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Eris

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Mar 2 Mai - 20:25
Voici plusieurs semaines que notre adorable déesse occupait un poste de secrétaire de direction au sein d’un service ressources humaines d’une firme multinationale appartenant à Malik Al-Aswad.

Les taches de secrétariat impliquent une monotonie agréable, la fréquence de frappe, les petites humiliations du quotidien, les regards libidineux de vos supérieurs... Un terreau fertile pour qui possède un brin d’imagination. Le temps aidant, la déesse notait toutes les informations essentielles sur le fonctionnement de cette petite société humaine. Ce service employait une cinquantaine de personnes et la plupart des salariés n’offraient aucun attrait particulier, hormis Earl.

Earl, employé modèle d’environ quarante cinq ans, père de trois enfants et heureux propriétaire d’une magnifique demeure achetée à crédit. Ce qu’Eris appréciait chez lui, c’était son besoin maladif de reconnaissance. Outre, ce trait de personnalité, elle décelait une naïveté d’adolescent, un certain manque d’assurance et le souhait de ne pas créer de vagues, la cible idéale.

Quelques recherches complémentaires permirent de peaufiner le portrait. Une compagne ni belle, ni laide, un rythme bercé par le quotidien et, chose peu commune, la petite dernière atteinte d’une maladie incurable. La récente promotion d’Earl lui avait, toutefois, permis d’améliorer les soins que recevaient sa fille.

-« Ils doivent avoir beaucoup de courage pour surmonter une telle épreuve. » Eris se souvenait des mots exacts prononcés par sa collègue, Betty, lorsqu’elle lui avait raconté l’histoire sous couvert du secret absolu.

Trois jours plus tard, le service tomba des nues lorsque la femme d’Earl leur annonça le suicide de son mari après la réception d’une lettre de licenciement. Les communicants de la société tentèrent, en vain et devant un parterre de journalistes, d’expliquer que ce courrier était une erreur, mais personne n’a pu en remonter la trace exacte…

Manque de rigueur dans la gestion du personnel ? Peut-être ou peut-être que non. Depuis quelques temps déjà les promotions sont distribuées en dépit du bon sens et les mauvais chiffres réalisés par la société ont incité les managers à augmenter la pression sur le personnel. Le service doit systématiser les coupes au cœur des branches déficitaires et certains cadres n’arrivent plus à maintenir les cadences.

Oui, notre déesse se sentait ici comme chez elle. A partir d’une réinterprétation toute personnelle des consignes générales du groupe, il lui arrivait d’émettre quelques suggestions, d’utiliser les postes de travail des cadres influents, d’égarer le travail de sa cible ou d’organiser des rencontres fortuites entre personnages antagonistes.

Elle interprétait une partition classique dans une discrétion féline. Le plus amusant dans tout cela ? Les cadres qui se rendent compte de la supercherie et ne souhaitent pas perdre la face, alors, dans la plupart des cas, ils laissent circuler les ordres et consignes contradictoires.

Toute société humaine, qu’importe son fonctionnement, possède des faiblesses, des maillons faibles qu’il suffit d’écarter pour que l’ensemble se brise. Une révélation indiscrète, une prime qui saute, une augmentation à la petite nouvelle au physique de mannequin et le tour est joué. L’être humain n’évoluera jamais.

Quelques étages plus haut

-« Monsieur Al-Aswad ?, un journaliste voudrait vous parler… C’est au sujet des techniques managériales. » Articula difficilement l’une de ses assistantes, ces derniers jours ayant été particulièrement difficiles. « J’ai également un courrier interne pour vous, mais je n’en connais pas la provenance… L'enveloppe est marquée d’une pomme dorée. »

Contenu de la lettre

« J'aimerais discuter de ma promotion future.
Central Park, jeudi dix heures, devant le mémorial Strawberry Fields.
Ta Sœur adorée. »
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Ven 12 Mai - 2:48
Merci, Rebecca. Je vais me charger de tout cela personnellement.
Monsieur, si je peux me perm...
Vous pouvez disposer. la coupa-t-il avec le même calme - un calme à glacer les sangs.

Parcourue de frissons, la secrétaire s'en fut sans demander son reste - elle avait fait son travail, après tout. Malik Al-Aswad se détourna de la baie vitrée depuis laquelle il observait New York du haut du cinquante-quatrième étages. Ce bâtiment n'était que celui du siège de la compagnie : ses appartements étaient mieux placés encore. Hélas, il n'avait que rarement le temps d'en profiter - moins encore depuis qu'il avait repris sa fonction véritable. Ses yeux errèrent sur le sceau familier sans exprimer la moindre surprise - comme l'expéditrice de la lettre avait dû le deviner.

Thanatos n'était pas né de la dernière pluie - il avait même précédé la première - et savait reconnaître le savoir-faire de sa sœur quand il le voyait. Sa vigilance - que certains qualifieraient de paranoïa - le lui avait du moins fait soupçonner quand des traces un peu trop fréquentes de Discorde étaient apparus dans ses locaux.
Car même si l'essentiel de son attention était désormais ailleurs, ce n'est pas pour autant qu'il en oubliait la société qu'il avait bâti à la sueur de son front - du moins celui de son hôte. Même s'il n'y avait investi « que » trente années de vie mortelle - une peccadille -, elle restait après tout sa création : compte tenu de l'aisance avec laquelle on assimilait - par erreur - la Mort à la destruction, cela ne comptait pas pour rien. Qui plus est, il pouvait encore en avoir besoin.

Il porta la missive à hauteur de son visage et, sans plus de précautions, l'ouvrit pour en déchiffrer le contenu. Il ne sentait pas de force particulière en émaner et, même sa sœur, malgré son goût pour les facéties, aurait su qu'il n'était pas bon de s'en prendre à lui de cette manière. Il arrivait qu'il y ait de l'honneur parmi les voleurs : les dieux pouvaient bien avoir le leur. Un rendez-vous, donc - dont elle s'était permis de fixer l'horaire, qui plus est. Voilà qui ne manquait pas de culot - ce qui lui aurait suffi à identifier l'autrice si la lettre n'avait été signée.

Les jours passèrent, donc - et les troubles journalistiques avec. La compagnie n'en était pas à ses premiers déboires en la matière, et toute boite de cette envergure se doit d'un jour en passer par là. Parée à toute situation (et grassement payée pour l'être), son équipe juridique s'était chargée de remettre les choses en ordre - comme trop souvent ces derniers temps. S'il avait perçu quelques remous, le maître des lieux était bien sûr loin de mesurer toute la portée du désordre qu'elle avait pu semer en si peu de temps. Que la victime de ses tours pendables en ait l'habitude ne l'avait jamais empêchée de surprendre - malheureusement.

S'il y avait bien quelques passants pour flâner dans les rues de la Grosse Pomme, les allées du parc étaient aussi désertes qu'on peut l'attendre du matin d'un jour de semaine. À quelques minutes de l'heure du rendez-vous, les yeux de l'un d'entre eux flambèrent brièvement d'un éclat doré - ainsi qu'aurait peut-être pu le remarquer quelqu'un y prêtant attention, mais qui se soucie de quoi que ce soit à New York ? Au pire, cela aurait paru n'être qu'un jeu de lumière. Rares étaient ceux à avoir assisté à une réelle démonstration cosmique - et donc à pouvoir prendre un tel phénomène pour plus qu'un jeu de lumière.

Rajustant son veston, l'individu - jusque là occupé à nourrir les divers volatiles ayant fait de Central Park leur garde-manger - abandonna sa tâche cruciale et entreprit de chalouper vers le banc où se tenait assise la déesse. Si la voix n'était pas la même - habitée d'une pointe d'accent anglais -, le ton et les mots employés ne laisseraient à la déesse aucun doute sur celui qu'elle avait face à elle.

Ma sœur. Tu as demandé à me voir ? Il baissa les yeux comme pour observer sa propre allure, s'attardant sur la cigarette qui brûlait au bout de ses doigts. Je te prie d'excuser mon accoutrement, je n'avais guère l'embarras du choix - il jeta un coup d'oeil alentour - et je ne souhaitais pas te faire attendre.

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Eris

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Lun 15 Mai - 22:35
Comme à son habitude, la mort était parfaitement à l’heure. « Effectivement, je t’ai connu plus à ton avantage. » Décréta la déesse pour répondre aux excuses de son frère. « J’espère que tu as indemnisé la femme de ce pauvre Earl, un homme si droit… Lui annoncer un licenciement alors que sa fille est gravement malade, tu n’as vraiment aucune morale. » ironisa notre adorable déesse.

La déesse fixait deux oiseaux qui se disputaient une proie. D’ordinaire craintifs et pacifistes, les deux représentants de l’espèce ne s’accordaient aucune trêves, encore quelques minutes et l’un d’entre eux rejoindrait probablement les cercles d’influences de son interlocuteur.

Eris détourna son attention de la scène et tendit à Thanatos une enveloppe kraft contenant une proposition d’emploi la concernant, un poste clef au sein des ressources humaines. Thanatos pourrait y découvrir les prétentions salariales astronomiques de sa sœur, ainsi que divers diplômes de la faculté de médecine de Genève au nom de Selina Weissmann, psychiatre et experte reconnue en relations humaines interprofessionnelles.

-« J’espère que tu apprécieras l’opportunité de m’avoir à tes côtés. »

Fait étrange, surtout concernant la Discorde, Thanatos tenait ses liens familiaux en grande estime. Peut-être l’une de ses plus grandes qualités. Eris s’enfonça un peu plus dans le banc et s’étira de tout son long, profitant alors d’une intense luminosité qui filtrait à travers les arbres, tandis que l’un des oiseaux venait de passer l’arme à gauche.

Malgré leur incongruité de la situation, les atermoiements professionnels de leurs identités humaines n’étaient pas à l’origine de cette réunion impromptue. Préoccupée par des considérations divines, Eris se montra inhabituellement directe.

-« Je n’ai plus de nouvelles d’Eydis, d’ordinaire, nous nous écrivions toutes les quatre-vingt-seize heures. Or, je n’ai plus reçus d’écrits de sa part depuis plusieurs semaines. »

Loin d’être dupe, Eris savait pertinemment que sa protégée avait définitivement rejoint l’au-delà, ce sont les raisons qui lui manquaient, le pourquoi. L'incarnation de la causalité à laquelle nous sommes tous asservis. Le seul espoir, la seule paix consiste à le comprendre, à comprendre le pourquoi. Pourquoi. Voilà ce qui nous sépare les dieux des hommes ! Ce qui distingue Thanatos d'Eris. Pourquoi est la seule vraie source de pouvoir, sans lui vous êtes paralysés.

« Je crois qu’elle s’apprêtait, avec d’autres spectres, à attaquer le Sanctuaire afin de mettre la main sur le Rosaire de la Vierge et l’apporter à Perséphone. Elle s’imaginait pouvoir obtenir sa confiance et ainsi réaliser ce pour quoi nous l’avons envoyé aux enfers. Je lui avais signifié tout le mal que je pensais de sa précipitation. » Eris replaça une mèche de cheveux au-dessus de son oreille gauche. « Pourquoi a-t-elle disparu ? »

[Petit hommage dans ce post]
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Dim 4 Juin - 9:08
Tout ceci est entre les mains du service juridique, répliqua Thanatos, nullement affecté. S'il n'appréciait guère que sa sœur s'adonne à son péché mignon au sein même de son entreprise (ce n'était pas comme si elle manquait de cibles potentielles), ce n'était pas un employé l'ayant rejoint plutôt qu'il ne le devrait qui allait le faire sourciller. Par ailleurs, ledit département était à la mesure de ce qu'on peut attendre de quelqu'un d'aussi aisé que sa personne : ils régleraient cette affaire dans les meilleurs délais, tenant un rôle de brise-lame face aux vagues que leur envoyait la Discorde.
Même s'il avait rarement recours à leurs services - mais la première règle des gens de la haute n'était-elle pas d'être préparés au cas où on leur reprocherait quelque chose ? -, le milliardaire avait toutes les raisons de ne pas s'en faire. Dieu bénisse l'Amérique. songea-t-il avec toute l'ironie que pouvait comporter cette phrase pour quelqu'un de sa condition. Je pense ne pas avoir à t'apprendre qu'il y avait d'autres manières d'attirer mon attention.

S'installant sur le banc à ses côtés, il croisa les jambes dans un sens puis dans l'autre, prenant le temps de trouver la position la plus confortable. Le problème à « emprunter » un corps de la sorte, sans vouloir en faire un vaisseau à part entière était qu'il ne pouvait écraser complètement l'âme d'origine - à moins de vouloir laisser un cadavre au milieu de Central Park quand il en sortirait ; ça ferait désordre. Aussi était-il forcé de cohabiter avec son véritable propriétaire, même si celui-ci n'avait aucun contrôle à cet instant, et en gardait-il tous les tics et manie. Ce qui lui fit porter à ses lèvres cette cigarette qu'il portait au bout des doigts pour en absorber puis recracher le venin.

Hm. Cancer du poumon, commenta-t-il tout en observant le flamboiement à l'extrémité du bâton de tabac. Je ne crois pas qu'il soit au courant.

Bien qu'il puisse s'emparer de n'importe quel corps, le fils de Nyx avait, comme beaucoup de dieux, plus de facilités à faire main basse sur ceux qui lui étaient affiliés de près ou de loin. Ce qui dans son cas s'appliquait évidemment aux personnes proches de la mort - qu'elles en aient connaissance ou non. Inutile de dire que le choix ne manquait pas dans les rues d'une ville comme New York, et que toute étude visant à estimer le nombre d'individus en sursis était bien en-dessous de la vérité. Enfin, puisque le pauvre bougre avait choisi son poison, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même ; c'est du moins ce qu'il songea en en prenant une deuxième bouffée.

Je regrette surtout que notre frère ne soit pas là lui aussi pour en profiter, dit-il, trouvant en ce corps la ressource de faire des ronds de fumée. Ne le prends pas mal, mais je m'attendais à le revoir avant toi. Son absence commence à m'inquiéter.

Certes, le cycle de réincarnation des dieux prenait habituellement plus de deux siècles - mais dernièrement, les choses s'étaient accélérées. Lui-même n'avait pas mis plus de trente ans à se régénérer, alors pourtant que la visite des Saints en Elysion l'avait laissé dans un état déplorable. Était-ce la preuve que la Fin des Temps fixée par Chronos approchait et qu'on leur donnait une chance de mettre un terme à leur Guerre avant de sonner le glas ?
Le dernier séjour d'Hypnos dans le plan matériel avait été par ailleurs pour le moins singulier, laissant son pouvoir entre les mains d'Alyssa... Et pour quel résultat ! Tout ce temps qu'il avait dû passer à réparer ses erreurs... Même si c'était aussi ce qui l'avait sorti de sa réserve : peut-être aurait-il dû l'en remercier, finalement, sans quoi il aurait fort bien pu attendre une autre occasion. Rater sa chance de remettre de l'ordre dans les affaires infernales, depuis trop longtemps à l'abandon.

De toute les choses que tu aurais pu lui apprendre, dit-il en tournant la tête vers sa sœur, placide, tu aurais en effet dû commencer par la discrétion. Les Spectres qui l'accompagnaient l'ont surprise en train de conspirer avec le Grand Pope, et ont réagi en conséquence. Tu comprendras qu'il aurait été malvenu de ma part de la ramener après cela, et que je ne puisse donc te la rendre. Si je m'attendais à ce qu'elle partage certains de tes travers, j'aurais pensé qu'elle serait plus...

Ses yeux roulèrent tandis qu'il cherchait un mot ; ce corps le rendait malgré lui bien plus expressif qu'il ne l'était en temps normal, à un point tel que quiconque n'aurait pas su voir à travers les déguisements aurait eu du mal à le reconnaître. Mais sa sœur était reine du subterfuge, en plus de l'avoir vu revêtir plus d'apparence qu'ils n'en sauraient se rappeler au fil des âges : ce ne devrait donc pas la troubler outre-mesure.

— ...Disons subtile dans leur application. Je n'en suis, tu en conviendras, nullement responsable et n'ai donc pas failli à ma part du contrat. Un bref sourire étira ses lèvres tout aussi provisoires. Fort heureusement, j'ai trouvé entretemps un autre moyen de régler mon désaccord avec Perséphone ; tu n'es donc plus tenue de respecter tes engagements.
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Eris

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Dim 25 Juin - 14:44
Elle ne releva pas les propos de son frère quant à Hypnos. De mémoire récente, c’est l’une des premières fois qu’il évoquait ses propres sentiments. Voici plusieurs siècles qu’elle n’essayait plus de comprendre leur relation. Les deux frères étaient bien trop liés pour que quiconque, fusse-t-il de leur sang, puisse s’interposer entre eux. Elle appréciait sa sincérité, ces relations fraternelles étaient trop rares pour les occulter, parfois les rôles devaient cesser.
Elle l’observa un instant puis retira la cigarette de ses lèvres pour l’écraser sur le banc. Eris souriait, une fois n’est pas coutume elle était sincère.

« Eydis était impatiente et, peut-être un peu zélée... Mais elle tenait trop à notre accord pour y déroger, elle devait avoir ses raisons. »

Thanatos venait de confirmer les soupçons de sa sœur quant à la mort prématurée de son ex-future hôte, fort bien. Mais ce sont ses dernières paroles qui retinrent toute son attention. Pourquoi avait-il directement orienté la conversation sur leur accord passé ? Soit il souhaitait se dédouaner de la perte d’Eydis, soit il cherchait à ne pas lui être redevable et donc à la doubler. D’un naturel méfiant la déesse opta pour la seconde solution…

-« Tu n’es pas un homme de compromis. Je suppose que votre différent s’est soldé de manière brutale, du moins en ce qui concerne Perséphone ? » La déesse portait son regard sur plusieurs passants, ses méninges en ébullition elle reprit. « Cependant, je ne crois pas que tu aurais pris les armes contre l’épouse d’Hadès… Cette méthode aurait nécessité de tenir compte de nombreuses variables, dont certaines demeuraient imprévisibles : ta victoire sur Perséphone, la réaction des spectres, la réaction de Déméter, celle des Olympiens… »

Plusieurs pistes de réflexions s’ouvraient à la déesse, elle en éliminait certaines, en conservait d’autres. Parmi les possibilités retenues elle considéra les différentes probabilités et retint celle qui apparaissait le plus souvent.

-« Tu avais besoin de discrétion, de certitude et d’une assurance. En conservant ces trois paramètres, je dirais que tu as subtilisé mon artéfact sur le corps d’Eydis et que tu l’as utilisé contre Perséphone. En agissant ainsi tu avais la certitude de te débarrasser de ton adversaire, la discrétion offerte par l’artéfact et si jamais le forfait venait à être découvert, l’assurance que toutes les pistes m’accuseraient. La question qui demeure est comment ce forfait a-t-il été accompli ? »

La déesse avait imaginé plusieurs scénarii, toutefois, le plus probable était le suivant : « Partons des deux présupposés suivants : le premier, afin de garantir les trois paramètres précédent, tu ne dois pas être relié au crime ; le second, tu dois trouver le moyen d’utiliser mon arme sans qu’elle puisse se retourner contre toi. Tu n’as donc pas apporté la Pomme d’or à Perséphone, tu as fait en sorte qu’elle se saisisse de l’objet avant de s’apercevoir de la supercherie. Laisse-moi deviner : un spectre offrant un présent ? »

En tout état de cause, c’est ainsi qu'Eris aurait procédé si elle avait été à sa place. La déesse s’orienta différemment, elle coinça ses pieds contre l’accoudoir opposé, allongea ses jambes et s’adossa contre le bras de son frère, elle occupait ainsi les deux tiers du banc.

-« Si j’ai raison, mes obligations ont été remplies… au moins indirectement. Pas les tiennes… Mais, je peux me tromper. »
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Ven 14 Juil - 6:44
Eris semblait moins concernée que lui par le sort d'Hypnos - ou du moins, si elle l'était, elle n'en laissait rien paraître. Lui-même n'était pas réellement inquiet, après tout : ce n'était pas comme s'il pouvait lui arriver quoi que ce soit de définitif. Cela prendrait le temps qu'il faudrait, mais il finirait par refaire surface, et ce même si quelqu'un - ou quelque chose - avait trouvé et mis en pratique une quelconque façon de l'emprisonner.

La redondance des Guerres Saintes n'était-elle pas la preuve que rien ne puisse retenir un dieu éternellement ? Les sceaux d'Athéna étaient parmi les plus capables en la matière, et même eux ne duraient pas plus de deux cent ans... À peu de choses près. Oh, en cherchant un peu, ils pourraient sans doute trouver un moyen de neutraliser l'un des leurs plus longtemps - du moins ceux qui, comme lui et sa sœur, ne reculeraient pas à l'idée d'employer de tels stratagèmes ; mais quel en serait l'intérêt ? Ils étaient au-dessus de tout ça - ils servaient d'autres desseins.
C'était ainsi que leur mère les avait faits.

S'il leur arrivait d'y prêter la main, ils n'avaient le plus souvent que faire des jeux des olympiens. À l'échelle humaine, ils seraient des adolescents - voire de jeunes adultes - acceptant de jouer avec leurs cadets, si dépassées et puériles que leurs semblent leurs activités ; il faut bien passer le temps.
D'une certaine manière, Hypnos et lui avaient été les tuteurs d'Hadès alors qu'il faisait son entrée dans le Sombre Séjour - pour poursuivre la métaphore, l'avaient pris par la main pour l'emmener à ses premiers jours d'école après que sa propre famille l'ait fait sortir de la maison. Il aurait dû écouter les conseils avisés de ses aînés ; cela lui aurait peut-être évité de s'enticher d'une planète vouée à l'extinction. Que ce soit cette génération ou la suivante, tous les vivants n'étaient que des âmes damnées en attente.

J'imagine qu'elle aura voulu t'impressionner, dit-il avec une certaine indifférence. Grand mal lui en aura pris. Je n'ai pas jugé utile de la rappeler pour l'interroger. Je ne sais d'ailleurs pas dans quelle Prison elle a échoué.

Bien qu'il lui aurait suffi d'une seconde pour le vérifier - le Livre des Morts n'étant au fond qu'une infime partie des pouvoirs inhérents aux dieux chthoniens, sans parler du fait qu'il soit de ceux à avoir édicté leur code pénal il y a de cela fort longtemps. Mais le système était ainsi fait qu'un même pécheur était potentiellement éligible à plusieurs geôles ; alors fallait-il bien en choisir une plutôt qu'une autre.
Or, il doutait que sa bien chère sœur ait choisi une sainte pour lui servir de tenue de soirée. S'il avait dû tenter de le deviner, il aurait toutefois misé sur l'un des Malebolges de la Septième Prison - en particulier la Fosse réservée à ceux qui se font les instruments de la Discorde. Au moins serait-elle restée fidèle à sa seule vraie maîtresse jusqu'au bout ; c'était plus qu'on ne pouvait en dire de son allégeance aux Enfers. Quoi qu'il en soit, le résultat était le même - sa déchéance, dans le cas présent.

Je ne vois pas de quoi tu parles, fit Thanatos, se fendant d'un sourire qui - si léger qu'il soit - semblait bien trop humain pour ne pas choquer quiconque savait qui était vraiment à l'intérieur de cette carcasse. La dernière fois que j'ai entendu parler de Perséphone, c'est après que son unique laquais ait tenté de m'assassiner. Comme tu peux le voir... - d'un mouvement de la main, il se désigna lui-même - ...Le pauvre bougre a échoué. Je suppose qu'après cela, elle a jugé préférable de prendre quelques vacances loin des Enfers avant que le scandale n'éclate. Peut-être est-elle retournée chez sa mère ?

Si ce n'était certes pas son enveloppe principale, la facilité qu'il avait eue à s'y incarner - le simple fait qu'il ait eu toute la liberté de se présenter à ce rendez-vous - était un indicateur de sa bonne santé. Bien sûr, il n'entendait pas duper Eris - elle-même trop versée dans ce genre de feinte pour se laisser avoir aussi facilement ; mais il n'avait pas non plus besoin de lui donner confirmation.

Il savait sa sœur à même de se saisir de la moindre petite miette d'information et de la changer en arme mortelle ; si c'était une qualité que chacun apprécierait d'avoir de son côté, leurs liens familiaux ne garantissaient hélas en rien qu'elle serait du sien à chaque fois. Aussi garderait-il confidentiel ce qui s'était passé entre Perséphone et lui - même si, comme à son habitude, la Discorde se montrait d'une redoutable perspicacité.
Fort heureusement, même l'expressivité que lui faisait gagner ce corps d'emprunt ne l'empêchait pas de se montrer parfaitement imperturbable quand il en était besoin. Eris était forte, oui - mais il avait grandi avec elle alors qu'elle apprenait à faire ce qu'elle faisait de mieux. Cela conférait certains avantages quand il était besoin d'y résister, même s'il ne se serait pas prétendu infaillible pour autant ; c'eut été trop plaisant.

Ainsi la laissa-t-il émettre ses théories - les plus tardives étant dangereusement proches de la vérité - sans valider ni infirmer quoi que ce soit, lui refusant la satisfaction de lui donner raison. Qu'elle se fasse donc son propre avis. Elle pourrait de toute façon vérifier un certain nombre de ces suppositions bien assez tôt ; elle était la mieux placée pour savoir comment fonctionnait son « arme » comme elle l'appelait, après tout.
Et si l'appellation semblait bien étrange pour un modeste fruit, force était de constater qu'elle n'était pas infondée à condition de placer celui-ci entre les bonnes mains - ainsi que Perséphone l'avait appris à ses dépens. L'air assouvi qui ne le quitta pas alors qu'elle émettait une à une ses idées dut néanmoins lui laisser deviner qu'elle était sur la bonne voie.

Indifféremment du sort de Perséphone... reprit-il quand elle eut terminé - sans aucune protestation quand elle avait pris place contre lui ; cette proximité n'était après tout rien comparé à ce que faisaient les Olympiens en famille : ...J'ai bel et bien récupéré ta Pomme. J'ai dans l'idée que tu n'aurais que moyennement apprécié qu'elle tombe aux mains des Saints, même si cela aurait pu ouvrir d'intéressantes perspectives. Je t'ai pourtant suffisamment répété de ne pas laisser traîner tes affaires ; quelqu'un de mal intentionné pourrait les prendre. Et qui sait alors ce qu'il pourrait en faire, pensa-t-il derrière la mine matoise qu'il venait d'adopter. Mais puisque tu sembles vouloir ressasser précisément les termes de notre accord... Il me semble qu'elle n'était pas la seule concernée par ta part du marché.

En effet, ce qu'Eris lui avait proposé - de sa propre initiative ; il n'avait rien demandé - était un règne ; si n'avoir plus à s'inquiéter des simagrées de la Reine des Enfers pouvait y amener, ce n'était aucunement une fin en soi. Il s'abstint de lui rappeler qu'ils n'avaient d'ailleurs pas discuté duquel des trois royaumes il serait question ; si Eris pouvait tenter de louvoyer pour tirer d'une entente plus d'avantages qu'elle ne devrait, elle n'oubliait jamais les termes d'un contrat. Ils lui étaient bien trop précieux, bien trop essentiels à sa manière de procéder pour cela.

Par ailleurs, dit-il en observant ses mains - ciselées moins finement que celles de ce bon vieux Malik Al-Aswad -, si elle n'est certes pas vivante, en ce moment, tu ne m'as demandé que de garder à l’œil ton investissement. Et c'est ce que je fais en ne la ressuscitant pas ; les autres la massacreraient immédiatement. Si j'admets que la cachette que je lui ai trouvé n'est pas des plus agréables, je pourrais techniquement te la rendre à tout moment. Sa sœur vivait littéralement des barguignages de cet acabit - cela faisait partie de son rôle ; par conséquent ne pourrait-il jamais l'égaler... Mais ça ne l'empêchait pas d'essayer. Si cette finesse avait pu lui manquer à une époque, c'était aujourd'hui un problème réglé. Se grattant le menton d'un air pensif, il conclut donc : Je pense donc que nous pouvons considérer que nous avons tous deux fait le travail à moitié. Qu'est-ce que tu en dis ?
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Eris

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Jeu 21 Sep - 14:07
[Désolé du retard et de la qualité médiocre du poste]

Malgré son corps d’emprunt Thanatos demeurait ce monument de marbre qu’elle connaissait si bien. Malgré tout, s’il ne conférait pas aux théories d'Eris le statut de certitude, il ne les écartait pas pour autant. Effleurer son arme permettait à la Discorde de valider ou non ses hypothèses.

-« Ton esprit s’aiguise de siècles en siècles, souhaites-tu supplanter Hypnos en ce domaine ? » Demanda Eris non sans humour avant de reprendre. « Si nos engagements ne sont qu’à moitié respecté, nous pouvons considérer que nous sommes quittes ? »

L’absence de Perséphone offrait à Thanatos une gérance de fait, gérance qu’il conviendra de transformer en royauté bien établie. En réalité, Eris et son Frère cherchaient à se soustraire de leurs responsabilités respectives.

Eris noua ses bras autours de ses jambes, à moins que Thanatos ait pu comprendre le fonctionnement effectif de son arme et si ses théories précédentes s’avéraient exactes, elle pourrait prendre un ascendant certain sur la Mort.

-« En tout état de cause, quand bien-même nous serions dans l’obligation de dresser un état des lieux de notre accord… Je ne serais pas en mesure de t’aider en cet état. » Actrice de grand talent, la déesse de la discorde adopta une mine légèrement mélancolique. « Ce corps d’emprunt ne saurait me satisfaire longtemps… Bien que les critères physiques soient respectés, il n’est pas mon premier choix… J’ai besoin d’y sceller mon âme et pour ce faire j’ai besoin de la Pomme. »

Depuis les évènements de Troie Eris avait fait de la Pomme d’Or son symbole et de l’une d’entre elles son vecteur d’incarnation. Si ses frères ignoraient l’ensemble des connexités entre Eris et son artéfact, ils n’ignoraient pas ce fait. Mais, Thanatos pourrait aussi bien la priver de l’objet et la condamner à l’errance pour plusieurs siècles… Cependant il possédait une compassion à l’encontre des membres de sa famille, peut-être sa seule et unique faiblesse. Eris partageait un sentiment similaire, mais elle privilégiait toujours ses propres intérêts, question de principe.

-« Donc si tu pouvais me la rendre… »

C’est peut-être à ce moment, pour la première fois depuis des milliers d’années, qu’elle se sentait vulnérable et à la merci d’un tiers. Thanatos possédait l’avenir immédiat de sa sœur et celle seule idée La terrifiait.
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ThanatosDieu de la Mort | Administrateur
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Date d'inscription : 27/12/2012
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Jeu 7 Déc - 11:06
Mon esprit était pollué par l'hubris, admit-il avec une pointe d'amertume, ressassant sa propre arrogance. Comme cela arrive trop souvent à ceux de notre race qui demeurent trop longtemps au sein d'un même réceptacle - non que tu doives comprendre de quoi je parle.

En effet, il était rare qu'Eris s'installe de façon durable dans un hôte en particulier, préférant passer de l'un à l'autre au gré de ses besoins. Une méthode que son essence n'était pas sans favoriser : la Discorde étant partout et en toute chose, il n'était guère compliqué de trouver un terreau fertile où planter ses racines. Oui, sa soeur était par nature un être volatile, comme la poudre précédant l'explosion : qu'elle s'entende si bien avec Arès n'était pas une surprise.

D'une certaine façon, reprit-il en scrutant distraitement l'envers puis l'avers de la main gauche de son enveloppe provisoire, je suppose qu'on peut dire qu'Athéna et ses Chevaliers de Bronze m'ont remis les idées en place.

Malgré leur éternité, y compris les siècles et les millénaires qu'ils avaient déjà vu défiler, rares étaient les dieux à se poser des vraies questions sur leur nature profonde : ils se contentaient d'être - ou, pour certains, de se dire que les secrets de leur espèce s'étaient perdus lorsque les dieux primordiaux avaient choisi de laisser leur conscience se dissoudre dans la réalité.
Eris et lui n'étant ni plus ni moins que la progéniture de l'un de ces derniers, des Enfants de la Nuit, ils disposaient de plus d'éléments de réponse que la plupart - notamment grâce au fait que contrairement à leurs pairs de générations plus récentes, ils incarnaient des concepts, des idées, plus que des éléments matériels. Cela définissait en partie leur mode de pensée, mais permettait également de s'approcher un peu plus près du mystère de leurs origines.

Or donc, Thanatos en était pour sa part venu à penser que porter un même manteau de chair durant trop longtemps tendait à souiller l'esprit de celui qui est à l'intérieur - dût-il s'agir de son corps originel.
Il y avait une raison derrière la tradition voulant que l'on s'en débarrasse - même si là encore, nul ne daignait s'interroger à ce sujet ; cela reviendrait à suggérer que leur perfection pouvait être entachée au contact d'un être inférieur. On en avait condamné à se faire dévorer le foie par un aigle pour moins que ça.
Bien sûr, ce pouvait très bien n'être qu'une excuse afin de mettre leurs erreurs et leurs fautes sur le compte d'une arrogance qui n'était pas la leur. Selon toute vraisemblance, ils ne sauraient jamais vraiment.

Mais oui, je suppose que nous pouvons considérer notre arrangement comme caduc. finit par dire le Faucheur, se calant confortablement contre le dossier du banc alors même qu'Eris prenait ses aises à ses côtés.

Comme l'on pouvait s'y attendre de la part de quelqu'un ayant passé le plus clair de son immortalité à négocier des contrats - Thanatos la soupçonnait même d'avoir inventé le concept -, non seulement était-elle dure en affaires, mais elle défendait également bec et ongles la réputation qu'elle s'était bâtie dans ce secteur d'activité. Pour avoir assisté aux fâcheux incidents arrivant à ceux qui avaient le malheur remettre en cause l'honnêteté de ses marchandages, il jugeait plus sage d'accepter cette concession : le temps n'était, hélas ?, pas à raviver leurs chamailleries familiales.

La fauteuse de troubles en profita pour en embrayer sur un autre sujet ; son corps actuel qui, à la différence du sien, était censé lui servir un moment - ce pourquoi elle avait besoin de la Pomme pour y greffer son âme de manière plus durable. S'il la connaissait trop bien pour que ses airs de chien battu - quoi qu'elle ait, là encore, mis au point cette technique avant que les premiers canins n'arpentent le monde -, il devait reconnaître à sa soeur un considérable talent d'actrice.

Mais bien sûr, fit-il d'un air affable.

Le Dieu de la Mort tendit le bras en avant et, d'une oscillation du poignet, fit apparaître ledit fruit au creux de ses doigts, prenant un instant pour en sonder la surface. Bien qu'ayant eu plus souvent que beaucoup l'occasion de l'observer depuis les temps mythologiques, l'éclat de son or lui semblait toujours aussi glacé - froid comme la Nuit, en vérité.

Cependant... laissa-t-il sa voix élever à nouveau avant qu'elle ait fini de tendre la main vers la sienne, raffermissant sa prise sur l'artefact. Je crains de ne pouvoir te la rendre dans l'immédiat. Après les fins auxquelles elle a été utilisée, tu comprendras que l'on attende de moi que je la garde en sûreté. Je gouverne peut-être les Enfers, mais l'opinion de ses résidents ne dépend pas de moi : si ce n'est évidemmentpas mon cas... - son sourire s'agrandit légèrement - nombreux sont ceux à croire que tu n'es pas innocente dans cette histoire. Si tu souhaites y demeurer la bienvenue, il va te falloir leur prouver ta bonne foi, et donc en passer par là. Mais bien sûr... - sa poigne se desserra légèrement, sans pour autant laisser assez d'espace afin qu'elle puisse lui soutirer l'objet de ses convoitises - ...Je ne vois pas d'inconvénient à te la prêter.

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