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AndréaSpectre de la Liche | Modérateur
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Jeu 1 Fév - 23:35
Après avoir purgé la ville de ses gangs les plus dangereux, mis au pas ses politiciens, pris le contrôle de son économie et repoussé les incursions d'une Dame Noire un peu trop entreprenante, il était temps pour les Spectres de passer à une nouvelle étape de leur plan de domination de Los Angeles en s'attaquant à un autre bastion de corruption. Ce raffermissement de leur emprise serait toutefois sensiblement différent des précédents : en effet, la cible du jour pouvait leur rapporter gros, leur permettre d'étendre leur pouvoir bien au-delà des frontières de la Cité des Anges, des États-Unis ou même du continent américain dans son ensemble car aujourd'hui, c'était au tour d'Hollywood d'avoir droit à leurs attentions.

La Liche savait qu'elle serait accueillie avec réticence : la moralisation de la vie hollywoodienne déjà imposée par le regretté Custodio déplaisait suprêmement aux barons du cinéma. Loin de leur donner meilleure presse, ce mouvement amorcé par l'arrivée au pouvoir des infernaux avait dissipé la peur que cette petite clique inspirait aux pauvres – et moins pauvres – âmes forcées d'endurer leurs vices et leurs abus. Les langues s'étaient déliées, d'où un véritable déluge de scandales – notamment sexuels mais pas que – impliquant l'une ou l'autre célébrité au cours des derniers mois.

Mais comme le Peryton en son temps, la polonaise n'avait cure de ce que ces pécheurs pouvaient penser. Leur argent, leur réputation, leurs amis, leurs avocats, leurs gros bras la laissaient indifférente : leurs vies dépendaient du bon plaisir de Thanatos et elle venait collecter le retour sur investissement, car Ses cadeaux avaient un prix.

Elle occupait donc la place d'honneur sur la scène d'un amphithéâtre très chic face à une sélection du gratin du monde cinématographique. Directeurs de studios, producteurs fortunés, réalisateurs prestigieux, scénaristes acclamés, acteurs oscarisés et leurs agents, tous encadrés par les Squelettes en civil aux mines patibulaires qui bloquaient chaque issue. Non qu'elle ait besoin d'aide pour se défendre ou rattraper un éventuel fuyard, ils n'étaient là que pour ajouter à l'intimidation.

« Tout le monde est arrivé, vous êtes tous bien assis ? » s'enquit la jeune fille d'un ton mielleux. Seuls quelques marmonnements affirmatifs et hochements de tête anxieux lui répondirent. Excellent. « Très bien, nous allons pouvoir commencer. Un peu d'enthousiasme, tout le monde ne peut pas se vanter d'avoir un Dieu pour mécène ! »
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Jeu 1 Fév - 23:58
Si Andréa s'était retrouvée mêlée à une telle assemblée au cours de son ancienne vie, elle aurait sans doute fait une crise cardiaque. Ou alors elle se serait simplement muée en fan hystérique avide d'autographes. Parmi ces gens se trouvaient les personnes à l'origine de ses films préférés, les stars devant lesquelles les adolescentes de son âge se pâmaient ou qu'elles désespéraient d'imiter... Ils évoluaient dans des cercles normalement inaccessibles pour une fille d'ouvriers polonais, certains avaient même dû croiser Malik Al-Aswad sans se rendre compte de l'insigne honneur qui leur était fait. Heureusement, la rencontre avec un certain Lion Noir avait contribué à faire taire l'admiration qu'elle avait pu ressentir envers ses anciennes idoles, la laissant libre de les menacer et de s'en servir comme de simples outils. Ils n'étaient bons qu'à ça : sous les paillettes et le glamour, on ne trouvait chez nombre de ces « artistes » que cupidité, vanité, luxure et un ego démesuré. Tellement démesuré que passée la terreur initiale, certains parvenaient à puiser dans ce qu'ils croyaient que leur statut leur apportait pour se redonner une contenance.

« Un Dieu qui ne fait rien pour nous défendre alors que les journaux nous assassinent. » osa dire un gros plein de fric plus hardi – ou plutôt stupide, voire suicidaire – que les autres. « Je croyais que vous deviez nous protéger, c'était ça le marché ! »

D'accord, puisqu'il fallait commencer par mettre les points sur les i... « Ai-je bien entendu ? Un marché ? Vous pensez pouvoir passer un contrat avec la Mort Elle-même d'égal à égal ? Vous croyez pouvoir demander des comptes ?! »

Elle généra des volutes de miasme noir bien visibles qui se répandirent aux quatre coins de la salle, glissant à quelques centimètres au-dessus du sol évitant consciencieusement de toucher qui que ce soit mais passant suffisamment près pour que tous sursautent précipitamment et tentent de mettre leurs jambes hors de portée. Les plantes vertes qui décoraient la scène se flétrirent instantanément dans une odeur suffocante de putréfaction. Une démonstration classique qu'elle employait très souvent, le maire y avait déjà eu droit. L'impudent s'était renfoncé dans sa chaise, ce qui sapait sa tentative de paraître courageux en soutenant le regard de l’Étoile Terrestre.

« Nous n'avons aucune intention de vous protéger des conséquences de vos propres fautes, surtout quand elles sont répétées avec tant d'insistance. Estimez-vous déjà chanceux que nous, gardiens des Enfers et exécutants de la Justice Divine je vous le rappelle, ne vous punissions pas davantage pour vos péchés... et ce alors-même que vous avez continué de les commettre après la conclusion de notre pacte, en violation des termes de l'accord. »

L'imbécile n'en menait pas large, et la Liche était résolue à enfoncer le clou en espérant ne plus avoir à souffrir de telles contestations à l'avenir. « Nous n'avons pas beaucoup de patience pour ceux qui exploitent leur position en se croyant intouchables et encore moins pour ceux qui pensent avec leur entrejambe. Si vous en connaissez qui ont des difficultés à garder leurs pulsions sous contrôle, je peux arracher le mal à la racine. »

Elle matérialisa le gantelet de son Surplis et laissa la lumière jouer sur ses griffes acérées, imprégnées d'aura mortifère. Le message était limpide.
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Ven 2 Fév - 0:36
« Merci d'avoir provoqué la personne qui peut tous nous massacrer avec son petit doigt, Mason. » siffla le voisin du geignard. À ce volume, il essayait de toute évidence d'échapper à l'ouïe de leur geôlière. Raté.

« Vous ainsi que vos familles, vos amis et vos amants. » précisa aimablement la Liche, déclenchant un nouveau frisson chez son public – littéralement – captif. « Ne me regardez pas comme ça, le Dieu de la Bible que tant d'entre vous vénèrent encore est également un adepte de la rétribution disproportionnée et ne rechigne pas non plus devant les dommages collatéraux. Mais assez parlé de théologie, discutons plutôt de ce pourquoi vous êtes ici : la propagande. »

Un producteur demanda la parole avec plus de courtoisie que les intervenants précédents et la Liche la lui donna : « Vous nous ordonnez de faire des films à la gloire des Spectres ? Ça ne marchera jamais, vous devez vous en rendre compte... et je ne dis pas ça juste à cause de la perte d'argent que cela représenterait ! »

Il n'avait pas à s'en faire, elle ne doutait pas de son sens des priorités et n'importe qui réaliserait sans peine qu'un tel projet était voué à l'échec. L'objection était prévisible mais un peu hâtive, les infernaux n'étaient pas idiots à ce point, il n'avait jamais été question d'adopter une approche aussi directe. « Et c'est exactement pour ça que nous ne vous demandons pas de le faire, pour qui nous prenez-vous ? Plus que notre promotion personnelle, c'est celle de certaines idées qui nous intéresse. »

Une question muette fit le tour de la salle : quelles idées ? Une bonne partie d'entre eux le devinait aisément, ce n'était rien de très compliqué, ceux qui à l'époque étaient encore les guerriers d'Hadès s'étaient déjà exprimés publiquement par le passé – rétrospectivement pas leur meilleure idée, puisque leur campagne de communication avait poussé les Saints à se ranger sous la bannière de Poséidon – et n'avaient fait nul mystère de leurs intentions.

« L'importance de la paix, des vertus personnelles et collectives, du respect de la planète et de l'obéissance aux lois divines, tout simplement. »

Un programme digne d'un discours prononcé à un concours de beauté pour fondamentalistes – ça devait bien exister, les États-Unis étaient le pays de toutes les hypocrisies, de toutes les contradictions – par une quelconque blonde décérébrée (« Pléonasme. » persifla Kochtcheï en faisant référence à la réelle couleur de cheveux de son hôte). Et pourtant, les Étoiles Maléfiques prenaient la chose extrêmement au sérieux.

« Et comment proposez-vous que nous procédions pour disséminer cet... inspirant message ? » interrogea le producteur dubitatif.

« Avec du cinéma de qualité. »
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Ven 2 Fév - 7:50
Ces hommes et ces femmes n'avaient pas vendu leur âme au Diable pour survivre, au contraire, dans une bizarre inversion du pacte faustien classique ils Lui avaient cédé leurs vies pour le salut de leurs âmes. Et voilà que la représentante du Diable se mettait à raconter n'importe quoi. Ils n'avaient pas besoin qu'une étrangère au business vienne leur dire de bien faire leur travail, merci beaucoup !

« Pourriez-vous être un peu plus précise ? » demanda l'homme. Elle s'imaginait sans peine les rouages qui s'étaient mis en marche dans son crâne : le cinéma était peut-être le septième art mais ici à Hollywood il s'agissait avant tout d'une industrie, une gigantesque machine faite pour produire un bien de consommation afin de répondre à une demande. Et le travail d'un producteur comme lui était justement d'anticiper cette demande, de séparer les bonnes idées des mauvaises pour ne financer que celles qui rapporteraient des bénéfices sonnants et trébuchants. Il avait dû éconduire des centaines de personnes venues quémander son appui, convaincues de tenir l'idée du siècle... sauf que face à la Liche, il n'avait plus aucun pouvoir.

« Nous ne vous demandons pas d'en faire des tonnes, simplement d'accorder une plus grande place à ces thèmes et d'en soigner le traitement. Présentez-les – subtilement – sous un jour favorable, infléchissez les histoires et l'écriture des personnages, développez le cinéma engagé, introduisez ces messages dans des blockbusters au scénario un brin plus consistant pour la partie de votre public qui est capable d'avoir plus d'un niveau de lecture. Moins d'héroïsation de la violence, de culte de l'argent, d'optimisme naïf : n'hésitez pas à montrer le monde dans ce qu'il a de plus cruel, quelles sont les conséquences logiques des idéologies toxiques qui infestent la société et les moyens de s'en sortir. Emballez-ça comme vous voulez, même dans un cadre chrétien si ça vous arrange, là n'est pas le propos. »

« Ce sera tout ? » marmonna un réalisateur qui lui aussi pensait être hors du champ acoustique de la jeune fille. Il faisait cependant l'effort de prendre des notes, aussi choisit-elle de le laisser tranquille. Elle se rendait compte de ce qu'ils devaient penser de ses exigences sans oser l'exprimer d'une autre manière que par ces insignifiantes rébellions : ils avaient raison, elle ne connaissait rien à leur monde et à ses impératifs, il ne fallait pas s'attendre à ce qu'ils prennent ses ordres avec le sourire. Elle respecterait leur expérience, oui, toutefois elle ne les laisserait baisser les bras : ils avaient leur cahier des charges, à eux de remplir leurs obligations, faute de quoi elle irait trouver son bonheur ailleurs. Et ils n'avaient vraiment pas envie de passer par la procédure de licenciement infernale.

« J'allais oublier : davantage de diversité à l'écran, calmez-vous un peu sur le messianisme américain et le rabaissement gratuit des autres pays. Nous essayons de promouvoir un message d'union et de paix globales, pas de rouler des mécaniques aux dépens du reste du monde. Avec toutes les catégories d'antagonistes et d'ennemis universellement – et légitimement – détestés à votre disposition, vous trouverez bien quelque chose pour compenser. »

Scepticisme, toujours. Qu'importe, elle n'avait que faire de leurs opinions tant qu'ils accomplissaient les tâches commandées. Et il restait encore à aborder un sujet d'envergure : en effet, le producteur n'avait pas tout à fait tort, les Spectres allaient bel et bien essayer d'améliorer leur image personnelle, même s'il s'agirait d'une tentative ponctuelle et non d'un effort ouvert et systématique.
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Ven 2 Fév - 8:29
« Je sais qu'un grand projet de film sur ce qu'il s'est passé il y a trente ans est depuis longtemps dans les cartons. » poursuivit Andréa. Dire que la réplique avait d'un coup fait d'elle l'objet de leur pleine et entière attention aurait été un mensonge : elle avait déjà toute leur attention. Comment aurait-il pu en être autrement ? Même s'ils pensaient qu'elle débitait un torrent d'inepties, même si certains spécimens se montraient impolis, aucun d'eux n'était assez fou pour se croire dispensé de l'écouter.

« C'est exact mais ce film... c'est un peu notre serpent de mer. » intervint un directeur de studio, accompagné de hochements de têtes approbateurs çà et là dans l'assistance. « Il se trouve toujours quelqu'un pour déterrer l'idée une fois tous les quelques mois, généralement suite à un incident impliquant des éveillés qui fait les gros titres... On en discute, des story-boards sont présentés, des sommes négociées, des équipes proposées... Et puis on arrive toujours à une impasse, le processus est avorté et l'idée retourne dans les limbes jusqu'à la prochaine fois, où il sera repris par un autre studio, un autre scénariste. C'est un sujet délicat entre tous, personne ne sait comment le traiter correctement et tout le monde a peur des retombées que ça pourrait provoquer. »

Un événement qu'Hollywood rechignait à porter à l'écran, c'était une première ! Il ne s'écoulait d'habitude qu'une poignée d'années avant que n'importe quelle histoire vraie digne – ou indigne – d'intérêt soit transformée en fontaine à cash au mépris de la décence, des sensibilités que cela risquait d'offenser ou des libertés que l'on prenait par-rapport à la réalité des faits. Le 11 Septembre, les guerres du Vietnam, d'Afghanistan et d'Irak, les magouilles des présidents, les catastrophes naturelles et plus encore, tout avait été transposé. Tout sauf ce qu'il s'était passé de plus important sur cette planète depuis que l'humanité s'était relevée de sa quasi-extermination lors du Déluge.

« Et bien ce film va se faire. Une superproduction comme vous en êtes friands, pas ces quelques minuscules projets ne narrant qu'une partie de l'histoire qui ont réussi à voir le jour malgré ces entraves que vous mentionniez. Vous n'avez rien à craindre, nous vous protégerons : si on vous pose la question, dites simplement que vous cherchez à remonter le moral de la population dans ces heures si sombres en adaptant le combat des légendaires sauveurs de l'humanité ou autre excuse adéquate. »

Nouvelle tournée de marmonnements ; les Squelettes rappelèrent sèchement à l'ordre une brochette de gens sans doute importants placés au fond de la salle et qui, incapables de résister à leur nature, s'étaient mis à papoter un peu trop fort.

« Je croyais qu'il n'était pas question d'employer une méthode aussi... grossière ? Où est l'arnaque, si vous me pardonnez l'expression ? »

« Pas d'arnaque : les Saints sont toujours les vaillants héros qui sauvent le monde en triomphant de l'adversité par leur détermination et leur courage, les Marinas et Spectres restent de grands méchants fanatiques qui veulent éradiquer l'espèce humaine parce qu'elle ne trouve pas grâce aux yeux de leurs Dieux. » rétorqua-t-elle avec un rictus sarcastique – et la ferme intention d'éventrer celui ou celle qui commettrait l'erreur de réagir à cet accès d'auto-dérision sur un autre ton que celui de l'humour. « Ce que nous voulons, c'est introduire un peu de nuance dans le récit, ne pas faire des Spectres des antagonistes génériques aux motivations simplistes. Vous n'ignorez pas qu'un méchant de qualité est un élément-clé du succès d'un film, c'est ça que nous vous demandons de faire. Montrer qu'il y a une raison aux actes des antagonistes, que toute cette haine ne vient pas de nulle part, quand bien même elle les amène à servir le Mal. Que le genre humain n'est pas qu'une victime innocente mais mérite quand même une partie de ce qu'il lui arrive. Que les Saints n'auraient peut-être pas à endurer de telles épreuves si ceux qu'ils s'échinent à protéger étaient meilleurs. »

Si tout se passait bien, le message devrait résonner avec ce substrat religieux omniprésent qui mettait tant d'emphase sur la pureté et la culpabilité. En voyant le martyr passer devant soi, se dirigeant chargé de tous les péchés du monde vers le lieu de son ultime supplice en abreuvant la terre de son sang, qui ne voudrait pas alléger sa croix, le soulager de son fardeau ? Ou tout du moins, en voyant le Jugement Dernier se déchaîner et engloutir le monde dans les flammes, pouvoir se dire que non, ce n'était pas sa faute, il avait la conscience tranquille ?
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Ven 2 Fév - 21:36
« D'accord pour les Spectres mais... et les Marinas ? »

« Même traitement, rajoutez de la profondeur aux personnages, créez une connexion. Vous avez l'habitude de raconter des salades pour justifier votre démarche artistique, ça ne devrait guère poser de problèmes. »

Ambitions conquérantes – et attitude exécrable – de Poséidon mises à part, les messages des deux factions étaient largement consubstantiels. Et puis cela aurait l'avantage de brouiller quelque peu les pistes au cas où le public se demanderait d'où venait cette soudaine et surprenante humanisation des ennemis de l'humanité. Le but n'était pas tant de convaincre du premier coup que de donner le coup de pioche initial. D'autres suivraient, ménageant une brèche au fur et à mesure d'un effort soutenu de propagande discrète, presque subliminale, dans l'objectif de rendre graduellement la population mondiale plus réceptive à leurs valeurs si ce n'était à leur présence. Elle avait bon espoir : après tout, les nazis étaient censés représenter le Mal absolu mais il s'en trouvait encore pour se réclamer de leur héritage – s'en réclamer haut et fort même, ils devenaient progressivement de plus en plus visibles – ces dernières années.

L'entreprise mettrait sans doute des années avant de livrer des résultats tangibles ; ce n'était pas grave, le Faucheur pouvait Se permettre d'être patient et Il avait une pléthore d'autres instruments à Sa disposition. D'ailleurs, en parlant de Thanatos...

« Sans vouloir vous mettre la pression, rappelez-vous que nous examinerons désormais l'ensemble de vos travaux. Certains se retrouveront même entre les mains de Sa Seigneurie en personne, vous devriez être fiers ! » conclut-elle avec un sourire angélique qui provoqua un concert de déglutitions paniquées. Comme elle se l'était déjà répété lors d'une négociation avec Aryen dans cette ville-même, les infernaux avaient un avantage unique lorsqu'ils avaient besoin de menacer leur prochain : non contents de pouvoir les trucider, ils étaient capables de poursuivre leur châtiment jusque dans l'après-vie. « Je sais que vous vous surpasserez et que vous nous donnerez entière satisfaction. N'ayez pas peur de sentir le souffle chaud de nos conseillers sur vos nuques, mon pays s'en est fort bien accommodé pendant la période soviétique et je suis sûre que vous en ferez de même. Maintenant que j'ai fini de vous mettre au courant des orientations générales, je vous laisse en compagnie de mon assistant qui verra avec vous pour tout ce qui concerne les détails pratiques. »

Elle recula, cédant la place à un Squelette revêche qui avait l'air d'un croisement entre un contrôleur fiscal et un critique d'art particulièrement vicieux, avec quelques séquences génétiques de psychopathe balkanique pour assaisonner le mélange. L’Étoile Terrestre ne s'était plus autant amusée depuis longtemps, il fallait l'avouer.

« J'espère que nous aurons au moins droit à des tickets gratuits pour aller voir ce fameux film. » ironisa le parasite.

« Non, on aura une place réservée pour l'avant-première, avec les VIP. »
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