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AndréaSpectre de la Liche | Modérateur
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14.03.18 18:57
La Chine, pays aux 4000 ans d'histoire. L'un des six berceaux de la civilisation, des quatre berceaux de l'écriture, unique berceau des quatre inventions qui avaient forgé l'Occident moderne. L'Empire du Milieu, l'atelier du monde, la nation la plus peuplée et la plus riche de la planète.

Conséquence sans doute d'une organisation trop rigide, le pays avait été pendant plusieurs siècles victime de sa propre concupiscence : la première puissance mondiale avait stagné, s'était renfermée sur elle-même pendant que des nations plus jeunes et plus dynamiques se lançaient à la conquête du globe. Son influence avait été dépassée, sa souveraineté bafouée, son territoire occupé, sa population martyrisée... mais la Chine s'était relevée de ses cendres et avait entamé une modernisation à marche forcée, bien décidée à rattraper son retard, à corriger l'erreur historique et à reprendre le trône que les empires européens puis les États-Unis avaient usurpé. Elle était presque arrivée au bout de cette longue et périlleuse route jonchée d'obstacles et de millions de cadavres, miséreux comme opposants politiques, lorsque Poséidon avait frappé. Ce n'était pas parce que c'était le Japon – l'ennemi ancestral – qui avait été touché dans sa chair que son colossal voisin n'avait pas également souffert, néanmoins là encore le régime s'était montré inflexible dans sa détermination : qu'importent les contretemps, la République Populaire récupérerait... non, surpasserait la gloire et le pouvoir d'antan !

C'était cette énergie inépuisable, cette force née d'un océan de sang, de larmes et de sueur que les Spectres avaient maintenant pour ordre de mettre au service des Enfers, la prochaine étape des plans du Seigneur Thanatos. Conformément aux instructions du Griffon, la Liche précédait son supérieur à Pékin – ou plutôt Beijing – le temps que ce dernier s'assure que l'incident de Rozan était bel et bien terminé. Elle espérait d'ailleurs que la victoire de Lyne sur Gareth soit annonciatrice de succès pour l'armée mort-vivante dans ce pays...

Andréa n'avait pas chômé pendant son attente : anticipant les futures requêtes de l’Étoile Céleste, elle avait entrepris de récolter le plus d'informations possible sur la Chine et sa capitale. Beijing avait beau mêler l'ancien et le moderne, il ne s'en agissait pas moins d'une plongée directe dans le grand bain pour le Juge antédiluvien, dont la conception de ce qui constituait une « nouveauté » devait couvrir tout ce qui avait moins de 12000 ans. Elle avait également activé tous les relais locaux du Faucheur – sous Son nom humain de Malik Al-Aswad – pour leur faciliter la tâche. Il faudrait toutefois prendre garde à leur utilisation afin de ne pas relier cette identité aux Enfers : elle n'était au courant que des grandes lignes de la mission d'infiltration que menaient en ce moment-même le Dieu et certains de ses camarades mais elle savait qu'ici plus encore qu'ailleurs les murs avaient des oreilles et qu'elle risquait fort de compromettre tous leurs efforts si elle ne faisait pas attention.

Dernier détail, elle avait fait l'acquisition d'un paquet de masques chirurgicaux. Les autochtones qu'elle avait accostés lui avaient affirmé que le smog était tout à fait tolérable aujourd'hui. Elle n'avait vraiment pas envie de voir ce qu'ils appelaient un niveau de pollution « intolérable » : elle avait déjà le plus grand mal à se retenir de cracher ses poumons et pourtant elle avait vécu toute sa vie dans un quartier industriel avant de déménager aux Enfers – qui n'avaient pas l'air le plus sain – et maniait au quotidien un miasme mortel capable de faire pourrir la chair par simple contact. Même avec son goût pour la cigarette, elle n'était pas sûre que son supérieur, originaire d'un temps béni où personne ne connaissait les horreurs des particules fines, de l'empoisonnement aux mentaux lourds, à l'ozone, au monoxyde de carbone, au dioxyde de soufre ou autres oxydes d'azote survivrait à une atmosphère aussi viciée. Bon, la survie elle-même n'était pas un problème en soi pour un Spectre mais à moins de s'appeler Dark Vador, on intimidait plus aisément les gens quand on conservait la capacité de respirer. Enfin, s'il insistait malgré cela pour continuer de se ruiner les bronches...

L'heure du rendez-vous approchait, ils étaient censés se rejoindre à la place Tian'anmen. Elle avait proposé le lieu en se disant qu'Eurynomos n'aurait aucun mal à le trouver même en arrivant directement de l'Au-delà car il devait accueillir la plus grande concentration de fantômes de tout Beijing... Seulement 286 morts selon les chiffres officiels du gouvernement ? Quelle blague, elle savait que seul un faible pourcentage des défunts – certes plus important en cas de mort violente – restait ainsi coincé dans le monde des vivants mais on atteignait et dépassait facilement ce nombre rien qu'avec les revenants présents. En comptant ceux qui avaient réussi à trouver le repos malgré les circonstances de leur trépas, on devait être beaucoup plus près des estimations internationales de 10 000 victimes de la répression. L'endroit parfait d'où débuter leur conquête en d'autres termes.
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22.05.18 18:56
Une Fée apparut de nulle part pour l'informer que le Juge avait un empêchement de dernière minute et qu'elle devait commencer la mission seule. Soit, entre l'attaque de Gareth et la présence persistante d’Éris, il fallait s'attendre à ce que surviennent des problèmes imprévus.

« C'est à se demander si on aura droit un jour à un succès sans aucune tuile pour contrebalancer... »

« Ne sois pas défaitiste et mets-toi à l'ouvrage, péronnelle ! »


C'est ça, boulot boulot... lors de la phase de planification, il avait été décidé que les Spectres appliqueraient leur tactique habituelle en s'attaquant à Beijing par son côté le moins reluisant. Autrement dit, il était temps de rendre une petite visite aux Triades qui proliféraient comme des mauvaises herbes dans cette ville. Un cas d'école en matière d'hypocrisie gouvernementale : le chef du Parti clamait haut et fort qu'il combattait la corruption mais dans les faits cette prétendue croisade n'avait pour buts que de lui fournir un prétexte pour éliminer ses opposants – ou tous ceux qui lui déplaisaient de manière générale – tout en faisant reluire à peu de frais sa réputation auprès des masses populaires. Bien entendu, le démagogue et ses sous-fifres étaient tout aussi pourris voire même plus – faisant du chantage un moyen efficace de maintien de l'ordre dans les rangs – et n'avaient aucun scrupule à se servir des diverses mafias chinoises pour étendre leur influence dans leur patrie comme à l'étranger. Elles leur servaient de relais pour contrôler la diaspora chinoise, d'extensions de leurs réseaux de renseignement, d'outils détournés de prise de contact avec politiciens véreux ou hommes d'affaires louches, sans oublier une source de revenus appréciable par le biais de nombreux trafics. Les liens entre l’État et les organisations criminelles étaient si serrés qu'on avait peine à discerner où l'un commençait et où les autres finissaient...

Première étape pour extirper leur influence et la remplacer par celle d'un autre genre de monde souterrain : la famille Shao, propriétaire d'innombrables bars légaux comme clandestins, de lupanars accommodant jusqu'aux goûts les plus douteux, de casinos où se côtoyaient les plus grands flambeurs de la capitale et autres lieux de perdition. Des magnats de tous ces divertissements inavouables dont raffolent certaines soi-disant élites et par là-même détenteurs de mille et un secrets compromettants. Le patriarche, Shao Zhuolong, avait été placé sous la surveillance des papillons infernaux et se trouvait actuellement dans l'un de ses établissements en compagnie de sa cour et de son fils aîné pour lui apprendre les ficelles du métier. L'héritier allait avoir droit à une leçon très spéciale, parce qu'il n'y avait pas de raison pour que les Étoiles Maléfiques soient les seules à avoir la migraine aujourd'hui.

Se sachant surveillée dans cette ville – l'un des rares avertissements en lien avec la fameuse mission longue durée de ses collègues que le Seigneur Thanatos ait jugé bon de partager –, la polonaise altéra tout d'abord sa mise avant de passer à l'action. Vêtements amples sans style particulier pour brouiller la silhouette, masque chirurgical et lunettes de soleil pour dissimuler la forme du visage... elle se demanda un instant si elle ne pourrait pas faire usage de son miasme pour rendre momentanément à ses cheveux leur couleur d'origine en décomposant la teinture mais se ravisa finalement. Ce n'était pas en pleine mission qu'il fallait tenter ce genre d'expériences, surtout vu ce qu'il se passerait si elle échouait dans une manipulation aussi subtile... il lui faudrait éviter ses camarades le temps que les preuves disparaissent ou les passer à tabac jusqu'à ce qu'ils arrêtent de se moquer d'elle. Mieux valait se borner à changer de coiffure.

Une fois arrivée au casino de luxe – un Squelette l'informa par téléphone que les clients VIP pouvaient parier sur les résultats de matchs d'arts martiaux illégaux au sous-sol, bonjour le cliché – elle rappela à elle la Fée attachée à sa cible, qui lui donna sa localisation. Cinquième étage, salon privé avec baie vitrée, ça ne pouvait pas mieux tomber : elle n'aurait pas besoin de passer par l'entrée principale en se coltinant les gardes qu'il faudrait éliminer ensuite pour ne pas laisser de témoins. Elle fit le tour du bâtiment en évitant les regards, matérialisa les gantelets de son Surplis sous les manches de son manteau, franchit d'un saut la barrière de fer forgé puis entama l'escalade à toute vitesse une fois au pied du bon mur.

La fenêtre n'était même pas fermée. Ça ne l'aurait pas arrêtée mais ça l'aurait forcée à faire preuve d'un minimum d'inventivité pour l'ouvrir sans laisser trace de son passage. Enfin... la Liche se déplaça silencieusement jusqu'au canapé où étaient assis les deux asiatiques, examinant des piles de documents. Quoi, rien que ça ? Pas une fille dévêtue en vue, ni de liasses de billets de banque ou d'armes à feu, pas même le plus petit rail de coke... quelle déception, à nouveau. Qu'importe : elle se glissa derrière Shao père et fils et leur enserra fermement le cou dans ses griffes.

« Poussez un cri et je vous égorge. Nous avons à parler affaires. »
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24.05.18 11:56
L'avantage de s'adresser à la pègre c'est qu'elle comprenait le langage de la menace. Ceux qui en étaient incapables ne faisaient pas de vieux os dans le milieu, or Shao était un vétéran du crime organisé : contrairement à d'autres personnes qui s'étaient autrefois retrouvées dans sa situation, il ne tenta pas d'intimider la Liche en lui disant que ses gardes la tueraient avant de s'en prendre à ses proches s'il lui arrivait quoi que ce soit. Tant mieux, parce que c'était précisément le genre de promesses que la jeune fille comptait inclure dans son argumentaire.

« Nous vous écoutons. » fit Zhuolong, remarquablement calme pour quelqu'un dans sa position – bien que des gouttes de sueur froide trahissent son état mental. La jeune fille sourit sous son masque puis synchronisa son esprit avec celui de Kochtcheï afin de poursuivre la conversation en mandarin.

« Excellent. Je me présente... »

Elle ôta ses griffes de la jugulaire de ses prisonniers et en plaça une sur la tempe de chacun des deux hommes, puis envoya une légère impulsion cosmique dans leur cerveau. Piekło Nicości, l'illusion du néant, une technique qui déconnectait momentanément l'esprit du corps et étirait à l'extrême sa perception du temps, le piégeant dans une absence totale de sensations pendant une seconde qui paraissait durer des heures. Être absolument seul avec soi-même, incapable de bouger le moindre muscle ou de ressentir jusqu'au battement de son propre cœur, était une expérience psychologiquement dévastatrice ; elle avait dû réduire considérablement la puissance de son arcane pour éviter de briser complètement leur psyché bien moins résistante que celle d'un éveillé.

Ils pâlirent et se mirent à trembler comme des feuilles lorsqu'ils revinrent à eux et que la circulation des signaux nerveux fut rétablie hors de l'encéphale. Leur regard halluciné se posa sur la jeune fille qui avait profité de l'instant d'inconscience pour déménager sur le canapé d'en face.

« Qu-que... »

« C'était quoi ça ?! »

« Ma carte de visite. Comme vous l'aurez sans doute compris, je suis une éveillée et je représente quelqu'un de bien plus puissant que vous ne pouvez l'imaginer. Vous n'avez d'autre choix que de servir ou de périr... et ce ne sera que le début. »

La polonaise vit le moment où l’œil du patriarche s'attarda sur la partie visible de son Surplis, nota la couleur et en tira la conclusion qui s'imposait. Perspicace. Elle patienta le temps que les deux chinois se remettent – péniblement – de leurs émotions et rassemblent suffisamment de courage pour parler à nouveau.

« Que voulez-vous de nous ? »

« Votre pleine et entière allégeance comme je l'ai déjà dit, ainsi que tous les secrets de cette ville en votre possession. »

« N-nous ne gardons aucune information sur nos c-clients... »

Andréa fronça les sourcils, même si l'expression de son déplaisir n'était pas des plus évidentes derrière le masque et les lunettes noires. L'héritier avait clairement encore des choses à apprendre.

« À d'autres. Vos activités sont majoritairement illégales et ceux qui vous protègent aujourd'hui pourraient très bien disparaître ou se retourner contre vous demain, vous ne me ferez pas croire que vous ne conservez pas un moyen de pression, une police d'assurance. Je vous déconseille de me mentir : ce qu'ils peuvent vous faire subir n'est rien à côté de ce dont nous sommes capables. Famille, amis, amants, nous pouvons atteindre ceux que vous chérissez où qu'ils se trouvent sur cette planète et prolonger éternellement le supplice. Maintenant révisez votre sens des priorités et livrez-moi ces documents. »

La suite fut d'une facilité désarmante. Elle obtint un lieu et une heure où un homme de main viendrait lui remettre les renseignements demandés puis abandonna la paire de criminels après avoir attiré leur attention sur l'une des Fées qui les surveillerait à présent en permanence. S'ils essayaient de prévenir qui que ce soit, de quelque manière que ce soit, les Spectres le sauraient immédiatement et les puniraient en conséquence ; le tristement célèbre châtiment des neuf exterminations familiales pratiqué dans la Chine impériale passerait pour un modèle de compassion et de miséricorde à côté de ce que les infernaux infligeraient aux balances. Juste au cas où il faudrait rappeler aux mafieux le respect de la loi du silence.

Kompromat, check. Elle n'en avait pas forcément besoin, l'Au-delà enregistrant déjà en détail les péchés des défunts seulement ce système n'était pas parfait : il fallait attendre que la personne soit morte pour y avoir accès, ce qui pouvait poser problème quand on voulait des informations aussi fraîches que possible. En plus il fallait savoir où chercher, fouiller dans ces montagnes d'archives prenait du temps et pour finir les péchés d'une personne n'étaient pas les seuls points faibles exploitables, or elle préférerait être exhaustive.

Prochaine étape de sa tournée de la pègre, la famille Gongsun. C'était trop facile, tout le monde savait qui étaient les plus grands parrains mais ils se croyaient intouchables tant qu'ils avaient leur argent, leurs avocats et les pourris à leur solde pour échapper à la loi et, en dernier recours, leurs péons armés. Aucune de ces choses ne méritait la considération de la Mort et de Ses serviteurs.
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24.05.18 16:21
Gongsun Lau, trafiquant de son état, pleurait à chaudes larmes dans les ruines de son luxueux bureau aménagé dans le sous-sol secret d'un immeuble du quartier d'affaires de Beijing. Pour un marchand de chair humaine sous toutes ses formes – prostitution, esclavage, enlèvements, trafic d'organes et disparition de cadavres pour le compte d'autres criminels –, il supportait mal la vue du sang ou l'odeur de la chair putréfiée.

« Il va falloir aérer un peu. » remarqua l’Étoile Terrestre en lâchant la carcasse à moitié décomposée du dernier garde du corps, qui s'écrasa à ses pieds avec un bruit mou. Paranoïaque à juste titre, Lau dissimulait en permanence une douzaine de gorilles agités de la gâchette derrière de fausses cloisons ; c'étaient ces types qui avaient ouvert le feu sans sommation dès qu'elle était entrée dans la pièce et dont les fluides corporels ou chairs liquéfiées redécoraient à présent les murs. « Je peux m'occuper des corps moi-même par contre, pas besoin de faire appel à vos spécialistes. Pour le reste, votre équipe de nettoyage doit avoir l'habitude. »

Un gémissement terrifié fut la seule réponse. Elle roula des yeux, contourna le bureau puis attrapa l'homme par la peau du cou. C'étaient ces moments-là qui rendaient ce métier si gratifiant, ceux où elle avait le droit de rudoyer les pires ordures et n'avait pas à craindre que sa conscience vienne la déranger ensuite parce que quelles que soient les méthodes employées, ils méritaient ce qui leur arrivait.

« Bon, j'ai pas toute la journée alors on va aller droit au but. Tu bosses pour nous maintenant sac à merde, compris ? La boîte d'import-export que tu utilises pour te couvrir nous appartient, tes péripatéticiennes laissent traîner leurs oreilles pour notre bénéfice, tu extrais les organes des types qu'on t'amène pour les refiler à ceux qu'on te désigne et à personne d'autre, tu vois comment ça marche. »

Nouvelles jérémiades entrecoupées de supplications.

« Il est bouché ou quoi, je viens de lui dire qu'on le laissait en vie ? »

« Tu sais ce que c'est, les plus dépravés sont aussi ceux qui perdent le plus facilement leurs moyens lorsqu'il leur arrive une bricole. »

« Seigneur Thanatos, ce serait tellement plus simple de les exterminer tous jusqu'au dernier... »

« Hélas Il a décidé que nous avions besoin de ces misérables créatures pour assurer notre emprise. »


Fichue realpolitik. Le Faucheur avait raison bien entendu, comme toujours. Comme le disait l'adage, il était plus facile de faire sauter les trains que de les faire arriver à l'heure et si une ville comme Los Angeles ne pouvait que bénéficier d'une réduction drastique du crime organisé, il n'en était pas de même dans le cas d'un État qui avait à ce point intégré l'économie parallèle aux instruments de sa réussite et de son influence.

Fatiguée de le voir persister à se répandre en implorations inutiles, la Liche perdit patience et commença à secouer le trafiquant en lui hurlant dessus jusqu'à ce que le message passe, ce qui prit beaucoup trop longtemps à son goût. Cela fait, elle délivra les avertissements habituels concernant sa personne ainsi que son engeance dégénérée qui l'épaulait dans ses affaires. Puis elle regroupa les charognes en une énorme pile qu'elle emmena en Enfer avec elle avant de réapparaître aussitôt à son point de départ et enfin de prendre congé.

Consultant sa liste, la polonaise raya le nom de Gongsun Lau et passa au suivant, le troisième sur... bonté divine, cette ville était vraiment pourrie jusqu'à la moelle, elle n'était pas prête de terminer à ce rythme ! Bref, au tour de George Zhouyen, officiellement plus grand fournisseur de médicaments traditionnels – et officieusement de drogues – chinois à destination non seulement de l'Asie du Sud-Est mais également des marchés européens et américains. Avec un zeste de trafic d'espèces animales et végétales protégées en guise de hobby. Un fleuron parmi les fleurons celui-là.
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24.05.18 17:46
Coup de bol : Zhouyen était en pleine réunion avec deux autres de ses cibles, les numéros 7 et 9 de sa liste pour être précise. Qun Li Si était un requin de la finance doublé d'un usurier qui avait bâti sa fortune en rachetant les dettes des gens ou en proposant des prêts aux plus désespérés avant de leur sucer le sang via des taux d'intérêt exorbitants ; ses victimes terminaient souvent sans autre choix que de vendre leur corps – dans tous les sens du terme – à des gens comme Lau. Shao Fon – un homonyme, rien à voir avec Shao Zhuolong et fils –, banquier de profession, était un artiste de la fraude fiscale et du blanchiment d'argent à grande échelle qui brassait au quotidien des dizaines de milliards de dollars pour des clients tous plus riches et plus amoraux les uns que les autres. Voilà qui lui ferait gagner du temps.

Problème : ladite réunion se déroulait dans un sauna au dernier étage d'un hôtel huppé. Andréa n'allait pas entrer dans l'étuve avec sa tenue actuelle, elle aurait l'air ridicule, crèverait de chaud et l'humidité ruinerait ses vêtements. Elle n'allait pas non plus se déshabiller, ce n'était pas comme ça qu'elle inspirerait la terreur nécessaire, quoi qu'en disent ses collègues et leurs blagues vaseuses. Elle n'allait pas non plus rester sagement là à poireauter le temps qu'ils sortent.

Solution : enfoncer violemment la porte en se servant d'un garde comme bélier pour rendre hommage à la mémoire du défunt Custodio et plaquer tout le monde contre le mur du fond d'une vague d'énergie qui ouvrirait également les fenêtres en grand.

Résultat : une Liche menaçante surmontant une armoire à glace assommée tandis qu'un trio de types grassouillets et moites en serviettes essayaient de conserver un semblant de dignité dans une salle où la température retombait rapidement à cause du vent glacé s'introduisant à l'intérieur. Parfait pour établir le rapport de force et annoncer l'OPA hostile.

« Bonsoir messieurs. N'essayez pas d'appeler à l'aide, vous ne feriez que gâcher les vies de vos sous-fifres. »

« Vous êtes qui ?! »

« La nouvelle patronne. » déclara-t-elle en expédiant trois filaments ténébreux vers ses interlocuteurs. Le miasme toucha leurs serviettes qui se désagrégèrent immédiatement à ce contact, manquant de peu les parties génitales. Elle obtint l'effet voulu, le trio était mortifié.

« Puérile. »

« Oh ça va, je peux m'amuser une fois de temps en temps... »


La jeune fille surplomba de toute sa hauteur les criminels frissonnant de froid et d'effroi puis annonça la couleur. Leurs vies appartenaient maintenant aux Spectres – non qu'elles leur aient jamais appartenu en propre jusqu'à ce jour, tous les mortels n'étant au final que les jouets du Moissonneur – qui les auraient massacrés s'ils avaient suivi la procédure normale. Heureusement pour eux, ils avaient été jugés plus utiles vivants que morts et feraient mieux de ne rien faire qui puisse amener leurs nouveaux maîtres à changer d'avis. Surtout Shao Fon en fait, dont la première tâche serait d'offrir aux infernaux une liste de ses clients et des transcriptions détaillées des transactions opérées par sa banque. Encore plus de carburant pour la machine à chantage, de quoi mettre à genoux nombre de célébrités et de grandes entreprises... ou faire voler en éclats la crédibilité des autorités si elles refusaient d'entamer des poursuites contre leurs propres soutiens une fois que les preuves de leurs malversations se retrouveraient diffusées dans tous les médias. C'était bien beau d'avoir le registre des vices de l'humanité mais c'était encore mieux d'avoir quelque chose de publiable.
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24.05.18 23:52
« Premier problème à régler dans cette ville : le smog. » énonça une Liche grincheuse en se débarrassant de son manteau souillé et en s'asseyant sur sa chaise de restaurant. Heureusement qu'elle ne portait pas du blanc.

« Comme vous dites mais ça en est où ? » demanda un Squelette en civil en lui apportant un plateau couvert d'un assortiment de spécialités que la jeune fille se mit à dévorer à belle dent. Trois jours qu'elle courait aux quatre coins de cette satanée mégapole pour soumettre ou faire disparaître une sélection de personnalités du monde souterrain local ! Ses subordonnés – dont ce sbire particulier était en quelque sorte le délégué – faisaient tout leur possible pour l'assister sauf qu'elle était bien obligée de mettre les bouchées doubles car il y avait des choses dont ils ne pouvaient pas se charger. S'introduire ni vu ni connu dans un bâtiment gardé par une véritable armée privée et survivre à la confrontation avec lesdits cerbères – petit c – suréquipés dans les cas où une démonstration de force était nécessaire par exemple.

« Éliminé Sheng et fait disparaître le corps, trouvé la planque de Lee – dans une usine de costumes pour enfants, fallait le voir pour le croire mais je suppose que ça lui correspond –, rallié Zhou Yi... ou est-ce que c'est Zhou Shi, je me rappelle plus, foutus homonymes... celui qui a des goûts de chiotte. » énuméra-t-elle en comptant sur ses doigts – pas facile sans faire tomber les baguettes.

« Euh... va falloir être plus précise parce que ça correspond à une bonne moitié des gangsters que je connais, dans cette ville ou ailleurs. »

« Celui qui tune ses Lamborghinis. »

« Yi. »

« Voilà. Bref, j'ai aussi coincé les sœurs Mei ainsi que Faxiang et Wen. Ça conclut la liste côté recrutement d'appuis locaux mais il en manque encore quelques-uns dans les assassinats. Vous êtes sûrs qu'on peut pas transférer Lee d'ailleurs, les trucs qu'il fait à ces gosses c'est... »

« Pas tant qu'on lui aura pas trouvé de remplacement valable non. »

La Liche retourna pensivement à son repas. Il y avait quelque chose qui n'allait vraiment plus chez elle si ce qu'elle avait vu pendant ces trois jours ne déclenchait qu'une vague indignation au lieu d'un outrage meurtrier. Oh bien sûr les agissements néfastes des Triades allaient se réduire comme peau de chagrin sous le règne des Spectres mais ils ne disparaîtraient pas totalement car leurs auteurs – certains d'entre eux en tout cas – avaient su se rendre indispensable au bon fonctionnement de la société de Beijing. Ou à son fonctionnement tout court. Le reste serait une histoire de transformation graduelle pour repartir sur des bases plus saines, sans ces relations consanguines entre le crime et le pouvoir, sans la dépendance à la corruption.

« Vous devriez dormir un peu, au moins avant d'aller rencontrer les officiels. Au bout d'un moment le café ça compense plus les nuits blanches. »

« Peux pas, faut finir dans les temps. Et puis c'est pas ma faute s'ils se lèvent et se couchent tous n'importe quand. Le crime ne dort jamais, tout ça... »

Il lui rappelait quelque chose ce Squelette... elle ne l'avait pas déjà vu quelque part ? À Lochranza peut-être ? Ça faisait longtemps, une autre vie quasiment – même si elle n'était pas morte et ressuscitée entre temps contrairement à certains coreligionnaires. En tout cas il avait bien choisi le lieu du rendez-vous, la nourriture était excellente. Elle le félicita à ce sujet tout en engloutissant ses nouilles et il eut un rire jaune.

« Merci mais c'est pas vraiment pour ça qu'on est ici. »

« Ah ? Pourquoi alors ? »

« Une de nos cibles est à l'étage, à peu près cinq mètres sur votre droite en fait. »

« Je vois. Et bien joignons l'utile à l'agréable... »

La polonaise conjura une Fée sous la table, qui se déplaça immédiatement à l'étage et en revint avec l'emplacement exact de sa future victime. Elle concentra juste assez de cosmos pour faire appel à sa technique offensive la plus basique puis l'exécuta, invoquant une nuée de fantômes invisibles aux yeux des simples mortels (« Nekromancja. ») qui traversèrent le plafond et se firent à leur tour convives du restaurant, se nourrissant de l'énergie vitale de leur proie tout en se déchargeant sur elle des souffrances subies en Enfer. Un hurlement perçant retentit, suivi du son de quelque chose de lourd heurtant le sol.

« Qu'est-ce qui l'a tué en premier à votre avis ? Crise cardiaque, rupture d'anévrisme ou perte de vitalité ? »

« Aucune idée. Ah, je vois que vous n'avez plus de nems, vous en reprendrez ? »

« Oui, merci. C'était qui au fait ? »

« Đuc Nguyen. »

Hum, ça ne lui disait rien. C'était sa première exécution « publique » à Beijing en tout cas, les autres avaient été perpétrées loin des regards et suivies de la destruction immédiate du cadavre à l'exception de la tête. On lui avait assuré que les disparitions n'attireraient pas l'attention en ces temps troublés où les choses bougeaient sans cesse, surtout dans ces sphères où les gens étaient déjà fort sujets à de tels traitements. Et puis ils se trouvaient dans un pays où la police secrète pouvait rafler quelqu'un – y compris quelqu'un qui fricotait avec le pouvoir – n'importe où puis le jeter dans une oubliette sans autre forme de procès et ne se privait guère de le faire. Quelques mafieux de plus ou de moins, ça ne ferait pas une grande différence.

« Appelez une ambulance ! » cria un serveur traversant la salle au pas de course au milieu des exclamations paniquées des clients.
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25.05.18 13:09
Andréa raya le dernier nom sur sa liste tandis que son miasme se répandait sur chaque surface de la scène de crime pour une stérilisation en profondeur. Il ne resterait même pas une molécule d'ADN exploitable ; la tête de la victime avait été emballée dans un sac plastique et le reste de son corps réduit à ses composants chimiques de base vite évacués dans le caniveau. Les os avaient demandé un peu plus d'effort mais ils avaient fini par se désintégrer aussi.

« C'est pratique pour le nettoyage mais qu'est-ce que ça pue ! » grimaça son assistant pourtant lui aussi affublé d'un masque respiratoire.

« L'équivalent d'années de putréfaction en quelques secondes, que voulez-vous... Rogos a dit que je devrais pouvoir moduler la réaction pour aboutir à des produits moins fétides mais j'ai pas eu le temps d'essayer. »

« Bouarf, c'est tellement pollué ici que les gens doivent plus avoir d'odorat de toute façon. Et puis d'ici cinq minutes il n'y paraîtra plus, le fumet local aura repris ses droits. » fit un deuxième séide pareillement équipé.

La Spectre acquiesça, vérifia ses papiers pour la troisième fois... Johnny Thompson, le monsieur médias de la plus grande Triade des quartiers ouest, celui qui étouffait ou révélait les scandales à coups de pots de vin ou d'intimidation selon le bon plaisir de ses commanditaires qui louaient occasionnellement ses services à de « respectables » personnalités. Oui, c'était bien le dernier, il était donc temps d'aller rendre visite aux dirigeants politiques de la ville. Mais d'abord, changer de tenue.

Deux heures plus tard, la jeune fille avait revêtu un costume très professionnel, s'était faufilée dans les locaux de la municipalité et subséquemment placée en embuscade dans la salle qui accueillerait la réunion à huis clos entre les quatre officiels les plus puissants de la ville : le maire et le secrétaire du Parti communiste de Beijing – qui siégeait également au Politburo – tout d'abord ainsi que les présidents du Congrès populaire et de la Conférence consultative politique du peuple chinois pour la même circonscription. Chen Jining, Cai Qi, Li Wei et Ji Lin respectivement. Elle ne dévoila sa présence qu'une fois la porte refermée et mit instantanément fin aux exclamations de surprise en matérialisant un orbe de noirceur dans sa paume.

« Silence je vous prie. Personne ne viendra vous sauver ou en tout cas pas assez vite pour m'empêcher de vous tuer vous et tous ceux qui se trouvent dans ce bâtiment alors ne faites pas les malins. »

L'injonction fut entendue et appliquée ; ils n'étaient sans doute pas étrangers aux menaces proférées par des individus haut-placés ayant droit de vie et de mort sur eux, ce qui rendrait la discussion plus aisée. En fait ils semblaient se résigner à leur sort à une vitesse stupéfiante : le secrétaire se leva lentement, mains levées dans une déclaration d'intentions pacifiques, et réorganisa les chaises des quatre officiels de sorte à ce qu'elles soient face à une cinquième que le président du Congrès déplaça obligeamment pour la Liche avant de retourner à la sienne, laissant ainsi tout naturellement une table divisée en deux, un côté pour elle et un pour eux.

« Vous prenez ça étonnamment bien. » fit la polonaise en s'asseyant, quelque peu interloquée par le calme – un peu forcé certes mais néanmoins poli et respectueux – qui se dégageait maintenant du quatuor.

« Nous savions que ce jour finirait par arriver. » répondit le maire.

« Paris, Londres, Moscou, Tokyo, Séoul, Montréal, Grenade et j'en oublie sans doute... c'est la suite logique. » poursuivit le président de la Conférence.

« Évitons de vous faire perdre votre temps, nous sommes tout ouïe. À qui avons-nous l'honneur et que voulez-vous de nous ? » termina le secrétaire.

Alors là... l’Étoile Terrestre ne savait pas comment réagir et Kochtcheï était tout aussi confus, elle devait faire un effort considérable pour maintenir une expression neutre. Elle avait préparé tout un discours intimidant et grandiloquent à souhait, de quoi satisfaire le sens dramatique du Bourreau mais... ça n'aurait aucun sens de se mettre à le déclamer devant un public aussi compréhensif. Quant à avoir recours à la violence, encore une fois, pourquoi ? Ils étaient déjà là à l'écouter, ils la prenaient au sérieux, un déchaînement cosmique gratuit n'aurait l'air que du caprice d'une adolescente immature compensant pour quelque chose – comme l'aurait dit Gareth, elle détestait l'admettre mais en ces circonstances feu le Gémeau avait sans doute raison. Autant avoir une entrevue civilisée et... est-ce qu'ils étaient sérieusement en train de lui proposer du thé et des biscuits ?

« Vous espérez m'amadouer avec de la nourriture ou vous essayez de m'empoisonner ? »

« Ni l'un ni l'autre je vous l'assure, aucun de nous n'a envie de voir Beijing devenir la prochaine Tokyo. Qui servez-vous ? »

« Je suis une Spectre. »

« Alors nous ne pourrions pas vous faire de mal quand bien même nous le voudrions. Nos armes les plus puissantes ne peuvent vous atteindre puisque votre royaume n'est pas de ce monde, vous ressuscitez quand on vous tue... » – Andréa eut soudain la vision saisissante d'un Jésus portant le Surplis de la Wyverne et réduisant Jérusalem en cendres après s'être remis de sa crucifixion ; elle retint un grognement – « ...et à supposer que vous soyez l'égale ne serait-ce que d'un chevalier d'Argent vous pourriez à vous seule faire des milliers, voire des dizaines de milliers de victimes dans notre ville le temps que les Saints arrivent à notre secours. »

« Ce ne serait pas une guerre si nous nous opposions à vous, ce serait un massacre unilatéral. Pour nous, la seule manière de gagner est de ne pas combattre. »

Décidément ils étaient pressés de baisser leur pantalon, c'en était presque suspect. Aucun d'eux n'était en train de chanter la grandeur de son pays – un pays pourtant très militarisé – et de faire le serment que jamais ils ne se soumettraient à la tyrannie divine tout en la traitant de monstre ayant trahi l'humanité... pas même une petite bravade ni la moindre insulte pour la forme. Au contraire, ils lui ôtaient ses propres arguments de la bouche, ils faisaient carrément son travail à sa place ! Les traditions se perdaient.

« Ne t'en fais pas, ça va venir une fois que nous leur aurons dévoilé notre plan et nos exigences. » affirma le parasite qui semblait surtout vouloir se réconforter lui-même.

« Vous avez quoi comme alcools ? »
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25.05.18 23:13
Les photos de têtes coupées avaient réussi à leur arracher une réaction là où l'entrée en scène de la servante de Thanatos avait échoué. Une réaction mesurée certes mais une réaction quand même puisque le quatuor se saisit avec un soulagement palpable des autres documents qu'elle leur tendait et s'y plongea assidûment afin d'oublier le dégoûtant spectacle.

« Votre pays s'est servi des Triades pour faciliter son essor économique et étendre son influence à l'étranger. Le problème de cette approche c'est que cela vous a rendus dépendants d'elles et a introduit des vulnérabilités dans votre système ; après Tokyo, le choc socio-économique et les changements de politiques imposés par Poséidon, l'ancien atout est devenu un fardeau. La corruption empêche votre société de s'adapter aussi vite qu'il le faudrait, ces parasites empêchent les politiques qui pourraient diminuer leurs bénéfices de voir le jour et détournent de précieuses ressources que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre. Les autorités affaiblies ne peuvent pas reprendre elles-mêmes le contrôle sur le crime organisé à cause de la masse de documents compromettants que possèdent les gangsters. »

Elle désigna l'un des dossiers rassemblant les preuves des actes illégaux commis par nombre de politiciens, hauts fonctionnaires, grands industriels et autres forces vives de Beijing. Une sorte de best-of collecté à partir des renseignements de Shao Zhuolong, Shao Fon, Gongsun Lau et autres fouilles-merde ou caches-merde du même acabit. Étrangement ses interlocuteurs n'y figuraient quasiment pas ; ils n'étaient pas exactement sans rien à se reprocher mais ils avaient l'air de modèles d'intégrité et de probité comparés à leurs collègues. C'était sans doute pour ça qu'elle discutait avec eux, les seuls officiels à peu près dignes de confiance dans cette ville.

« Mais vous vous ne jouez pas selon les mêmes règles et vous apportez une puissance de feu bien supérieure qui vous permettrait de leur remettre la bride, n'est-ce pas ? »

« Et si nous refusons votre offre, vous pouvez tout aussi bien vous servir des têtes de ponts que vous avez déjà établies dans les Triades ainsi que des informations déjà récoltées pour saboter notre économie et entraîner la classe politique, financière – toute l'élite du pays en fait – dans le gouffre via un déluge de scandales. Vous avez déstabilisé toute la structure et maintenant vous pouvez soit arranger la situation, soit faire en sorte que tout s'écroule. »

« Sur le long terme cela provoquerait encore plus de dégâts qu'une attaque d'éveillés en règle. Un changement de régime suite à la décrédibilisation complète de l’État serait tout à fait possible. Le plus grand avantage pour vous étant que cela justifierait difficilement l'intervention des Saints. »

Qu'il était agréable d'avoir affaire à des gens intelligents qui reconnaissaient sans peine la carotte et le bâton et ne perdaient pas leur temps à s'insurger pour rien, même si Kochtcheï avait fini par lui expliquer que leur politesse était une sorte de tactique de guerre psychologique : si elle faisait usage de la violence sans motif valable, elle prouvait qu'elle n'était rien de plus qu'une barbare qui ne pouvait imposer ses idées que par la force et la victoire morale leur appartenait. Elle ne donnerait cette satisfaction à personne. Cela dit une erreur mineure s'était glissée dans leurs propos.

« Laissez-moi rectifier une chose : nous nous contrefichons de ce que pensent les Saints. Ils sont aux fraises, le fait que les Marinas n'aient même pas reçu une tape sur les doigts en est la preuve, renouvelée chaque jour où Moscou reste en leur possession. »

Elle aurait pu enfoncer le clou, leur expliquer au sujet de l'invasion du Sanctuaire et de la destruction du Rosaire ; elle avait même une autre preuve dans sa poche, la photo de l'ex-Pope ensanglanté prise par Xing Huo... Elle n'en fit rien, ces choses-là devaient rester confidentielles et elle doutait de toute façon qu'il soit indispensable de s'en servir pour les rallier à son point de vue.

« Je vois. Donc vous remettez de l'ordre, purgez ce qui doit l'être et Beijing en ressort plus stable et plus vertueuse. »

« Plus prospère également, nous avons récupéré des sommes importantes lors de notre opération de nettoyage et ne demandons qu'à les réinvestir. Nous avons aussi nos propres réseaux et fonds dont nous pouvons vous faire profiter ; des partenariats privilégiés avec nos autres territoires terrestres par exemple, sans lourdeurs administratives et négociations à rallonge. Une garantie de sécurité qui s'ajoute aux bénéfices d'avoir des protecteurs immortels capables de torturer les nuisances même après leur décès. »

Elle sirota sa coupe d'alcool de riz pendant que les officiels se concertaient. Il n'y avait qu'une alternative de toute façon : soit ils se soumettaient, soit leur ville souffrirait et dépérirait. Ils parvinrent finalement à une décision et Cai Qi se leva pour aller manipuler l'imprimante dans un coin de la pièce. Il en revint une minute plus tard avec un feuillet qui fit lever un sourcil à la Liche.

« Signez ici, ici et là si vous voulez bien et nous nous chargerons de transmettre au Politburo. »

« Attendez, vous aviez un formulaire prêt à l'avance pour l'annexion de votre propre ville ? »

« Nous savions que ce jour finirait par arriver. » répéta simplement le maire.

C'était surréaliste. La polonaise avait cru reprendre la main mais... elle n'arrivait toujours pas à y croire.

« Ce n'était qu'une question de temps. Nous cherchons simplement à nous comporter en élus responsables. » expliqua le président du Congrès. « Les divinités se partagent le gâteau, c'est ainsi et nous ne pouvons rien y changer. Résister serait futile : je ne sais pas ce que vous feriez à ma place mais je me vois mal me réveiller dans l'Au-delà entouré de millions de gens morts par ma faute et leur expliquer que je trouvais mon honneur personnel ou mon esprit patriotique plus important que leurs vies. »

« Ce n'est pas de la lâcheté, ne t'y trompe pas. » intervint son prédécesseur. « Ils ne font que choisir leur ennemi. Rappelle-toi leurs paroles, je ne pense pas que les Saints, les Ases ou les Black Knights auraient pu les persuader aussi facilement : contrairement à nous ils ne sont pas à l'abri d'un missile intercontinental. »

Une décision rationnelle qui aboutissait au moindre mal... ça faisait toujours bizarre de tomber sur un politicien compétent et bien intentionné ; dans une ville gangrenée par la mafia comme Beijing, la surprise était double. Elle conserva sa contenance en vidant le fond d'alcool restant puis parapha le document qu'on lui tendait.

« Souvenez-vous que je nous vous surveillons. Si vous tentez quoi que ce soit nous le saurons et nous vous le ferons payer. »

« Cela va sans dire. Puisse notre collaboration être fructueuse. »

Cai Qi, Chen Jining, Li Wei et Ji Lin s'inclinèrent comme un seul homme. Elle leur rendit automatiquement un salut moins profond et s'évanouit dans les airs, laissant derrière elle une Fée pour chaque membre du quatuor.
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