. Son silence n'était pas un abandon, au contraire. Il me fixe par le miroir et rétorque, avec son gros cou serré dans le col de sa chemise.

"Alors quoi, tu es un homme sans illusions qui fait croire  qu'il y a de l'espoir aux gens en te déguisant en défenseur de l'humanité ? Une humanité qui ne semble pas mériter les sacrifices que tu fais pour elle ? C'est quoi le but ? Te grandir ? Dire au dieu unique auquel tu crois que tu as tout bien fait pour être dans ses grâces ? Si nous ne sommes tous que des moutons ayant besoin de gens comme toi pour les guider sans vouloir les exploiter, qu'est-ce que tu y gagnes à gérer ce genre de bétail ? Tu veux savoir pourquoi j'ai bossé sans m'opposer aux Casseurs jusqu'à ton arrivée ? Parce que je n'avais ni les moyens de le faire, ni l'envie de participer à ces guerres qui m'échappent. On nous dit tout et son contraire. Athéna est supposée protéger la Terre, mais elle ne peut rien contre les océans quand Poséidon se déchaîne. Et Hadès, on le craint tous, mais ses soldats œuvrent pour autre chose que notre destruction. Mais même ça, ça n'a aucune importance. Qu'on soit avec Athéna ou non, quand on meurt c'est Hadès qui nous juge. Et Hadès, il n'est pas très ami avec sa nièce. Alors quoi, entre une Ministre qui n'empêche pas les invasions, un furieux qui nous détruit sans raison apparente et un mesquin qui attend notre mort pour jouer avec nous, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Tu parles d'impuissance, tu n'es pas mieux loti que nous. A moins de découvrir le secret de l'immortalité, tu seras toi aussi jugé des dieux et soumis à leurs jeux. Gandhi disait que si on le tuait, on aurait son corps, pas son obéissance. C'est une phrase courageuse quand on pense qu'on n'a qu'une vie et qu'agir en bien contre l'oppression nous élève, et qu'une fois mort, soit il n'y a rien, soit on se réincarne. Mais c'est dément si rien n'a de fin. Si quoique tu fasses, tu perds, par tourments de ton âme ou que même la mort et le sacrifice ne sont pas des choses assez fortes pour te considérer comme respectable. Et c'est ça l'impuissance, cette certitude que même si tu donnes tout ce que tu as, jusqu'à ta vie et ton âme, tu te feras avoir en bout de course. Partant de là, qu'est-ce que tu peux faire ? La plupart des gens choisissent de se murer dans un déni du danger le plus longtemps possible. Parce qu'on en a besoin et qu'on n'est pas créés pour être des fourmis guerrières ne vivant que pour servir les Reines. Mais nous sommes devenus ça, des animaux domestiqués par les dieux. Comme des chiens. On peut aimer la promenade ou ne pas supporter d'avoir de laisse. Ce qui est sûr, c'est que notre vie se fera avec notre maître.

Le mordre n'avance à rien, surtout s'il peut prendre plaisir à nous mener la vie la plus atroce possible au lieu de nous piquer pour se protéger. Ton image des billes était bonne, nous sommes tous des billes ne pouvant qu'attendre la fin du jeu des enfants dieux. Nous traiter de lâches, ça n'a pas de sens. Juger nos actes même n'en n'a pas. Partant de là, la seule liberté qu'il nous reste, c'est de faire des choses qu'on aime. Des choses qu'on aime, pas pour lesquelles on est doués. Réceptionniste du Central Plaza, c'est un travail que j'adorais. Tu es dans un bel endroit bien éclairé, souvent seul, souvent tranquille. Tu vois la vie suivre son cours par les fenêtres et des gens puissants te demander de les guider ou les informer. Ils ne sont pas tous agréables, mais tu existes pour eux. On remplace les employés de banques par des ATM et les guichetiers des réseaux du rail par des distributeurs de billets automatisés, mais les riches, ils aiment avoir leur être de chair. J'étais un simple réceptionniste, mais j'étais essentiel au Plaza. Pas moi en tant qu'être, mais en tant que fonction. Et ça, j'adorais, j'adorais vraiment."

Ben merde alors, il m'a quasi convaincu de fermer ma gueule. J'aime bien ce gars, il est franc. Et pas con. Je comprends que certains aiment prendre des taxis, ou aller chez le coiffeur. De vraies conversations.

" Si rien ne vaut la peine autre que son plaisir et qu'on n'a aucun devoir à prétendre, sinon celui de ne pas fâcher les dieux, pourquoi tu m'as aidé ?
- Parce que je suis humain, Aspis. Quand tu es monté après notre rencontre, je me suis connecté sur ton site et j'ai vu ton combat. Et là, y a eu un déclic. Un truc égoïste, vraiment. Je me suis dit que ce mec qui venait de se battre comme un lion pour la liberté des autres était fêlé, mais j'en voulais plus. T'aurais pas filmé ta soirée, je ne serais probablement pas sorti pour t'embarquer chez ma mère et t'y faire soigner à l'abri des Casseurs. Puis, ce Deus Ex-machina. Une chute mortelle et des matelas en-dessous pour te sauver la vie. Je ne sais pas si les dieux te protègent ou si tu as vraiment une chance de pendu, mais je trouvais que quelqu'un qui avait échappé de si près à la mort méritait un coup de pouce.
- A la mort, à la mort. C'est que dix mètres seconde le choc. J'ai déjà encaissé des gnons bien plus véloces sans avoir 300 mètres pour préparer le moment douloureux.
- Ah, tu aurais survécu de toute façon alors ?
- J'en sais rien, c'était une première à une telle hauteur. Mais ce qui est sûr, c'est que je suis tombé dans les vapes et toi, tu m'as sauvé en mé récupérant. Si j'ai bien eu une aide de Dieu, tu peux t'inclure dedans.
- Aucune raison que ça me retombe dessus alors, si j'ai accompli la volonté d'un dieu.
- Pas si c'est Hadès en tout cas. Plus qu'à croiser les doigts hé hé. En attendant, merci, même si t'as agi par faiblesse.
- Va te faire foutre.
- Ha ha ha, hey un peu de respect, tes sièges sont en tissu et je vais plus vite que la vitesse de pointe de ta caisse je te rappelle, je te fais un grand honneur en embarquant avec toi."

Il rit discrètement, mais je sens quand même un malaise. Léger, bénin, perceptible. Je m'apprête à briser le silence qui ne doit pas durer quand il prend l'initiative, avec un soulagement mutuel.

"Et donc, pourquoi tu te bats ?
- Encore ? C'est une obsession ta question.
- j'aimerais comprendre. je t'ai expliqué pourquoi je ne me battais pas ni pourquoi je n'avais jamais compté le faire avant de vouloir te permettre de continuer tes interventions vidéos. J'ai envie de savoir ce qui t'empêche toi de ne pas faire autre chose. Et je me dis que c'est une affaire personnelle.
- Tu te dis ça ?
- C'est la seule explication. Quand on fait une chose risquée et sans y tirer intérêt, c'est qu'on le fait par fanatisme. C'est quoi l'histoire ? Une vengeance ? Une promesse ? Qu'est-ce qui fait qu'Aspis a besoin de Boxman "

Je me racle la gorge, me redresse sur mon siège et expire un bon coup avant de répondre.


"Avant toute chose, laisse-moi te dire que tu es redoutable. Et la prochaine fois, je prendrai le bus.
- Tu peux m'envoyer chier, mais alors dis-le franchement s'il te plaît, qu'il dit, plus attentif à ma réponse qu'à mes vannes.
- J'ai une réponse, dont tu devras te contenter. Crois-tu que j'aime être Incredible Captain Boxman ? En vérité je le trouve aussi superflu que les éveillés. Mais ce n'est pas moi qui ai choisi de l'être. Moi, il me suffisait d'être Aspis, je ne demandais rien d'autre, mais on m'en a empêché. Tu dis qu'être un surhomme n'est pas une raison pour faire des choses de surhomme, mais tu ne peux pas comprendre, cette chose que tu subis sans le demander quand tu es de l'autre côté. Tu n'as jamais subi la faiblesse des autres qui ont besoin de se hiérarchiser par rapport à toi,même si c'est en leur défaveur. Un humain nettement plus fort, plus rapide et résistant que ses congénères, au point de dépasser les considérations théoriques de la limite de son espèce, ça en fait quelqu'un de rare. Ce qui est rare est précieux. Ce qui est précieux a peu de choix d'usages. On en vient à le comparer à un tueur quand il s'imagine joueur de baseball et c'est c'est comme ça tout le temps et avec tout le monde, que je lui balance, en sentant bien que la remarque l'a percé.

J'étais une pierre précieuse aux yeux des autres, on me voulait serti et en valeur quelque part. Ou me détruire par xénophobie. Alors le choix, c'était vivre une seconde identité en tant que simple humain, ou vivre en tant que superhéros assumé. Dans les deux cas, je devais porter un masque. Mais dans un seul des deux, je pouvais survivre. Et comme je te l'ai dit, quand j'étais petit, j'étais nomade, j'avais peur et j'étais seul. J'ai choisi d'être un superhéros quand rester un simple humain n'était pas possible. Paradoxalement, c'est au moment où j'aurais pu me ranger en monsieur tout le monde que j'ai choisi de devenir Boxman. Peut-être pour justifier tout le passif subi, ou peut-être que les deux choix ne me plaisaient pas, mais que quitte à avoir une vie pénible, préserver celle qu'on pourrait encore idéaliser. Si j'avais été un pêcheur ou un vendeur de prêt-à-porter, j'aurais pu me dire que ma vie d'aventurier aurait été meilleure. En tant qu'aventurier, c'est plus sain de regretter sa vie de vendeur.

Puisque j'ai choisi la voie épique, autant se fixer des objectifs épiques. Boxman est une blague, une farce et une illusion reflétant le monde qui l'entoure. Tu as raison, je me fiche de sauver l'humanité. Elle n'a cessé de me condamner, au même tire que les dieux. Mais mes meilleurs souvenirs sont avec des gens que j'ai aidés. Je ressens un profond plaisir à ce que des gens trouvent un sens à la farce de Boxman. Comme si ce personnage totalement fictif aboutissait à des conséquences réelles. Et ça, c'est épatant, qu'une illusion prenne forme et consistance pour avoir des conséquences. Dès lors, on ne peut plus la qualifier d'irréelle. Boxman existe bel et bien parce que ses actes ont des conséquences. je suis le père d'un truc qui est important pour d'autres. Alors, si je dois être concerné et responsable d'une chose dans le monde, c'est au moins de ça. Mon superhéros, ma création, est authentique et bien plus pure que son créateur. C'est pour cette chose que je ne suis pas moi et que je m'efface, parce que sa vie a bien plus de sens et d'importance que la mienne.
- Dévoué à son oeuvre.
- C'est ça. Tu parlais de fanatisme, tu avais raison. Je pense qu'on l'est tous à notre façon. Envers un dieu, un amour, un enfant, un travail, je n'ai jamais croisé une seule personne qui ne vive pas par foi envers une idole, physique ou morale. Ne pas avoir cette passion, c'est mourir vivant. Peut-être que c'est ça le vrai message des religions: avoir foi, connaître la passion. Quel autre moyen que la passion pour atteindre l'excellence ? Tout le reste, des dogmes aux façons de traiter les autres croyants, comme les infidèles, c'est de la connerie.
- Je comprends mieux. Au final, tu n'es pas un cynique. Ni un fou. Et j'espère que tu mourras sans regrets, quand ta vie imposée finira.
- Pareil pour toi, Shui-Khan. Tu peux me déposer ici, la route du temple est pleine de débris tu risques de crever un pneu."

J'ouvre et sors de ce drôle de taxi, avec un mélange de peine et de soulagement. Il fait plein soleil, et bien plus sec qu'en zone portuaire. Tu me diras, j'ai roupillé longtemps, ça a eu le temps de sécher. En quelques foulées, je rejoins la vitre du conducteur qui s'ouvre sur le lourd faciès du quarantenaire.

"Je vous dois, que je plaisante ?
- Rien du tout monsieur. Essayez juste de trouver un truc contre Ho Reisan. C'est un fainéant, mais cette fois tu as réduit son empire à néant. Il voudra te détruire et Sing aura une revanche à prendre.
- Je sais. Et je n'ai toujours aucune stratégie pour m'immuniser au pouvoir de Ho. J'en suis incapable, je crois. Mais bon, qui vivra verra. Rentre chez toi. Et si tu te mets en ligne sur le chemin, fais gaffe à ne pas avoir d'accident."

Il lève le pouce en refermant sa vitre. Je m'éloigne du véhicule et le laisse redémarrer, puis reprendre la route. Seul en plein cagnard, ça faisait un moment. Le temps passe. Une minute, trois, on s'en fout. Je profite. Et quand le soleil me chauffe assez la peau pour me faire penser que je suis à 0,02% de chargement du coup de soleil, je me tourne vers le lieu du combat final. Pas mal de marches pour accéder au coeur de l'édifice. Ca va me faire les guiboles, pour le jour où il faudra botter le cul du zodiaque.

#conquête#présent#BK#Aspis#eh merde, j'ai plus de place pour mon titre.