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YasuhaGarde noir de L'ophiuchus
Garde noir de L'ophiuchus

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Dim 14 Mai - 11:35


Yasuha tournait et retournait la carte, comme pour déceler un truc de prestidigitateur. Sauf, qu’il ne s’agissait pas de magie, mais plus de curiosité. Une curiosité telle qu’elle rongeait la belle de l’intérieur : sa raison lui dictait de jeter tout ce foutoir aux ordures, mais ses instincts primaux étaient attirés par la proposition de l’inconnue, comme un papillon pouvait l’être par la flamme de sa propre destruction.

Pendant qu’elle tapotait sur le clavier tactile de son smartphone, la jolie nippone ne pouvait s’empêcher de ressasser la scène de la veille, rageant encore et encore à l’idée de s’être faite possédée par cette femme. Sans aptitudes cosmiques, l’affaire aurait été emballée en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « ouf » : cette pimbêche au corps de rêve était donc comme elle, une éveillée, et une sacrément douée qui plus est…

Bon, c’est où ce fichu patelin ?

Le moteur de recherche ne lui avait retourné aucun résultat probant. La jeune fille dû ouvrir une application cartographique et insérer les coordonnées manuellement. Le point affiché par le programme indiquait un endroit situé dans l’océan pacifique, au milieu de nulle part. L’ancienne comparse de Mikaboshi se souvenait d’un planisphère, dans le quartier général des divinités japonaises. Elle avait été tellement occupée à jouer des tours à ses compagnons et à faire sa maline qu’elle éprouvait de grandes difficultés à se remémorer les propos tenus alors par Izanagi et sa garde rapprochée. C’était tout elle : ne jamais rien écouter et toujours la première à se faire remarquer.

On s’est bien marré quand même. Ça me manquerait presque…

Sauf que maintenant, elle était seule et dépositaire d’un avenir plus qu’incertain. Son boulot actuel, bien que lucratif et assez atypique, n’en demeurait pas moins lassant : trop facile, trop répétitif et pas assez fun. Ce genre de vie pourrait sans doute procurer son lot d’adrénaline et d’aventure à un humain moyen, mais elle, elle avait été l’incarnation du chaos et des ténèbres, le parangon d’une des divinités les plus destructrices de l’histoire connue, à tel point que cette dernière avait dû, pour le salut de l’humanité, être enfermée par ses pairs dans une prison intemporelle et oubliée de tous. Elle valait définitivement mieux que ce que le présent lui offrait.

Allez, ma fille, on se motive et on se bouge le cul !

Après tout, çà ne coûtait rien d’aller jeter un œil et de voir si ça pourrait le faire. Une période probatoire en quelque sorte. En cas d’arnaque, il serait toujours temps pour elle de claquer la porte et de reprendre sa solitaire et ennuyeuse vie…
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YasuhaGarde noir de L'ophiuchus
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Dim 14 Mai - 15:19


Bon, comment on va là-bas ?

Yasuha passait en revue les agences de voyage de Rio et dut rapidement constater que l’avion ne serait qu’un des moyens nécessaires pour gagner l’île perdue. Un instant, elle s’imagina accoster sur des terres abandonnées des hommes et peuplées de dinosaures ou autres monstres géants : une once de raison lui murmura assez rapidement que les films, c’était bien gentil, mais loin d’être la réalité : pourquoi pas un Saint chanteur d’opéra tant qu’on y était…

Be serious, mignonne ! On a un voyage à organiser !

Après quelques minutes de recherche, la jolie demoiselle avait réussi à tracer un semblant d’itinéraire. Elle avait en premier lieu opté pour un aller simple pour Santiago du Chili ; elle séjournerait deux jours sur place, histoire de faire un peu de shopping et de s’adonner à un peu de farniente dans un hôtel de luxe. Ensuite, un autocar la conduirait vers la cité portuaire de San Antonio, où elle aurait pour tâche de trouver une liaison maritime pour le point de rendez-vous.

…/…

Plus de place en classe affaire, la jeune japonaise affichait une moue persistante. Elle allait être dans l’obligation de voyager avec la plèbe, de supporter les ronflements des vieux, les braillements des gosses et les odeurs des gros tas adipeux… Au moins, les animaux n’étaient pas admis en cabine, c’était déjà ça de gagné…

Ta gueule la mioche ! Encore un mot et je t’égorge comme un porcelet.

Yasuha regardait inlassablement le ciel bleu par le hublot de l’avion, prenant sur elle pour ne pas faire un massacre parmi les passagers. Elle affichait un sourire malsain et un regard vide, matérialisant de sombres images dans son esprit, à moins qu’elles ne soient apaisantes, tout dépendant du point de vue de la personne les visionnant. Après quelques heures interminables, l’appareil se posa sans encombre à l’aéroport international de Santiago ; la jeune femme put prendre un peu de repos et se détendre avant de reprendre la route.

…/…

Accoudée au comptoir du rade, une femme vêtue de vêtements raffinés sirotait un cocktail maison. Elle dénotait clairement avec la clientèle habituelle des bas-quartiers. L’homme s’approcha, l’air inquiet, et lui glissa un mot griffonné sur un papier de mauvaise qualité plié en quatre. Puis, il reparti aussi vite qu’il était arrivé. Une adresse et un horaire : quelqu’un savait donc quelque chose sur l’île mystérieuse et le moyen de s’y rendre. Yasuha régla son dû et quitta les lieux.

- « Hé, Mademoiselle, tu t’es perdue ? T’es américaine ? Mes potes et moi, on peut être ton guide, c’est pas cher. »

Et voilà les casse bonbons de service…

- « Hé, Connasse, tu nous snobes. File ton sac ou on te crève sur pl… ! »

La pauvre âme n’aura jamais le temps de terminer sa menace. Le lendemain, un fait divers dans le journal local parlerait d’un règlement de compte, dans lequel trois jeunes délinquants ont trouvé une mort sanglante.

Et merde, ma robe est foutue…

Finalement, un capitaine acceptait de la conduire sur l’île maudite en contrepartie d'une somme conséquente. L’île de la mort qu’il dit. Pas moyen d’en savoir davantage…

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Lun 15 Mai - 19:18


Trois jours déjà que le modeste navire avait quitté le port de San Antonio. Le voyage était d’une monotonie sans égale et semblait ne jamais vouloir s’achever. Yasuha s’était aventurée sur le pont extérieur le premier jour, avait fait des pieds et des mains pour visiter la passerelle le second jour et squattait son lit sans vergogne aujourd’hui.

C’est dingue comme on se fait ch…

Les deux journées suivantes n’allaient pas être plus animées ; la jeune rebelle était au bord de suicide cérébral. Elle commençait à regretter sa décision et espérait de tout son cœur que l’île tiendrait toutes ses promesses. Sinon, elle devrait se défouler d’une manière ou d’une autre, et ce n’était pas bon pour son entourage quand l’instable nippone était d’une humeur massacrante.

Un volcan… Il ne manquait plus que çà…

Au loin se dessinait l’attrait principal de la parcelle insulaire, un mont volcanique aussi imposant que sinistre. Un véritable petit paradis sur Terre...

- « Mademoiselle, nous accosterons dans deux heures. Nous vous débarquons et repartons illico pour San Antonio : c’était le deal. »

C’était effectivement le deal. La japonaise fouilla dans son sac à dos et en sortit une enveloppe plutôt généreuse. Elle s’acquitta de la seconde moitié de la somme réclamée par le capitaine : on ne rigole pas avec l’argent, c’est une question d’honneur. La belle retourna ensuite dans sa chambrée afin de se changer. Un tailleur ajusté en tissu noir, un décolleté indécent, des chaussures à talons hauts et à lanières, une paire de lunettes de vue stylistiques et les cheveux ramenés en un chignon classique : une vraie petite working girl des temps modernes…

Tu claques grave ma belle…

La délivrance pointait enfin le bout de son nez. La japonaise sexy jurait avec le décor environnant. Plusieurs matelots et badauds sifflaient lors de son passage. Une fois arrivée au portail de limite de la zone portuaire, elle s’arrêta quelques minutes pour souffler : la chaleur était à la limite du supportable, limite suffocante. En scrutant de l’autre côté de la barrière, Yasuha remarqua une berline noire aux vitres teintées, ainsi que le chauffeur qui la fixait sans jamais détourner le regard.

Le pingouin doit être là pour moi à tous les coups…

Ni une, ni deux, l’espiègle jeune femme s’approcha du sbire et l’accosta de la manière la plus naturelle qui soit :

- « Bonjour Louffiat ! C’est Lady Machine qui t’envoie ? »

L’employé acquiesça d’un air plutôt agacé, ce qui ne fut pas sans surprendre l’invitée : elle avait pourtant été polie : elle avait dit « Bonjour ». L’homme de main lui ouvrit la porte arrière droite et l’invita à prendre place. L’intérieur était capitonné, climatisé et éclairé par un plafonnier artificiel. Impossible de voir quoi que ce soit à l’extérieur. Le moteur démarra et le véhicule se mit en route.

Cool, y a un mini-bar !!!

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Mar 16 Mai - 22:01


Yasuha commençait à s’ennuyer ; les quelques mignonettes ne suffiraient pas à préserver la docilité de la belle bien longtemps. La voiture roula une trentaine de minutes, avant de stopper subitement. Une des portières s’ouvrit et un homme prit place sur le siège libre à l'arrière.

C’est la fête à la maison ma parole…

Le ténébreux garçon était plutôt agréable à regarder et encore plus à imaginer en situation intime. L’espiègle japonaise le trouvait à son goût ; peut-être arriverait-il à la divertir une heure ou deux, avant que la lassitude ne la gagne, une fois encore. La manière dont elle fixait le jeune homme était des plus malsaines. Ce dernier prit rapidement la parole, peut-être pour couper court à toute entreprise malvenue et malheureuse de la part de l’étrangère.

- « Mademoiselle, je crois que vous avez quelque chose à me remettre, n’est-ce pas ? Mon employeur a été catégorique quant à cette formalité. », annonça-t-il d’une voix calme et détachée.

Mais quel rabat-joie ce mec…

Elle fouilla dans son sac à main, retournant poche après poche, brassant objet inutile après objet inutile, pour finalement de souvenir que le bout de bristol était dans la poche droite de sa veste. Elle tendit la carte au subalterne, tout en affichant un sourire caricatural qui semblait tout sauf sincère. L’inconnu scruta les deux faces du rectangle et reprit la parole.

- « Parfait, nous allons pouvoir poursuivre. Mon employeur souhaite vous entriez à son service et que vous rejoigniez les rangs d’une congrégation un peu spéciale. Une élite qui a su prendre son destin en main et se soustraire au dictat des dieux. »

Ho, put… Ça me revient, c’est le repaire des chevaliers renégats ici !

- « Mec, qu’est ce qui te fait croire que je suis intéressée pour être le toutou d’une bande de mégalos qui se croient au-dessus des autres éveillés et qui se la touche dans un trou paumé en jouant aux caïds ? Vous étiez où quand l’autre nous a fait son nervous breakdown à Tokyo ? », dit-elle de manière nonchalante.

En fait, sa curiosité grandissait, mais elle se devait de poser les questions qui fâchent, ne serait-ce que pour pouvoir admirer la tête déconfite du bellâtre. Il ne lui fit malheureusement pas ce plaisir : il éclata de rire à la place.

- « C’est vrai que tu as du caractère, mon employeur ne s’était pas trompé. Au moins, tu sais de quoi je parle et nous allons pouvoir gagner du temps. »

- « Tu as raison sur un point : certains des dirigeants de l’île se sont détournés du but initial de la confrérie. Par négligence, par laxisme ou encore par ambition personnelle ? Qui pourrait le dire ? Toujours est-il qu’une minorité bien cachée souhaite le retour à un dogme aujourd’hui oublié. Et tu as ton rôle à jouer dans cette pièce de théâtre. »

Yasuha le regardait en se faisant son propre film intérieur. Vu le bilan de ces derniers mois, un peu de nouveauté ne pourrait pas lui nuire. Peut-être qu’avec un peu de chance, cela pourrait même se révéler amusant.

- « D’accord, mais à une condition. Et elle n’est pas négociable. »

L’homme la fixa un instant, avant de lui demander quelle était sa requête.

- « Je veux un chat : une siamoise toute mimi. Et je la veux tout de suite ! »

L’employé demeura bouche bée plusieurs secondes, à se demander sur quel spécimen il était tombé et qu’est-ce qu’il pouvait bien répondre à une telle ineptie.

- « Je déconne. Je t’ai bien eu, hein. Qu’est-ce que tu veux que je foute avec un matou sur cette île de malheur. Où est-ce que je dois signer ? », s’esclaffa bruyamment la jeune asiatique.

Décidemment, cette rencontre allait être épuisante…

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Mer 17 Mai - 21:20


- « Tu as des questions ? »

Yasuha s’empressa bien évidemment de se manifester, accompagnant ses mots d’une gestuelle peu adaptée et relevant de la gaminerie la plus primaire. Ses manières en agaceraient plus d’un.

- « Oui : pourquoi moi ? »

L’homme de main se cacha le visage avec sa main gauche, signe d’un grand dépit. Pourquoi avait-il donc laissé la parole à cette jeune sotte ? Il n’attendait pas de réponse ou tout au plus un « NON ». Evidemment qu’elle allait encore se faire remarquer, il aurait dû s’en douter. Ne faisant pas partie de l’élite et n’étant pas un décideur, il n’avait bien évidemment aucune réponse valable à lui retourner.

- « Mon employeur a reconnu votre valeur et décelé en vous un potentiel qui ne demande qu’à se révéler. En acceptant de travailler pour, pardon avec lui, vous aurez accès à des moyens dont vous ne pourriez que rêver et vous serez l’actrice d’un dessein bien plus grand que ce que vous pourriez imaginer. »

Embobiner le client faisait partie de ses plus grandes qualités. Il avait vite compris qu’user de flatteries pour soudoyer l’ego des recrues potentielles augmentait drastiquement les chances de succès ; la jeune fille ne dérogerait pas à la règle. Du moins en était-il intimement persuadé.

- « Et je dois faire quoi du coup pour rejoindre la Famille ? », questionna la japonaise, en usant d’un accent italien des plus approximatifs.

Enfin une interrogation pertinente, même si la forme laissait à désirer. Cette fois-ci il était en possession des éléments pour orienter son interlocutrice et s’assurer qu’elle agisse comme son maître le lui avait ordonné. Il sortit une carte de visite de la poche intérieure de sa veste et la tendit à Yasuha.

- « Pour commencer, ce sera très simple et à la portée d’un enfant de quatre ans. Vous vous rendrez à l’hôtel, dont l’adresse figure sur la carte que je vous ai donné. A l’accueil, vous communiquerez un mot de passe à l’hôtesse d’accueil et demanderez la clé de la chambre 12. Dans votre chambre, vous trouverez un cadeau de bienvenue. Ne vous souciez pas de la logistique : vos frais d’hébergement et de restauration seront pris en charge pour la durée de votre séjour parmi nous. » 

Suite à ces quelques directives, l’homme murmura une phrase à l’oreille de la jolie nippone. Puis, il conclut avec une dernière recommandation.

- « Ensuite, vous devrez intégrer les rangs des chevaliers noirs, les rencontrer, apprendre ce qu’il y a à savoir sur l’ordre et partager leur quotidien. Et ce sera tout pour le moment. Mon employeur n’a pas jugé opportun de vous solliciter pour d’autres tâches ou sujets. Vous serez recontactée d’une manière ou d’une autre si telle était sa volonté. »

Rejoindre les castors juniors et manger du marshmallow avec eux ? C’est dans mes cordes !

…/…

Tout se déroulait comme le beau ténébreux l’avait dit. L’ancienne porteuse de la Yoroï de Mikaboshi referma la porte de sa chambre, puis eu la surprise de découvrir une étrange boîte de métal noir posée sur le lit. Cette dernière était ornée de gravures finement ciselées et arborait la représentation symbolique d’un être vraisemblablement mythique ; une poignée dépassait d’une des façades du cube. Yasuha s’empressa de tirer sur cet 'appel à la curiosité', découvrant à l’intérieur du conteneur une armure d’un noir profond.

C’est d’un pratique… Je regrette déjà mon tatouage.

Une lettre reposait sur la table de chevet. A l’intérieur une liasse conséquente de billets et un petit mot écrit vraisemblablement par une main féminine, à en juger par la finesse du jambage des lettres :

**********
Bienvenue chère amie,


L’armure noire de l’Ophiuchus est un présent digne de vos talents.
Faites bon usage de cette précieuse relique et surtout, ne changez pour rien au monde.


Bien cordialement,


Lady P.
**********


Yasuha se tenait devant le miroir de la salle de bain, en plein essayage du masque de l’armure féminine. Elle semblait finalement satisfaite du cadeau…

L'île ou Elle : l'enfer sur terre...