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Dim 4 Juin - 11:49


===> En provenance de : http://rpgsaintseiya.forumactif.com/t28827-oe-ainsi-va-la-mort


**********
Le passé se rappelle toujours,
Empreinte dans les mémoires.
Le futur demeure imprévisible,
Conséquence de faits révolus.


Le destin pèse sur nos épaules,
Imposant d’improbables choix.
L’éternité nous fixe, inlassable,
Jaugeant chacun de nos actes.

**********

Plus de trois années s’étaient écoulées depuis l’éveil inopiné du jeune finlandais. Il se remémorait son extraction du cercueil de glace, façonné par sa colère et son propre désespoir, comme si l’évènement s’était produit hier. Il avait vécu un bref moment de quiétude en compagnie de la mystérieuse Irina, avant de sombrer à nouveau dans la solitude. Puis était apparue la divine Calysto, d’une beauté, d’une douceur et d’une gentillesse à damner un saint. Elle l’avait choisi, lui le jeune Général inexpérimenté, et lui avait offert son amour inconditionnel. Vint ensuite la guerre, et avec elle son lot de malheurs…

Suis-je donc condamné à errer seul parmi les hommes ? Le bonheur est-il donc à jamais interdit aux guerriers divins ?

Thanatos optait pour un mode de transport divin, lequel, bien qu’autrement plus rapide et pratique que les moyens technologiques des hommes, se révélait très perturbant pour un organisme non averti. Outre la désagréable sensation du toucher glacial de la Mort sur son épaule, le Kraken fut décontenancé par la pseudo-téléportation et dut rassembler toute sa volonté pour ne pas expulser le contenu de son estomac sur le manteau blanc recouvrant le sol du lieu d’arrivée. Bien que le jeune homme s’efforçât d’occulter son malaise, il lui fallut quelques minutes pour dissiper totalement la désagréable sensation et recouvrer tout son aplomb.

Hakon invita la divinité à le suivre. La grotte était de toute manière située non loin du point d’atterrissage de l’improbable duo. Le protecteur atlante pouvait ressentir la présence de son écaille, ainsi que la cosmo-énergie ayant permis de sceller la grotte hébergeant le maître d’Atlantis. Tout en progressant, l’albinos commençait à rassembler ses forces et son énergie : le zéro absolu demeurait l’une des rares clés capables de lever la protection mise en place autour de Poséïdon.

- « Nous sommes arrivés, Seigneur Thanatos. Je vous prie de bien vouloir ne pas trop vous approcher : le risque de projections est plus qu’avéré. »

Afin de pouvoir accéder au coffre glacial, le Marina s’attelait en premier lieu à rompre les pics gelés, entrecroisés depuis l’entrée et tout au long de la galerie menant au sanctuaire improvisé. Cet exercice n’était pas très difficile pour un chevalier des glaces averti. Lever le scellement demeurait un défi autrement plus ample, nécessitant une maîtrise parfaite du zéro absolu, ainsi que de la cosmo-énergie, afin de rompre la glace éternelle sans endommager le corps reposant en son sein. Par chance, l’écaille recouvrant le dormeur représentait un atout précieux dans cette entreprise.

Hakon concentra toute son énergie en un seul point, puis relâcha instantanément l’intégralité du flux au travers de la paroi de diamant, en direction de sa protection attitrée. Sa technique du Deep Frost s’affichait comme un outil des plus opportuns dans la situation présente. Au lieu de s’acharner sur la muraille de glace, le jeune guerrier transféra sa puissance à son armure au travers du flux immobile des atomes composant le cercueil improvisé. La réaction serait catalysée par l’orichalque et la volonté propre de la protection.

« Il ne nous reste plus qu’à patienter quelques instants. », annonça l’atlante, haletant en raison de l’effort fourni.

En effet, moins d’une minute plus tard, d’assourdissant bruits et tremblements terrestres se firent ressentir. La partie supérieure de l’abri vola en éclat sous une pluie de gravats de pierre et de glace, révélant au centre de la cavité précédemment enfouie, le corps meurtri de l’Empereur des sept mers, enrobé dans une protection aux couleurs d’or et de cuivre…

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Lun 5 Juin - 8:51
Si le fils de Nyx prit bien le temps d'observer le paysage, celui-ci ne parut l'émouvoir en aucune façon. Non seulement lui était-il familier - en des siècles et des siècles, il avait bien eu le temps de voir tout ce que la Terre avait à offrir, et combien n'avaient pas péri en ces lieux ? -, mais aussi en avait-il vu d'autres. Même en se déplaçant, le froid ne l'incommodait que trop peu : non seulement la Mort y était intimement liée - ne dit-on pas d'un défunt qu'il a été « refroidi » ? -, ainsi qu'Hakon devait encore le ressentir ; mais surtout, ce n'était rien face aux plaines glacées du Cocyte.

Ainsi, si ses yeux dorés errèrent sur l'horizon, c'était avant tout pour s'assurer qu'ils ne soient pas suivis. Tout stratège que son rôle lui impose d'être, il ne voyait pas le Général du Kraken l'attirer dans un guet-apens - et était communément un bon juge de caractère ; mais savoir où trouver le « lit de mort » de Poséidon pourrait en intéresser d'autres.
Qu'un troisième parti vienne s'en mêler sans qu'aucun d'entre eux ne l'y ait invité ne manquerait pas de faire naître les suspicions - et avec elles la possibilité qu'on ranime les feux de la guerre. S'il était parvenu à forcer les Saints à la trêve - certes en la leur enfonçant au fond de la gorge -, ce n'était pas pour se retrouver dans un bras de fer avec les Marinas. Il avait d'autres chats à fouetter, et d'autrement plus modernes que ces querelles vieilles comme le monde et même davantage.

Être sur ses gardes - bien que cela ne modifie en rien son attitude, de toute façon indéchiffrable - ne l'empêcha pas d'apprécier les milles précautions dont Hakon avait entouré le lieu de repos de son seigneur et maître. Ce n'était pas tout d'être un serviteur zélé : encore fallait-il savoir par les actes le démontrer. Il ne savait depuis combien de temps le Kraken comptait parmi les éveillés, mais s'il semblait encore bien jeune (non que cela veuille dire grand chose quand les pouvoirs peuvent venir avec l'armure), il faisait preuve d'une expertise toute remarquable.
Combien de Marinas - ou même de Spectres, avouons-le - n'avait-il pas vu s'enivrer de leurs nouveaux pouvoirs sans chercher à en comprendre le sens, les détails et les nuances ? À l'inverse, le tout juste adulte commandant des armées atlantes semblait avoir bien appris sa leçon. Le Dieu des Mers, lui-même illustre ignare (pour ne pas dire âne bâté - ne tirait-il pas fierté d'être lié aux équidés ?) méritait-il seulement un élève aussi consciencieux ? Il devait bien falloir cela pour combler ses lacunes... Qu'il ait fallu un totem aussi féroce que le Kraken pour leur ramener un intellectuel ne manquait pas d'ironie.

Je vous remercie, mais ne vous en faites pas pour moi. fit Thanatos avec un léger sourire.

S'il appréciait comme il se doit la prévenance dont Hakon faisait preuve à son égard et qu'il ne remettait pas en cause l'efficacité de ses moyens de défense, il doutait fort que ceux-ci soient en mesure de le tuer. Le blesser peut-être, oui ; mais guère davantage - ce qui, certes, resterait pénalisant compte tenu du but de leur visite. S'il avait appris - non sans douleur - à ne pas sous-estimer la race humaine, ce n'est pas non plus ce qui lui ferait se voir comme moins qu'il est. Un dieu, et non des moindres.

Il n'en observa pas moins son conseil - moins par prudence que parce que sa propre manière d'y accéder aurait manqué de finesse en comparaison ; on ne se refait pas, pas entièrement. De plus, se tenir en retrait lui permettait d'observer plus en détails la manière dont le Général avait conçu sa barricade. Utiliser sa protection en guise de catalyseur ne manquait pas d'ingéniosité, même s'il s'étonnait que cette dernière se soit prêtée à ce stratagème sans rechigner. Même s'il en allait de la survie de son « créateur », le mythique monstre marin ne devait pas moins en avoir son petit caractère ; être mis de côté de la sorte n'avait pas dû lui plaire.
Enfin, le passage finit par s'ouvrir, leur permettant de rejoindre l'actuelle incarnation de Poséidon - si piteux que soit son état ; si tout se passait comme prévu, elle ne conserverait plus ce statut que quelques instants. Bien que son physique soit resté le même, exception faite de son teint cireux, il s'en serait fallu de peu qu'il ne reconnaisse pas celui qui - quelques semaines plus tôt - avait enfoncé sa porte à grands coups de Trident pour réclamer un remède qui n'existe pas. Ce si bien sûr il n'avait pu voir à travers ce masque de chair et d'os, ce costume périssable. Paume tournée vers le bas, il passa la main par-dessus sa silhouette.

Vous serez sans doute heureux d'apprendre que son âme est toujours à l'intérieur. fit-il posément en tournant la tête vers Hakon. Nous allons donc pouvoir commencer. En revanche, je dois vous prévenir qu'affaibli comme il l'est, il est peu probable qu'il ait conscience de son environnement : par conséquent, il risque de mal réagir en me sentant le manipuler et de se montrer turbulent. Mieux vaut vous y préparer.
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Sam 10 Juin - 10:23


**********
L’ombre de la nuit s’étend,
Recouvrant toute lumière.
Le prédateur rôde ici-bas,
Guettant l’instant fatidique.


Puisses-tu demeurer en paix,
Ô toi, puissant roi des fonds !
Contemple ton destin marqué,
Suspendu haut telle une épée
.
**********

Les derniers faits d’armes du Kraken avaient été moralement plus que discutables. Il avait assisté à la fin de personnes bien trop jeunes au cours de cette improbable guerre, cédant lui-même à l’ivresse du combat et engendrant son propre lot de destruction. Cette colère explosive était-elle une malédiction pour l’ensemble des Marinas ou seulement une manifestation de son bien trop douloureux passé ?

Aujourd’hui, il siégeait sur les plus hautes marches de la hiérarchie atlante, prenant sur lui l’entière responsabilité de sauver ce qui pouvait encore l’être. Poséïdon gisait au centre du pseudo cratère, la peau flétrie, voire carbonisée par endroit. Hakon ne put se retenir de ressentir de la peine pour son monarque : le voir ainsi diminué et aux portes de l’extinction lui rappelait que la destinée n’était qu’une farce, une compagne bien capricieuse n’épargnant rien ni personne. Comment un être millénaire comme le maître des sept mers avait-il pu se retrouver dans une telle situation de désespoir ?

Les paroles du faucheur quant à l’état de survie du frère du maître de l’Olympe rassurèrent le général d’Atlantis. Il hocha la tête en guise d’approbation. Il était grand temps de ne faire plus qu’un avec son alter ego d’orichalque : d’une impulsion cosmique, le finlandais rappela son écaille, laquelle se détacha du corps inerte de son créateur, baignée d’une intense lueur dorée, avant de se fixer sur celui de son porteur attitré.

- « Seigneur Thanatos, je vous saurais gré de bien vouloir débuter votre intervention. Je ne doute pas un instant que hors de son cocon de glace, l’Empereur des océans ne soit plus qu’à quelques instants de son trépas. »

Comme pour se préparer à quelques derniers soubresauts de la colère divine du roi au trident, le jeune albinos érigea une de ses barrières cosmiques. Invisible pour un non initié, l’aura entourant le Marina rayonnait d’un froid improbable, capable de figer instantanément la moindre particule entrant à son contact…

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Sam 10 Juin - 14:39
À peine l'eut-il mis au parfum sur l'état de santé actuel du Roi des Mers que le Général rappela à lui son Écaille. Bien qu'il n'en puisse pleinement saisir le dialecte - ils n'étaient pas réglés sur la même longueur d'onde, pour le dire en ces termes -, le Faucheur pouvait percevoir la joie qu'elle avait à le retrouver. Sans doute cela s'accompagnait-il de notes plus subtiles que son oreille n'était faite pour entendre, comme l'inquiétude quant au devenir de son créateur - ne serait-ce que car sa mort, sa vraie mort signifierait celle de chacune d'elle.

Chaque dieu investissait ses armures d'une partie de son pouvoir, de sorte à leur conférer leurs facultés et à ce que celles-ci leur soient loyales. D'une certaine manière, cela faisait d'eux leurs pères et leurs mères - à ceci près que le cordon les reliant ne devait jamais être sectionné. Car s'il existait des moyens alternatifs de les alimenter, de leur donner la force de continuer à vivre comme il le faisait lui-même avec les Surplis, trancher ce lien n'en revenait pas moins à les condamner.

Oh, mais j'ai déjà commencé. répliqua Thanatos. Et en effet, à bien y regarder, l'on pouvait voir danser sur la peau une fine pellicule d'aura, à la couleur hésitant entre le gris et l'argent ; il s'en dégageait une impression lugubre, mais qu'y avait-il d'étonnant à cela ? On lui demandait rien de moins que de le tuer, après tout - pour qu'il puisse renaître, certes, mais tout de même.
Ce n'était rien de dire qu'elle n'allait pas au teint du Dieu des Flots, le faisant passer pour plus mal en point qu'il ne l'était déjà - si c'était encore possible. Jusque là cadavérique, il passait à présent pour mort bel et bien - et pas d'une belle mort ; de celles dont l'agonie se prolonge jusqu'à ce que la fin sonne comme une délivrance.

Car outre la chrysalide de glace, Poséidon ne devait qu'à sa propre force de vie d'être encore en si bon état : une fois dépouillé de cette dernière, « James Andersen » serait vraisemblablement broyé par l'ampleur du maléfice comme une vulgaire coquille de noix. Même si ses précédentes entrevues avec le fils de Cronos portaient à le croire, mieux valait qu'il n'ait rien laissé de l'âme de son hôte, sans quoi il ne donnait pas cher de cette dernière.

Placez-vous à côté de moi, fit-il à Hakon en indiquant l'emplacement d'un signe de tête. Comme il l'avait indiqué, l'essence de Poséidon risquait de se débattre une fois entre ses mains. Et tout affaibli qu'il soit, il risquait de faire du dégât - ce qui l'épuiserait encore davantage. Ainsi, il serait hautement préférable qu'il n'ait pas à chercher du regard son récipiendaire au moment décisif : comme le jeune albinos l'avait rappelé, chaque seconde pouvait compter - ne serait-ce que pour éviter de se retrouver pris au milieu d'un éboulement.

En outre, l'avoir à ses côtés et non dans son dos réduisait les risques d'essuyer une attaque en traître au beau milieu de l'opération. S'il pensait le Kraken assez intelligent pour savoir qu'il n'en retirerait rien de bon, on n'est jamais trop prudent. N'ayant rien à gagner à feindre la facilité, le fils de Nyx laissa éclater son cosmos macabre, le réduisant juste assez pour que le Général n'en soit pas incommodé. S'il pourrait tout aussi bien placer Poséidon dans son corps alors qu'il était plaqué au sol, cela manquerait cruellement de panache - et étant donné le caractère inédit de la démarche, la pleine possession de ses moyens restait recommandée.

Tendant les bras vers le mourant, paumes tournées vers le plafond, il concentra ses forces dans sa direction. Il n'avait pas tant besoin de quantités astronomiques de pouvoir que d'agir avec précision - de s'assurer que son « voyage » du point A au point B soit le moins mouvementé possible, pour le dire vulgairement. Au plus tard il émergerait de sa torpeur, au plus facile serait le transfert. De longues secondes passèrent avant qu'une sphère dorée, quoique terne, ne se forme au niveau de la poitrine du corps qu'Hakon avait conservé dans la glace.
L'âme mortelle était pâle, incolore : celle des dieux - une vue d'exception - rayonnait de milles feux, de nuances de couleurs que l'esprit humain ne saurait interpréter... Du moins en temps normal : celle de Poséidon, meurtrie, tenait moins du zénith que du couchant. Sa brillance devrait se restaurer avec le temps - pourvu que tout se passe comme prévu. Thanatos resta un instant charmé par la vue : lui-même n'avait que rarement la chance d'en être spectateur, la grande majorité de ses pairs répugnant à être vus sous cette forme - aussi vulnérables.

L'orbe commença à flotter indolemment dans leur direction, un centimètre à la fois. Sans que le Faucheur paraisse accablé par l'effort, une profonde concentration s'était gravée dans ses traits. C'était une chance que le commandant ait choisi un site aussi isolé pour abriter son maître : la moindre distraction aurait pu tout faire échouer. Le simple fait de le sentir vivre à à peine plus d'un mètre de lui rendait difficile de ne pas se relâcher.
Une partie de lui, sombre et mesquine, songea qu'il lui serait facile de l'éradiquer. Quoique très attentif, le Général du Kraken ne comprenait que trop peu ce qu'il était en train de faire - ne le réaliserait sans doute que trop tard s'il décidait d'anéantir son seigneur et maître. Sa protection périrait dans l'instant, et il lui serait alors facile de s'occuper de son cas s'il faisait mine de vouloir le venger.
...Mais il n'était plus comme ça. Et si détruire une âme - quelle qu'elle soit - était une infraction aux lois de l'Olympe, attenter à celle d'un dieu serait un crime capital. À fortiori celle d'un des frères du Maître de l'Olympe. La plupart des olympiens évitaient autant que faire se peut de croiser la progéniture de Nyx, redoutant ce dont elle était capable ; il serait fâcheux qu'un geste malheureux de sa part les invite à revoir leurs habitudes.

Comme s'il avait perçu sa pensée, bien que ce soit parfaitement impossible, « Poséidon » se mit alors à s'agiter - ce qui veut dire que toute la caverne se mit à trembler. Il ne fallut pas longtemps avant que des esquilles rocheuses se mettent à leur tomber dessus.
Avec un grognement protestataire, Thanatos libéra une parcelle suffisante de sa conscience pour ériger une barrière protectrice ; les stalactites se désagrégèrent à sa surface avant d'avoir pu faire le moindre mal. Les secousses étaient toutefois loin de s'être arrêtées - et gagnaient même en intensité ; il ne faisait aucun doute que les eaux environnantes se préparaient elles aussi à les écraser.

Je vous saurais gré d'assurer notre protection, fit-il à Hakon, ne cachant pas sa contrariété - mais moins envers lui qu'envers le dieu rescapé, dont la puissance n'en finissait plus de fuser autour d'eux, frappant au hasard.

Pourquoi faut-il toujours qu'il rende les choses compliquées ?
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Dim 11 Juin - 11:45


**********
La vie est tel un oasis,
Abreuvant la destinée.
La mort est une fatalité,
Acheminant vers l’oubli.


Relève-toi, Ô mon Prince,
Le palais d’azur se languit.
Puisse ton règne perdurer,
La fin des temps n’est pas.

**********

Le pouvoir du dieu de la mort était déjà à l’œuvre. Assister à ce rare spectacle relevait plus que certainement d’un privilège, que bien peu d’humains avant lui pouvaient se vanter d’avoir contemplé. Le moment critique était atteint : le Commandant en chef des forces atlantes focalisa son attention sur les gestes du lieutenant du seigneur des Enfers. Si trahison il devait y avoir, le présent moment se révélait le plus propice ; le protecteur d’Atlantis n’aurait probablement qu’une infime fraction de seconde pour tenter de contrecarrer une éventuelle vilénie du représentant du monde souterrain.

Hakon se remémorait sa première entrevue avec le seigneur des océans, à l’aurore de l’invasion fatidique des territoires d’Hadès et de ses spectres. L’être mythique reflétait la puissance et la détermination. Le subalterne qu’il était avait immédiatement compris pourquoi le maître des sept mers était craint de toutes et de tous : cette force sans âge représentait les éléments les plus destructeurs que l’homme ait eu à affronter un jour, depuis le déchainement des tempêtes, ouragans ou autres phénomènes marins inhospitaliers, jusqu’au séismes les plus meurtriers de l’histoire. C’est à se demander par quel miracle les Saint avaient bien pu réussir à museler les ambitions du Dragon des mers et à défaire Poséïdon trente années auparavant…

Le jeune finlandais s’était exécuté et avait pris place à l’endroit désigné par le sombre fils de Nyx. C’était la première fois qu’il apercevait la forme incorporelle d’une âme, fût-elle divine ou humaine. Bien que n’étant qu’un néophyte en la matière, il lui apparut rapidement que cette sphère lumineuse manquait de panache. Le dernier effort des divinités protectrices du Japon pourrait bien sonner le glas d’une civilisation atlante plurimillénaire.

Les difficultés annoncées se révélaient, le caractériel souverain d’Atlantis étant bien décidé à ne pas simplifier la tâche à l’improbable binôme. Le sol tremblait, les parois rocheuses craquelaient, la voûte éventrée se désagrégeait progressivement. Même aux portes de l’extinction, le frère de Zeus laissait libre cours à sa colère, entravant par la même l’ultime tentative de sauvetage. Hakon devinait aisément que la présence de Thanatos représentait un outrage pour son suzerain : il n’en avait que faire. Si le capricieux devait être sauvé contre son gré, qu’il en soit ainsi.

Suite à la requête du dieu infernal, le Kraken ne dit mot et mis en œuvre les moyens appropriés pour assurer la protection des protagonistes de cette étrange scène. Il lui aurait été aisé d’identifier les projectiles les plus létaux et de les annihiler avec sa technique secrète. Il opta toutefois pour une solution plus conforme à la non divulgation d’informations dommageable à un potentiel adversaire. Sans diluer son aura de protection personnelle, le jeune albinos fit naître une tempête glaciale miniature au creux de ses mains. Au lieu d’expulser ce concentré de cosmos vers un adversaire, il libéra le flux afin qu’il se diffuse et entoure les trois corps, leur offrant ainsi une couche de protection supplémentaire. Moins puissante que d’ordinaire, la technique ferait toutefois office de déflecteur pour la plus grande majorité des débris, les attirant et les expulsant en dehors du cercle d’interdiction. Si l’opération de transfert de l’âme n’était pas achevée avant l’effondrement total du plafond de la grotte, le général atlante ne pourrait absolument rien faire pour empêcher l’inéluctable et l’opération serait vraisemblablement compromise…

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Dim 11 Juin - 17:44
Pendant un instant, le Faucheur se demanda si l'emportement de Poséidon était dû au fait qu'il l'ait reconnu malgré son étourdissement ou s'il ne fallait y voir que la manoeuvre défensive d'un animal blessé. Le redoutable Ébranleur de Sol n'avait, très probablement, jamais été aussi mal en point : même ses démêlés avec Athéna il y a de cela trois décennies s'étaient soldés par son enfermement plus que par une défaite concrète.
Ce devait être une terrible humiliation pour lui qui se voulait grand guerrier que d'être de la sorte neutralisé sans même avoir pu combattre. Une idée que le Dieu de la Mort rangea consciencieusement dans un coin de sa tête : avec toute l'éternité devant eux, viendrait bien le jour où il devrait lui aussi mettre le frère de Zeus hors d'état de nuire. S'il n'entendait certainement pas se sacrifier pour y parvenir, il trouverait bien une autre méthode entretemps...

Le plus difficile n'était pas tant d'échapper au coup de colère du Dieu des Mers que de le maintenir en son pouvoir tout en le faisant. S'il venait à échapper à son emprise en de pareilles circonstances, qui sait comment cela pourrait finir... Fort heureusement, le Dieu de la Mort ne manquait pas de pratique dans son art ; et si ce n'était pas tous les jours qu'il manipulait une âme divine, il suffisait d'y mettre un peu plus de volonté. Il ne serait pas dit qu'il se serait incliné face à celle de Poséidon alors que celui-ci était plus mort que vif - indépendamment du fait d'être incorporel à cet instant.

Le monde continuait de trembler, mais il n'avait pas lâché prise - et le Dieu des Mers devait détester ça. Peut-être plus qu'il n'avait jamais détesté quoi que ce soit - encore que considérant la longue liste des choses qu'il ne supportait pas (et sa permanente expansion), c'eut été s'avancer quelque peu. Même en admettant qu'il ait pu savoir que Thanatos faisait cela pour son bien, ce qui relevait déjà de la pure supposition, l'idée devait l'outrager au plus haut point. Peut-être qu'il aurait préféré qu'il n'en fasse rien, même si cela devait vouloir signifier sa disparition ; compte tenu de son orgueil, ce n'était pas impossible.
N'était-il pas prêt à aller se jeter dans les entrailles du Tartare dans l'espoir d'y trouver une réponse, un remède à ses maux incurables ? Fou qu'il était - mais cela lui ressemblait bien que de s'en remettre aux solutions les plus extrêmes alors que d'autres, moins ineptes, étaient encore à sa portée - par fierté. Celle-là même qui l'avait conduit à tant de fredaines dont le récit émaillait encore la mythologie - et tant d'autres tombées dans l'oubli. Mais qui était-il pour critiquer, étant lui-même encore récemment hanté par les démons de l'hubris...

Au moins, Hakon se montrait plus coopératif que son bienfaiteur, se montrant en cela une fois de plus en opposition avec sa ligne de conduite. À n'en pas douter, son tempérament avait déjà dû mettre sa patience à rude épreuve : il n'osait imaginer combien de fois il avait déjà dû refréner les ardeurs de son maître. Lequel semblait d'ailleurs faire peu de cas de le meurtrir dans l'expression de son mécontentement - si tant est qu'il ait seulement conscience de sa présence. Si doué qu'il soit dans ce qu'il faisait, même lui ne pouvait prétendre obtenir de tels détails - encore moins à l'épicentre de ce qui, d'ici les prochaines secondes, pourrait fort bien se muer en catastrophe.

La tempête hivernale déployée par le Général se montra fort heureusement à la hauteur de ses attentes, au moins pour un temps. À lui de profiter du répit qu'elle lui accordait. S'il ne savait avec précision quelle fraction de ses forces Hakon avait pu lui insuffler, il ne saurait résister indéfiniment à l'ire de son propre dieu. Sans parler du fait que celui-ci risquait de faire échouer son propre sauvetage en se tuant prématurément : il ne fait pas bon s'exciter ainsi dans son état.
S'il sentait les chaînes perfides de la malédiction s'y accrocher désespérément, celles-ci n'étaient hélas pas en mesure de lui opposer de réelle résistance, cette ruse n'étant pas prévue dans leur conception. Non que l'on puisse en blâmer ses auteurs, qui avaient dû travailler dans l'urgence - et auraient de surcroît eu toutes les raisons de penser que Poséidon ne trouverait de toute façon personne pour le sortir de son pétrin. Le fils de Nyx n'était lui-même pas sans savoir qu'il risquait de le regretter tôt ou tard...

Mais que seraient les légendes grecques sans quelques ubuesques erreurs de jugement ?

Tenez-vous prêt, signifia-t-il à Hakon, la voix curieusement audible sans qu'il n'ait à l'hausser malgré les éléments déchaînés. Certes, tous les préparatifs de ce monde comme de l'autre n'auraient pu l'armer contre ce qui l'attendait - mais ça ne coûtait rien de prévenir. Laissant les derniers fils éthérés du maléfice se détacher de l'orbe iridescente, il la guida prestement vers le plastron cuivré du Général, d'imposantes fissures se dessinant tout autour d'eux.
S'il avait eu plus de temps devant lui, peut-être aurait-il pu rendre la procédure moins désagréable - mais ce n'était pas un luxe qu'ils pouvaient se permettre s'ils ne voulaient pas finir ensevelis. Tant pis, songea-t-il - et le globe, que l'effort n'avait rendu que plus translucide, s'enfonça dans la poitrine du Général. Le pouvoir de Poséidon qui avait empli l'air de ses effluves se volatilisa.

Les secousses cessèrent presque immédiatement - ce qui était heureux : Hakon n'était sans doute plus en état de maintenir sa barrière de givre. Car si Poséidon n'avait désormais plus prise le plan matériel, c'était en lui que le commandant des armées d'Atlantis pourrait le sentir persévérer dans ses élans destructeurs, pour au moins quelques instants.
Et si le pouvoir de Poséidon pouvait affecter le monde en de pareilles proportions alors qu'il était au plus mal, qu'en serait-il des fragiles paysages de l'âme ? Il en était presque désolé pour lui. Thanatos avait mis tout son savoir-faire à s'assurer que le transbordement se passe dans les meilleures conditions - dans la limite de ce que la situation lui permettait : à ce stade, ce n'était plus de lui que cela dépendait.

Seigneur Hakon ? hasarda-t-il calmement au bout d'un long silence, sa propre aura repoussant les dernières chutes de débris. Comment vous sentez-vous ?

Il n'était pas à exclure que le Général perde tout bêtement connaissance - encaisser la présence d'une âme divine n'est pas une mince affaire -, mais cela dépendrait en partie de sa force de caractère.

[OE] Wake me up...