avatar
Xing HuoSpectre du Cyclope
Spectre du Cyclope

Date d'inscription : 01/07/2015
Nombre de messages : 184
Age : 24
Double Compte : Rogos / Andréa

Revenir en haut Aller en bas
Ven 27 Jan - 23:39
Le Cyclope n'avait plus croisé âme qui vive depuis un bon quart d'heure, la situation ici était plus grave qu'il ne l'avait imaginé. Il n'arpentait peut-être pas les ruelles les plus touristiques de la Cité des Doges mais en temps normal, même ces allées reculées voyaient passer leur content de visiteurs en goguette cherchant à s'éloigner des sentiers battus à la recherche de quelque curiosité échappant aux yeux du grand public.

Tout cela avait changé suite à l'attaque des forces de l'Atlantide ; le gigantesque Golem, les Marinas arrivés dans son sillage, le face-à-face avec les Spectres qui venaient alors tout juste de se rendre maîtres de l'endroit... Xing Huo se rappelait sa déception quand la voix divine avait mis fin à cette bataille avant même qu'elle n'ait réellement commencé. Une réaction stupide sur le moment qui l'était plus encore rétrospectivement : eut-il tenté sa chance qu'il aurait sans aucun doute été réduit au même état pitoyable que le Peryton, geignant et souffrant alors que son sang teintait le pavé vénitien. Ça ne datait pas tant que cela, pourtant ces événements semblaient déjà lointains.

Il ne s'éternisa pas dans ses souvenirs. Custodio était mort, Poséidon, ses monstres et ses Généraux s'étaient retirés dans leur tanière sous-marine... peu importait le passé, il lui fallait se focaliser sur le présent et sur sa mission. La porte de l'Au-delà du Château d'Heinstein était trop exposée, comme les Saints et même les Marinas l'avaient prouvé maintes fois. La dernière visite de Poséidon, c'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase : les infernaux s'étaient fait menacer chez eux, dans leur propre place-forte, par un Dieu qui avait déjà mis l'endroit en pièces quelques mois auparavant et promettait de le refaire s'ils ne lui livraient pas passage. Thanatos avait décidé que c'en était trop, qu'il était plus que temps de remédier à cette vulnérabilité en déplaçant l'entrée terrestre de leur domaine.

Le vieillard approuvait ce choix et pas seulement parce que cela empêcherait les autres factions de pénétrer en Enfer comme dans un moulin. À vrai dire, le Château lui était devenu personnellement antipathique depuis qu'il s'était retrouvé coincé pendant plusieurs heures sous quelques tonnes de sa maçonnerie dans le froid, l'humidité et l'humiliation. Ce qu'il approuvait moins par contre c'était le rôle qu'il se retrouvait à jouer dans le plan du Faucheur : il devait à présent écumer les territoires terrestres des Spectres à la recherche d'un emplacement de remplacement pour ladite entrée.

Une fois de plus il devait feindre et se déguiser. Contrairement à ses virées précédentes au Proche-Orient, celle-ci promettait encore moins d'opportunités de faire usage de la violence. Enfin, tout n'était pas si noir, il avait pu compter sur le Dullahan pour l'aider à préparer sa mission. Suivant ses conseils, le philippin avait abandonné son ancienne identité factice ; sa couverture d'employé de la Guardhound l'avait bien servi mais il serait particulièrement malvenu que quelqu'un fasse le lien entre une acquisition immobilière par cette entreprise dans une ville où la présence Spectre avait échoué à être discrète – même si ce n'était pas de leur faute – et l'implication de représentants de cette même entreprise à Istanbul et Tel-Aviv. Dans le même esprit, il avait radicalement altéré son style vestimentaire, sa coiffure, sa barbe, était allé jusqu'à se teindre les cheveux et enfiler des lunettes... bref, il s'était rendu méconnaissable.

« J'espère que les autres apprécieront mes efforts. » grommela-t-il en examinant une mèche de cheveux teinte en noir. Rogos avait essayé de faire passer la pilule en prétendant que ça le rajeunissait mais rien à faire, il n'était pas content. Et la gamine non plus ne serait pas contente quand elle rentrerait de Los Angeles pour se rendre compte que le français avait utilisé ses produits cosmétiques sans son autorisation. Le vieillard était une victime, aussi pensait-il échapper à la colère de sa collègue en rejetant la responsabilité sur l'auteur du crime.

L'éclat du soleil l'aveugla soudain à la faveur d'une vue dégagée alors qu'il émergeait du dédale de rues et de canaux pour se retrouver sur la place Saint-Marc. Il passa quelques secondes à tenter de s'orienter, de repérer l'homme avec qui il avait rendez-vous mais ce fut lui qui le trouva en premier.

« Buongiorno, signore Zhang. » l'accueillit un jeune et fringant italien en costume impeccable. « Je suis Roberto, c'est moi qui serai votre guide aujourd'hui. »

Visage bien symétrique, dents trop blanches et cheveux gominés. Merveilleux. L'ancêtre le trouvait déjà irritant et il n'avait pourtant dit que quelques mots. Nul doute que l'agent immobilier avait beaucoup de succès auprès de la gent féminine cependant l’Étoile Terrestre de la Brutalité n'était pas quelqu'un qu'on pouvait amadouer avec un sourire commercial. Ni avec un chapelet de boniments comme celui que le jeune coq était déjà en train de débiter, s'épanchant à l'envi sur l'histoire de la cité, sa réputation, ses divertissements...

« Mon employeur sait déjà très bien à quel point Venise est charmante, Roberto. » coupa le Cyclope. « Ne nous étendons pas là-dessus, nous avons un programme chargé et pas de temps à perdre. Commençons tout de suite. Et non, je ne souhaite pas en profiter pour visiter, je dois repartir demain soir au plus tard. »
avatar
Xing HuoSpectre du Cyclope
Spectre du Cyclope

Date d'inscription : 01/07/2015
Nombre de messages : 184
Age : 24
Double Compte : Rogos / Andréa

Revenir en haut Aller en bas
Jeu 2 Fév - 21:33
« Mais certainement, signore Zhang. Par ici je vous prie. » répondit Roberto sans se départir de son professionnalisme. D'un pas plein d'entrain, il ouvrit la marche pour mener le Spectre hors de la place Saint-Marc en slalomant entre les flaques. L'esplanade n'était pas inondée aujourd'hui mais elle restait tout de même fichtrement humide et le froid nocturne avait transformé des sections entières en plaques de verglas qui ne tarderaient pas à fondre. L'italien jetait parfois à son client des regards inquiets, comme s'il avait peur qu'il glisse et se casse une jambe.

« Je suis vieux, pas sénile... » rouspéta Xing Huo en un grommellement inaudible. Le blanc-bec n'avait pas non plus besoin de vérifier toutes les 30 secondes qu'il suivait bien la cadence. En fait, même s'il avait délibérément tenté de le semer, le philippin n'aurait eu aucun mal à lui coller aux basques pendant des heures dans le dédale des ruelles. Et sans faire usage de ses facultés spectrales en plus ; la sollicitude du guide était donc bien inutile.

« À propos signore, votre employeur a-t-il des préférences particulières ? Notre agence gère de très nombreux biens immobiliers et même si nous avons fait un tri préliminaire pour ne retenir que les résidences du plus grand standing, il serait sans doute appréciable de réduire davantage la liste. »

Voilà qui était mieux, une proposition qui allait leur faire gagner du temps... à condition que le Cyclope trouve les bons mots pour transposer les directives données par le Faucheur. Il n'allait pas dire à l'agent immobilier qu'il recherchait un édifice assez vaste pour accueillir deux ou trois escadrons de gardes surarmés et aux murs pouvant résister aux assauts de paladins en armure capables de briser la pierre à mains nues, le tout afin de protéger un Puits sans fond débouchant sur un autre plan d'existence au sous-sol. Oh, et avec un feng shui qui neutraliserait les émanations d'outre-tombe si possible, pour éviter qu'on ne les repère, merci beaucoup.

« Mon employeur tient beaucoup à Son intimité. Hélas, Il est aussi très demandé et voyage donc toujours avec un staff conséquent qui aurait également besoin de loger sur place. Il nous faudrait donc une propriété vaste et relativement à l'écart du public. 600 mètres carrés de surface au sol minimum. » annonça le vieillard après mûre réflexion.

« Cela ne devrait pas être un problème. » répliqua Roberto en arborant un sourire assuré. Mais son interlocuteur ne faisait que commencer...

« Nous souhaiterions un bâtiment attirant peu l'attention vu de l'extérieur – l'intérieur devrait cependant être décoré avec le plus grand soin, cela va sans dire – dont l'organisation satisferait nos experts en sécurité. Mon employeur n'aime pas recevoir la visite de voleurs ou pire, de paparazzis, vous le comprendrez aisément. »

Cette requête n'avait rien d'inhabituel de la part d'un client fortuné aussi l'agent immobilier restait-il confiant. S'il n'était pas toujours facile de concilier luxe et discrétion, il ne s'agissait pas pour autant d'un obstacle insurmontable. « Bien sûr, signore Zhang, nos estimés clients partagent souvent ce point commun ; vous pouvez compter sur moi pour vous proposer une propriété qui protégera au mieux la vie privée de votre employeur ainsi que ses objets de valeur. »

« Ravi de l'entendre. À propos d'objets de valeur, mon employeur est un grand amateur de vin qui a bien l'intention de faire l'acquisition de quelques barriques de grands crus italiens. Une cave spacieuse, dégagée et bien entretenue sera naturellement nécessaire pour entreposer tout cela. »

« Naturellement... »

Là par contre, cela commençait à devenir plus ardu. Les particularités du terrain vénitien compliquaient l'ajout d'un niveau souterrain aux maisons : toute la ville ou presque était bâtie sur pilotis après tout et les infiltrations d'eau pouvaient vite devenir un véritable cauchemar. Difficile d'échapper à l'humidité omniprésente. Toutefois si le mystérieux commanditaire de l'asiatique était prêt à payer le prix, la meilleure agence immobilière de la Cité des Doges arriverait bien à trouver de quoi faire son bonheur dans son vaste catalogue.

Xing Huo n'avait cependant toujours pas terminé : « J'allais oublier un point très important : des murs solides, des fondations robustes et un sol ferme. Mon employeur investit dans la durée et préférerait ne pas avoir à Se soucier de l'affaissement de Sa résidence, de la montée des eaux ou de longs travaux de restauration qui L'empêcheraient de jouir de Son bien. »

Ne pas avoir à se soucier de la montée des eaux. À Venise. Alors que l'île toute entière s'enfonçait peu à peu dans la lagune, comme maudite par Poséidon en personne. La larme à l’œil, Roberto se rappela que le client était roi et qu'il lui fallait faire de son mieux. « Je vais voir ce que je peux faire, signore Zhang. »
avatar
Xing HuoSpectre du Cyclope
Spectre du Cyclope

Date d'inscription : 01/07/2015
Nombre de messages : 184
Age : 24
Double Compte : Rogos / Andréa

Revenir en haut Aller en bas
Lun 6 Fév - 21:28
L'italien avait à cœur de satisfaire ses clients, on ne pouvait pas lui enlever ça. Même au bout de plusieurs heures de visite infructueuses, il s'efforçait toujours de répondre aux demandes du vieillard... sans résultat jusqu'ici, hélas. Il commençait à désespérer et maudissait en son for intérieur Poséidon, son Golem et ses Marinas ; d'ordinaire, les demeures vénitiennes ne restaient jamais bien longtemps sur le marché, elles se vendaient comme des petits pains. Toutefois, depuis le jour fatidique où Spectres et Généraux de l'Atlantide s'étaient affrontés pour sa possession, la Cité des Doges n'attirait plus grand monde – un problème que le blocus maritime mondial suite aux événements de Tokyo n'avait fait qu'exacerber. Oh, il y avait bien quelques originaux animés d'une curiosité morbide (ou, plus inquiétant, d'une certaine sympathie envers les idéaux de l'une ou l'autre faction ennemie du Sanctuaire...) qui venaient ici en pèlerinage mais ce genre de tourisme du désastre n'était pas du goût des locaux.

Ils ne pouvaient néanmoins rien y faire : le contexte actuel étant ce qu'il était, le vieillard pouvait se permettre de faire la fine bouche. Xing Huo ne tourmentait cependant pas son guide par plaisir : ses pinaillages n'avaient d'autre but que d'assurer la réussite de sa mission en choisissant la meilleure cachette possible pour l'entrée des Enfers. Et puis ce n'était pas comme s'il ignorait les édifices proposés qui ne répondaient pas à ses critères ; il notait scrupuleusement leurs références dans un carnet pour plus tard.

En effet, les Spectres n'allaient pas se contenter d'acquérir un bâtiment pour y dissimuler le passage vers leur domaine, ce serait trop simple. Ils allaient brouiller les pistes en achetant également d'autres propriétés – via la multitude de prête-noms et sociétés-écrans contrôlés par le Faucheur bien sûr, afin de faire en sorte que nul ne puisse relier ces achats les uns aux autres. Vingt cachettes possibles, aucune d'entre elles n'ayant le même propriétaire. Plus quelques édifices supplémentaires sur lesquels ils avaient la mainmise grâce à leur contrôle de la mairie de la ville. Une méthode quelque peu onéreuse mais Sa Seigneurie était riche à milliards, ces menues dépenses seraient bien vite absorbées par les recettes faramineuses que Lui rapportaient Ses compagnies en ces temps troublés. Même les vastes ressources des autres factions en matière de renseignement s'y casseraient les dents, obligeant leurs ennemis à procéder à l'ancienne.

Ce plan n'était pas parfait, le Cyclope en avait conscience. Tant qu'à jouer au jeu de l'aiguille et de la botte de foin, les gardiens de l'Au-delà auraient très bien pu choisir Los Angeles, une botte de foin autrement plus vaste et dont l'allégeance infernale était encore inconnue de leurs rivaux. Cela dit, un subordonné comme lui n'avait pas à critiquer les décisions de Thanatos : Il avait sûrement Ses raisons et n'avait en tout cas pas à Se justifier auprès des simples péons.

« Signore Zhang, voici notre dernier arrêt. Si celle-ci ne vous convient pas, j'ai bien peur que rien de ce que nous avons dans notre catalogue ne fasse l'affaire. » annonça Roberto au terme d'une longue, longue marche. Il était fatigué et se disait qu'il avait bien du mérite ; en temps normal, passer une journée entière aux côtés d'un unique client aurait été vu comme une perte de temps alors que ses collègues plus chanceux auraient pu décrocher trois ou quatre ventes avec des interlocuteurs moins exigeants dans le même intervalle... Mais le temps étaient durs et les clients ne se bousculaient pas au portillon.

« Le meilleur pour la fin. » l'encouragea le philippin. « Ne vous laissez pas abattre jeune homme, j'ai moi aussi la ferme intention de repartir ce soir avec l'acte de propriété d'une demeure qui ravira mon employeur. »

L'agent immobilier retrouva un peu d'énergie à ces mots, se tint bien droit et désigna à son client ce qu'il espérait être la perle rare qui répondrait à ses attentes. « Signore, je vous présente le Palazzo della Notte Vuota. »
avatar
Xing HuoSpectre du Cyclope
Spectre du Cyclope

Date d'inscription : 01/07/2015
Nombre de messages : 184
Age : 24
Double Compte : Rogos / Andréa

Revenir en haut Aller en bas
Mer 8 Fév - 21:18
C'était un palais ça ? Difficile à croire. L'édifice qui se dressait devant les deux hommes était massif et austère, très différent des luxueux hôtels particuliers et autres grandes demeures extravagantes de la Cité des Doges. Une façade sobre, quasiment dépourvue d'ornements, percée de petites fenêtres haut placées là où les autres maisons s'ouvraient au monde extérieur pour faire rentrer un maximum de lumière. Des murs de pierre lisse et sombre qui s'enfonçaient directement dans l'eau du canal, sans quai ni promenade pour en faire le tour. Des portes d'acier forgé, anciennes mais assez robustes pour arrêter une voiture.

« Hum... je sais que je vous ai recommandé d'éviter l'ostentation excessive mais vous n'allez pas un peu loin dans l'autre direction ? » interrogea le vieillard tout en détaillant les lieux. Il fallait cependant avouer que l'endroit n'offrait guère de points faibles exploitables aux intrus : le Cyclope avait dû s'introduire dans un certain nombre d'endroits protégés au cours de sa vie humaine mais il voyait mal comment s'y prendre avec celui-ci.

Roberto soupira en constatant le scepticisme de son client. Il s'y était attendu mais le guida tout de même à l'intérieur avant de commencer à narrer l'histoire du bâtiment. « Il s'agit à mon sens d'un lieu injustement méconnu de notre belle cité. À l'origine, cet endroit était la résidence d'un noble libertin ennemi de la papauté, ou plus exactement des Borgia qui contrôlaient le Saint-Siège à l'époque. Bien qu'eux-mêmes fort corrompus et dépravés, les Borgia utilisaient sans vergogne la puissance de l’Église afin d'éliminer leurs rivaux et quand cela ne suffisait pas, ils n'hésitaient pas à recourir à d'autres moyens moins avouables. Le Palazzo della Notte Vuota a été construit pour accueillir les divertissements licencieux de ce noble, à l'abri de l’Église, des espions et des assassins. Il a ensuite changé maintes fois de propriétaire au cours des siècles, certains s'en servant pour dissimuler leurs richesses ou leurs activités douteuses, d'autres y voyant simplement un havre de paix loin du faste et des dangers de la vie de cour... »

Tout en dissertant, l'agent immobilier précédait le philippin dans sa visite des pièces de la demeure. Si l'extérieur ne payait pas de mine, l'intérieur recelait par contre de remarquables boiseries, des plafonds peints qui feraient la joie de bien des musées et bien d'autres trésors de goût et d'élégance. Xing Huo était trop brut de décoffrage pour apprécier pleinement leur valeur esthétique mais Thanatos devait avoir suffisamment de sens artistique pour compenser l'inculture crasse de Ses subordonnés en la matière.

Mieux encore, l’Étoile Terrestre de la Brutalité apprit que le soubassement ne reposait pas sur des pilotis plantés dans la boue mais sur des rochers apportés à grands frais par le constructeur, soucieux de ne négliger aucune vulnérabilité. La disposition des lieux avait été pensée en termes de potentiel défensif face aux canons des Borgia et à leurs hommes d'armes ; pas de quoi arrêter un débarquement de Saints certes, mais suffisant pour faire gagner du temps aux Spectres si une telle éventualité venait à se produire. En outre, plusieurs passages secrets permettaient au maître des lieux de surveiller ses invités ou de disparaître si son logis venait à être envahi malgré les précautions prises. L'endroit avait beaucoup des qualités : le précédent propriétaire – un oligarque russe lié à la mafiya – ne s'y était pas trompé et en avait fait une retraite à la fois discrète, confortable et sûre en la renforçant avec un dispositif de sécurité plus adapté au vingt-et-unième siècle.

« Tout cela est bien, très bien même. » opina l'ancêtre au sortir de la cave qui avait autrefois servi à accueillir les bacchanales du constructeur (pourquoi compliquer inutilement les choses quand l'on pouvait se soûler directement dans la pièce où était gardé le vin, loin des regards ?). Une objection subsistait toutefois et ça le turlupinait... « Pourquoi ne pas m'avoir présenté cet endroit plus tôt ? Il y a un problème quelque part ? »

« Et bien, en-dehors de l'aspect extérieur qui ne plaît pas forcément à tout le monde et d'un positionnement assez éloigné des monuments les plus intéressants de Venise... Il y a surtout le fait que l'ancien propriétaire, monsieur Karpoukhine... s'est suicidé ici-même après avoir été ruiné par les attaques de Poséidon. Ses partenariats avec l'armée russe ont été révoqués et sa compagnie maritime a fait faillite... »

Poséidon, encore et toujours Poséidon. Xing Huo reconnaissait bien là un Dieu, les conséquences de ses actions se propageaient loin, au point que les infernaux ne pouvaient se rendre nulle part sans y être confrontés. Cela dit, cette situation l'indifférait absolument ; en tant que Spectre, il était particulièrement bien placé pour ne pas avoir peur des fantômes.

« C'est fâcheux, je peux comprendre que cela ait tendance à repousser vos clients. Je vous remercie de votre honnêteté en tout cas. »

Le visage de Roberto s'affaissa et son sourire perdit de son éclat. Encore une fois, c'était le sort du précédent occupant qui lui faisait perdre une vente... et il n'avait plus rien à proposer. Pourtant, le mot qui suivit le surprit.

« Combien ? »

« Je... je vous demande pardon ? »

« Et moi je vous demande le prix. Ne faites pas cette tête-là, mon employeur n'est pas quelqu'un de superstitieux. Ce qui est arrivé ici est une tragédie mais pourquoi cela devrait-il nous dissuader d'acheter ? »

Le jeune homme n'en croyait pas ses oreilles, ce qui ne l'empêcha pas de dégainer en toute hâte son stylo pour griffonner fébrilement un nombre sur un bout de papier. Le vieillard s'en saisit, considéra la somme puis lui rendit en acquiesçant de la tête. « Vendu. Envoyez le contrat à l'adresse que nous vous avons donné lors de la prise de rendez-vous, notre équipe juridique se chargera du reste. »

Cinq minutes plus tard, le duo se sépara après que Xing Huo ait poliment refusé l'offre de Roberto qui l'invitait à aller boire un verre pour célébrer l'événement. L'enthousiasme de l'italien était débordant, cela devait faire une éternité qu'il n'avait plus réussi à convaincre un acheteur d'investir à Venise. Le pauvre, s'il savait... Quoique, les locaux devraient se sentir honorés : leur ville était sur le point de revêtir une importance d'ordre cosmique. Cette partie-là n'était cependant pas de son ressort, mais de celui de l'Être que le Cyclope allait à présent rejoindre pour Lui faire son rapport...

[Solo (?)] Marchandage à Venise