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NtikumaChevalier Noir de l'Araignée
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Ven 2 Mar - 1:29
-Ah les voilà! Bon sang, ça vous disait pas de nous... mais... mais bordel qu'est-ce qu'il a?

-Je sais pas, il était comme ça quand je l'ai trouvé!

-Qu'est-ce que tu lui as dit?

-J'ai rien dit!

Le ton grimpait parmi les forgerons pendant que le jeune asiatique, les mains posées sur les épaules de son chef, guidait ce dernier à l'intérieur du Laboratoire en se défendant des accusations de ses collègues. Non, il n'avait pas beaucoup discuté avec son supérieur muet, qui n'avait même pas tenté de répondre à ses questions, au point où il semblait mieux de simplement le laisser tranquille. La figure rouge avait retrouvé un peu d'énergie quand leur avion avait grimpé au dessus des nuages, révélant un soleil éclatant, mais après quelques secondes d'observation le Black Knight avait posé sa tête contre le hublot et n'avait plus bougé. Le subalterne avait donc abandonné, ne le secouant qu'au moment de l'atterrissage pour que sa tête ne percute pas le verre en cas de turbulence.
Mais Ntikuma n'avait pas dormi. Il avait réfléchi.

Il avait voulu rentrer à la maison et c'était retrouvé dans un monde où il était un parfait étranger. Un monde comme tous les autres mondes, rien d'unique et encore moins d'extraordinaire. Le choc initial était passé, mais la petite silhouette ne savait pas quelle conclusion en tirer. Elle aurait voulu croire au mensonge et à l'aberration, mais plus elle y pensait, plus elle se demandait si ça n'avait pas été son rôle depuis le début. Était-ce la vérité, pure, simple et cruelle?
Ça lui faisait peur de l'admettre. C'était bien plus qu'une simple idolâtrie à abandonner, c'était tout son être qui ne convenait pas au reste du monde.
À ce point? Comment pouvait-on autant dériver?

Ses sombres questions ne lui remontèrent pas le moral. Ses aventures étaient oubliées, toute son attention allait à la découverte de Johannesburg. Ntikuma était tellement distrait que son collègue asiatique avait dû le pousser devant lui pour le guider jusqu'au laboratoire, où il espérait pouvoir faire le point avec les autres.
Heureusement, un autre forgeron plus grand et baraqué décida de prendre la relève et prit Ntikuma par la main pour le tirer vers une table pour le soulever et l'y faire assoir sans aucune difficulté. Ce ne fut que lorsque l'alchimiste prit la parole que l'Araignée comprit qu'il s'agissait d'une femme, son gabarit n'en laissant pas paraître grand chose. Et quand elle enleva sa cagoule, l'Ashanti constata avec pitié que son faciès non plus.

-Voilà. Maintenant, où vous étiez passé, chef?

D'un geste sec, le Black Knight traça son nom devant lui. La femme fronça les sourcils, puis poursuit d'une voix plus douce.

-Ntikuma. Où vous étiez passé, Ntikuma?

-Laisse-le respirer un peu Dak, il veut pas parler...

-Tu te crois malin?!

-Non mais... oh... oh non, pas comme ça!

La femme roula les yeux, puis reporta son attention sur le forgeron.

-Vous vouliez pas revenir? On est pas fâchés, il faut juste prévenir... c'est normal d'être dépaysé, on sait que la vie ici c'est pas facile.

Dans un réflexe qu'elle ne se connaissait pas, Dakota posa sa main sur celle de son chef pour le rassurer, puis se reprit avec une étrange grimace en lui tapotant le dos. Bon sang, ce n'était pas un gamin, pourquoi le prendre avec des pincettes?
En prenant quelques pas de recul, la femme forgeron prit le temps de réfléchir. Il n'avait pas été en Afrique tout ce temps, c'était un cargo grec qui l'avait recueilli. Et si Johannesburg n'était pas la seule source de cette dépression? Dans un dernier espoir, elle lui posa une dernière question :

-Où étiez-vous avant? Qu'est-ce que vous avez vu?

Enfin, une réaction : l'Ashanti redressa vivement la tête, ses doigts fins pianotant contre le bois poussiéreux, et après avoir observé les alentours pendant quelques secondes se mit à mimer, d'abord avec hésitation, puis de plus en plus rapidement. Pas que cela ne fasse de différence pour Dakota, qui n'y comprenait rien, et elle eut donc un sourire rassuré et émerveillé quand Ntikuma usa de son cosmos pour illustrer ses propos. À son arrivée, le pauvre n'avait pas grand chose d'un éveillé, mais au travers de ses histoires, il reprenait de la vigueur et retrouvait son élément. Après tout, les forgerons avaient cru comprendre que leur chef avait déjà été conteur...

Dakota tapa dans ses mains, interrompant l'Araignée.

-Attendez là!

La femme se rua vers les quartiers personnels du groupe et revint avec plusieurs couvertures. Sous le regard consterné de ses camarades, elle entreprit d'accrocher les tissus devant l'entrée du Laboratoire, puis leur aboya de se bouger le cul et de venir l'aider, ce qu'ils firent prestement. Bientôt, la pièce principale fut plongée dans le noir total. Avançant à tâtons dans l'obscurité, Dakota invita les hommes à s'assoir par terre et alla chercher Ntikuma, qui avait observé la scène sans bouger, pour l'installer au centre du groupe. Cela fait, elle rejoint les autres au sol.

-Mais c'est quoi ce bordel...

-Vos gueules! Regardez bien...


Bon sang, c'était mieux de fonctionner. Forçant un sourire, la femme lança de sa voix la plus avenante.

-OK, Ntikuma, allez-y. Racontez-nous.

Pendant quelques secondes, il ne passa rien. Mais alors que l'un des forgerons allait se relever en voyant que ce cirque ne menait nulle part, l'écharpe du mercenaire s'illumina.
Et Ntikuma leur conta.
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Sam 10 Mar - 21:04
En vérité, Dakota ne s’attendait pas à comprendre ce que leur petit chef s’apprêtait à leur dire. Conteur ou pas, communiquer sans voix n’était pas sa force et il semblait prêter plus d’attention à la beauté de ses images qu’au message qu’il souhaitait délivrer. Mais au moins, il aurait la chance de s’exprimer un peu mieux et de laisser sortir un peu de ses mauvaises émotions. De leur côté, Matsuda, Lou, Jerry et Arthur le jugeaient trop imprévisible pour parvenir à faire quoi que ce soit. Si un rien pouvait l’envoyer en dépression, à quoi bon s’attendre à quelque chose de productif de sa part, surtout maintenant?

Quand les premières formes se manifestèrent, leurs inquiétudes disparurent.

D’abord, l’Ashanti leur montra l’océan en faisant danser sous leurs pieds une multitude d’ondes bleues illuminées par un soleil imaginaire. Lou et Dakota sursautèrent quand une énorme queue de baleine surgit devant eux, mais la projection ne leur fit aucun mal. Rien de tout ça n’était réel, encore moins réaliste, mais l’assemblage des songes éveillés avait quelque chose de si envoûtant que l’imagination fertile des forgerons comblait les vides et éveillait leurs sens. Ils pouvaient presque entendre le son des vagues… Matsuda fut même confus de ne pas sentir l’odeur typique du sel dans l’air. Mais avant qu’ils ne puissent poser plus de questions, une nuée de petits bateaux apparurent à la surface de l’eau, entourés d’une ville que certains reconnurent tout de suite.

-C’est… c’est New Atlantis?!


Le jeune asiatique sursauta avec violence, fixant Ntikuma avec de grands yeux, mais le mercenaire ne le remarqua pas. Content d’avoir fait réagir ses collègues, la silhouette rouge ne perdit pas de temps et passa à autre chose ; les ondes marines se changèrent en carrelage doré et des murs couleur crème se dressèrent entre les membres du groupe, prenant la forme d’un village européen typique qu’aucun d’entre eux ne pu nommer. Les décors se précisèrent, révélant des temples grecs et provoquant une vague d’interrogation chez les alchimistes.

-Athènes. Et… avant… pas Rodorio, quand même?

Bon sang. Seul Matsuda ne cherchait pas de réponse de la part de ses compagnons, bouillant de frustration en fusillant son chef du regard. Là où les autres ne savaient pas quoi penser d’un Black Knight qui se promenait en territoire ennemi, faute d’un meilleur mot, seul le Japonais y voyait une véritable trahison et n’avait aucune envie de s’extasier sur les talents artistiques de l’Ashanti. À quoi il pensait, cet abruti, en s’avançant dans les lignes ennemies ainsi? Est-ce qu’il préférait vraiment la compagnie de ces monstres destructeurs à ses responsabilités? Il ne pouvait accepter ça… pas après…

Les projections cosmiques perdirent de leur éclat quand Ntikuma leur montra un cargo. Dakota déduit qu’il s’agissait de l’embarcation qui avait permis de le retrouver, mais avant qu’elle ne pu questionner le petit être, le cosmos se dissipa, les plongeant dans l’obscurité. Après quelques secondes à attendre que quelque chose se passe, les hommes du groupe entreprirent de retirer les couvertures pour laisser entrer la lumière du soleil, laissant la femme s’approcher de l’Araignée en se raclant la gorge. La figure masquée regardait le sol en croisant et décroisant les bras, fuyant les regards. Allons bon, il était timide, maintenant? Dakota força un sourire.

-C’était super, Ntikuma. Vous avez fait un grand voyage!

L’entité releva la tête et Dakota pu deviner qu’elle lui rendait son sourire.

-Et… après?

Un mouvement brusque attira son attention : Matsuda venait de quitter la pièce principale pour retourner dans les quartiers personnels, transportant dans ses bras les morceaux de tissu, sans regarder derrière lui. Les autres le regardèrent s’éloigner avec tristesse, à l’exception de Ntikuma qui observait le tout sans comprendre. Cependant, personne n’était prêt à lui expliquer. Bien qu’ils comprennent la haine de leur collègue asiatique, si un Black Knight pouvait approcher les serviteurs des dieux et en sortir sans problème… ça ne pouvait être que bon signe.

Après? Il n’avait pas envie de raconter ce qui s’était passé après. Après, c’était ce lieu gris et froid qui avait remplacé sa demeure, cette banalité à l’échelle globale qui n’avait pas sa place dans son monde. Comment expliquer ça à des gens comme ces alchimistes, qui avaient vécu toute leur vie dans ces villes ou en avaient toujours été entourés? Ils ne comprenaient pas, et Ntikuma en retour ne les comprenait pas toujours. Il secoua la tête et fit quelques pas vers la sortie, mais un des forgerons s’interposa pour l’empêcher de partir. Le mercenaire eut un frisson en remarquant les détails de son visage. La peau de Lou était si abîmée par le temps et le soleil qu’il était difficile de lui donner un âge ou même une ethnicité, et la froideur de son regard n’entendait pas à la pitié ni à la rigolade.

-Non. Tu restes ici. On a pas enduré tout ce cirque pour que tu t’enfuies encore. On a du boulot.


-Personne vient ici, Lou.

-S’il reste, ils viendront. L’Ordre viendra pour lui.


-… Je vais aller parler à Matsuda. Vous devriez venir, Ntikuma.

La silhouette rouge hocha la tête et suivit la femme, heureuse de se sortir de l’embarras, laissant les trois hommes derrière. Ces derniers échangèrent quelques mots, avant que Lou ne se dirige vers les meubles couverts de poussières, laissant les deux autres quitter le Laboratoire. Décidément, il y avait encore du progrès à faire pour que le groupe sache travailler avec un chef…
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Mar 13 Mar - 2:33
-Allez-vous en.

Matsuda avait lancé les couvertures sur les lits sans prendre la peine de les replacer correctement avant de se diriger vers le fond de la salle qui servait de chambre aux hommes forgerons. Ntikuma voulu obéir et le laisser tranquille, mais Dakota le poussa devant elle et le força à traverser le dortoir pour rejoindre le japonais. Ce dernier les observa approcher, lèvres pincés et poings serrés. Avant qu’un seul d’entre eux ne puisse prononcer un seul mot, un grand éclat de voix retentit de la pièce principale qu’ils venaient tout juste de quitter.

-Qui a remis une bobine vide dans l’inventaire?!

-… C’est Jerry!

-Bordel, Jerry!

La femme grimaça en regardant les deux présents avec elle, retenant un sourire coupable, mais l’asiatique n’était pas d’humeur à rire. Vu la façon dont il regardait la silhouette rouge, cette dernière avait peur de se faire frapper. Matsuda était furieux, mais l’éclat humide de ses yeux trahissait un autre sentiment, du genre qu’il n’était pas aisé de dévoiler devant un groupe composé majoritairement d’hommes. Il avait beau tenter de rester de marbre, Ntikuma pouvait le voir craquer et laisser entrevoir la raison de cette réponse violente. Ce rejet de sa personne et cette désapprobation le désolait, bien plus que ce que les alchimistes pouvaient imaginer, car il sentait bien que tout ça n’était pas qu’une différence d’opinion. Sa visite à New-Atlantis, et plus précisément son contact avec les Marinas, avait blessé le Japonais. Et plus il y pensait, plus il comprenait pourquoi…
Bien sur. Il aurait dû réfléchir avant de tout raconter.

Toute leur vie, Matsuda, Lou, Dakota, Jerry et Arthur avaient été méprisés par plus puissants qu’eux. De tous les forgerons, ils étaient ceux à qui la vie n’avait pas assez souri et qui avaient eu à rester au Laboratoire là où tous les autres avaient choisi de partir, pas parce qu’ils le voulaient, mais parce qu’ils n’avaient nulle part d’autre où aller. Comme tout le monde, ils s’étaient attendu que leur nouveau chef les mette de côté et abuse de sa supériorité, mais réalisaient lentement que ce n’était pas du tout le cas : le petit être masqué, planté devant l’asiatique plus grand que lui, avait plus l’air d’un enfant qui ne savait pas comment s’excuser que d’un puissant Chevalier Noir libre comme l’air. Il n’osait même pas le regarder dans les yeux… mais cette posture repentante ne saurait calmer complètement la colère du Japonais. Relevant légèrement la tête, le jeune homme articula d’une voix qui se voulait froide :

-Ma copine était à Tokyo. Ils… Ils n’ont même pas… le corps…

Mais plus il avançait, moins il arrivait à parler, sa voix maintenant rauque repoussant difficilement les sanglots. Vaincu, il enfoui son visage dans ses mains pour cacher ses larmes, dans l’espoir de reprendre contenance. Pas une seule fois il n’avait craqué devant ses collègues, mais maintenant, il n’en pouvait plus. Personne n’avait réussi à la retrouver, même après tout ce temps, et il n’avait plus aucun espoir de revoir celle qu’il aimait. Avant Tokyo, il avait vu les dieux comme plusieurs autres sur l’île, avec l’indifférence de quelqu’un qui n’y voyait pas vraiment de questions et réponses existentielles sur la vie, juste un phénomène lointain qui ne l’affectait pas vraiment. Mais maintenant? Il n’avait que ça, des questions, et aucune réponse.
Désemparé, il releva la tête, pour faire face à ses collègues. Dakota ne savait plus quoi dire, encore moins qui défendre, mais Ntikuma…
Ntikuma était maintenant bien droit et impassible. Matsuda pouvait jurer qu’il s’était approché de lui, et son aura était maintenant très calme. L’Araignée baissa la tête, observant ses mains, réfléchissant, sa respiration parfois plus forte se déformant sous son masque. Après quelques secondes, la femme décida d’intervenir.

-Il ne pouvait pas sa…

Mais Ntikuma leva une main pour l’inciter au silence et elle se tut tout de suite, surprise. Était-ce bien la même personne? Le petit être qu’elle avait tenté de rassurer, dans un étrange instinct maternel, à son arrivée ici, avait changé du tout au tout et cela n’était pas pour le rassurer. S’il jouait un rôle, le maitrisait-il suffisamment bien pour se défendre face à Matsuda?
Qu’il se débrouille. Tôt ou tard, il allait devoir apprendre à le faire.

Un rouleau de papier apparut entre les mains de Ntikuma, qui le tendit à son interlocuteur. Celui-ci le prit et dû plisser les yeux pour apercevoir une fine écriture dorée, contrastant à peine avec la blancheur du papier. Il leva les yeux vers l’Ashanti, qui haussa les épaules, puis abandonna et se mit à lire.

« Je savais pour Tokyo. J’ai voulu comprendre pourquoi. J’ai voulu connaître ceux qui peuvent se ranger derrière des actions aussi horribles. Ils m’ont forcé à partir sans me donner de réponse. »

Matsuda ne savait plus quoi penser. Voir son chef s’exprimer aussi directement était déconcertant, mais laissait-il vraiment entendre qu’il avait cherché à confronter les Marinas? Après tout, il n’était pas combattant… Mais avant qu’il ne puisse poser plus de questions, Ntikuma tourna les talons et se prépara à quitter le dortoir, invitant les deux autres à le suivre. Ils ne lui faisaient pas encore confiance : ils ne savaient pas comment il allait les diriger, encore moins quoi faire de sa personne dans leur travail quotidien. Ils ne voulaient pas un artiste, mais un expert plus… technique.
Il ne pouvait peut-être pas faire ça, mais il pouvait leur offrir autre chose, en guise de bonne foi.
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Mer 14 Mar - 0:34
Encore une fois pris de court par le changement d'attitude de leur nouveau chef, Dakota et Matsuda s'empressèrent de le suivre pour le voir marcher vers Lou, qui avait vidé une bonne partie de leur inventaire pour l'étaler sur une table couverte de poussière. Il faisait ça, quand quelque chose l'énervait : ça lui donnait l'impression d'être occupé et dissuadait les gens de venir le déranger. Mais Ntikuma n'avait de toute évidence bien peu d'intérêt pour cette stratégie, puisqu'il s'approcha du vieil homme sans peur, puis attrapa un large cylindre de bois avant que celui-ci ne se mette à rouler sur la table. Malgré son excès de bravoure, la petite figure rouge devait faire de gros effort pour ne pas regarder Lou trop longtemps. Par les dieux, qu'il faisait peur... mais quand ce dernier haussa le ton, elle ne put s'empêcher de sursauter.

-Qu'est-ce que tu veux?

Si l'Araignée avait un drôle d'effet sur la seule femme du groupe, qui la rendait plus douce et protectrice qu'elle ne l'était habituellement, le vieillard semblait être immunisé à ses "charmes". C'était même à se demander s'il n'était pas encore plus grincheux qu'avant... mais le muet ne céda pas et lui montra la bobine vide. Lou fronça les sourcils mais ne dit rien, ne trouvant tout simplement pas ce que son chef voulait savoir. Oui, c'était une bobine vide, et alors? L'Ashanti parvint enfin à trouver un petit étiquette indiquant qu'il s'agissait d'une bobine de fil de cuivre et fouilla sa mémoire pour se souvenir des propriétés de ce métal. Que ce soit celle dont Lou s'était plaint plus tôt importait peu, il voulait seulement leur montrer de quoi il était capable. Leur prouver qu'il avait un rôle plus concret à jouer, et qu'il n'était pas là pour mettre des bâtons dans les roues de qui que ce soit, au contraire. Pourquoi voudrait-il une chose pareille?
Beaucoup de gens avaient suivi Ntikuma dans ses voyages et dans ses histoires, de près ou de loin. Plusieurs l'avaient écouté, l'avaient forcé à écouter, l'avaient suivi pendant un temps sur son sentier ou l'avaient guidé sur le leur. Tout le monde avait appris quelque chose, de moins en moins suite aux transformations de son village et de ses habiletés, mais jamais au point d'en faire des élèves directs, encore moins des disciples. Serait-il à la hauteur d'une telle tâche? À peine l'idée l'eut-elle effleurée, l'Araignée la repoussa. Elle n'était pas là pour ça et aucun de ses collègues n'accepteraient de la considérer comme un maître. Ils étaient trop différents... La meilleure chose à faire était de trouver un terrain d'entente.

Ses paumes s'illuminèrent et un mince fil orangé apparut autour de la bobine, s'enroulant en grandissant jusqu'à la remplir complètement. Lou redressa la tête, soudainement intéressé, et les deux autres forgerons s'approchèrent pour mieux voir. Matsuda renifla.

-OK... ça c'est quand même cool.

Si Lou remarqua les yeux enflés et la figure rouge de l'asiatique, il ne fit aucune remarque, se contentant d'arracher la bobine des mains de Ntikuma pour en examiner le contenu. C'était du métal, ça ce n'était pas difficile à comprendre, mais quelque chose était étrange... ignorant son entourage, le vieil homme commença à dérouler le fil, le tordant entre ses doigts et l'approchant d'autres outils éparpillés sur la table.

-C'est vrai, c'est pratique. Et c'est...

-Pas du cuivre.

-Hein?

-C'est pas du cuivre.

-... C'est quoi alors?

-Je sais pas, mais c'est pas du cuivre.

La magie du moment disparut aussi vite qu'elle était apparue. Désemparé et confus, Ntikuma tenta de suivre les explications pointus de Lou sur la densité, le magnétisme et la conduction de l'électricité, mais dû bien vite déclarer forfait. Qu'est-ce que c'était que tout ce blabla prétentieux?! Il n'avait jamais eu besoin de penser à tout ça pour créer quoi que ce soit! Voyant qu'il ne suivait pas, Lou commença à diriger ses explications à l'intention du forgeron, suivi par Dakota et Matsuda qui tentèrent de vulgariser la chose, mais la silhouette rouge commençait à envisager de se boucher les oreilles pour ne pas entendre leurs sornettes. Comment était-elle censée donner vie à ses créations en pensant à tout ça?

-OK, OK, on va essayer autre chose… bougez pas, je reviens.
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Jeu 15 Mar - 2:06
La femme fila vers le dortoir, laissant Ntikuma seul au milieu des interminables explications, ce qui n'était pas pour lui plaire. Se râclant la gorge à plusieurs reprises, Matsuda tentait de lui expliquer les reproches de Lou, qui s'intéressait bien peu à l'inexpérience de son chef, mais cela ne faisait que l'exacerber encore plus, jouant avec la patience déjà peu stable du Japonais. Pas étonnant que sa tentative de création ait échoué, avec un entêtement pareil! Le forgeron avait beau lui répéter les principes des compositions chimiques et des effets sur les différents matériaux, c'était à se demander si le mercenaire faisait exprès de ne pas l'écouter. Vivement le retour de Dakota qui, si elle ne savait pas comment le faire changer d'idée, trouverait sans doute le moyen de parvenir à un compromis. Misère, qu'il était dur à suivre...

Alors que le vieillard se préparait à déclarer forfait et l'asiatiquese demandait si le petit être comprendrait mieux avec un dessin, leur collègue féminine revint toute essouflée. Elle tenait dans ses mains couvertes de poussières un large pendentif cuivré dans lequel était enchassé une bille de verre rouge. Ntikuma inclina la tête, pris de curiosité par cet objet d'apparence assez vieillot, puis resta impassible quand Dakota souffla sur le bijou pour le nettoyer en provoquant un nuage de poussière et les cris de protestation de ses collègues.

-Bon. Quand vous avez un matériau comme celui-là, il est composé de plein de petites particules attachées ensemble. Là c'est du cuivre, donc y a que des particules de cuivre...

-On lui a déjà dit, il comprend pas...

-Je sais, je sais! Tenez.

Dans un geste qui témoignait de sa patience mal contrôlée, la femme tendit le collier à Ntikuma, qui le saisit avec incertitude. Avec un sourire, sa collègue l'invita à constater leur propos de lui-même, ce qu'il fit : faisant tourner la pièce de métal entre ses doigts, il l'observa avec attention, à la recherche de ces particules dont n'arrêtaient pas de parler ses intraitables compagnons. D'accord, il y avait quelques différences, surtout au niveau de la texture et de la couleur, mais qu'est-ce que ça changeait? Avec un peu de cosmos, il pouvait lui donner toutes les propriétés qu'ils souhaitaient, alors pourquoi chipotaient-ils autant sur les détails. Haussant les épaules, rendit le pendentif à sa propriétaire, au grand désarroi de cette dernière. Comprenait-il ce qu'elle proposait?

-Avec ton cosmos, gros débile!

-Lou!

L'insulte du vieil homme fit sursauter Ntikuma et Matsuda, qui savait de moins en moins quoi penser. Le petit chef semblait vouloir faire ses preuves et c'était très bien, mais pas s'il échouait et refusait de s'améliorer! Le Japonais se pinça l'arrête du nez et retenant un soupir de découragement. Au moins, les piteries de l'Ashanti lui avaient changé les idées, mais ne les avaient pas chassées complètement.
De son côté, le muet reprit l'objet, terrifié à l'idée de s'attirer à nouveau les foudres du doyen, et se remit à la tâche en faisant cette fois lever son cosmos. Avec maladresse, l'artisan le dirigea sur le bijou, laissant son esprit effleurer les secrets du métal. La source du pouvoir de Ntikuma était on ne peut plus instable, puisqu'il ne contrôlait pas ses moments d'inspirations et les visions qui s'ensuivaient, mais pour ses collègues il défiait ses connaissances et sommait les visions de l'atteindre et de lui montrer ce qu'il cherchait. Peu à peu, son énergie se mit à faire office de sonar, cherchant à traverser le métal mais sans y parvenir. Plus petit... il fallait que ce soit plus petit...
Une douleur lancinante lui traversa la tête alors qu'une image abstraite se forma devant ses yeux. Il avait trouvé. Se mordant les lèvres pour se distraire de la douleur, l'Araignée commença à scruter le motif à la recherche de ses nuances et imperfection, pour réaliser qu'il n'y en avait pas. Une simplicité déconcertante à perte de vue, un univers homogène contenu dans un si petit objet... Mais c'était bien ça. Il sentait sous ses doigts cette infinité de petits éclats, ces fameuses particules, qui formaient le métal. Pourquoi ne pas lui avoir dit à quoi ça ressemblerait? Avoir su...

La figure rouge prit une grande inspiration et la vision s'effaça. Sans perdre de temps, elle tendit les bras et concentra son pouvoir, ce qui lui valu une exclamation satisfaite de la part de Lou. Avant que Dakota ne puisse le faire taire d'un coup de poing bien placé, elle fut distraite par la lumière qui naquit dans les paumes de l’Africain. Un long filament apparut entre ses mains et se solidifia, prenant la forme d’un métal bien familier. Lou sourit : cette fois, il avait bon espoir que son chef avait réussi à faire ce qu’ils demandaient. Inclinant la tête bien bas, le vieil homme prit le fil de cuivre, mais avant qu’il ne puisse le remercier de vive voix, Ntikuma se retourna et commença à marcher laborieusement vers le dortoir, peinant à garder son équilibre. La silhouette rouge s’écrasa dans le lit le plus proche, incapable de prêter attention à ses collègues, et laissa son esprit échapper à la réalité et aux malaises…
Il était bien fatigué.
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