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Feu Follet

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Dim 9 Avr - 23:34
●●●●

La première porte, la plus simple, celle qui représente la surface. Elle est toute blanche, aux lignes épurés et semblent presque faire partie du mur peint du Grand Vide. Une simple poignée permet de la distinguer de la masse blanche, qui, au contact, semble vaciller légèrement.

Parfois solide et parfois intangible, elle semble disparaître de façon irrégulière, comme si même l’existence de cet endroit était changeante. Décidé à faire enfin un premier pas, vous la saisissez fermement, au moment où sa forme se stabilise enfin. D’un coup sec, vous l’ouvrez et entrez dans la pièce : tout est blanc, encore.

Au fond, trône un ensemble de portes plus disparates. Elles sont cinq, et ont la même texture fluide que la dernière. Disposés à quelques centimètres de distance, avec une irrégularité surnaturelle, elles sont de plusieurs couleurs et de plusieurs formes. Vous notez dans votre tête que, celle du milieu, domine le reste par sa taille démesurée, mais semble branlante, plus faible que les autres. Contraste étonnant.

Vous avez du temps à consacrer à cette aventure, et vous ne voyez pas de solution pour sortir de cet endroit étrange. Alors, vous vous engagez dans le premier chemin qu’on vous offre, celui, tout à gauche. Sa forme est celle d’un gigantesque visage de clown : mais pas de ceux qui effraient, non, celui-là a visage rigolo. Des yeux en bulles crevés qui respirent la joie et la jouissance, et une bouche qui se courbe, malicieuse. Pour entrer, il faudrait apparemment toucher le nez de ce personnage. Vous vous exécutez nonchalamment, peut-être un peu effrayé par ce qui pourrait vous attendre.

L’intérieur est rempli d’objets en tous genres. Du blanc éclatant, maniaque, vous passez à une fresque multicolore et à un innommable fouillis. Il se pourrait bien que tout puisse traîner dans cet univers-là : jouets, instruments de musique, consoles de jeux, livres, parcs d’attractions… Ce qui est sûr, c’est que vous n’aurez malheureusement pas le temps de tout explorer. Parce que oui, vous vous sentez l’âme joueuse maintenant. En vous baladant, vous laissez votre regard virevolter de partout, tout pouvait attirer à votre attention, si bien qu’il fût difficile de se fixer sur quelque chose à observer.

Au centre de la pièce, sur une estrade démesurée, se tient un gamin : il joue avec un train en bois et reproduits les bruits de la fumée. À votre arrivée, il change de position et se lève, heureux d’accueillir quelqu’un qu’il ne connaissait pas encore.

« Bonjour toi ! Tu fais quoi ici ? Tu ne ressembles pas aux autres, ceux qui viennent et qui restent là. Toi, tu m’as tout l’air d’un voyageur ? Ça tombe bien, je jouais justement avec un train, ça ne te dirait pas de partager ma compagnie ? Je dois voir un joli modèle pour toi ! »

Il a manifestement envie de s’amuser avec vous, et ça a bien l’air d’être réciproque. Assis en tailleur, vous vous laissez aller à faire rouler votre maquette, en imitant les bruits des moteurs avec votre bouche, postillonnant un peu de partout.

« Dis, tu ne voudrais pas qu’on revienne faire tchou-tchou ensemble, plus tard ? »


Les mots se marquent dans votre crâne, tandis que vous descendez brutalement du ciel. La chute est ironiquement, extrêmement douce, comme sur un matelas. Vous êtes de nouveau dans le hall du rêve. Au loin, il ne reste plus que quatre portes, et, l’univers semble prendre une nouvelle couleur. Difficile de la définir encore, mais vous pressentez que le blanc ne le restera plus très longtemps.

●●●

Votre prochaine destination n’a pas l'air aussi joyeuse que l’ancienne, c’est même tout le contraire au final. C’est une porte noire qui explose en copeaux de bois, avec une corde qui pend lâchement au milieu de celle-ci. Vous l’attrapez fermement, et tirez d’un coup sec pour l’ouvrir.

Nouvel inversement de l’orientation, vous tombez soudainement dans une cathédrale gothique. Le décor est sombre, aucune lumières, en dehors de la centrale, ne semblent éclairer la pièce. Le bâtiment est délabré, les bancs sont éclatés et les vitraux trônent fièrement sur le sol sale. Dieu a dû abandonner cette maison-là depuis longtemps, pensez-vous. Le parquet craque sous vos pieds, et le tonnerre semble faire des siennes au dehors.

« Pendons-nous, joyeusement ! Pendons-nous, maintenant ! » Semble chantonner une voix au loin, se rapprochant de plus en plus. « Pendons-nous ! Pendons-nous ! Pendons-nous ! ».

Le ton de sa voix vous glace le sang, et une envie irrésistible d’en finir vous prend au cœur. C’est l’univers de la mort, les enfers, et vous l’avez bien mérité après tout. Vos pieds glissent vers un lasso mortel, que vous enfilez alors lascivement, avant de soudainement vous reprendre.

« Oh non ! Oh non ! Tu allais m’offrir un spectacle si beau, si enchanteur ! Non et non. Je t’en prie recommence ! »

Une femme se balance, le cou brisé et le corps tel une poupée de chiffon, droit vers vous. En dépit des lois de la physique, elle se pose alors à quelques mètres de votre position. Sa robe blanche est maquillée de tâche de saleté, et son visage est rongée par les vers.

« Si je ne peux pas t'aider à en finir, tu dois au moins me faire cette faveur ! Viens nous trouver, viens me trouver. Ma vie n'est plus que souffrance ici, enfermée dans ce je-ne-sais-quoi ! » Elle se retourne, et son harnais émet un son morbide. Ou peut-être était-ce sa colonne vertébrale ? « C'est morbide, ne trouves-tu pas ? A croire que je ne pense qu'à la mort, mais ce n'est pas vrai. Je pense surtout à la délivrance qu'il y aura ensuite ! »

Ni une ni deux, une trappe s’ouvre et vous vous engouffrez à l’intérieur. Mais la corde tendue vous retient, vous brisant comme une brindille. Un cri strident retentit, votre souffle devient court et vient à manquer. Votre âme vous quitte lentement …

●●●●

Pour revenir de nouveau dans le hall, encore. Plus que trois portes à passer pour sortir de ce songe. Comme pour vous signaler que le réveil est proche, le temps s’accélère, ou du moins, vous en avez l’impression. Tout devient plus rapide, presque schématique. La structure du monde devient floue, et il ne reste plus que des idées qui sont partagés, bruts et sans aucunes formes.

Dans la troisième, c’est un dragon qui vous accueille dans sa tanière. Le regard énergique, il vous fixe avec une violence sans nom. Son apparence vous impressionne, mais vous êtes bien meilleurs que lui ! Aucun mot n’est échangé, pourtant, les esprits s’enflamment comme jamais.

Il est silencieux, mais garde soigneusement son trésor. Son corps glisse entre les pièces, faisant rouler les particules d'or dans tous les sens. Mais, vous le remarquez, ce ce sont des visages inanimés qui sont figés dans le métal qui tombent.

Des bruits sortent de sa gorge, comme un râle pour s'échauffer avant de parler. Ce son produit chez vous l'image d'un tremblement de terre, ou de plusieurs pierres qui se cogneraient ensemble. Puis, d'une voix tonitruante et surpuissante, le démon mythique s'exclame :

« Tu es venu voler mon trésor. Je le vois à ton regard, étranger. Mais personne ne prendra les âmes que j'ai vaincu. Car je suis Dagon, le maitre de cet endroit, le maitre de la colère et de la puissance caché de Nous. » Il renifle bruyamment et crache sur le sol, pour dire que ce qu'il dit est vrai et que personne ne pourrai remettre en cause sa parole.

« Viens, mon garçon, je t'attends. Mais prends garde à la force que tu viens chercher ici, tu ne sais pas ce que tu risques de provoquer. Viens nous chercher seulement si tu es bien sûr de ta décision, n'écoute pas les autres qui te supplie, car je ne le ferai pas. En toi, je ne vois qu'un adversaire que je mettrai à genoux. »


Vous ne répondez pas, mais vous n'en pensez pas moins. Plus que l'envie de s'emparer de cette collection macabre, vous avez envie de vous battre avec ce monstre, de combattre et de vaincre un dragon. L'honneur qui pourrait sortir d'un tel combat vous tente, et vous n'avez pas le cœur de refuser votre futur gloire.

La créature se lève et se cambre, son torse rougi et un jet de flammes vient s’étaler dans les couloirs de la taverne. Votre épée tranche un passage dans ce flot des enfers, alors que vous vous précipitez vers lui. D’un bond fabuleux, vous vous projetez vers sa gueule et le coupez avec une habilité étonnante, de façon totalement droite. Les deux bouts du dragon, symétriques, tombent alors des deux côtés, dans un silence morbide.

La rage est tellement grande qu’elle vous consume, vos mains deviennent plus longues : en réalité, c’est tout votre être qui s’allonge. Une douleur traumatisante sort de votre dos, tandis que des ailes déchirent votre peau. À l’apogée de votre haine, vous prenez feu et vous réduisez en cendres.
●●●

L’avant-dernière porte : bientôt la fin. Tout semble calme, c'est une bibliothèque géante, aux dimensions gargantuesques, qui vous accueille. Des milliers de parchemins et de codex se trouvent dans cette salle.

Par peur de déranger l'harmonie du lieu, vous n'osez pas dans un premier temps faire balader vos doigts. Mais à force de passer des heures à regarder sans pouvoir lire et voir, vous décidez d'essayer, conscient des possibles conséquences.

Le livre que vous sortez de son étagère n'a rien de spécial, en dehors de sa magnifique reliure qui évoque les Enfers. C'est une encyclopédie sur un voyage, une aventure qui sonne fausse et qui semble très floue : les notes sont désordonnées et vont n'importe où.

Le style change pratiquement à chaque paragraphe, ainsi que l'écriture et l'ambiance qui va avec. A l'évidence, c'est un recueil de plusieurs auteurs, qui ont eu la chance d'explorer un lieu inédit aux mortels. Cet endroit n'est jamais nommé, et les paysages sont à peine évoqués. De ce que vous pouvez comprendre de votre lecture, c'est que ce n'est sûrement pas une promenade de santé de se retrouver là-bas.

En reposant l'immense volume, votre mouvement fait bousculer maladroitement un autre ouvrage aussi imposant. Qui, imprégné par votre force, vient cogner son voisin et ainsi de suite, dans un gigantesque domino. Pour échapper à cette réaction en chaîne, ils se mettent alors à s'envoler en battant des pages, à la manière des oiseaux, et s'enfuient alors dans les airs.

Bientôt, une nuée se forme et s'envole sans une trajectoire précise, en se cognant contre les murs et les étagères, créant encore plus de ces objets-migrateurs. Ils se dirigent alors vers vous, conscient que tout est de votre faute et que vous êtes une anomalie dans cette classification précise.

Un des leurs fonce alors vers vous, tellement grand qu'il cache un temps toute la lumière du gigantesque lustre, et vous gobe sans un procès. Les mots vous brûlent, acides, et le contact du papier vous écrase, vous aplatissant entre deux pages d'un album souvenir.

●●●●

De l’encre sort et se détend, vous reprenez une consistance humaine, une forme. Tout autour de vous est noir, sombre. Vous êtes cependant capable de vous déplacer dans cette obscurité, comme en plein jour. Il ne reste qu’un chemin, le dernier, sûrement le plus difficile. Le dernier pont pour le réveil et donc la sortie.

Au loin, très loin, vous sentez que c’est presque le moment de vous réveiller, de commencer votre journée. Mais pas encore, car il reste une porte, l’ultime. Vous vous devez de l’explorer avant de partir, c'est la loi de cet univers qui le dit.

Celle-ci vous appelle, modifie l’espace-temps pour vous coller à sa façade. Elle même est pressée de se montrer, frétille à l'idée de vous sentir à l'intérieure. Sans voir un autre choix, vous la poussez par dépit, dans un dernier soufflement plein de regrets et de résignation.

Vos membres sont engourdis, enserrées. Impossible de bouger, ni même de respirer. Tout autour de vous, des milliers de personnes se collent, tentent de se dégager. Impossible ne serait-ce que de gagner un centimètre. Ça hurle à la mort, à la folie et à toutes les choses de ce genre qui peuvent sortir dans un endroit pareil. Tout n’est que souffrance.

La caméra éthérée s’envole alors, vous fixe de son grand œil vide et prend votre peine pour la graver sur sa mémoire. Au milieu de cette foule, de cette masse qui se débat sans cesse pour en sortir, se tient un personnage qui sort de cette marée par le cosmos qui se dégage de lui.

Son visage coule sur son menton, et se tortille dans un mouvement d’horreur insensée. Il pleure des larmes de sang, alors qu’il tente de reprendre le contrôle de ce qui avait été, un jour, à lui. Puis, d'une même voix, les feux follets s'exclament :

« Toi, qui entends notre appel, aide nous, je t'en prie. »

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Dim 30 Avr - 18:50
On arrive de là ->

Enfin! La fragile silhouette sentait l'impatience de ses interlocuteurs et n'avait pu qu'espérer que cette nouvelle tentative de communication serait la bonne, avant que ceux-ci ne se fâchent. Sans pouvoir donner une réponse, ses quelques phrases mystérieuses avaient su offrir une suffisamment bonne piste à la jeune Spectre pour que celle-ci sache où orienter ses recherches. C'était fort heureux : malgré sa bonne volonté, Ntikuma n'aurait pas su quoi faire de plus pour l'y aider, si ce n'était que de rester à sa disposition si elle devait encore avoir besoin de son aide. Ce qui arriva. Le conteur resta parfaitement immobile lorsque la guerrière posa le doigt sur son masque, ignorant comme faire se peut les frissons qui lui parcouraient la peau. L'arcane de la Liche n'était pas bien douloureuse ou dérangeante, mais ne pas savoir ce qu'elle faisait vraiment ne le rassurait pas, pas plus que d'être à sa merci pour trop longtemps. Pas qu'elle n'ait été bien hostile, mais après ce petit épisode où l'Ashanti avait dû écrire sur son bras pour se faire comprendre, rien n'était impossible. Il ne se détendit que lorsqu'elle s'éloigna pour expliquer qu'elle avait trouvé la source de cet étrange appel à l'aide qui avait atteint l'Araignée Noire. Quand elle lui demanda s'il voulait s'y rendre, le forgeron hocha vivement la tête pour acquiescer. Il n'y avait pas de temps à perdre! Cette inquiétude ne le lâchait pas, emplissait sa tête comme l'avait ses rêves divins par le passé, il voulait voir ce qui l'avait appelé ainsi et il voulait faire quelque chose!

Il ne s'attendait par contre pas à ce que la Spectre invite Reagan à se joindre à eux. Sans doute l'aurait-il fait de lui-même pour ne pas rester en plan, mais l'Ashanti n'était pas certain de souhaiter qu'il reste... après tout, il était en parfaite sécurité avec la Spectre.
Mais ce n'était pas la raison de cette invitation.

Sans répliquer, priant simplement pour que tout se passe bien, l'artisan se tint tranquille pendant que la jeune femme achevait les préparations et les transportait dans le monde des morts. Le voyage fut effrayant et tumultueux, mais plein de surprises pour l'ancien conteur qui s'imprégnait de ces nouvelles expériences avec fascination.
Ils atterrirent dans un étrange paysage qui ne ressemblait à rien que Ntikuma ne connaisse. Gris et morne, sans aucune vie, mais s’accrochant à l’entité masquée comme pour la retenir. À la fois irréel et vide, l’artisan avait l’impression d’être plongé dans un tableau abstrait, en tant que simple spectateur sans pouvoir interagir avec le décor. Lui et Reagan étaient de parfaits étrangers dans ce monde, mais la jeune Spectre, elle, semblait y être parfaitement à l’aise.
Le forgeron baissa soudainement les yeux en apercevant les quelques mots qu’il avait écrit sur le bras de la Liche. Il n’avait pas réalisé son malaise au moment où il avait emprunté son crayon, mais les quelques regards qu’elle lui avait lancé par la suite ne mentaient pas. Il pouvait bien faire quelque chose… observant longuement tous les détails de l’accoutrement de la jeune femme, le conteur agita doucement les doigts. Des filaments de cosmos doré en jaillirent pour s’entrecroiser jusqu’à créer un simple carré de tissu, qui une fois dans la paume de Ntikuma perdit toute sa brillance et sa couleur pour devenir gris. Après s’être amusé à y ajouter quelques détails, il s’approcha d’Andréa pour lui tendre le mouchoir, pour ensuite pointer son bras marqué. Avec ça, il ne devrait plus y avoir d’inquiétude…

Mais l’heure n’était pas aux excuses. Le petit groupe avait quelqu’un de bien spécial à trouver, et malgré les efforts de la Liche, les recherches pourraient s’avérer très longues…
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Feu Follet

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Lun 1 Mai - 18:11


─ Quelque chose approche.

La voix de Feu Follet avait résonné à l'intérieur comme à l'extérieur, et les différents hôtes se mirent à concentrer leurs sens sur tous les éléments autours, à l’affût d'un événement nouveau. La dernière visite sur son territoire remontait à longtemps, peut-être même à des siècles, si ces valeurs pouvaient encore dire quelque chose pour lui.

Les Esprits se firent plus silencieux que d'habitude, alors qu'ils étaient normalement si bruyants, toujours prêts à faire un commentaire, inutile, bien souvent, à soumettre aux autres membres principaux. C'était alors le rôle du Maestro, de garder les paroles essentielles qui se devaient d'être dites ou non, même intérieurement. Censeur de l'Au-delà, Orchestre d'une cacophonie. En cet instant, aucun contrôle n'avait besoin d'être fait, seul un calme surnaturel ressortait de cette entité multiple.

Le cadavre - bien qu'il ne fût pas encore totalement mort - s'avança fébrilement en rampant sur le sol. La force de la routine le rendit plus efficace qu'aux dernières rencontres, et il arriva facilement à trouver une cachette convenable, tout en se laissant un promontoire pour observer de loin.

De ses yeux blancs, il balaya la zone tel un radar, à la recherche de l’anomalie qu'il avait ressentit. Un changement d'énergie avait eu lieu, difficile de trouver un terme plus adéquat, mais l'équilibre du lieu avait été rompu un instant, de façon plus violente qu'à l'accoutumé. Et, l'odeur, ou plutôt l'impression, n'avait pas la même saveur que lors des dernières fois.

─ Là-bas, près des fantômes, lui susurra le Sage, je crois que je vois ce qui se passe. On a de la visite.
─ QUI ? QUI ?
─ Ne t'emballe pas trop, gamin, tu sais comment ça fini à chaque fois. On se prend un bon coup de pied au cul, et on repart ramper ailleurs.
─ Je crois que cela risque d'être un peu différent cette fois-ci. On risque de souffrit du postérieur encore plus longtemps car, ils sont plusieurs.

Ce simple constat éveilla un intérêt certain pour l'Anomalie, qui se retourna alors pour observer, au loin, les nouveaux arrivants. En restant ventre au sol, la créature se déplaça, silencieuse, vers eux, en prenant bien soin de se mêler à la roche. Ce qui n'était pas très difficile à cause de la saleté, qu'il arborait comme une tenue de camouflage.

Plus les silhouettes se dessinaient, plus l'intérêt se faisait présent chez Feu Follet. Tous les résidents, en lui, s'étaient réveillés pour assister à ce nouveau spectacle qui promettait d'être bien étrange. De sa position, il pouvait voir que les vêtements n'étaient pas ceux qu'ils connaissaient chez les hommes. Renforçant le côté d'inédit, si cher à un prisonnier millénaire.

─ Je propose de ne pas s'approcher plus que ça, on se doit d'observer et noter les informations pour la prochaine fois. Se précipiter risque de limiter notre amusement : on regarde, on apprend, et on fera un geste à leurs prochains passages.
─ NON ! Je veux m'amuser de suite ! Dites, dites, on peut leur faire un peu peur ? Ça pourrait être rigolo, non ?
─ Je ne suis pas souvent d'accord avec l'attardé, mais son idée est bonne. Et ça pourrait nous permettre d'assouvir ta curiosité, hein, le vieux ?
─ Ce n'était pas à quoi je m'attendais, cependant, c'est vrai que confronter ces nouvelles espèces avec des situations extrêmes, ou au moins avec des éléments qui sortent de la norme, pourrait nous aider à dresser un profil psychologique de ces monstres.
─ Et s'ils sont faibles, on les fracasse ! Mon dernier combat date de si longtemps, je me sens un peu rouillé.
─ Voilà encore l'autre balourd qui fait des siennes, c'est nous qui allons nous faire massacrer, oui ! Avec le corps qu'on se trimballe, tu crois qu'on va faire quoi ?


La décision prise, la Voix prit la décision d'agir et d'actionner les rouages du corps. Les muscles secs et fins se cambrèrent, tandis que l'énergie monta au rythme des respirations. Des orifices de sa peau sortirent une fumée blanchâtre, si fine qu'elle paraissait invisible.

Difficile de définir par quoi commencer, tant les suggestions étaient nombreuses. Gonflé, Feu Follet arrêta alors de se débattre pour sortir quelque chose de cohérent, matérialisant les quatre illusions sans prendre en compte le possible foutoir que cela pouvait entraîner.

La fumée devient grise, et de plus en plus visible à mesure qu'un sifflement se faisait entendre, sans pour autant orienter dans une direction précise. La manipulation de l'ouï n'était pas le fort du Cadavre. Un train, aux couleurs criardes, rappelant celles des jouets peint, sortit de ce nuage orageux. Un gigantesque colosse de métal, roulant tout droit en direction des trois chevaliers, et, prenant, le temps d'un clignement d'yeux, l'apparence d'un reptile gigantesque.

Une image mentale vient, en complément, se dresser sur le physique des étrangers. Venant modifier l'apparence de leurs cheveux pour transformer le tout en serpents vénéneux. Qui, combatifs, dressaient leurs têtes et s'époumonaient de concert, tentant vainement d'atteindre un objectif imprécis.

Pour finir, une sensation étrange tenta de s'insinuer dans le cerveau des chevaliers, essayant de donner l'impression de s'enfoncer dans un océan sans pouvoir y respirer. C'était l'occasion de connaître la puissance de la magie de Feu Follet, ainsi que ses apparentes limites.
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ReaganChevalier Noir de l'Oiseau de Paradis
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Mer 3 Mai - 21:41
Du langage cryptique de Ntikuma, la Spectre en déduisit qu'ils devaient se rendre au Yomotsu Hirasaka pour une quelconque raison. N'était-ce pas la zone intermédiaire entre le monde des vivants et celui des défunts, par où les âmes voyagent vers les Enfers ? Quel genre d'affaire pouvait bien avoir le forgeron à régler dans un lieu pareil ? S'il devait se rendre là-bas, Reagan devait l'accompagner pour s'assurer qu'Andréa n'emporte pas la précieuse recrue avec elle. Il accepta donc de se joindre à ces deux zouaves dans leur périple à travers les dimensions, en prenant garde à ne pas glisser définitivement dans l'au-delà. Ce ne fut qu'une histoire de secondes avant que l'Oiseau de Paradis ne soit aspiré par une faille dans le tissu spatio-temporel et ne s'engage dans l'inconnu. Si l'autre gothique essayait ensuite de jouer un mauvais tour aux mercenaires, il pouvait toujours la trucider pourvu qu'ils demeurent en terrain intermédiaire.

Arrivés au Yomotsu Hirasaka, l'Américain put contempler le paysage funèbre qui s'étendait à l'infini devant lui, non sans une certaine anxiété. Même pour un meurtrier endurci tel que lui, la vision de ces âmes mortes aux corps décharnés déambulant jusqu'à la fosse les menant à un monde de supplices l'horrifiait. Cependant, il s'efforça à conserver son calme ainsi qu'une façade d'assurance malgré l'angoisse primaire qui l’étreignait. L'ambiance mortuaire qui se dégageait de ces lieux faisait ressurgir dans l'esprit de Reagan une sensation de faiblesse qu'il détestait au plus haut point.

"Maintenant que nous sommes ici, quelle est la suite des opérations ?" demanda-t-il à ses compagnons de fortune. "Personnellement, je n'ai aucune envie de m'éterniser dans un endroit aussi lugubre..."

Soudain, le Chevalier Noir entendit un sifflement dont il ne parvint pas à identifier la provenance. C'est alors qu'il vit une locomotive se profiler au loin, puis se métamorphoser en une espèce de reptile monstrueux. La bête se dirigeait vers les trois voyageurs et l'Américain se mit instinctivement en posture défensive. Néanmoins, la situation commença à sérieusement dégénérer quand ses cheveux se transformèrent en serpents, sifflant à l'unisson jusqu'à lui vriller les tympans. Terrorisé par ce phénomène, Reagan poussa un hurlement de panique tonitruant :

"HYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !! MA CHEVELURE !! MA BELLE CHEVELURE !!"

Son visage était déformé par la peur et ses yeux étaient révulsés, lui conférant une expression tout bonnement effroyable. Les choses empirèrent dès qu'il eut ensuite l'impression de couler telle une pierre dans l'océan et de risquer la noyade. L'Oiseau de Paradis ne comprenait rien à ce cauchemar et éprouvait le sentiment atroce d'être incapable de s'en protéger. Quelqu'un ou quelque chose essayait de le tuer, mais il refusait désespérément de s'abandonner à l'impuissance ! Sa conscience commença à lui échapper progressivement, jusqu'à s'évanouir complètement dans l'obscurité...

BGM- https://www.youtube.com/watch?v=pBxKVnF0k_I -BGM

Sauf que celle-ci rejaillit violemment sous la forme d'une rage animale, à l'image d'un fauve blessé prêt à se battre bec et ongles pour sa survie. La crinière du Chevalier Noir se hérissa de fureur et ses muscles s'hypertrophièrent sensiblement en réaction à sa crise de nerfs. Son cosmos irradiait comme un brasier et se dressait autour de lui tel un bouclier. Il était devenu à nouveau une brute sanguinaire, rugissant sa colère à plein poumons sans se soucier d'où il se situait ni de qui l'entourait. Dans ces circonstances, la personne qui était responsable de l'agression l'ayant mis dans pareille humeur allait payer cher son outrecuidance.
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AndréaSpectre de la Liche | Modérateur
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Jeu 4 Mai - 17:53
Au grand soulagement d'Andréa, les deux Chevaliers Noirs semblaient supporter sans trop de peine le paysage sinistre de Yomotsu Hirasaka et les gémissements constants des damnés en devenir. Pas déstabilisé pour un sou, Ntikuma fit immédiatement usage de son cosmos dans un but qu'elle ne comprit pas tout de suite. Elle observa avec le plus grand intérêt le petit être à l’œuvre, se demandant combien de chevaliers pouvaient se vanter de posséder le pouvoir de créer quelque chose à partir du néant... et fut plus que surprise par le résultat de l'opération.

La Liche n'avait pas vraiment eu d'attentes particulières, aucune idée de ce que l'homme masqué avait l'intention de fabriquer mais... un mouchoir ? Elle appréciait le geste, d'autant plus que peu de gens se montraient prévenants avec elle mais s'il pouvait faire ça, n'aurait-il pas été plus simple pour lui de créer dès le début son propre support d'écriture au lieu de se servir du bras d'une Spectre ?

« Euh... merci. » dit-elle en acceptant poliment le carré de tissu. « Vous savez quoi, qu'importe ce que vous demanderez ensuite en paiement pour vos services, je vous donnerai un calepin et un stylo en plus, ce sera plus pratique pour vous. »

L'Oiseau de Paradis – Seigneur Thanatos, ce que sa silhouette musclée et bigarrée pouvait détonner au milieu des résidents squelettiques de ce monde gris et terne – attira l'attention de ses compères, les invitant à démarrer leurs recherches. À peine eut-il terminé toutefois qu'un possible indice se présenta à eux sous la forme d'une attaque illusoire subite. La jeune fille sursauta de peur et de dégoût lorsque ses cheveux se changèrent en serpents mais ce n'était rien comparé à la réaction de l'américain, dont le hurlement lui vrilla les tympans.

Les choses ne firent que s'aggraver à mesure que l'illusion se poursuivait, poussant Reagan à dévoiler sa technique de combat en se métamorphosant en un colosse dont la carrure aurait pu rivaliser avec celle de Wolgorn. L'esprit de la polonaise par contre resta plus calme une fois sa panique initiale surmontée avec l'aide de Kochtcheï. Ils étaient dans l'Au-delà, aucune de ces visions, de ces sensations n'avait sa place ici, ce n'était pas réel. Elle avait fait l'expérience du cosmos de Poséidon menaçant de détruire leur Château, avait reçu l'avertissement martial d'Izanagi, vu quelques-unes des horreurs dont Thanatos était capable, elle avait même été témoin de Sa colère. Elle avait affronté Fenrir le Loup Déicide, participé à l'assaut du Sanctuaire et fait face au Pope. Sans le savoir, elle avait même été confrontée à l'incarnation de la Terreur abritée par Takeya. Elle n'allait pas flancher pour si peu maintenant.

Il fallait mettre fin à ce délire avant que l'Oiseau de Paradis ne perde complètement la tête. Le cosmos corrompu de la Liche s'éleva, entourant son corps d'une aura sombre, et elle invoqua les prisonniers des Enfers. « Nekromancja ! »

Du sommet de la Pente aux Morts jaillit un flot d'âmes damnées qui déferla sur les flancs de la montagne. Andréa sentit leurs émotions l'envahir, magnifiant son énergie et leur ordonna de débusquer l'être à l'origine de l'illusion. Il ne leur fallut qu'un instant pour converger en masse vers la seule présence utilisatrice de cosmos en ces lieux en-dehors de l’Étoile Terrestre et de ses invités. Elle bondit à la vitesse de la lumière, arrivant en une fraction de seconde derrière le promontoire où se cachait l'impudent qui avait eu la mauvaise idée d'attaquer une Spectre sur le palier de son domaine. Retombant sur l'inconnu, elle lui asséna immédiatement une illusion de son cru pour lui apprendre la politesse, une technique qui déconnecterait momentanément son cerveau du reste de son système nerveux, laissant son esprit isolé dans le néant le plus total pendant ce qu'il lui semblerait être des heures.

Haletante du fait de l'effort soudain, elle remarqua finalement et non sans gêne la forme particulière du coupable. « Qu'est-ce que c'est que cette chose ? »

« Excellente question... » répondit le parasite, avouant son ignorance. « Le Piekło Nicości s'est déjà dissipé, pourquoi ne lui demandes-tu pas ? »

La Liche fit signe aux deux Chevaliers Noirs en contrebas, les invitant à monter la rejoindre. Elle fit apparaître ensuite au bout d'une griffe une volute de miasme obscur et encore plus malodorant que l'être étrange à ses pieds avant de se pencher sur ce dernier. « Qui êtes-vous, qu'est-ce que vous faites là et pourquoi nous avez-vous attaqués ? » interrogea-t-elle sans aménité.
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Lun 8 Mai - 20:52
Si Andréa et Ntikuma n'étaient pas des plus dépaysés par le Yomotsu Hirasaka, la révélation de l'intermédiaire entre deux mondes semblait affecter Reagan le plus, vu les réactions de ce dernier et la façon dont il fixait les morts au loin... l'encapé ne pouvait pas se vanter d'y être insensible non plus. Mais aussi loin du groupe, l'entourant de sa présence sans y toucher, la porte vers le monde des morts gardaient ses airs de scène lointaine et inoffensive, tant qu'ils soient encore capables d'en sortir sans problème... car leur périple ne tenait qu'à un fil, sur lequel les deux Chevaliers Noirs étaient des funambules qui devraient faire attention à chacun de leur pas s'ils voulaient mériter leur retour chez les vivants. Malgré l'impressionnant tableau, Ntikuma n'avait aucune envie d'en faire partie. Le voir lui était déjà précieux.
Voilà donc ce qui arrive après le dernier souffle...

Un frisson d'effroi parcouru l'Ashanti alors que les formes des âmes damnées se précisaient devant ses yeux. Une fois bel et bien mortes, elles recevraient des jugements différents, des sentences différentes pour des vies qu'il serait sans doute impossible de comparer entre elle... mais une fois cette étincelle de différence passée, car devant le châtiment, ce n’était que ça, ces âmes se ressemblaient toutes. Peut-être aurait-il pu reconnaître quelques visages récemment trépassés, s'il y en avait eu à reconnaître - et s'il avait eu le courage de les regarder dans les yeux. Car devant la mort, tous sont égaux. Et si ses connaissances littéraires avaient pu être plus développées, l'Araignée aurait pu ajouter avec une ombre de ressentiment que malgré tout, certains le sont plus que d'autres.

Il secoua la tête pour reprendre ses esprits. Peut-être que cet endroit l’affectait plus qu’ils le pensaient tous.

Les sombres pensées ne firent pas grand-chose pour préparer l’encapé à l’attaque qui suivit. Déjà sur ses gardes quand une irréelle fumée entoura le petit groupe, le conteur se boucha les oreilles en entendant un immense train approcher, menaçant de foncer sur eux sans aucune pitié. Pourtant, le premier moment de terreur passé, Ntikuma en reconnut la forme, ou plutôt, lui trouva un air plus que familier… il avait vu des constructions semblables, des jouets, dans sa vision…
Avaient-ils déjà trouvé ce qu’ils cherchaient? Mais si c’était le cas…

L’esprit du muet s’emplit de confusion quand le train se transforma en un horrible monstre, et il recula rapidement derrière les deux autres guerriers pour rester protégé. Ils pouvaient se battre, pas lui… Puis, un étrange chatouillement se propagea sur son crâne, suivi d’un autre concert de sifflements, plus faibles mais plus près… sur sa tête! Des serpents, des dizaines de serpents, trouant sa capuche et s’agitant dans tous les sens en menaçant de mordre! Paniqué, l’Ashanti se mis à secouer la tête dans tous les sens pour les chasser, sans trop savoir quoi faire d’autre pour se sauver de cette situation cauchemardesque. Ce qui n’allait pas l’aider pour la suite, quand sa poitrine se comprima jusqu’à rendre la respiration impossible. La pression lui vrilla la tête alors qu’il tomba à genoux au sol, se tenant la gorge à deux mains en tentant, en vain, de respirer. Les hurlements de peur de Reagan devenaient de plus en plus lointains, son énergie le quittait et son corps devenait de plus en plus lourd, sa vue s’obscurcissait…
Un piège… c’était un piège…

Soudainement, la sensation de noyade disparut d’un seul coup alors que le poids enserrant le corps de Ntikuma s’effaça, le laissant respirer brusquement à sa guise. Allongé au sol et se tenant la tête pour chasser la migraine qui lui avait assailli la tête, il lui fallu quelques secondes pour se relever, cherchant Andréa du regard. Un cosmos morbide avait envahi l’air ambiant, et si ce n’était pas celui de la jeune femme… le forgeron l’aperçut enfin un peu plus en hauteur, sur un pan de pierre, en train de s’adresser à… quelqu’un, sans doute, mais qui? Vu son agressivité, pouvait-elle avoir trouvé le responsable de l’attaque? Elle fit signe aux deux mercenaires de la rejoindre, ce que Ntikuma se dépêcha de faire —arrivant malgré tout en dernier, l’escalade n’étant pas une de ses spécialités. C’est donc une petite silhouette des plus essoufflées qui se tint aux côtés de la Liche et de l’Oiseau du Paradis, pour observer un être tout de ruine et de poussière gisant au sol. C’était étonnant qu’il tienne encore debout, s’il arrivait vraiment à le faire. Mais il bougeait, respirait, même faiblement… le forgeron s’avança, inclinant la tête sur le côté dans un geste de curiosité. Était-ce vraiment celui… ce qu’ils étaient venu chercher? À part pour les images que l’être s’était amusé à leur montrer, tout de lui indiquait qu’il devait appartenir à cet endroit…

Il y avait eu un élément commun. Un jouet. Si c’était vraiment la même « personne » peut-être serait-il capable de reconnaître son spectateur, celui avec qui il avait partagé plusieurs étranges moments.

L’artisan s’accroupit pour être à la hauteur de la loque humaine, son long manteau rouge soulevant un léger nuage de poussière se faisant. Le masque inexpressif fixa intensément le mort-vivant quelques secondes avant de se tourner vers le sol. Tendant les mains devant lui, l’Ashanti fit lever un tourbillon de poussière dorée, de laquelle jaillit un minuscule train de la même couleur qui roula tranquillement vers l’étranger, pour se promener sans aucune crainte autour de sa carcasse, laissant derrière lui de délicates étincelles qui s’éteignaient d’elles-mêmes après quelques secondes. Il avait peur aussi — et il était aussi en colère que ses compagnons de voyage, mais la violence n’était et ne serait jamais sa façon de faire. S’il pouvait calmer cet être inhumain, lui montrer une voie où personne n’aurait à se servir de ses pouvoirs, il pourrait comprendre ce qu’il était et ce qui lui arrivait. Car cette chose n’était pas comme les autres âmes que le forgeron pouvait apercevoir en ces lieux.

Elle vivait.
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Dim 13 Aoû - 14:47
Reagan, noyé dans sa fureur bestiale mêlée de terreur, sentit instinctivement que le danger s'éloignait progressivement de lui. Encore aveuglé par son délire, il frappa brutalement un pilier rocheux et le réduisit en un misérable tas de gravats. Lorsqu'il redevint à peu près conscient, son champ de vision auparavant brouillé et barbouillé de rouge commença à s'éclaircir et à se préciser. Il s'aperçut qu'Andréa n'était plus à proximité et il balaya nerveusement les parages du regard à sa recherche. L'intensité de son cosmos permit à l'Oiseau de Paradis de la détecter : elle s'était perchée sur une colline rocailleuse, sans doute à l'emplacement de leur agresseur. Toujours passablement irrité, il se dirigea d'un pas fébrile vers elle, sans attendre Ntikuma ni se soucier de lui, puis bondit au sommet de la plateforme pour atterrir lourdement sur ses pieds.

Son visage et sa respiration de buffle montrait avec limpidité qu'il était à cran et que la moindre contrariété était susceptible de le plonger à nouveau dans un accès de rage. L'Américain écarta la gothique de son chemin et posa les yeux sur ce qu'elle regardait pendant qu'il n'était pas là. Une silhouette humanoïde vaporeuse gisait au sol, comme domptée par la Liche via un quelconque sortilège. Si c'était là le responsable de tout ce cirque, il allait prendre douloureusement cher pour son outrage. D'une voix inhabituellement rauque et grave, Reagan interrogea brusquement Andréa :

"C'est quoi ce truc ?!"

La pestilence qui se dégageait de cet ectoplasme le rebutait sévèrement et lui donnait une irrésistible envie de pulvériser cette immondice puis de la disperser aux quatre vents. En vérité, tout ce qui importait au Chevalier Noir était de savoir si cette chose était coupable de cette mauvaise farce afin de pouvoir la bousiller la conscience tranquille. C'est alors que le forgeron se joignit à eux et se pencha vers la silhouette pour appliquer sa mystérieuse magie sur elle. L'Oiseau de Paradis ne comprenait pas où l'encapuchonné voulait en venir avec ses lumières colorées, mais il espérait que cela en vaille la peine. Dans son esprit, chaque seconde qui retardait sa revanche était une insoutenable injustice.

Quand Ntikuma en eut terminé avec ses tours de prestidigitation, Reagan s'approcha à son tour et leva sa jambe gauche, prêt à écraser l'importun sous son talon. Toutefois, le peu de sens civique qu'il lui restait le poussa à demander en premier l'avis de la Spectre et de la recrue avant de renvoyer cet ectoplasme aux tréfonds de l'au-delà :

"Alors ? Qu'est-ce qu'on fait de ce tas de fumier ? Je peux l'écrabouiller oui ou non ?"

En même temps qu'il prononçait ces mots, ses paupières se plissèrent et ses globes oculaires se révulsèrent de nouveau, marquant ainsi son désir de tuer au plus vite. Si les deux autres branquignols voulaient qu'il épargne cette carcasse putréfiée, ils avaient intérêt à se montrer persuasifs.
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Dim 13 Aoû - 23:50
Aucune réponse ne vint éclairer la lanterne de la Liche, le tas de guenilles restait désespérément immobile et silencieux. Enfin, pas tout à fait, il y avait bien une faible respiration mais c'était bien le seul signe de vie, si l'on pouvait appeler ça comme ça. Elle se demanda si elle n'avait pas fait une erreur en s'attaquant à l'un des défunts sauf que ceux qui transitaient par cet endroit ne portaient pas de vêtements – contrairement à l'agresseur, même si le mot « vêtement » était ici à prendre au sens large – et, étant déjà morts, récupéraient quasi-immédiatement des dommages qu'on leur infligeait avant de se relever comme si de rien n'était. Et puis confondre un utilisateur de cosmos avec un mort, elle n'était quand même pas incompétente à ce point... Il n'y avait donc qu'une possibilité expliquant ce résultat.

« Tu crois que j'y suis allée trop fort ? Je m'étais retenue pourtant ! »

« En effet mais certains esprits sont plus fragiles que les autres et supportent très mal nos techniques. »

Voilà qui ne l'aidait absolument pas à se sentir mieux. Elle aurait dû se douter que le parasite n'était pas la meilleure personne à qui s'adresser si elle avait besoin qu'on la rassure.

« Tu as besoin d'honnêteté, pas de cajoleries. » intervint-il péremptoirement en la coupant dans ses pensées. L'arrivée de Reagan et Ntikuma leur évita une énième dispute ; l'expression du musculeux individu – de la brute, puisque tel était le visage normalement caché qu'il leur avait montré plus tôt – indiquait clairement qu'il était à deux doigts d'exploser.

« Je ne sais pas ce que c'est mais si ça peut utiliser le cosmos, alors je dirais que c'est vivant. » répliqua-t-elle après que le mufle l'ait si impudemment repoussée pour mieux poser un regard empli de dégoût et d'autres émotions encore moins sympathiques sur l'inconnu. Quant à Ntikuma... il faisait à nouveau quelque chose d'incompréhensible. Une version miniature de l'illusion du train qui avait été utilisée pour assaillir leurs esprits ? Bon, tant que ça avait un sens pour lui, en attendant elle devait compléter. « Et si c'est vivant, ça n'a rien à faire ici ; je le saurais si c'était un Spectre ou l'un de nos invités. »

Que faire, maintenant que la présence de cet être était établie et reconnue comme indésirable ? La polonaise n'allait certainement pas laisser l'américain le réduire en bouillie. Pas que ça l'aurait dérangée personnellement mais le forgeron allait sans doute lui en vouloir si elle ne faisait rien pour empêcher ça. D'un autre côté, l'ire de l'Oiseau de Paradis ne serait pas si facilement apaisée... Tant pis, il faudrait bien qu'elle tente sa chance.

« J'ai entendu dire que certains chevaliers pouvaient expédier directement des gens dans l'Au-delà. » dit-elle en puisant dans les souvenirs de Kochtcheï. « Je ne serais pas surprise si cette... personne... s'était retrouvée ici suite à l'utilisation d'une telle technique. Je propose dans ce cas de la... ou le renvoyer sur Terre, histoire d'apprendre les bonnes manières au responsable de cette situation. »

C'était le premier argument qui lui était passé par la tête et il manquait singulièrement de compassion ou d'altruisme... et dire que ses motifs finaux n'étaient guère plus reluisants ! Il avait cependant l'avantage de refléter avec une relative sincérité une part des sentiments d'Andréa : le Yomotsu Hirasaka était l'antichambre des Enfers, pas une décharge publique où n'importe qui pouvait venir se débarrasser de ses ordures ! Rien que pour ça, elle pensait véritablement que celui ou celle qui leur avait laissé ce « cadeau » méritait une leçon. Restait à voir si ces paroles calmeraient le culturiste bariolé et ses propres élans vengeurs...
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Ven 18 Aoû - 14:05
La loque humaine ne bougeait pas.

Le conteur se pencha un peu plus, laissant sa création briller un peu plus fort pour attirer son attention. Rien. La poussière se souleva autour des deux entités, se colla à la peau de Ntikuma quand il tendit la main pour l’agiter devant le mort vivant, la rendant aussi blanche et craquelée que ce dernier. Pas un geste. La panique l’envahit, le poussa même à attraper les épaules du fantôme pour le secouer vivement, l’intimer à se réveiller sans pouvoir lui hurler de le faire. Ses doigts s’enfoncèrent dans sa chair, refusant de lâcher, ses muscles crispés brûlant de plus en plus sous sa peau tant l’effort hystérique forçait le moment à durer toujours un peu plus longtemps, trop longtemps, dans l’espoir que l’étrange être se réveillerait. Mais rien, toujours obstinément rien…

L’odeur qui émanait de la victime était écœurante, même pour l’Ashanti qui se croyait habitué à pire. Malgré cela, il approcha le corps inerte pour poser sa tête contre son torse et chercher les battements de son cœur, craignant ce qu’il risquait de trouver à la place. La peur se souleva toute naturellement quand il entendit la faible respiration du pauvre être, accompagnée d’un pouls qui semblait selon ses maigres connaissances en la matière satisfaisant. La silhouette rouge se détendit enfin et relâcha celui ou celle qui les avait amené en ces lieux, suffisamment heureux de le savoir vivant pour ne plus réellement s’inquiéter de son inconscience.
Mais maintenant, quoi faire?
L’individu ne pouvait plus répondre à leurs questions et Ntikuma craignait de plus en plus la colère de son collègue mercenaire qui semblait prêt à mettre fin au problème de façon permanente. C’était bien la chose qu’il ne pouvait pas permettre, pas après ce qui était arrivé… faisant taire toutes ses émotions et raisons qui auraient pu lui dicter de ne pas s’interposer, l’africain se glissa devant Reagan, sa grande cape rouge couvrant complètement le corps immobile, puis commença à gesticuler pour lui expliquer qu’il fallait laisser l’étranger en vie, qu’il ne tolérerait pas d’avoir d’autre sang, même indirectement, sur ses mains. La Liche semblait être d’accord jusqu’à un certain point, soutenant que l’être n’avait pas besoin de mourir et qu’il pouvait être renvoyé chez les vivants. C’était sans doute le meilleur scénario possible, si cette pauvre âme perdue pouvait ravoir une chance de refaire sa vie… Ntikuma hocha vivement la tête pour approuver ce plan, puis se résolut enfin à se relever pour laisser la loque humaine sans « protection » devant le courroux de Reagan pour s’approcher d’Andréa. Si c’était une bonne idée, comment allaient-ils y parvenir? Faire entrer une âme aux Enfers était facile, de toute évidence, mais qu’en était-il quand venait le temps d’en sortir?

Mais ça ne pouvait pas être contre-nature. C’était la chose à faire. S’il le fallait, ce serait sa faveur à demander en échange de ses services, car ne rien faire serait de laisser cet individu mourir et maintenant qu’ils avaient répondu à son appel, l’Ashanti ne pouvait pas agir autrement. Et puis, si la Spectre tenait réellement à trouver le responsable, elle aurait un excellent témoin de son côté…

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