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Eris

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Mar 2 Mai - 20:25
Voici plusieurs semaines que notre adorable déesse occupait un poste de secrétaire de direction au sein d’un service ressources humaines d’une firme multinationale appartenant à Malik Al-Aswad.

Les taches de secrétariat impliquent une monotonie agréable, la fréquence de frappe, les petites humiliations du quotidien, les regards libidineux de vos supérieurs... Un terreau fertile pour qui possède un brin d’imagination. Le temps aidant, la déesse notait toutes les informations essentielles sur le fonctionnement de cette petite société humaine. Ce service employait une cinquantaine de personnes et la plupart des salariés n’offraient aucun attrait particulier, hormis Earl.

Earl, employé modèle d’environ quarante cinq ans, père de trois enfants et heureux propriétaire d’une magnifique demeure achetée à crédit. Ce qu’Eris appréciait chez lui, c’était son besoin maladif de reconnaissance. Outre, ce trait de personnalité, elle décelait une naïveté d’adolescent, un certain manque d’assurance et le souhait de ne pas créer de vagues, la cible idéale.

Quelques recherches complémentaires permirent de peaufiner le portrait. Une compagne ni belle, ni laide, un rythme bercé par le quotidien et, chose peu commune, la petite dernière atteinte d’une maladie incurable. La récente promotion d’Earl lui avait, toutefois, permis d’améliorer les soins que recevaient sa fille.

-« Ils doivent avoir beaucoup de courage pour surmonter une telle épreuve. » Eris se souvenait des mots exacts prononcés par sa collègue, Betty, lorsqu’elle lui avait raconté l’histoire sous couvert du secret absolu.

Trois jours plus tard, le service tomba des nues lorsque la femme d’Earl leur annonça le suicide de son mari après la réception d’une lettre de licenciement. Les communicants de la société tentèrent, en vain et devant un parterre de journalistes, d’expliquer que ce courrier était une erreur, mais personne n’a pu en remonter la trace exacte…

Manque de rigueur dans la gestion du personnel ? Peut-être ou peut-être que non. Depuis quelques temps déjà les promotions sont distribuées en dépit du bon sens et les mauvais chiffres réalisés par la société ont incité les managers à augmenter la pression sur le personnel. Le service doit systématiser les coupes au cœur des branches déficitaires et certains cadres n’arrivent plus à maintenir les cadences.

Oui, notre déesse se sentait ici comme chez elle. A partir d’une réinterprétation toute personnelle des consignes générales du groupe, il lui arrivait d’émettre quelques suggestions, d’utiliser les postes de travail des cadres influents, d’égarer le travail de sa cible ou d’organiser des rencontres fortuites entre personnages antagonistes.

Elle interprétait une partition classique dans une discrétion féline. Le plus amusant dans tout cela ? Les cadres qui se rendent compte de la supercherie et ne souhaitent pas perdre la face, alors, dans la plupart des cas, ils laissent circuler les ordres et consignes contradictoires.

Toute société humaine, qu’importe son fonctionnement, possède des faiblesses, des maillons faibles qu’il suffit d’écarter pour que l’ensemble se brise. Une révélation indiscrète, une prime qui saute, une augmentation à la petite nouvelle au physique de mannequin et le tour est joué. L’être humain n’évoluera jamais.

Quelques étages plus haut

-« Monsieur Al-Aswad ?, un journaliste voudrait vous parler… C’est au sujet des techniques managériales. » Articula difficilement l’une de ses assistantes, ces derniers jours ayant été particulièrement difficiles. « J’ai également un courrier interne pour vous, mais je n’en connais pas la provenance… L'enveloppe est marquée d’une pomme dorée. »

Contenu de la lettre

« J'aimerais discuter de ma promotion future.
Central Park, jeudi dix heures, devant le mémorial Strawberry Fields.
Ta Sœur adorée. »
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Ven 12 Mai - 2:48
Merci, Rebecca. Je vais me charger de tout cela personnellement.
Monsieur, si je peux me perm...
Vous pouvez disposer. la coupa-t-il avec le même calme - un calme à glacer les sangs.

Parcourue de frissons, la secrétaire s'en fut sans demander son reste - elle avait fait son travail, après tout. Malik Al-Aswad se détourna de la baie vitrée depuis laquelle il observait New York du haut du cinquante-quatrième étages. Ce bâtiment n'était que celui du siège de la compagnie : ses appartements étaient mieux placés encore. Hélas, il n'avait que rarement le temps d'en profiter - moins encore depuis qu'il avait repris sa fonction véritable. Ses yeux errèrent sur le sceau familier sans exprimer la moindre surprise - comme l'expéditrice de la lettre avait dû le deviner.

Thanatos n'était pas né de la dernière pluie - il avait même précédé la première - et savait reconnaître le savoir-faire de sa sœur quand il le voyait. Sa vigilance - que certains qualifieraient de paranoïa - le lui avait du moins fait soupçonner quand des traces un peu trop fréquentes de Discorde étaient apparus dans ses locaux.
Car même si l'essentiel de son attention était désormais ailleurs, ce n'est pas pour autant qu'il en oubliait la société qu'il avait bâti à la sueur de son front - du moins celui de son hôte. Même s'il n'y avait investi « que » trente années de vie mortelle - une peccadille -, elle restait après tout sa création : compte tenu de l'aisance avec laquelle on assimilait - par erreur - la Mort à la destruction, cela ne comptait pas pour rien. Qui plus est, il pouvait encore en avoir besoin.

Il porta la missive à hauteur de son visage et, sans plus de précautions, l'ouvrit pour en déchiffrer le contenu. Il ne sentait pas de force particulière en émaner et, même sa sœur, malgré son goût pour les facéties, aurait su qu'il n'était pas bon de s'en prendre à lui de cette manière. Il arrivait qu'il y ait de l'honneur parmi les voleurs : les dieux pouvaient bien avoir le leur. Un rendez-vous, donc - dont elle s'était permis de fixer l'horaire, qui plus est. Voilà qui ne manquait pas de culot - ce qui lui aurait suffi à identifier l'autrice si la lettre n'avait été signée.

Les jours passèrent, donc - et les troubles journalistiques avec. La compagnie n'en était pas à ses premiers déboires en la matière, et toute boite de cette envergure se doit d'un jour en passer par là. Parée à toute situation (et grassement payée pour l'être), son équipe juridique s'était chargée de remettre les choses en ordre - comme trop souvent ces derniers temps. S'il avait perçu quelques remous, le maître des lieux était bien sûr loin de mesurer toute la portée du désordre qu'elle avait pu semer en si peu de temps. Que la victime de ses tours pendables en ait l'habitude ne l'avait jamais empêchée de surprendre - malheureusement.

S'il y avait bien quelques passants pour flâner dans les rues de la Grosse Pomme, les allées du parc étaient aussi désertes qu'on peut l'attendre du matin d'un jour de semaine. À quelques minutes de l'heure du rendez-vous, les yeux de l'un d'entre eux flambèrent brièvement d'un éclat doré - ainsi qu'aurait peut-être pu le remarquer quelqu'un y prêtant attention, mais qui se soucie de quoi que ce soit à New York ? Au pire, cela aurait paru n'être qu'un jeu de lumière. Rares étaient ceux à avoir assisté à une réelle démonstration cosmique - et donc à pouvoir prendre un tel phénomène pour plus qu'un jeu de lumière.

Rajustant son veston, l'individu - jusque là occupé à nourrir les divers volatiles ayant fait de Central Park leur garde-manger - abandonna sa tâche cruciale et entreprit de chalouper vers le banc où se tenait assise la déesse. Si la voix n'était pas la même - habitée d'une pointe d'accent anglais -, le ton et les mots employés ne laisseraient à la déesse aucun doute sur celui qu'elle avait face à elle.

Ma sœur. Tu as demandé à me voir ? Il baissa les yeux comme pour observer sa propre allure, s'attardant sur la cigarette qui brûlait au bout de ses doigts. Je te prie d'excuser mon accoutrement, je n'avais guère l'embarras du choix - il jeta un coup d'oeil alentour - et je ne souhaitais pas te faire attendre.

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Eris

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Lun 15 Mai - 22:35
Comme à son habitude, la mort était parfaitement à l’heure. « Effectivement, je t’ai connu plus à ton avantage. » Décréta la déesse pour répondre aux excuses de son frère. « J’espère que tu as indemnisé la femme de ce pauvre Earl, un homme si droit… Lui annoncer un licenciement alors que sa fille est gravement malade, tu n’as vraiment aucune morale. » ironisa notre adorable déesse.

La déesse fixait deux oiseaux qui se disputaient une proie. D’ordinaire craintifs et pacifistes, les deux représentants de l’espèce ne s’accordaient aucune trêves, encore quelques minutes et l’un d’entre eux rejoindrait probablement les cercles d’influences de son interlocuteur.

Eris détourna son attention de la scène et tendit à Thanatos une enveloppe kraft contenant une proposition d’emploi la concernant, un poste clef au sein des ressources humaines. Thanatos pourrait y découvrir les prétentions salariales astronomiques de sa sœur, ainsi que divers diplômes de la faculté de médecine de Genève au nom de Selina Weissmann, psychiatre et experte reconnue en relations humaines interprofessionnelles.

-« J’espère que tu apprécieras l’opportunité de m’avoir à tes côtés. »

Fait étrange, surtout concernant la Discorde, Thanatos tenait ses liens familiaux en grande estime. Peut-être l’une de ses plus grandes qualités. Eris s’enfonça un peu plus dans le banc et s’étira de tout son long, profitant alors d’une intense luminosité qui filtrait à travers les arbres, tandis que l’un des oiseaux venait de passer l’arme à gauche.

Malgré leur incongruité de la situation, les atermoiements professionnels de leurs identités humaines n’étaient pas à l’origine de cette réunion impromptue. Préoccupée par des considérations divines, Eris se montra inhabituellement directe.

-« Je n’ai plus de nouvelles d’Eydis, d’ordinaire, nous nous écrivions toutes les quatre-vingt-seize heures. Or, je n’ai plus reçus d’écrits de sa part depuis plusieurs semaines. »

Loin d’être dupe, Eris savait pertinemment que sa protégée avait définitivement rejoint l’au-delà, ce sont les raisons qui lui manquaient, le pourquoi. L'incarnation de la causalité à laquelle nous sommes tous asservis. Le seul espoir, la seule paix consiste à le comprendre, à comprendre le pourquoi. Pourquoi. Voilà ce qui nous sépare les dieux des hommes ! Ce qui distingue Thanatos d'Eris. Pourquoi est la seule vraie source de pouvoir, sans lui vous êtes paralysés.

« Je crois qu’elle s’apprêtait, avec d’autres spectres, à attaquer le Sanctuaire afin de mettre la main sur le Rosaire de la Vierge et l’apporter à Perséphone. Elle s’imaginait pouvoir obtenir sa confiance et ainsi réaliser ce pour quoi nous l’avons envoyé aux enfers. Je lui avais signifié tout le mal que je pensais de sa précipitation. » Eris replaça une mèche de cheveux au-dessus de son oreille gauche. « Pourquoi a-t-elle disparu ? »

[Petit hommage dans ce post]
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Dim 4 Juin - 9:08
Tout ceci est entre les mains du service juridique, répliqua Thanatos, nullement affecté. S'il n'appréciait guère que sa sœur s'adonne à son péché mignon au sein même de son entreprise (ce n'était pas comme si elle manquait de cibles potentielles), ce n'était pas un employé l'ayant rejoint plutôt qu'il ne le devrait qui allait le faire sourciller. Par ailleurs, ledit département était à la mesure de ce qu'on peut attendre de quelqu'un d'aussi aisé que sa personne : ils régleraient cette affaire dans les meilleurs délais, tenant un rôle de brise-lame face aux vagues que leur envoyait la Discorde.
Même s'il avait rarement recours à leurs services - mais la première règle des gens de la haute n'était-elle pas d'être préparés au cas où on leur reprocherait quelque chose ? -, le milliardaire avait toutes les raisons de ne pas s'en faire. Dieu bénisse l'Amérique. songea-t-il avec toute l'ironie que pouvait comporter cette phrase pour quelqu'un de sa condition. Je pense ne pas avoir à t'apprendre qu'il y avait d'autres manières d'attirer mon attention.

S'installant sur le banc à ses côtés, il croisa les jambes dans un sens puis dans l'autre, prenant le temps de trouver la position la plus confortable. Le problème à « emprunter » un corps de la sorte, sans vouloir en faire un vaisseau à part entière était qu'il ne pouvait écraser complètement l'âme d'origine - à moins de vouloir laisser un cadavre au milieu de Central Park quand il en sortirait ; ça ferait désordre. Aussi était-il forcé de cohabiter avec son véritable propriétaire, même si celui-ci n'avait aucun contrôle à cet instant, et en gardait-il tous les tics et manie. Ce qui lui fit porter à ses lèvres cette cigarette qu'il portait au bout des doigts pour en absorber puis recracher le venin.

Hm. Cancer du poumon, commenta-t-il tout en observant le flamboiement à l'extrémité du bâton de tabac. Je ne crois pas qu'il soit au courant.

Bien qu'il puisse s'emparer de n'importe quel corps, le fils de Nyx avait, comme beaucoup de dieux, plus de facilités à faire main basse sur ceux qui lui étaient affiliés de près ou de loin. Ce qui dans son cas s'appliquait évidemment aux personnes proches de la mort - qu'elles en aient connaissance ou non. Inutile de dire que le choix ne manquait pas dans les rues d'une ville comme New York, et que toute étude visant à estimer le nombre d'individus en sursis était bien en-dessous de la vérité. Enfin, puisque le pauvre bougre avait choisi son poison, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même ; c'est du moins ce qu'il songea en en prenant une deuxième bouffée.

Je regrette surtout que notre frère ne soit pas là lui aussi pour en profiter, dit-il, trouvant en ce corps la ressource de faire des ronds de fumée. Ne le prends pas mal, mais je m'attendais à le revoir avant toi. Son absence commence à m'inquiéter.

Certes, le cycle de réincarnation des dieux prenait habituellement plus de deux siècles - mais dernièrement, les choses s'étaient accélérées. Lui-même n'avait pas mis plus de trente ans à se régénérer, alors pourtant que la visite des Saints en Elysion l'avait laissé dans un état déplorable. Était-ce la preuve que la Fin des Temps fixée par Chronos approchait et qu'on leur donnait une chance de mettre un terme à leur Guerre avant de sonner le glas ?
Le dernier séjour d'Hypnos dans le plan matériel avait été par ailleurs pour le moins singulier, laissant son pouvoir entre les mains d'Alyssa... Et pour quel résultat ! Tout ce temps qu'il avait dû passer à réparer ses erreurs... Même si c'était aussi ce qui l'avait sorti de sa réserve : peut-être aurait-il dû l'en remercier, finalement, sans quoi il aurait fort bien pu attendre une autre occasion. Rater sa chance de remettre de l'ordre dans les affaires infernales, depuis trop longtemps à l'abandon.

De toute les choses que tu aurais pu lui apprendre, dit-il en tournant la tête vers sa sœur, placide, tu aurais en effet dû commencer par la discrétion. Les Spectres qui l'accompagnaient l'ont surprise en train de conspirer avec le Grand Pope, et ont réagi en conséquence. Tu comprendras qu'il aurait été malvenu de ma part de la ramener après cela, et que je ne puisse donc te la rendre. Si je m'attendais à ce qu'elle partage certains de tes travers, j'aurais pensé qu'elle serait plus...

Ses yeux roulèrent tandis qu'il cherchait un mot ; ce corps le rendait malgré lui bien plus expressif qu'il ne l'était en temps normal, à un point tel que quiconque n'aurait pas su voir à travers les déguisements aurait eu du mal à le reconnaître. Mais sa sœur était reine du subterfuge, en plus de l'avoir vu revêtir plus d'apparence qu'ils n'en sauraient se rappeler au fil des âges : ce ne devrait donc pas la troubler outre-mesure.

— ...Disons subtile dans leur application. Je n'en suis, tu en conviendras, nullement responsable et n'ai donc pas failli à ma part du contrat. Un bref sourire étira ses lèvres tout aussi provisoires. Fort heureusement, j'ai trouvé entretemps un autre moyen de régler mon désaccord avec Perséphone ; tu n'es donc plus tenue de respecter tes engagements.

[FB] Discorde et Mort