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NtikumaChevalier Noir de l'Araignée
Chevalier Noir de l'Araignée

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Dim 29 Jan - 17:45
Qu’est-ce que… qu’est-ce qui se passe? La vague de puissance qui m’a envahie a été suffisante pour me retirer le contrôle de mon corps, mais contrairement aux autres fois où Phobos a pris le pouvoir, je parviens à demeurer conscient de ce qu’il se passe dans le vrai monde. Enfin… ce que je crois être le vrai monde. Ce grand flash aux couleurs orangées ressemble vaguement à la dernière chose dont je me souviens clairement, la tornade de feu… je n’ai pas eu le temps d’essayer de la contrôler, de m’opposer à mon parasite divin, qu’elle nous entourait déjà, la chaleur étouffante n’aidant pas du tout à me concentrer. Heureusement, ce n’est pas la première fois, je commence à avoir l’habitude de ce genre de conflit… mais un humain, contre un dieu, ne peut gagner que du temps, pas le combat. Et je commence à manquer de temps.
Impossible de voir Ntikuma dans ce tourbillon de couleurs, ses vêtements rouges se mêlant parfaitement aux flammes. Il était près il y a un temps, mais il a sans doute eu le temps de fuir. Je sais qu’il avait besoin du médaillon, qu’il tente de s’éloigner pour peut-être commencer le rituel, mais peut-il réellement fuir assez loin pour échapper à Phobos.
Il va lui manquer quelque chose… peu importe ce qu’il tentera, il lui faudra revenir.
Je connais le rituel, je l’ai lu quelques fois, mais c’est de plus en plus difficile de se souvenir…
Qu’est-ce qui va manquer, au juste?

-Ntikuma…?

Je doute que le murmure faible s’échappant de ma gorge ne lui parvienne, mais le fait d’encore pouvoir parler me rassure un peu. C’est étrange, d’avoir besoin d’être rassuré, après tout ce temps sans ressentir rien d’autre que de l’ennui et de la satisfaction face à la souffrance des autres. Maintenant que Phobos gagne du terrain, il n’y a plus besoin de cette fusion entre nous deux ; peu à peu, le dieu redevient dieu et se sépare de moi, l’humain qui l’a hébergé toute sa vie. Il a toujours altéré ma façon de voir les choses, volontairement ou non, alors une fois seul, que va-t-il rester de moi? Va-t-il rester quelque chose?

Un drôle de picotement me parcoure le bras, à peine perceptible au travers de la chaleur infernale qui me parcoure toujours le corps. Contre ma volonté, je sens mon bras se lever et ma tête se tourner comme pour observer le phénomène, mais arrête brusquement. Quelque chose me retient. C’est faible, je pourrais facilement m’en libérer, mais…
Enfin, Phobos le fera.
Tout d’un coup, tout devient clair. Ma vue me revient parfaitement et mes sens m’indiquent que pendant ce temps, nous avons changé d’endroit. L’air frais et paradisiaque du Temple d’Hygie est devenu sec, mort, et la pierre sous nos pieds s’est transformée en sable. Ntikuma, plus loin devant moi, observe aussi le phénomène, la dague volée à la prêtresse Maya à la main. La lame est couverte de sang… et dans son autre main, la coupe de bois, remplie d’un étrange liquide. Enfin, je suppose que c’est ce que c’est. Je n’en vois que la vapeur.

J’ai le cœur qui bat à tout rompre. Il n’y a plus aucune voix, aucune chaleur, il n’y a que moi. Je ne sais même pas quoi en faire… mais je n’ai pas vraiment le temps d’y réfléchir. Je baisse les yeux, observe la peau devenue grisâtre de mes bras se détachant doucement en fins lambeaux, se soulevant au moindre courant d’air. Je n’arrive pas à y croire…
Les flammes s’estompent. Je reconnais l’endroit.
Oh non. Non. Là, il va tout gâcher!

-C’est une illusion! Finis le rituel!

Nous sommes dans le village de Ntikuma. De ce que j’en sais, c’est la seule chose qui a de l’importance pour lui, c’est l’endroit idéal pour le pousser à la panique, le briser… le rendre vulnérable, jusqu’à ce que Phobos parvienne à le tuer. Après tout, la peur, c’est son domaine : plus il y en a, plus il est fort, donc ça doit fonctionner dans l’autre sens aussi. Les désavantages de ne plus avoir son côté humain…
Mais la peur de toute une communauté ne lui suffit-il pas? Surtout si celle-ci…

Mes pensées s’arrêtent brusquement alors que je me retrouve plongé dans les ténèbres, cette fois sans aucune chance de m’en sortir, et sans façon de savoir si j’y resterai ou non.
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Dim 5 Fév - 21:21
L’idée ne lui était jamais venue qu’Hygie avait menacé de le tuer.
C’était même difficile de croire que sa capture avait servi à du chantage, vu comment la déesse avait traité l’ancien conteur : sans chaîne ni barreau à la petite pièce où elle l’avait emmené, elle s’était tout simplement acquise de sa santé et du progrès de la quête. Dans son langage des signes, Ntikuma avait répondu avec enthousiasme, sans se douter que les actions d’Iblis auraient pu mettre fin à ses jours. Puis, quand le mercenaire en avait fait suffisamment au goût de la déesse, elle avait renvoyé l’encapé en prenant temporairement le contrôle de ses mouvements.

C’était peut-être prévisible, de la part d’un être divin, de jouer dans le dos des mortels ainsi. Malgré tous ces autres défauts, Iblis avait quand même fait le nécessaire pour garder l’artisan en vie alors qu’il n’était même plus certain de son utilité. Mais maintenant, Iblis n’était plus là.
C’était devenu évident la minute où les flammes s’étaient élevées autour du duo. Le malaise que ressentait le Seigneur Noir avait augmenté avant ça, résultat du peu de résistance qu’il tentait d’offrir, mais découvrir que le forgeron en devenir était toujours en vie n’avait pas su lui donner plus de force. En fait, c’était plutôt le contraire qui s’était produit.

Sous son masque, le conteur muet se mordit la lèvre avant de s’approcher du prisonnier de Phobos, la coupe d’Hygie dans une main et le poignard volé en territoire Maya dans l’autre, tout en commandant à son écharpe dorée de glisser de ses épaules pour ligoter solidement Iblis. Ce ne serait pas suffisant pour arrêter Phobos, le mince pouvoir qui restait dans le bout de tissu ne pouvait plus contenir un dieu comme elle l’avait déjà pu, mais le temps que le dieu se manifeste complètement elle permettrait à son porteur de l’approcher sans trop de danger. Malgré toute l’aversion ressentie pour lui pendant leur quête, Ntikuma senti sa gorge se serrer douloureusement en voyant ce que l’influence divine faisait à Iblis : sa peau s’était mise à brûler jusqu’à devenir grise et fine comme une feuille morte, et des lambeaux s’en détachaient au moindre courant d’air. Le phénomène avait d’abord frappé ses mains, puis avait commencé à se propager au reste de son corps. Il fallait faire vite, avant que la transformation ne soit complète. Si ce n’était pas là le signal du retour de Phobos…

La lame glissa facilement sur le bras du mercenaire, bien que Ntikuma n’ait pas osé mettre beaucoup de force dans son geste. Sans avoir rencontré celui ou celle qui avait accepté de leur remettre cet artefact, l’encapé savait ce qu’il faisait. Sa vision, au moment de concevoir le rituel, lui avait montré. La dague assurait l’emprise de son utilisateur sur l’âme ciblée, d’abord pour les sacrifices mais dans ce cas-ci c’était la meilleure façon de savoir qui allait vraiment être frappé par l’arme finale. L’entité rapprocha la coupe de bois pour recueillir le précieux liquide rouge, quand son regard croisa par inadvertance celui d’Iblis. Ou plutôt… celui qui occupait son corps?
Non. C’était bien lui. La séparation était complète, les deux âmes ne coexistaient plus comme elles l’avaient déjà fait, et Ntikuma pouvait maintenant voir le véritable Iblis, et la peur dans ses yeux. Qui n’aurait pas eu peur?

La coupe contenait déjà les autres ingrédients : l’akrafokonmu repris à Iblis plus tôt, la dent du Zilant et la branche d’olivier. L’artisan hésita à mettre l’eau récoltée dans l’antre de l’imposteur Anansi, se doutant bien que son inclusion dans le rituel n’avait été qu’une ruse pour ramener Ntikuma vers lui, mais si ce n’était pas le cas? Malgré la mésaventure et la trahison, l’Ashanti souhaitait y croyait encore, aux histoires et à la promesse qu’un jour, ses divinités se présenteraient aussi au monde, et le symbole d’une telle croyance pourrait augmenter son pouvoir au moment critique.
La pensée se répéta quelques fois dans son esprit, le temps de l’assimiler complètement et de comprendre ce qu’il venait de souhaiter.

D’un geste vif, il lança la bouteille plus loin.
Il était trop tard pour croire. Il avait perdu la réalité de vue une fois en espérant que ses rêves seraient mieux, et en avait payé le prix. Ça n’arriverait plus.

Dès que le sang entra en contact avec les autres ingrédients, une épaisse vapeur blanche s’échappa de la coupe, et le forgeron recula rapidement pour éviter les représailles de la part du dieu panique. Pourtant, quand le regard du mercenaire croisa le sien, c’était de toute évidence lui et personne d’autre. L’humain derrière le dieu existait toujours… Puis, les flammes se dissipèrent et Ntikuma pu voir que le paysage autour d’eux avait changé.
Non. Comment…

Une illusion? Non! Ça ne pouvait pas être une illusion! Ça semblait tellement… tellement réel… tout était comme dans ses souvenirs, le village était exactement identique, il était difficile de croire qu’une illusion pouvait être aussi parfaite… mais était-ce vraiment de la part d’un dieu, qui plus est qui avait déjà vu l’endroit? Même pour le conteur, connaître le pouvoir exact d’un dieu était difficile…
Ça faisait du sens. C’était le pire endroit où terminer leur aventure et contenir Phobos, dans un pauvre village sans défense auquel l’artisan tenait plus que tout, et savoir qu’un malheur pourrait lui arriver le terrifiait. Mais il ne devait pas avoir peur. Sinon, ils avaient déjà perdu.
Soudainement, l’aura d’Iblis prit de l’expansion et l’écharpe dorée qui le retenait fut brutalement repoussé, s’écrasant aux pieds de Ntikuma qui la regarda sans comprendre. Comme un animal effrayé, le bout de tissu s’enroula autour de ses jambes et remonta jusqu’à ses épaules, se serrant de lui-même. C’était donc comme ça que ça allait se passer. Pendant quelques secondes, Iblis avait semblé être conscient et capable de se battre de son propre côté, mais il avait tout de suite disparu à nouveau. Phobos régnait maintenant en maître.
Ntikuma voulu fuir. Enfin, il pensait vouloir.
Mais il n’arrivait plus à bouger.
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Mar 14 Fév - 2:15
Enfin, ses jambes lui obéirent et la silhouette rouge put filer comme une flèche entre les petites maisons qu'elle reconnaissait trop bien ; elles faisaient partie de son village. Le conteur avait même aidé à en bâtir certaines malgré son manque d'expérience sur un chantier, mais était-ce le bon mot pour définir la minuscule parcelle de terre fatiguée qui avait vu naître ces quelques frêles demeures? Même avant l'arrivée des étrangers à la peau blanche, le village de Ntikuma se mourrait.
Mais c'était une illusion. Iblis l'avait bien dit, Phobos tentait de lui faire peur, et la seule façon d'espérer survivre était de ne pas succomber.

Tenant la coupe de bois fermement entre ses mains et prenant soin de ne pas en renverser le contenu. La vapeur qui s'en échappait n'émettait aucun son, mais brillait d'une intense lueur lorsque ses doigts s'en rapprochaient. Entre deux respirations saccadées, le forgeron en devenir articula une prière qui ne s'adressait à personne en particulier, mais qui aurait pu lui fournir quelques encouragements, même s'ils devaient être de sa propre voix, pour lui redonner un peu de courage. Mais il n'y avait rien à entendre.

Enfin, quand la distance entre les deux mercenaires fut jugée suffisante, le muet tomba à genoux et déposa la coupe devant lui, passant les mains au dessus du mélange en se concentrant. L'écharpe dorée glissa de ses épaules pour former un grand cercle, émettant un faible sifflement alors que la lumière s'intensifiait. Des filaments dorés s'échappèrent des doigts de l'entité et se mélangèrent à la vapeur avant de s'enrouler autour du croc volé au squelette du roi serpent. Le sifflement se fit de plus en plus strident, mais plutôt que de grandir, la fumée se mit à diminuer
Graduellement, absorbée par les toiles de cosmos tissées par Ntikuma. Pour l'instant, tout fonctionnait... mais combien de temps avant que le rituel ne soit complet?

-Ils ne sont pas ici.

Son cœur ratant un battement, le muet releva la tête en écarquillant les yeux. Phobos se trouvait à quelques pas de là, observant calmement les petites demeures autour d'eux, ne ressentant de toute évidence aucune douleur malgré ce qui avait été infligé à son nouveau corps physique.
Comment pouvait-il ignorer pareil horreur?

La peau complète grise et craquelée comme l'écorce d'un arbre, les yeux normalement d'un bleu vif d'Iblis s'étaient ternis et la sclère avait noirci, les grandes cernes qui les entouraient tiraient maintenant sur le bleu. Seule sa chevelure avait gardé un peu de vitalité : les reflets rouges et noirs qui la parcouraient donnaient l'impression qu'elle était constituée de braises.

Son regard morne se posa sur le forgeron, qui n'osait plus respirer. Une odeur de bois brûlé flottait dans l'air.

-Ils ne sont pas ici. Ils travaillent.

Ses lèvres s'étirent en un rictus, et il leva les mains. Le cœur de Ntikuma cessa soudainement de battre.

-Ils travaillent toujours.

La minuscule cabane à sa gauche explosa dans un torrent de flammes. Comme un signal, toutes les autres demeures suivirent et disparurent sous l’éclat de chaleur et de violente lumière orangée. Il n’y avait même pas de fumée, mais l’odeur était présente, se comprimant dans ses poumons et lui brûlant le dos, se refermant sur son cœur comme un étau. Battait-il vraiment? Tout semblait assourdi, même les cris de douleur qui fusaient des brasiers, tout sauf l’horreur qui continuait de l’entourer, de s’en prendre à ses amis et sa famille sans relâche.
Ntikuma ferma les yeux. Ce n’était pas vrai. À cette heure-ci, ils travaillaient… tout le monde travaillait…
Ils n’avaient jamais été loin de chez eux aussi longtemps, avant l’arrivé des hommes blancs. Ils n’avaient jamais autant perdu foi en ce chez-soi.

- Yense se, nse se o.

La silhouette rouge releva la tête, réagissant presque malgré elle aux mots prononcés. Phobos l’observait, le visage maintenant du et sévère, alors que l’Ashanti se relevait lentement, la dent de Zilant désormais recouverte de filaments dorés dans sa main, se balançant doucement au rythme du sang qui lui battait aux tempes. Il n’y aurait pas d’autres occasions de frapper, le petit jeu de Phobos n’allait pas durer éternellement… tout ce qu’il restait à faire, c’était rassembler tout le courage qu’il lui restait et d’accomplir sa mission, même si ça devait lui faire mal.

-Quand as-tu prononcé ces mots pour la dernière fois, conteur? Si je me souviens bien, ils sont prononcés avant chaque histoire. Car il ne faut pas entendre que ce que vous dites est vrai. Mais toi, tu as arrêté de les dire. Car tu as commencé à croire que ce que tu disais était vrai. Qui pourrait te blâmer, dans un monde où tous les dieux semblent exister sauf les tiens?

Après tout, ça lui faisait déjà tellement mal.
Est-ce que c’était vrai? Quand avait-il réellement décidé d’ignorer la réalité? Il avait voulu croire en Anansi, voir ce qui avait donné raison à son existence prendre vie, se révéler au reste du monde, et avait cru à un mensonge… mais ça n’avait pas été plus loin que ça! C’était déjà si dur de vivre avec ce simple choix… il ne pouvait pas en avoir d’autres. Le reste était vrai! Phobos pouvait contrôler sa façon de voir le présent, mais il ne pouvait pas toucher au passé! C’était la seule chose que Ntikuma avait su garder intact au fil des années!

-Qui es-tu pour faire la différence entre le vrai et le faux? Je vais te donner ce que tu veux, Ntikuma… je vais te montrer ta réalité.

Un geste de la main et le paysage autour d’eux se déforma, emporté par une puissante vague de chaleur. Incapable de réfléchir, le forgeron en devenir s’élança sur le dieu panique, prêt à planter l’artefact cosmique dans le corps de l’hôte, mais une bourrasque brûlante le souleva de terre et le repoussa brutalement, s’attaquant à sa peau et ses vêtements sans pitié. Sa tête heurta le sol et le sang se mit à imbiber son capuchon, mais malgré la douleur le conteur parvint à se relever, se mordant la lèvre en tentant de calmer sa respiration. Au moins, son échec avait eu le mérite de le calmer un peu.

L’Ashanti regarda les alentours, seulement pour s’apercevoir que Phobos avait disparu. Et… le paysage avait changé. Les demeures n’étaient plus là, mais elles avaient été remplacées par des champs à perte de vue. Au loin, une fumée noire était visible.
Il n’était jamais venu ici. Mais ça ne pouvait être qu’un seul endroit.
Une tête sombre jaillit entre les plantations et son regard croisa celui du forgeron en devenir. Les secondes passèrent, longues et lourdes de suspense, alors que le muet tentait de se souvenir du nom du jeune garçon qui se tenait devant lui. Enfin, l’enfant sourit, et ses lèvres s’entrouvrit alors qu’il s’apprêtait à dire quelque chose.

Ntikuma sourit à son tour.

Et le corps du garçon s’enflamma.
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PNJ Mercenaire

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Mar 21 Fév - 0:03
Malgré le soudain débordement d'actions, de sentiments, de tout, rien n'atteignit le conteur qui demeura figé sur place, regardant droit devant sans comprendre ce qui se passait. Difficile encore de connaître l'étendu des pouvoirs de Phobos, car ils ne cessaient de croître -vu l'enfer qu'il venait de déchaîner, ce n'était guère étonnant, mais c'était le détail que Ntikuma n'arrivait pas encore à assimiler. Ils n'auraient pas dû être aussi puissants! Sa peur seule n'aurait pas dû être suffisante! Ça voulait donc dire...

Le corps enflammé le percuta de plein fouet et attrapa la cape du conteur en hurlant des paroles incompréhensibles, sans doute des appels à l'aide. Ils tombèrent tous les deux au sol, mais Ntikuma avait beau se débattre, son camarade Ashanti ne lâcha pas prise, et c'est sans réfléchir que le forgeron lui décocha un violent coup de pied pour le repousser. Ses mains se dérobèrent enfin
Et le jeune garçon continua de se tortiller au sol en hurlant, pendant que Ntikuma se relevait, incrédule. Ça ne pouvait pas être vrai! Iblis avait dit...
Iblis avait menti! C'était vrai, tout était vrai!

Un autre cri retentit sur sa droite et l'artisan dû esquiver presque malgré lui la femme qui courait en sa direction, son visage devenu un horrible masque sanglant couvert de brûlures. Des pleurs résonnaient autour de la silhouette rouge en plus des hurlements sans fin qui allaient et venaient dans tous les sens. Incapable de se retrouver dans toute cette confusion, l'Ashanti ne pouvait que regarder, sans voir vraiment ce qui se passait.
C'était ça l'Enfer.

La fumée noire cachait le ciel comme un immense dôme de ténèbres et le sol tapissé de flammes brûlait d'un éclat rouge surnaturel, gagnant en force et en taille chaque fois qu'elles parvenaient à happer une des malheureuses victimes du jeu de Phobos.
Car il n'y avait pas de raison à tout cela. Le dieu panique était déjà si puissant, si bien ancré dans son élément, que la suite ne pouvait être qu'un jeu sordide aux dépends de la dernière nuisance qui s'était dressée sur sa route. Et pourquoi pas? Celle-ci était déjà perdue dans la vague de peur déclenchée, cherchant à fuir comme les autres sans penser à sa mission.

Hurlant sans qu'aucun son ne sorte de sa gorge, Ntikuma courrait sans savoir où aller, appelait à l'aide sans savoir qui aurait dû lui répondre, se jetait au sol pour éteindre le feu qui atteignait ses vêtements. Sans réflexion, sans souvenir, sans souhait. Il aurait eu l'impression de se noyer s'il avait pris la peine de s'arrêter pour y penser.
Une haute silhouette monstrueuse apparut comme par magie juste devant lui et plaqua ses mains de chaque côté de la tête du conteur, l'immobilisant instantanément. L'entité muette aurait pu paraître enfin calmée, mais c'était loin d'être le cas : la peur qui l'avait envahie l'avais tout simplement figée sur place.
Le jeu était terminé.

Cherchant des repères pour s'accrocher à la réalité, Ntikuma n'en trouva aucun. Son écharpe désormais inanimée glissa de ses épaules alors que le forgeron chancelait, ses yeux hagards regardant droit devant et ne voyant que des horreurs, des signes de danger qui le bombardaient sans cesse et le clouait sur place, lui hurlaient sa fin et le tuaient à petit feu.
Il ne voulait pas. Il voulait survivre.
Mais il avait trop peur pour faire autre chose qu'attendre la mort.
Non.

Non!

Le mot se répétait dans sa tête comme un écho, faible défense contre l'attaque divine qui le détruisait. Plus il se répétait, plus il gagnait en amplitude, et une chaleur maladive prenait naissance dans les poumons du conteur qui respirait de plus en plus fort. Au milieu de la panique, un autre sentiment trop longtemps refoulé commença à faire surface.

Ses doigts se refermèrent sur la dent du Zilant.

Non!

Le reste se passa très vite.
Le croc couvert d'or se logea faiblement entre les côtes de Phobos, lui entaillant à peine la peau. Le dieu relâcha immédiatement son emprise, volontairement ou non, fixant le frêle Africain qui avait trouvé le moyen de lui résister encore une fois, sans aide divine ni cosmos. Pourtant, très bientôt, cela deviendrait le dernier de ses soucis.

Au moment où un violant spasme parcouru le corps d'Iblis, Ntikuma leva le bras et le poignarda une seconde fois. La dent s'enfonça profondément dans sa chair sans aucun problème.
Ils tombèrent tous les deux au sol, le corps du prisonnier de Phobos parcouru de convulsions incontrôlables alors qu'il était purgé de son emprise, mais l'Ashanti n'en voyait rien. Tout ce qu'il voyait, c'est qu'il était en danger, qu'il allait mourir, qu'il avait peur. Et il y avait autre chose.
De la haine pure.

À peine le croc retiré du corps du Seigneur Noir, le forgeron frappa à nouveau. Encore. Et encore. Les spasmes devinrent de plus en plus faibles jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent complètement. À mesure que le sang giclait, la chevelure d'Iblis perdait sa couleur rousse et son éclat, devenant grise et terne, et sa peau repris une légère teinte rouge, sous les brûlures. Seuls ses yeux restèrent les mêmes, jusqu’à ce qu’ils se ferment lentement : mornes et sans vie.
En les voyants, Ntikuma se calma.
Le cœur battant la chamade, il s'approcha du corps en craignant le pire, maudissant tous les dieux du monde pour lui avoir enlevé sa voix. Plus que jamais, il aurait voulu appeler le nom de son compagnon, lui demandais s'il allait bien, espérer qu'il lui réponde. C'était ridicule. Il n'allait pas répondre.

En tremblant, le conteur appuya ses doigts contre son cou.
Son cœur battait encore, très faiblement, ce qui n’empêcha pas sa gorge de serrer violemment alors que les pensées se bousculaient, le foudroyaient et parcouraient sa peau comme de minuscules éclairs. Les conséquences de son action le frappaient avec violence, le vide de la conclusion s'installait lentement, à la fois glacial et brûlant. Le forgeron aurait voulu parler, crier ses questions, mais en aurait sans doute été incapable. Et ses questions étaient condamnées à demeurer sans réponse.

Était-ce le meilleur des scénarios? Avait-il vraiment voulu le faire?
Difficile de le nier complètement, et c’était ça le pire.

Que faire, maintenant? Iblis pouvait-il être secouru? Qu’allait-il faire s’il se réveillait? Qu’allait-il se passer s’il… s’il ne se réveillait pas? En se mordant la lèvre, l’artisan releva la tête pour regarder aux alentours, mais il n’y avait plus personne –de vivant. Tout ce qu’il restait, c’était des cendres et des relents de fumée, de chair brûlée… et de cadavres noircis. Normalement, tout ça lui aurait donné envie de vomir, mais rien ne l’atteignait. Tout ce qu’il ressentait, c’était le froid et le vide.
Jusqu’à ce que le bruit familier d’un moteur au loin vint lui réchauffer le cœur.
Soudainement rempli d’espoir, le conteur releva la tête pour apercevoir le jet qui se dessinait au loin, à peine plus gros qu’un insecte au milieu du ciel qui reprenait graduellement sa couleur bleue. Si rapide… mais combien de temps avait passé, avant que la raison ne lui revienne et qu’il ne réalise ce qu’il avait fait? Qu’importe. Ensemble, le pilote et l’artisan pourrait rallier les survivants, les aider, et même porter secours à Iblis.

Ntikuma parvint à sourire faiblement. Et une dernière fois, il choisit de croire en sa chance.
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Ven 3 Mar - 2:22
Combien de recul un homme peut-il prendre sur sa propre vie?
Combien d'événements suis-je capable de justifier? De voir passer à nouveau dans ma tête et de toujours approuver? À qui la faute, quand je ne le peux plus? Quelles actions étaient réellement les miennes? Maintenant que je suis complètement séparé de l'esprit de Phobos, je suis libre de tenter de répondre à ces questions seul. Certaines choses comme le meurtre de mes parents provoquent un drôle de pincement au niveau de mon cœur, d'autres comme la perte de mon Enuma ou la rencontre avec les Chevaliers Noirs me donne envie de grogner de frustration, mais certains événements, eux... le sauvetage de Ntikuma... cette fille du Domaine Oublié... je ne sais pas quoi en penser. De si petites choses ont eu un si gros impact...
Je ne serai jamais seul. Phobos ne quittera jamais, parce qu'il a tellement tiré les ficelles à ma place que maintenant, la seule façon de penser que je connais est la sienne.

Le calme a beau s'être instauré, je sais qu'il se passe quelque chose à l'extérieur, dans le monde réel, mais je ne saurais dire ce que c'est. Enfin, oui, mais la situation doit avoir changé. Ntikuma est peut-être mort. Peut-être qu'il se bat encore pour accomplir le rituel. Je ne sais pas. Peu importe ce qu'ils font, rien ne peut m'atteindre.
Je ne peux qu'attendre, sans jamais savoir quand un indice me parviendra.

J'ai eu beaucoup de défauts, mais j'ai toujours été un homme patient. Ma fierté blessée m'a lancée à la poursuite d'une enfant qui aurait dû mourir, et dix ans plus tard, son cœur battait toujours. Non, l'attente ne me dérange pas beaucoup... mais l'incertitude de ce qui m'attend à ce moment-là me rend nerveux. Le prochain signe de vie pourrait être n'importe quoi...
Un ami ou un ennemi.

Soudainement, je suis pris d'un violent vertige. Gesticulant en vain pour reprendre mon équilibre, je sens mon crâne se fendre en deux et ma peau se détacher de mon corps, mes veines se vider de mon sang et mes muscles s'évaporer. Je me divise, me sépare : j'ai l'impression que c'est un autre être qui se détache de moi. Mais que va-t-il laisser derrière?
Un voile orangée se pose devant mes yeux alors que la chaleur monte, au point où je porte les mains à ma gorge pour la gratter sans répit, tout faire pour l'arracher et l'éloigner de moi, mais il ne se passe rien de plus. Ce qui se passe ici n'est pas réel, ce n'est qu'un délire, un rêve, sans plus... mais ce qui cause cette souffrance est vrai.
Quand la... chose se détache complètement, une explosion retentit
Dans mes oreilles et d'un seul coup, tous mes muscles se détendent, libérés de toutes souffrance, mais aussi de leur force. Je me laisse tomber sans jamais sentir mon dos heurter le sol, parce qu'en réalité, je suis allongé depuis un temps déjà. Ça me parvient par parcelles, le contact du sol contre mon dos et l'odeur de chair brûlée, quand j'arrive à respirer suffisamment fort sans avoir l'impression d'y dissoudre mes poumons. Mais il y a plus... une douleur vive partout sur mon torse. C'est cette même brûlure qui m'empêche de respirer. Est-ce vrai ou non? Qu'est-ce qui m'est arrivé? Qu'est-ce que Ntikuma a fait?
Qui a gagné?

*Phobos?*

Pas un mot. Je ne le sens pas non plus, en fait je ne sens que très peu de différence, entre ma disparition complète et cette mi-conscience dans laquelle je suis plongé, mais ça ne me rassure pas.

*Qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce que tu as fait?*

La panique me serre le coeur et je tente d'appeler à l'aide, mais je n'ai suffisamment de souffle pour prononcer un seul mot. Si le dieu panique a vraiment disparu, pourquoi suis-je encore là? Et pourquoi ai-je aussi mal?
Pourquoi ai-je aussi peur?

*Phobos? Ntikuma?*

Pourquoi suis-je si fatigué?

*Répondez-moi, quelqu'un!*

[HRP: Fin de la quête.]

[Quête] Ad augusta per angusta, partie 7