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RogosSpectre du Dullahan | Modérateur
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Sam 23 Juin - 14:56
Théozoa :

- Étymologie : du grec Θεός / Τheos (dieu) et ζῶα / zōa, pluriel de ζῶον / zōon (animal).
- Origine : Lanz-Liebenfels, Jörg, 1905, Theozoologie : oder die Kunde von den Sodoms-Äfflingen und dem Götter-Elektron, Vienne.

Extrait du rapport Ashtear, Maxwell, Rosenberg et al., 2002,
Technologies parapsychiques : perspectives et menaces.

***

La cible était particulièrement bien choisie. La – soi-disant – République Démocratique du Congo était l'un des pays les plus pauvres et inégalitaires de la planète. Une nation sous perfusion, dépendante d'une aide internationale allègrement détournée par une administration corrompue et inefficace, une économie sous-développée et sans aucune perspective de modernisation axée sur l'agriculture et l'exploitation des richesses minières du sous-sol dont tous les profits étaient absorbés par une classe aisée ultra-minoritaire et les grandes entreprises étrangères. Une guerre civile qui durait depuis plus de 20 ans et avait fait plusieurs millions de morts sur fond d'indifférence totale du reste du monde alors que des milices armées s'affrontaient entre elles et défiaient ce qui passait pour un gouvernement pour le pouvoir et le contrôle des gisements de terres rares, gemmes et métaux précieux.

Tous ces problèmes s'étaient soudain aggravés lorsque le courroux de Poséidon avait arrêté net les échanges commerciaux et interrompu le flot d'aide humanitaire. La guerre avait redoublé d'intensité, d'autant plus lorsque des fanatiques s'étaient joints en masse au mouvement dans ce pays très religieux. Craignant pour leur sécurité les ONG, investisseurs étrangers et autres multinationales avaient rapatrié leurs bénévoles, leur matériel, leurs employés et leurs capitaux, ce qui n'avait fait que jeter de l'huile sur le feu. Le régime était au bord de l'effondrement, le peu d'infrastructure du pays était en ruines, l'armée se repliait en laissant des provinces entières aux mains des seigneurs de la guerre...

Le chaos était tel que l'ONU, l'OMS et avec elles les Agences n'avaient été informées du fait que la ville de Goma était en proie à un mal étrange que trois jours après que le nombre d'infectés soit passé à quatre chiffres. Le temps qu'un contingent de médecins spécialistes des urgences épidémiques arrive sur place, la barre des 100 000 individus atteints des symptômes avait été franchie. Lorsqu'ils avaient été évacués à peine plus d'une journée plus tard par les Agences et leur personnel muni de toutes les fausses accréditations que l'activation de leurs contacts dans les plus grandes organisations internationales avaient pu obtenir, il était déjà trop tard. La deuxième plus grande ville de RDC et son million d'habitants étaient condamnés ; le pays ne s'en relèverait pas.

Cette maladie qui s'était propagée à la vitesse de l'éclair malgré toutes les mesures prises par la population était atypique : elle se manifestait par une perte d'énergie ainsi qu'une apathie croissantes qui évoluaient ensuite vers des crises de narcolepsie et d'amnésie partielle de plus en plus fréquentes. Dans leur sommeil, les gomatraciens étaient également sujets à d'effroyables cauchemars qui coïncidaient avec une recrudescence de ce qu'on ne pouvait qu'appeler des poltergeists. Les médecins de l'OMS avaient d'abord pensé à une sorte d'horrible mutation du pathogène responsable de la maladie du sommeil mais avaient été obligés de revoir leur copie en découvrant ces symptômes plus exotiques, puis de l'abandonner une fois mis en présence d'hommes en lunettes et costumes noirs qui leur avaient sorti une histoire à base de terrorisme à l'arme biologique avant de les faire monter dans des avions quittant le pays. Ce n'était pas si éloigné de la réalité : le phénomène n'avait rien de naturel et – si les Agences n'arrivaient pas à résoudre le problème très vite – ne constituerait que le prélude d'une catastrophe pire encore.

Il n'y avait plus eu une telle mobilisation des Agences – en célérité comme en envergure – depuis la bataille des îles Diomède. Et c'était à Connor que revenait la tâche peu enviable d'organiser leurs opérations lorsque la générale Ho partirait au front : elle était plus haut gradée que lui mais ils auraient besoin de tous les éveillés disponibles pour mener l'assaut... ou contenir les dommages en cas d'échec.

« Les infectés ont commencé à tomber dans le coma et ça s'accélère, ce n'est plus qu'une question d'heures. » rapporta le britannique à l'asiatique, qui s'escrimait à concevoir un plan d'action et à donner des ordres dans le hall de l'aéroport qu'ils avaient réquisitionné pour en faire leur QG ; le reste du complexe avait été transformé en base militaire improvisée et grouillait à présent de soldats et de matériel. Personne n'était venu s'en formaliser : les agents étaient les seuls êtres humains encore en pleine possession de leurs facultés mentales dans un rayon de dix kilomètres... à l'exception bien sûr des responsables de cette folie.

« Les derniers Timur seront en place d'ici une demie-heure et vos occultistes disent qu'il ne leur faudra pas beaucoup plus longtemps pour activer le voile. Les équipes ont presque fini de débarquer, les machines d'Ishii sont en cours d'assemblage. Des progrès côté localisation ? »

« Aucun. Le périmètre tient ? »

« Pas de mouvement des milices ni de l'armée. Pas âme qui vive à moins de cinq kilomètres de la ville. »

Une bénédiction, ça : l'armée s'était certes débinée dès que l'épidémie avait pris un peu trop d'ampleur mais elle avait fait le ménage derrière elle – encouragée en sous-main par l'avant-garde des Agences sur ce point. Tous les navires du port avaient été coulés pour éviter que les infectés ne s'enfuient par le lac Kivu et n'aillent répandre le fléau ailleurs. Tous les villages environnants avaient vu leur population déportée manu militari, tous les ponts avaient été détruits et les routes coupées ; une trêve avait même été conclue avec les seigneurs de la guerre pour construire une barrière de barbelés et de champs de mines aux alentours de Goma. Ils gardaient leurs distances depuis mais grâce à eux, les risques d'interférences extérieures ou de présence de témoins gênants étaient considérablement réduits.

« On ne peut plus attendre, il faut envoyer les équipes et tant pis si nous n'avons qu'une vague idée des endroits où chercher. »

« Nous pourrons toujours les faire changer de direction en cours de route si nous recevons de nouvelles informations. Dernière vérification auprès des scientifiques et s'ils n'ont toujours rien, nous donnerons le signal. »

***

Mais dans quelle galère se retrouvait-il encore fourré... La journée avait pourtant commencé normalement – enfin, aussi normalement que possible quand on passait son temps à triturer de la matière grise à des dizaines d'étages sous terre avec l'assistance d'un ordinateur incorporant des êtres humains en guise de processeurs – jusqu'à ce que Rosenberg reçoive une communication importante, ressorte livide de son bureau et ordonne à un bon quart de ses subordonnés de faire leurs valises pour la RDC, et que ça saute. Rogos avait appris au cours d'une série de briefings tendus dans l'avion que les Agences se tenaient à l'affût du moindre signe de réapparition du pathogène de Stepnogorsk, dont la présence avait finalement été signalée à Goma... trop tard pour qu'il soit possible d'en endiguer la prolifération ou de prendre leur temps pour l'étudier et concevoir une contre-mesure.

Une fois arrivés à destination, le sixième sens du Dullahan avait immédiatement été assailli par la présence d'un nombre prodigieux de signatures cosmiques, erratiques et individuellement insignifiantes mais produisant collectivement une sorte de bruit de fond psychique insupportable. Leurs agents éveillés n'en étaient pas à l'origine.

Il avait bravement dissimulé son malaise le temps de s'habituer à cette sensation tandis que les chercheurs étaient emmenés dans un hangar de l'aéroport reconverti à la hâte en laboratoire, rejoignant leurs confrères venus d'autres sections de la Division Scientifique – y compris tout un contingent en provenance des Recherches Occultes. Le Dullahan faisait partie de ceux qui avaient pour tâche d'examiner des autochtones à divers stades de la maladie ; les agents de terrain qui les avaient ramenés lui rapportèrent que les locaux s'étaient laissés faire sans opposer de résistance. Les individus au stade le plus avancé étaient catatoniques, les autres plus ou moins léthargiques, ne semblant plus bouger que par automatisme. Apparemment, cette espèce de torpeur généralisée avait causé de nombreux accidents en ville et les plus vulnérables – les vieillards et les enfants en bas âge – mouraient déjà en masse. Feuerbach, qui était là également et odieux comme à son habitude, avait insisté pour leur faire voir le côté positif de cette situation : au moins ils n'auraient pas besoin d'euthanasier qui que ce soit pour procéder à des nécropsies.

Leurs analyses avaient vite confirmé ce dont ils se doutaient déjà : c'était bel et bien le pathogène de Stepnogorsk, un parasite que l'un des mécènes du Perfect World Movement leur avait demandé d'améliorer en échange du savoir ésotérique qu'il fournissait aux éco-terroristes. Les soldats de l'alliance avaient déjà été confrontés à ses effets lors de l'attaque du laboratoire kazakh et en avaient ramené des échantillons que l’Étoile Terrestre avait pu étudier à l'occasion depuis qu'il travaillait pour Tetragrammaton. Il ne s'agissait alors que d'une forme incomplète : là, ils avaient affaire au produit fini, l'ultime création du docteur Morris et de ses acolytes.

Le parasite était un micro-organisme qui, une fois introduit dans le corps de sa cible, altérait son cerveau en réorganisant ses réseaux neuronaux et modifiant ses équilibres biochimiques dans le but de produire des circuits et un schéma d'activité bien précis. Ceux d'un certain type d'éveillés. Les effets secondaires – la maladie – étaient évidemment gravissimes : le processus formatait en quelque sorte l'encéphale du sujet, le transformant peu à peu en légume. S'il existait un sérum-miracle pour changer quelqu'un en chevalier, ce n'était certainement pas ça.

Ce n'était que la première étape, il en était sûr, mais il n'était pas accrédité pour savoir ce qu'il se passait ensuite. Tout ce qu'il avait pu glaner en prêtant attention aux conversations de ses collègues de plus en plus paniqués c'était le mot « Théozoa » généralement accompagné d'un « On va tous mourir » ou autre expression équivalente prononcée de plus en plus fréquemment à mesure que le temps s'écoulait.

« Beth, il est à combien celui-là ? » demanda-t-il en examinant l'électroencéphalogramme de l'un de ses patients et la concentration de diverses substances rapportées par les sondes dans son cortex.

« Niveau 2, tranche inférieure. »

Il ne comprenait pas pourquoi la gamine pâle avait été incorporée à l'effectif de la mission ; pour ce genre de travail ils pouvaient tout aussi bien accéder à Chokmah par un canal de communication à distance, pas besoin d'amener son interface sur le site d'un cataclysme imminent. La générale n'allait tout de même pas lui demander de combattre ? Enfin, pour le moment elle se rendait utile auprès des scientifiques en servant de technicienne de laboratoire et en évaluant l'intensité du cosmos de ces éveillés involontaires passant sous leurs bistouris. Le docteur Cantor n'était pas censé en être capable après tout.

« Un point de plus pour le professeur, on dirait que son hypothèse se vérifie. Et ça veut dire qu'on est dans la merde. » remarqua-t-il en jetant un regard inquiet en direction de son supérieur occupé à faire son rapport.

Ils avaient remarqué que les auras de leurs sujets se fondaient les unes dans les autres à mesure que le temps avançait, perdant peu à peu leur individualité. Le rythme de progression du phénomène – et de la maladie en général – semblait variable mais tendait à harmoniser le stade d'avancement du processus de conversion cérébrale, comme pour faire en sorte que tous les infectés arrivent au stade final en même temps, et ce même s'ils avaient été contaminés à des moments différents. Le problème étant que ce mécanisme de régulation reposant apparemment sur tout un fouillis de protéines et de neurotransmetteurs exotiques qui n'étaient pas présents chez ceux affectés par les précédentes versions du parasite – sans doute l'une des additions du bon docteur Morris, complétée ici par des éléments mystiques à en croire l'allemand – était décentralisé et autonome. Le sixième sens naissant de ces éveillés captait l'état de l'aura de leurs congénères et le parasite accélérait ou ralentissait le processus en conséquence, sans qu'il soit nécessaire pour les personnes qui l'avaient répandu d'intervenir. On ne pouvait donc pas s'en servir pour les localiser.

« La générale ne va pas être contente. Espérons que les occultistes auront eu de meilleurs résultats. »

***

Les scientifiques n'avaient rien d'utile à leur apporter, les thaumaturges non plus et même Binah n'avançait qu'à peine dans sa collecte d'informations. Les facultés de perception de la troisième cellule étaient brouillées par les interférences de près d'un million de signatures parapsychiques, pour ne rien dire des perturbations que provoquaient les poltergeists dus – selon Rosenberg et Feuerbach – à l'activation subite et au calibrage de nouveaux circuits neuronaux remplaçant les anciens dans le sommeil des infectés. Plus le phénomène s'intensifiait, moins il était probable que Tetragrammaton arrive à en détecter les responsables : Binah devait consacrer une part croissante de son énergie à la dissimulation des émanations d'aura en provenance de la population, renforçant l'effet d'un réseau de Timur encerclant la ville et du filtre de perception le plus vaste et le plus puissant jamais déployé par leurs occultistes. Les fous furieux qui avaient répandu le parasite avaient également mis en place leur propre barrière pour éviter d'être remarqués par le Sanctuaire mais comment être sûrs qu'elle tiendrait le coup lorsque leur sinistre projet arriverait à sa phase finale ?

Le soir commençait à tomber... plus le choix. Ho Sun était partie rejoindre ses soldats, le laissant à la barre du QG. Tous les combattants avaient été informés qu'un groupe d'intérêt avait provoqué l'épidémie en guise de préparation pour un rituel thaumaturgique de grande envergure qui déboucherait sur la création d'une arme de destruction massive. Ils ne savaient malheureusement pas où frapper pour empêcher cela et l'option nucléaire – ou même simplement thermobarique – n'en était pas une, ils étaient donc obligés d'envoyer leurs éveillés quadriller les secteurs que Chokmah, en utilisant le peu de données exploitables à disposition et les connaissances théoriques apportées par les occultistes, avait désignés comme abritant le plus probablement le cœur des opérations ennemies.

« Il y aura certainement des gardes. » avertit le vétéran en parlant dans son micro. « Il se peut qu'ils ne soient là que pour faire diversion mais ne les sous-estimez pas, ils seront sans doute éveillés ! Au cas où vous trouveriez le cœur du rituel, chaque unité d'intervention sera accompagnée d'un membre de la Division Scientifique qui aura pour tâche d'analyser et de désamorcer le dispositif. La répartition est la suivante : Kihara / Peltier, Feuerbach / Vassiliev, Rosenberg / Khalil, Beth / Bilodeau-Tanguay... »

Ils avaient déployé 49 équipes éveillées au total, sans compter les unités conventionnelles, les thaumaturges, les machines de guerre, les chimères, le personnel non-combattant... une mobilisation sans précédent tout compte fait, surpassant même celle qui avait triomphé de l'Ordre de Lémuria aux îles Diomède. Et il ne savait pas si cela serait suffisant.


Dernière édition par Rogos le Jeu 28 Juin - 21:58, édité 1 fois
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Jeu 28 Juin - 3:20
Personne n’a eu l’occasion de faire remarquer, encore moins de célébrer, le fait que ce soit notre première mission tous ensemble : la nervosité de nos supérieurs, replongés malgré eux dans certains souvenirs peu envieux, couplée au briefing et aux chiffres plus que terrifiants auxquels nous avons eu droit, nous a fermé le clapet dès que nous avons grimpé dans l’avion qui nous mènera à la République Démocratique du Congo, dernier berceau d’horreur à avoir attiré l’attention des Agences. La dernière fois que j’ai été témoin de ce genre de mobilisation, c’était au Sanctuaire, pendant l’attaque des dieux Hindous, mais les deux ne se comparent même pas. Déjà tant de victimes, et rien à faire pour arrêter l’épidémie… seulement espérer qu’elle ne se répande pas plus loin. Et ensuite, détruire la source du problème. Pas de guérison miracle, pas de résurrection de masse. À peine commencé, et déjà nous avons à transporter ce poids sur nos épaules, cette impression d’échec…

Dans l’avion, nous avons échangé quelques mots. Théo refait son manège, mais sans bonne humeur, plus par nécessité pour chasser la peur. Il tente de se montrer rassurant, de donner du courage à tout le monde, mais il sait : certains ne reviendront pas. Tout le monde le sait. C’est trop gros pour que ça n’arrive pas. Assise entre Taras et Luiza, je tente de rester calme, respirant profondément en regardant le sol. Je ne peux pas avoir de peine pour ces gens-là… même s’ils survivent, et si c’est moi qui aie à les tuer, quand le moment sera venu? Après qu’ils m’aient protégé, soutenu, accepté, je dois détruire ce qu’ils ont à peine commencé à croire. Et ensuite, retourner à la maison.

Dmytryk compte quelques pilules dans sa main avant de les avaler. Je ne suis pas sure qu’elles fassent quoi que ce soit, mais il est craintif depuis l’opération. Papanek reste en retrait avec Roth, lui parlant constamment pour le rassurer, mais le géant reste trop nerveux, au point où même Luiza tente de le calmer pour qu’il n’effraie pas les autres. Keaton et Higgins se tiennent la main. Et je suis au milieu de tout ça, à tenter de jauger ce qui s’est passé et ce que nous allons faire. Même aux Enfers…
Après l’atterrissage, nous descendons en file et nous dirigeons vers la zone sécuritaire pour aider à monter le camp, et pour le reste de la journée nous attendons. Les scientifiques et les docteurs « s’occupent » des victimes et on aide comme on peut, mais il n’y a pas grand-chose à faire et à ce stade, mieux vaut éviter de nous contaminer en plus. Alors on nettoie notre équipement et on discute. Je vois Rogos une fois de temps en temps, lui et ses supérieurs, et l’expression sur leur visage me fait vite comprendre que toute cette histoire, c’est du sérieux. Le Québécois me remarque en train d’observer le va et vient constant et me tapote l’épaule.

-Hey. Ça va aller.

-… On se sent mieux, après?

-Des fois.

Sa main se serre et il finit par forcer un sourire en m’ébouriffant les cheveux. Qu’est-ce qu’il peut me dire de plus? Notre général pour la mission nous rejoint enfin et nous nous rassemblons devant lui pour recevoir les nouvelles instructions. Toutes ces recherches pour se faire dire que finalement, faudra faire le travail à la dure… Ça arrive souvent, chez FIRMAMENT. Sauf que cette fois, en plus de nos propres coéquipiers, on aura des scientifiques à protéger sur le terrain. Je doute qu’ils aient eu droit au même entraînement que nous, ce sera donc comme trainer un véritable poids mort avec nous. Tout pour rendre ça facile…

-Okay groupe, on peut faire ça. On va chercher Beth pis on part, Roth, Papanek et Higgins, vous restez avec en arrière. Taras, reste avec Keaton pis tenez-vous prêts à bouger. De Assis, Marchesi pis moi on ouvre la marche.
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Ven 29 Juin - 16:10
- Contexte et définition historique : terme provenant des écrits pseudo-scientifiques de Lanz-Liebenfels, à l'origine de la pensée dite « ariosophique » ayant inspiré la dimension mystique de la propagande et des politiques du régime nazi. Désigne des déités interstellaires se reproduisant par l'électricité, prétendument ancêtres de la race aryenne. Selon cette doctrine, les croisements avec des races inférieures (humains et hommes-singes / anthropozoa) seraient à l'origine de la perte des pouvoirs parapsychiques hérités d'ancêtres divins. Lanz-Liebenfels propose des politiques eugéniques visant à restaurer la pureté et les pouvoirs de la race aryenne : reproduction sélective des individus de race supérieure, stérilisation de masse des races inférieures.

Ibid.

***

Il avait été placé avec Ho Sun. D'ordinaire cela aurait été une bonne nouvelle : dans les armées modernes les généraux se tenaient éloignés du champ de bataille, ils n'y mettaient les pieds que pour se livrer à des inspections ou relever le moral des troupes tout en prenant garde de rester à bonne distance du danger. Sauf que voilà, leur situation n'avait rien d'ordinaire. L'alliance était désespérée et l'unité personnelle de la générale rassemblait quelques-uns des meilleurs éléments de l'Agence chinoise, ils ne pouvaient se permettre de rester à l'arrière à se tourner les pouces. Et oui cela incluait Ho Sun elle-même, qui était également une éveillée d'élite – ou ce qui passait pour tel avec la sélection limitée à disposition des Agences – selon Rosenberg. Une meneuse d'hommes à l'ancienne qui commandait depuis la première ligne, c'était bien sa chance.

Il y avait deux sortes de gens autour de lui : ceux qui savaient précisément ce qui était en train d'arriver et ceux à qui on n'en avait révélé qu'une partie. Les premiers semblaient écrasés par le poids de ce savoir, ils étaient horrifiés mais aussi sombrement résignés et déterminés à faire leur devoir jusqu'au bout. Les seconds, la catégorie dont Rogos faisait lui-même partie, n'avaient qu'une idée diffuse de ce dont ils étaient censés avoir peur mais l'humeur de leurs collègues était contagieuse. Même pour lui, alors qu'il savait logiquement qu'il n'avait rien à craindre : il était niveau 5, il pouvait triompher sans peine de ce qui massacrerait ces simples mortels par centaines et même s'il se faisait tuer, ce n'était pas la fin pour un Spectre alors pourquoi s'inquiéter ? Il pouvait bien se répéter ce mantra autant de fois qu'il voulait, rien n'y faisait, il était toujours rongé par l'anxiété. Et il ne savait pas quel était le pire : être plongé dans l'ignorance ou connaître la terrible vérité ?

Toute règle avait cependant ses exceptions. Deux exceptions même : Beth et Feuerbach, qui ne montraient aucun signe de panique – aucun signe de quoi que ce soit même dans le cas de la jeune fille mais ce n'était pas nouveau. L'allemand par contre enfilait sa combinaison et s'équipait de ses armes à toute vitesse, chacun de ses gestes trahissant un enthousiasme débordant. Plus d'une personne le regardait avec suspicion et dans le cas des russes ainsi que de Rosenberg, un dégoût mêlé d'une franche hostilité.

« Euh... vous êtes sûr que ça va, professeur ? » fit le Dullahan puisque personne d'autre ne semblait décidé à dire quoi que ce soit sur cette crise de folie apparente. Non qu'il se préoccupe du bien-être de son ex-supérieur, loin de là même mais s'il se mettait à faire n'importe quoi sur le terrain...

« Mieux que jamais. » répondit celui-ci avant de se mettre à... chantonner ? Décidément, quelque chose n'allait pas avec ce type. Encore plus que d'habitude.

« Vous avez bien entendu ce que l'agent Connor a dit ? On risque de mourir nous aussi. »

« Oui oui, les soldats sont là pour régler ces détails-là. » rétorqua le blond en accompagnant ses mots d'un revers de la main dédaigneux, comme si tout cela n'avait pas la moindre importance. Il ne tenait quasiment plus en place, ayant fini de se harnacher de la tête aux pieds. L'air sceptique du français et les remarques de certains agents qui se demandaient à voix haute si c'était vraiment une bonne idée de le laisser participer à l'opération n'eurent aucun effet.

« C'est juste que je ne manquerais cela pour rien au monde. Vous verrez, ce sera une expérience très enrichissante pour vous... et pour toi aussi, mon enfant. » dit-il en se dirigeant vers la sortie ; il contourna l’Étoile Terrestre et en profita au passage pour ébouriffer les cheveux de la gamine en exhibant son rictus le plus malveillant. Pour la toute première fois, Rosenberg n'accueillit pas ses commentaires douteux avec son exaspération coutumière mais bien avec une véritable expression meurtrière ; le pistolet que le scientifique plus âgé était en train de ranger à sa ceinture finit broyé par sa main mécanique. Rogos soupçonnait que le regret affiché alors que sa poigne s'ouvrait et laissait retomber les débris métalliques était celui de ne pas avoir vidé son chargeur sur son confrère. La seule et unique réaction de Beth fut d'aller vérifier l'état de la prothèse mais son propriétaire la chassa d'un mouvement fatigué ; elle ne se fit pas prier et une fois équipée – où avaient-ils trouvé une tenue à sa taille ? – emprunta à son tour le chemin menant à l'extérieur de l'aéroport et à leurs escortes. Le Spectre termina de raccorder son Gymnot puis la rattrapa.

« Pourquoi le laisses-tu faire ? »

Pas de réponse, comme souvent. Pourquoi diable s'imaginait-il encore pouvoir obtenir mieux ? Il ne l'avait jamais vue se préoccuper d'elle-même : elle ne socialisait avec personne – en-dehors des sujets strictement professionnels, autant s'adresser à un mur –, travaillait en permanence sans jamais s'accorder ne serait-ce qu'un moment de détente... Ce n'étaient pas ses affaires mais il trouvait ça malsain. L'absence de relation humaine, le surmenage, le maniement d'outils tranchants et de produits toxiques sans supervision, les combats d'entraînement contre des adultes souvent éveillés et armés c'était une chose mais là ils étaient en guerre. « Tu es avec Bilodeau-Tanguay. Ils ont une niveau 3 donc ils seront certainement envoyés dans les coins les plus dangereux. Tu es sûre que ça va aller ? »

« Ils ont une niveau 3. Et une technopathe, ils auront des robots et l'autorisation de demander un appui de drones. »

Bon, elle avait pris la peine de renverser son argument et de faire des phrases, ça devait compter comme un progrès... Ce n'était pas la réaction qu'il voulait voir mais il avait essayé ; il ne pensait pas que mentionner la famille de la jeune fille lui apporterait de meilleurs résultats. Tous les autres agents, scientifiques comme soldats, même les plus stoïques, avaient trouvé un moment pour contacter leurs amis, leurs familles, leurs collègues restés en sécurité pour leur faire parvenir un dernier message au cas où ils ne reviendraient pas, s'ils ne s'en étaient pas déjà chargés avant leur départ. Même le Dullahan avait au moins pris la peine de sauvegarder les apparences en amendant ses dernières volontés. Elle, non. Tant pis, qu'y pouvait-il ?

« Essaye de faire attention, ils ont besoin de toi au labo. »

« Vos notes aux simulations sont moins bonnes que les miennes. »

Sa façon de dire « mêlez-vous de ce qui vous regarde » sans doute... Elle n'avait pas tort, hélas. Les scientifiques physiquement aptes étaient obligés de participer à deux séances hebdomadaires d'exercice sportif et d'entraînement au combat avec leurs protecteurs ; pas de quoi les changer en vrais soldats mais le but était de toute façon plus modeste : faire en sorte qu'ils ne soient pas de parfaits boulets au cas où il leur faudrait aller sur le terrain. Privé de cosmos, il n'avait pas eu à feindre grand-chose pour être classé parmi les médiocres. Enfin, il savait viser et tirer correctement, suivre les ordres, bouger en formation et se mettre à couvert au moins.

« Excuse-moi d'être inquiet, c'est la première fois que je risque ma vie, moi ! Et pour toi aussi je suppose, tu ne devrais pas prendre ça à la légère. Ils t'envoient où d'ailleurs ? »

« Université. »

« Base militaire pour moi. »

« Je sais. »

Les technopathes savaient toujours tout, avec ce cadre de travail plein de micros et de caméras qui était le leur. C'était très irritant.

La gamine pâle fut la première à bifurquer pour rejoindre son groupe, auquel elle se présenta avec la parcimonie verbale habituelle (« Beth, technopathe de rechange. »). Rogos les salua de la tête sans s'arrêter de marcher – la générale détestait les lambins –, s'attardant une fraction de seconde supplémentaire sur Oblivion. C'était l'instant de vérité, tous ces mois de préparations et d'efforts pour en arriver là... Il y avait des moments comme ceux-là qui restaient dans les annales des Agences, de grandes opérations qui les obligeaient à donner tout ce qu'elles avaient et où l'épreuve du feu révélait leurs meilleurs éléments. Il n'aurait certainement pas l'occasion de briller pendant cet affrontement, ce n'était pas son rôle ; la Mante par contre pouvait en ressortir auréolée de ses prouesses martiales, ce qui permettrait peut-être aux infernaux d'obtenir l'influence que Sa Seigneurie leur avait ordonné d'acquérir en Son nom. Et à côté de cela, tous deux pourraient être témoins des atouts que l'alliance gardait dans sa manche en prévision des batailles les plus difficiles.

L'asiatique et ses subordonnés attendaient à l'écart, disposés en cercle. Il avait l'impression qu'ils se livraient à une sorte de cérémonie, chaque homme et femme prenant successivement la parole pour un court discours, mais il n'en comprit pas un mot. Une fois le rituel achevé, tous burent un verre cul sec ; le français eut le temps d'apercevoir plusieurs cachets et comprimés dans chaque verre. Ce n'étaient pas des drogues de combat comme les autres puisque ces dernières étaient administrées par injection...

« Prêt, docteur ? » l'interpella Ho Sun. Il ne savait pas s'il devait se mettre au garde-à-vous ou non. Sans doute pas, il n'était pas militaire. « Oui mon général ! »

Le sol trembla derrière lui. Il tourna la tête et se retrouva nez à épaule avec un humanoïde colossal. Le corps de la créature sans visage semblait fait de métal et se mouvait pourtant avec souplesse ; à y regarder de plus près, le Spectre put voir qu'il devait s'agir d'une agglomération de poudre métallique. Ses membres se terminaient par des griffes puissantes, sa « peau » était parcourue de sillons dessinant une sorte de circuit et son torse s'ornait de l'inscription 01-א.

Ce format... Keter, la première cellule de Tetragrammaton. L'Énergie, quoi de mieux pour partir au combat ? Lui qui s'était demandé ce que pouvaient faire les autres interfaces... un golem pour l'une d'elles, de toute évidence.

« Aleph est là, nous sommes au complet. Nous irons à pied, ce n'est pas si loin et il vaut mieux éviter d'utiliser des véhicules. »

Lorsqu'ils sortirent de l'aéroport pour s'aventurer dans les rues désertes d'une ville trop silencieuse, il comprit ce qu'elle voulait dire. Tous les bruits normaux de la vie urbaine étaient portés disparus ; les rares infectés encore en état de bouger s'étaient retirés dans leurs maisons d'une démarche de somnambule et seules quelques alarmes retentissaient en vain là où des incendies s'étaient déclarés à cause des poltergeists. Goma était déjà morte, quand bien même le cœur de ses habitants battait encore.
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Sam 30 Juin - 16:28
C’est finalement Beth qui vient nous chercher, et son arrivé ne fait que créer un autre malaise. Même moi je sursaute en observant la gamine blonde se présenter d’une voix morose, parfaitement à l’aise dans son uniforme et sans aucune hésitation dans son vocabulaire. Une vraie pro, plus jeune que moi —et Leticia— et sans aucun mensonge derrière son profil professionnel. Mais comment en est-elle arrivée là? Je sens le malaise de Théo et l’exaspération des autres, à laquelle je ne peux que me joindre : moi, au moins, je n’ai jamais été un boulet à protéger. Luiza ne mâche pas ses mots et n’hésite pas à s’exprimer à voix haute :

-Oh non, pas une autre!

Bilodeau-Tanguay lui lance un regard indigné, mais reste étrangement seul à défendre la nouvelle venue. Aucun support de la part de Papanek, qui l’observe froidement, ni de Keaton et Higgins qui la fusillent du regard. La chauve en particulier ne doit pas apprécier d’avoir à partager la scène avec une autre technopathe, surtout une envoyée par les haut-gradés comme si ses propres habiletés ne suffisaient pas, mais je doute qu’il y ait une raison aussi personnelle à l’affectation de Beth à notre équipe. Peut-être qu’ils pensent juste qu’on a l’habitude des soldats plus jeunes?

-Bon ben… bienvenue dans l’équipe, Beth. Vite fait, au fond t’as Papanek, notre docteur, Keaton, sniper et super pair d’yeux, De Assis, la pro de l’approche silencieuse pis d’la décharge cosmique, Higgins, l’autre technopathe, Marchesi, notre niveau 3 pis une esti de tornade au combat, Dmytryk, le… l’homme à tout faire? C’est bon ça Taras? ‘Kay, j’étais où… ah oui, ensuite y a Roth, notre gars d’la défense pis ton protecteur pour la mission, pis finalement moi, Bilodeau-Tanguay, le gars aux ondes de choc pis le… leader. J’pense.

Le Québécois nous lance un regard interrogateur et nous hochons les épaules avec indifférence. Les communications importantes passent d’abord par lui et c’est le seul qui ose parler au nom de l’équipe, je suppose que c’est vraiment ce qu’on aura le plus près d’un chef. Il a débité toutes ses présentations d’un trait, faisant signe à la petite de se taire dès qu’elle tente de prendre la parole, sans doute pour dire qu’elle sait déjà tout ça, mais connaissant Théo, il tient à avoir un minimum d’interaction avec tous ses coéquipiers, pour ne pas avoir affaire qu’à un nom dans un dossier. Il reste cependant le plus professionnel possible, mais son éternelle inquiétude n’est jamais loin… et je me surprends à ressentir à mon tour une pincée de jalousie.

-OK, p’tit changement d’plan : Higgins, tu vas rester avec Keaton et Dmytryk, tant qu’à avoir deux techniciens on va essayer de répartir les tâches. Taras, si Papanek a besoin de bouger du change de place avec comme ça y aura toujours deux personnes avec Beth, pis… pis…

Le reste de la phrase de Théo se perd dans un hoquet de stupeur et nous nous retournons tous en même temps pour voir ce qui le fait autant paniquer. Notre premier réflexe est de mettre la main sur nos armes, mais le monstre passe tranquillement devant nous sans se retourner, rejoignant Ho Sun et le « docteur Cantor » plus loin, et vu l’absence de menace nous finissons par nous calmer. Notre truc, c’est les éveillés humains et parfois des chimères, et les seuls golems que nous avons pu étudier ne ressemblaient pas à ça. FIRMAMENT a toujours de quoi surprendre.

-Huh. Un X-Men.

-Osti t’es cave!

Un dernier moment de rigolade —un rire honnête, sans le cynisme de Taras— pour nous remonter le moral, et d’un mouvement de tête Théo nous donne l’ordre de partir. Nous nous mettons en position, suivant les autres équipes, puis bifurquant dans une rue quelconque pour suivre la route qui nous a été indiquée. Jamais le terme « silence de mort » n’aura été plus approprié, en sachant ce qui attend les rares civils encore présent, et notre propre mutisme qui n’ose pas les secouer. Seul Jess prend la peine de marmonner quelques mots pour nous donner un aperçu du chemin, mais ses interventions ne sont pas très nombreuses. Après tout, qu’est-ce qu’il peut bien y avoir à dire? Il n’y a personne… Pour l’instant. Le pire, en ce moment, c’est plutôt l’anxiété d’Alastor. Le géant s’est fait donner une énorme responsabilité et a une peur bleue d’échouer, heureusement que Papanek veille et l’aide à faire son boulot : notre technopathe de rechange marche donc devant Roth, pour bien la protéger de derrière, et l’autrichien marche à ses côtés en vérifiant les toits des bâtisses, et après plusieurs minutes de silence décide de rompre le silence.

-Alors, Beth… je suppose que tu as une bonne connaissance de notre équipement supplémentaire pour cette mission. Qu’est-ce que tu peux nous dire de plus à ce sujet?
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Jeu 5 Juil - 20:21
- Mise en application du concept : en 1943, la probabilité croissante d'une défaite militaire poussa le leadership nazi à approuver une expérience de l'Ahnenerbe dont le but était de créer une arme capable de s'opposer au progrès des troupes alliées, ce avec la contribution d'une partie du personnel scientifique affecté à la Solution Finale.

La procédure utiliserait deux types de matière première. Premièrement : des enfants produits par le Lebensborn (censés posséder le plus haut niveau de pureté raciale) dotés de facultés parapsychiques suite à un programme d'entraînement rigoureux, désignés « réceptacles ». Deuxièmement : des spécimens humains jugés « indésirables bien que possédant du sang aryen du fait d'une trop importante hybridation avec des races inférieures », également éveillés par un conditionnement spécifique, désignés « sacrifices ». L'expérience devait transférer l'essence vitale et parapsychique purifiée des sacrifices aux réceptacles afin de permettre à ces derniers de transcender leurs limites humaines et ainsi retrouver la forme et les pouvoirs de leurs soi-disant ancêtres divins.

Ibid.

***

Rogos faisait de son mieux pour ne pas rester à la traîne. Son groupe venait d'être renforcé d'un petit contingent robotique, en plus de la créature de métal animé dont il peinait à suivre les foulées. Les soldats éveillés ne faisaient aucun effort pour lui adresser la parole au-delà du strict nécessaire : ils préféraient rester silencieux, concentrés sur leur mission. Il ne leur en voulait pas mais ça n'arrangeait pas l'état de ses nerfs. Se répéter ses consignes en boucle non plus d'ailleurs.

Rosenberg l'avait averti que les éléments du rituel auraient des points communs avec Tetragrammaton en cela qu'ils mêleraient magie, cosmos et technologie. Un puzzle, une synergie où chacune des trois forces couvrait les angles morts des deux autres afin qu'elles puissent toutes révéler leur plein potentiel, au-delà de leurs limites ordinaires. Un tout supérieur à la somme de ses parties. Envolées lyriques mises à part, l'assemblage fonctionnait comme un gigantesque neurodrive, un dispositif intégrant un cerveau ou en tout cas un réseau de neurones dans une machine. Et son rôle était de désactiver ladite « machine » – une métaphore dans le cas présent puisque tous ses composants n'étaient pas d'origine mécanique ou électronique – au péril de sa propre vie.

Le Spectre pensait pouvoir s'acquitter de sa tâche concernant les éléments cosmiques et scientifiques du rituel mais côté ésotérique, il était perdu. Les occultistes étaient hélas en sous-effectif, on avait besoin d'eux ailleurs que sur le champ de bataille lui-même et il lui avait donc fallu se contenter d'une poignée de talismans reliés à distance aux thaumaturges, qui leur serviraient de relais pour leurs propres manipulations. À quoi tenaient ces choses-là parfois...

« Arrivée dans une minute. » avertit un soldat. Le trajet avait été quelque peu rallongé car ils évitaient les grandes artères, passaient au ras des murs et couraient d'obstacle en obstacle afin d'être à couvert au cas où d'éventuels tireurs embusqués les prendraient pour cibles, cependant ils arrivaient rapidement au bout du périple. Pas trop tôt : il ne savait pas précisément en quoi devait consister l'apothéose de l'épidémie mais le moment s'en rapprochait indubitablement, l'intensité des cosmos des centaines de milliers d'éveillés s'élevait sans cesse et leur concert de « voix » discordantes s'harmonisait de plus en plus pour tendre vers une note unique.

« Rien sur l'imagerie thermique ; restez sur vos gardes quand même. »

Un conseil sensé quand on savait que certains ennemis des Agences disposaient de camouflage infrarouge et que les groupes d'intérêts avaient tendance à s'échanger leurs petits secrets. Leurs mystérieux criminels avaient déjà traité avec le PWM, pourquoi n'auraient-ils pas fait de même avec Phénix ?

« Stop ! » ordonna la générale lorsqu'ils arrivèrent finalement en vue de la base militaire protégeant le cœur de la ville... jusqu'à ce que l'armée l'abandonne derrière elle en tout cas. Ils restèrent là, immobiles pendant plus d'une minute alors que les soldats examinaient et ré-examinaient les images des drones. Ils pensaient clairement à quelque chose mais ne jugeaient pas pertinent de lui faire partager leurs réflexions, c'était très frustrant.

« Illusion ? » osa finalement demander l'un d'eux. Voilà qui était intéressant, il aurait adoré savoir ce qui leur avait mis la puce à l'oreille. « Sûrement ; on passe en ASIF. »

Le cavalier sans tête aurait juré entendre des grognements sur – une fois encore – les américains et leur manie des initiales au milieu des murmures d'assentiment ; les chinois partageaient visiblement l'opinion de leur générale. Une seconde plus tard, la visière de son casque s'opacifia totalement avant d'afficher une image de l'extérieur telle que captée par les caméras : la réponse des Agences face aux adeptes de la surcharge sensorielle et aux illusionnistes du dimanche dont les techniques n'affectaient que rarement les machines ou ne s'étendaient généralement pas au-delà du spectre de la lumière visible. Il ne remarqua pas tout de suite la différence mais un soldat eut l'amabilité de lui indiquer les vagues silhouettes précédemment invisibles qui se déplaçaient derrière les fenêtres.

« À l'assaut. »

Les seuls humains encore sains de cette ville étaient les soldats des Agences et leurs ennemis : pour une fois, il était raisonnable de frapper d'abord et de poser les questions ensuite. Au signal d'Ho Sun, un brouillage radio fut activé et plusieurs roquettes s'écrasèrent sur le bâtiment, pulvérisant la façade. Ses subordonnés la précédèrent au feu ; explosions et rafales d'armes automatiques leur répondirent tandis que les messages s'enchaînaient dans leurs communicateurs, les prévenant qu'ailleurs également la bataille de Goma venait de débuter.

***

Un très mauvais départ. Prévisible, ni son rôle ni son apparence ne prédisposaient les mercenaires à l'accueillir avec bonne humeur. Les interactions avec d'autres gens que le personnel affecté à Tetragrammaton étaient toujours difficiles : les scientifiques et techniciens étaient supposés garder une certaine distance mais il lui faudrait rechercher un autre genre de coopération avec ses gardes. Éviter de froisser accidentellement quelqu'un lui paraissait être une raison tout à fait valable pour ne pas se montrer et garder le silence ; pourtant le professeur insistait pour que l'interface sorte, aille à la rencontre des gens et prenne la parole. Puis il l'admonestait lorsque – sans surprise – ça ne se finissait pas bien. Tout était tellement plus simple quand les communications passaient simplement par un écran ou un canal vocal... Hélas les circonstances ne leur laissaient pas le choix cette fois, tous les effectifs disponibles étaient mobilisés.

Cela dit, ses propos auraient effectivement pu être mieux choisis. Ils pouvaient être pris pour une insinuation selon laquelle Higgins faisait mal son travail ou était trop faible pour rester en vie lors des épreuves à venir et aurait donc besoin d'être remplacée. Exprimer ces choses n'avait jamais été son intention : le journal des incursions régulières de la technopathe chauve dans les systèmes de l'alliance montrait qu'elle était aussi compétente que prudente. Elle n'avait jamais cherché à fouiner là où il ne fallait pas et il n'avait donc pas été nécessaire de la punir comme tant d'autres de ses semblables. La jeune fille pâle tenta de reprendre la parole pour s'excuser du malentendu – il faudrait trouver autre chose pour vaincre leurs réticences à s'embarrasser d'une deuxième enfant-soldat encore plus jeune que celle qu'ils avaient déjà – mais en fut empêchée par le canadien. À deux reprises même, puisqu'il ne la laissa pas non plus dire qu'elle les connaissait déjà tous, à un degré qui les braquerait encore plus si elle commettait une erreur supplémentaire en l'avouant. Personne n'aimait se savoir espionné.

« Enchantée. » fit Beth lorsque son chef d'équipe termina d'exposer son plan et lui laissa enfin l'occasion d'en placer une. Il était temps d'essayer de réparer les dégâts en faisant preuve de davantage de tact. « Je fais partie du personnel scientifique, le combat n'est donc pas mon fort. Je m'en remet à vous. »

C'était techniquement la vérité, le rôle de l'interface de Chokmah n'était pas de combattre et dans ce cas précis sa mission serait de désamorcer le dispositif utilisé par le groupe d'intérêt à l'origine du phénomène touchant Goma. Il fallait espérer que la démonstration de contrition – voire de soumission – suffirait à mettre fin à cette animosité à son égard. La distraction momentanée provoquée par le passage d'Aleph ne leur ferait pas oublier en tout cas, malgré l'impression donnée par ce soudain accès d'hilarité générale.

Beth suivit docilement le mouvement lorsque le groupe prit la route, prenant la place indiquée par le canadien dans la formation. Ils s'enfoncèrent dans les rues pleines de voitures abandonnées et de déchets exposés aux éléments, entre les maisons aux portes closes et aux fenêtres barricadées datant des premiers temps de l'épidémie, lorsque les habitants avaient tenté de mettre en place des mesures de quarantaine rudimentaires ; ça ne leur avait évidemment pas réussi. La vermine qui vivait cachée dans toute ville s'était enhardie avec la baisse de l'activité humaine et infestait maintenant les parages au grand jour – ou au grand soir –, s'enfuyant à l'approche des mercenaires.

La tension montait de plus en plus au sein de l'unité, surtout chez le colosse qui lui servait de garde du corps. Elle essaya de lui adresser un signe de tête encourageant : le professeur disait que c'était la chose à faire dans ces cas-là. Papanek tenta également de détendre l'atmosphère – et par la même occasion de la faire se sentir moins mal à l'aise sans doute ? – en engageant la conversation avec elle. Ça ne coûtait rien de jouer le jeu... en se montrant plus causante que d'habitude puisque c'était apparemment important, même si le point d'équilibre entre pénurie et excès de paroles lui échappait toujours.

« Les nouvelles batteries ont deux fois plus d'autonomie, la couche électroréactive des combinaisons a été renforcée depuis Stepnogorsk, le système de refroidissement des railguns et les condensateurs des Gymnots sont un peu plus performants, la cadence de tir sera meilleure. Toutes les grenades sont de grade maximal, faites attention avec les émétiques en particulier, leur contenu se répand très vite même si le vent joue en votre faveur. »

Les chimistes français avaient eu droit à de multiples comparaisons avec un célèbre putois de dessin animé lorsque les agents des autres pays avaient constaté l'efficacité de leurs créations ; la blague tournait encore dans les laboratoires, à leur grand regret.

« Le reste nous rejoindra quand nous franchirons le périmètre extérieur. Je ne voudrais pas gâcher la surprise à Higgins. »

Et en effet, lorsque la limite de la zone contrôlée par les Agences fut atteinte, trois machines de guerre japonaises les attendaient. Leurs corps insectoïdes recouverts d'un camouflage urbain semblaient faits pour la mobilité tout en restant suffisamment imposants pour servir d'abris mobiles, leurs batteries de capteurs apporteraient des yeux supplémentaires à l'escadron – conjugués à ceux des drones dissimulés dans le ciel nocturne – et leurs armes fourniraient un appui appréciable. Laissant la technopathe se familiariser avec leurs nouveaux alliés mécaniques, Beth entreprit d'en expliquer les caractéristiques aux autres.

« Le Kamakiri est équipé de six Chunjun – deux actifs, quatre de rechange –, deux mines antipersonnel télécommandées, deux mitrailleuses indépendantes, un lance-flamme et un lance-grenades. Les Onigumo ont chacun deux railguns, deux grappins pour l'escalade, quatre mines, deux lance-grenades, une mitrailleuse et un réservoir de gaz de combat, tous indépendants. Les deux modèles ont un dispositif d'autodestruction pour les attaques-suicide. »

Le premier type de robot rappelait une mante religieuse et était une variante des unités inaugurées à Svalbard qui commençait tout juste à être produite en masse, faite pour la vitesse et le combat rapproché comme à mi-distance. Le deuxième était arachnéen, pensé pour les traquenards, les attaques décisives à longue portée et la protection des soldats battant en retraite. Ils en auraient sans doute bien besoin d'ici quelques minutes à peine... ou plutôt secondes, car les drones détectaient du mouvement dans les bâtiments environnants alors même que les détonations commençaient à retentir aux quatre coins de la ville et que les canaux de communication s'animaient soudain, les enjoignant d'activer les filtres sensoriels de leurs combinaisons.

***

Ces soldats inconnus étaient manifestement venus leur disputer le contrôle de la ville ; c'était à peu près tout ce qu'ils étaient parvenus à glaner... ça et le constat qu'ils étaient remarquablement bien équipés. Mais le patron aussi avait plus d'un tour dans son sac, et comme les méthodes de ces intrus indiquaient qu'il ne s'agissait probablement pas des sbires de l'une ou l'autre divinité, cela voulait dire qu'ils avaient toutes leurs chances. Ils n'avaient même pas besoin de terrasser immédiatement l'opposition, la ralentir jusqu'à ce que le rituel arrive à son terme serait amplement suffisant.

Le plan du patron était simple : profiter du fait que la clé de voûte du rituel ne pouvait être aisément localisée afin d'établir de multiples leurres un peu partout dans Goma. Plutôt que de défendre tous ces leurres en même temps, leurs hommes formeraient quelques escadrons aux effectifs fournis qui attendraient que l'ennemi divise ses forces, puis s'en prendraient aux groupes d'assaut les plus vulnérables en tirant avantage de leur supériorité numérique. Ils infligeraient le plus de dégâts possible puis se replieraient avant que d'autres hostiles ne puissent venir au secours de leurs victimes et répéteraient le processus autant de fois que nécessaire.

Bien sûr, certaines équipes étaient mieux positionnées que d'autres pour mettre le plan à exécution. L'université était difficilement défendable ce qui avait poussé Sobieski, chef du quatrième escadron, à parier plutôt sur une attaque-surprise sur le chemin menant au campus, en passant par l'intérieur des maisons pour réduire les chances d'être détectés. La qualité du matériel furtif ennemi compliquait la tâche mais c'était pour ces cas-là qu'ils avaient embauché un traqueur...

« Merde ! » pesta soudain ce dernier, surprenant son supérieur.

« Qu'est-ce qu'il y a ?! »

« Ils en ont une qui peut faire de la projection astrale, je crois qu'elle m'a repéré ! »

Merde, effectivement. Pas le temps de lui demander s'il « croyait » juste avoir été démasqué ou s'il en était sûr, il fallait agir avant que toute l'embuscade ne tombe à l'eau, surtout si l'ennemi avait ses propres éveillés !

« Donne les coordonnées ! »

« 54E ! »

Cinquante-quatre mètres vers l'est, au niveau du sol puisqu'il n'avait pas précisé d'élévation... donc trois mètres vers le bas pour maximiser le champ d'action de l'offensive. Derrière lui, chacun des éveillés équipé du gantelet spécial ajustait son calcul par-rapport à sa position respective ; c'était regrettablement près de la limite de portée efficace du dispositif, la marge d'erreur serait plus grande. Tant pis.

Tous élevèrent leur cosmos à son signal et activèrent l'appareil, coupant le flux d'énergie pour redevenir indétectables par le sixième sens adverse dès l'attaque exécutée. Chaque gantelet généra un trou de ver infinitésimal débouchant à proximité de leurs cibles, aspirant un faible volume d'air au passage et le soumettant à une pression qu'on ne trouvait d'ordinaire que dans les entrailles d'une étoile agonisante. Lorsque les singularités ainsi formées émergèrent du raccourci dimensionnel, le monde fut dévoré par la lumière. La matière fut convertie en énergie, l'énergie en chaleur et la chaleur en onde de choc. Même à cette distance, ils durent baisser les yeux pour ne pas être aveuglés par l'éclat insoutenable du flash lumineux ; l'intensité du flamboiement était telle que près de l'épicentre, elle pouvait provoquer une cécité définitive. Une fraction de seconde plus tard, un coup de tonnerre ébranla leur cachette. Ils se mirent en route : si les intrus avaient survécu, ils devaient à présent être désorientés par ces explosions venues de nulle part. S'ils s'en rapprochaient suffisamment dans l'intervalle la prochaine salve serait plus précise et dévastatrice ; pendant ce temps, la piétaille non-éveillée descendrait dans la rue et couvrirait leur avancée en canardant l'ennemi.
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Ven 13 Juil - 3:48
-Ah, les surprises des Agences…

Une bonne réponse aux explications de Beth, mélangée d'humour qui se veut avenant et de sarcasme. En effet, quand FIRMAMENT surprend, on est les derniers à la trouver drôle, ce n'est pas toujours à notre avantage. Il faut faire plus d'effort pour intégrer la gamine à l'équipe, ce n'est pas comme si elle avait demandé à être la bizarre du groupe. Ça explique la discussion lancée par Papanek, qui avant ça s'était contenté de l'examiner de loin. La théorie de l'enfant prodige pour expliquer sa présence ne tient pas vraiment… Si ce n'était qu'une éveillée normale, elle aurait fini avec nous, chez les mercenaires.

Alastor aussi se pose ces questions. En marchant derrière l'enfant, il scrute sa démarche et sa posture comme si elle était un puzzle impossible à compléter. Voir le colosse toujours plus nerveux et incertain, à se demander s'il est seul, me fait un drôle de pincement au cœur… mais il n'osera pas le demander.

-Ils t'ont fait des expériences à toi aussi?

-Marchesi!

Je hausse les épaules, comme si l'embarras de Roth ne me faisait rien, puis indique au reste du groupe que nous sommes arrivés à destination. Tout de suite, Emily s'approche des robots comme une gamine devant un cadeau, les scrutant sur tous les angles en débitant des observations et admirations que je ne comprends qu'à moitié, suivie des autres qui écoutent les explications plus calmement. Je ne peux m'empêcher de sourire en entendant le nom du premier robot…

-Mouvement à l'ouest!

Oh. Ça commence déjà. Chunjun en main, je me tourne vers la direction indiquée en scrutant les bâtisses, sans rien voir. Keaton est déjà là-dessus, le regard dans le vide, à scruter bien plus loin que ce que nos yeux peuvent voir. Taras doit la guider pour qu'elle se déplace à la même vitesse que nous, l'éternel désavantage d'un tel don, même si la rousse est capable de coordoner ses mouvements avec sa double-vue jusqu'à un certain point.

-Y a de la vie à environ cinquante mètres.

-Des civils?

-Je sais pas. Ils bougent beaucoup pour des légumes…

Soudain, la sniper se fige et cligne des yeux, revenant à la réalité.

-Je les ai perdu!

En entendant la nouvelle, tout le monde se prépare et commence à zigzaguer entre les bâtisses, filtres sensoriels activés, gardant un œil sur les fenêtres des immeubles et utilisant la projection astrale de Keaton sur de plus courtes distances pour repérer de possibles ennemis. Elle devrait y arriver. Ne plus rien voir d'un coup est tout aussi révélateur que si elle repérait quelqu'un : ça veut dire que non seulement l'ennemi sait qu'on est là, il prépare aussi quelque chose et a les moyens de se débattre.

Et pourtant, il n'y a rien.

Mes capteurs m'alertent du danger bien trop tard et je n'ai pas le temps d’en chercher la provenance qu'une explosion me soulève de terre pour me projeter contre la bâtisse la plus proche. La vague de chaleur, combinée à l'impact violent, me laisse avec à peine assez de force pour lever mollement les bras pour me protéger d'une pluie de débris. Plus désorientée que blessée, je jette un regard embrumée autour de moi, pour constater que tout le monde a été touché et tente maintenant de se relever. Seule Luiza, le corps parcouru de décharges bleutées, a plus de vitalité.

-Bordel! Debouts, DEBOUTS!

Je m'extirpe des débris avec difficulté, grimaçant en sentant mes muscles protester contre l'effort. Papanek se précipite vers Beth pour s'assurer qu'elle va bien, sous les yeux d'un Alastor pas trop amoché, mais tétanisé par un premier échec.

-C'était quoi ça?!

-Je sais pas!

Dans un geste aussi brave que stupide, Higgins s'approche de l'endroit d'où est venue l'explosion pour l'examiner, voir trouver une pièce de technologie à exploiter, mais sa posture nous annonce que nous n'aurons pas cette chance.

-Rien. Pas de résidu, pas de canon.

-Tu examineras ça plus tard, on a de la compagnie!

Les bruits de pas et les ombres sur les murs sont faciles à rater, surtout pour ceux encore trop pris par la dernière attaque, mais Luiza a raison : un groupe approche, très vite, et ce ne sont pas des renforts.

-Esti de sacrament…

-Jess, prends Gumo et couvre-nous du haut des bâtisses! Cherche la source des attaques!

-Gumo c'est lequel?

-Celui que tu veux! Ben, Roth et Beth, prenez Kiri et contenez l'attaque sur l'ouest! Taras, avec moi, on fait la même chose à l'est avec Oni! Empêchez-les de se disperser!

-Oh non…

-Théo, en position pour un Salut de Canon !

Le Québécois marmonne quelques insultes dans sa langue, puis se place devant moi et Luiza en décrochant une grenade explosive de sa ceinture. On a pratiqué cette technique quelques fois en entraînement, pour lui permettre d'améliorer ses ondes de choc directionnelles, mais rien ne prouve que ça marchera sur le terrain. Et le timing doit être parfait, sinon...
Ce sera une attaque en deux vagues. La première, l'explosion de la grenade, et ensuite, une onde de choc pour renvoyer les shrapnels et nous protéger tout en repoussant l'ennemi. Emily donne le signal et nous comptons silencieusement, ou plutôt nous récitons les quelques paroles de la chanson qui a inspiré l'attaque, et Théo lance sa grenade de toutes ses forces.

-FEU!

L'explosion retentit exactement au même moment que le cri d'Emily, et une fraction de seconde plus tard Bilodeau-Tanguay frappe des mains, créant une puissante onde de choc qui contient la puissante chaleur et la renvoie vers les soldats. De Assis et moi retenons notre souffle, attendant de voir si ça a marché ou s'il faudra traîner le Québécois transpercé de shrapnels en sécurité, mais il est encore debout. Une seconde, puis deux, et nous nous relevons. Il va bien, il aura un peu de temps pour s'en remettre, si on passe à l'attaque tout de suite. Mais vu la réussite de la manœuvre, il est content, et ça ne peut que faire du bien.

-HA! We salute you, mes tabarnak!

-Bon travail, tout le monde! À l'attaque!

Enfin...
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Sam 14 Juil - 22:58
- Résultat : protocole appliqué en 1945. Échec catastrophique. Au lieu de transformer des humains en divinités ou simplement d'accroître le niveau de leurs capacités parapsychiques, l'expérience tua à la fois sacrifices et réceptacles (66 victimes) puis engendra une entité très agressive et apparemment dénuée d'intelligence qui attaqua immédiatement les présents. (NB : deux hypothèses s'affrontent quant à l'origine de l'entité ; les tests menés par nos équipes tendent à infirmer la thèse d'une créature invoquée en provenance d'un autre lieu et à soutenir celle d'un être artificiel.)

L'entité (nom de code : type Svarog) tua 37 soldats et 86 non-combattants (dont des prisonniers du camp d'extermination où se déroulait l'expérience), détruisit 2 tanks et plusieurs bâtiments à l'aide de facultés psychokinétiques. Inorganique, elle se montra hautement résistante et résiliente, incombustible et insensible aux armes chimiques, capable de survivre à la destruction de la majeure partie de sa masse corporelle et de régénérer rapidement les zones endommagées en violation apparente des lois de conservation de l'énergie et de la matière. Elle implosa sans raison déterminée un peu plus de 9 minutes après sa « naissance », disparaissant sans laisser de traces et emportant avec elle le contenu d'une section spatiale sphérique d'environ deux mètres de diamètre.

Un faisceau d'indices nous conduit à penser que le responsable scientifique du projet savait que l'expérience échouerait (sans pour autant savoir en quoi consisterait le résultat final) et aurait délibérément menti au Führer. Le nettoyage complet du site ainsi que la capture des survivants du personnel par les forces armées soviétiques et leur décès probable à la date actuelle nous empêchent toutefois d'étudier cet incident autrement que par le biais de trop rares documents d'archive.

Ibid.

***

Les filtres sensoriels avaient très probablement sauvé la vie de nombre de leurs soldats. Aveugles et sourds, ils n'auraient pas fait long feu face à l'ennemi. Numéro 2 inspecta les relevés arrivant des quatre coins du champ de bataille pour déterminer les caractéristiques de l'arme ennemie : intensité lumineuse du flash, température à l'épicentre, pression et célérité de l'onde de choc, perturbations électromagnétiques et gravimétriques, produits de réaction chimique... La longueur d'onde du dégagement d'énergie était typique d'une réaction d'annihilation matière-antimatière en atmosphère, identique au résultat d'un tir de Toungouska. Cela allait compliquer les choses ; la cellule intégra immédiatement ce nouveau facteur à ses simulations du déroulement possible de la bataille, tout en laissant de la marge pour accommoder de multiples inconnues – portée, précision, cadence de tir... – jusqu'à ce qu'une analyse plus précise des capacités adverses lui permette de raffiner ses modèles.

C'était une expérience très instructive d'être du mauvais côté d'une arme spatio-temporelle, d'autant plus qu'aucun groupe d'intérêt ne s'était jusqu'ici retrouvé en possession d'une telle technologie. C'était forcément le fait d'un matériel particulier, le groupe accompagnant l'interface avait été assailli à lui seul par pas moins de sept explosions simultanées et il était hautement improbable que l'ennemi soit parvenu à réunir autant d'éveillés spécialisés dans ce type de techniques. Il y avait cependant une autre interrogation de taille : cette technique-ci ne pouvait être exécutée que par un éveillé de la tranche supérieure du niveau 3 au strict minimum ; d'où venait l'énergie manquante ?

La réponse pourrait cependant attendre, la priorité allait à la formulation d'une parade. Numéro 2 accéda donc aux archives du SSS et se mit à la recherche de facultés parapsychiques appropriées. Gate Shunt, Zero-Point Lock, Entropy Sink... inutilisables par l'unité Bilodeau-Tanguay. Ray Shield, Mirage Cloak, Scattering Mist Veil, Crystal Dust Cloud, Counterblast, Mirror Shards... également inadaptés à leurs pouvoirs respectifs ; les électrokinésistes chinois par contre devraient être capables d'en reproduire les effets, il suffirait de réarranger quelques équations. La seule option serait de combiner les facultés de Roth, De Assis et Bilodeau-Tanguay, seulement un tel projet n'était pas viable : ils ne pouvaient pas produire un bouclier à la fois omnidirectionnel et permanent, y recourir diminuerait drastiquement la mobilité de l'équipe entière pour un gain limité et le plus important, ils n'étaient ni entraînés ni équipés pour faire usage de techniques synergiques.

« Je vais bien. » déclara l'interface en émergeant des décombres avec l'aide de Papanek... en tout cas les dommages subis ne l'empêcheraient pas de suivre. La combinaison avait admirablement bien fait son travail, pour elle comme pour les autres, mais leur chance ne durerait pas longtemps s'ils laissaient l'ennemi s'approcher. Ils avaient tiré depuis une cinquantaine de mètres et avaient manqué la cible d'environ cinq mètres, soit une marge d'erreur de 10% ; si ce chiffre évoluait dans les mêmes proportions qu'avec Toungouska, une attaque à moins de vingt mètres pourrait être fatale. « Trou noir. » tenta-t-elle d'expliquer à Higgins en entendant ses interrogations et exclamations paniquées, mais le message sembla passer inaperçu à cause de l'arrivée de nouveaux hostiles.

La chauve prit le commandement et divisa rapidement les tâches entre les membres de l'unité. Beth obéit sans poser de questions, rejoignant ses gardes du corps pour protéger le groupe du péril qui se rapprochait à couvert pendant que les sous-fifres non-éveillés faisaient bruyamment diversion. Elle prévint tout de même les mercenaires du danger sans s'embarrasser d'explications techniques pour cette fois.

« L'attaque précédente ignore les obstacles entre tireur et cible ; il faut bouger ou forcer l'ennemi à bouger pour l'empêcher de viser, le garder loin de nous ou l'affronter au corps-à-corps. »

Le fracas d'une détonation fut suivi par celui de la technique du canadien. Les rafales d'armes automatiques se calmèrent momentanément alors que leurs porteurs se mettaient à l'abri, un instant trop tard pour certains. Un soldat tomba et ne se releva plus, deux autres durent être traînés en sécurité par leurs camarades, gémissant en laissant une traînée de sang derrière eux. La situation devait être bien en main de ce côté-ci si les auxiliaires avaient le temps de chanter.

Une connexion fut établie entre Chokmah et le Kamakiri tandis que la cellule traitait les données envoyées par leurs multiples capteurs. Les éveillés évitaient de se montrer à l'air libre, n'apparaissaient pas à l'imagerie thermique et ne se servaient pas de leurs capacités parapsychiques pour le moment, ce qui rendait la détection difficile mais non impossible : le bref moment de calme provoqué par Bilodeau-Tanguay permit aux capteurs acoustiques de repérer des bruits de pas rapides et nombreux à une trentaine de mètres. Il fallait faire vite : le robot de combat se tourna vers la bâtisse et y tira une grenade. L'explosion démolit une bonne partie du rez-de-chaussée de la petite maison dont les murs fragiles commencèrent immédiatement à s'effondrer. La vue aérienne transmise par les drones permit d'extrapoler les chemins que leurs ennemis emprunteraient pour évacuer ; la machine fut repositionnée pour permettre à ses mitrailleuses d'arroser simultanément les deux trajets les plus probables.

« Soutien aérien temporairement indisponible. » avertit la jeune fille lorsqu'un message l'informa que des collègues moins fortunés avaient réquisitionné tous les drones armés du secteur pour se tirer de leur propre pétrin. Numéro 2 avait paré au plus urgent et s'en remettait à présent aux deux gardes ; l'interface désigna une rangée d'immeubles se dressant derrière eux, entre leur champ de bataille et l'aéroport. « Roquettes toujours possibles mais les immeubles bloquent la trajectoire. On les détruit ou on se contente du mortier ? »

Mieux valait se débarrasser le plus vite possible des éveillés : l'intensification de leur aura serait le seul signe avant-coureur de l'offensive et elle ne permettrait pas de deviner à l'avance l'endroit où se produirait l'explosion. Ils pouvaient frapper n'importe où.

***

Ces intrus s'étaient vite repris et ils n'y allaient pas par quatre chemins. Cette maison abritait encore ses occupants d'origine et ils l'avaient fait sauter dès que lui et ses hommes y avaient mis les pieds ! Enfin, une famille de plus ou de moins ça ne ferait pas une grande différence dans le plan du patron, il avait la population entière de cette ville en guise de cobayes. Les soldats sortirent en catastrophe par l'arrière de la masure avant qu'elle ne s'écroule mais leur route fut coupée par des rafales de mitrailleuses qui transperçaient sans mal les parois en bois des maisons adjacentes. Ils n'avaient pas d'autre choix que de s'éloigner de l'ennemi au lieu de s'en rapprocher ; cela dit, ils avaient tout de même réussi à réduire la distance.

« Les péons sont coincés. » alerta le traqueur. Sobieski siffla sa désapprobation : dix contre un et ils étaient ceux qui se faisaient tenir en respect, quelle honte. « On les libère et on prend ces connards en tenailles ! Feu en succession, on bouge dès qu'on a tiré, restez à l'affût de la sale petite fouine ! »

Attaquer d'un coup avec tous les gantelets avait été un pari motivé par l'urgence, sa réussite aurait estropié l'opposition dès l'assaut initial. Ça n'avait pas marché et puisque l'ennemi les localiserait s'ils utilisaient leur cosmos, un changement de tactique s'imposait. Tels les fusiliers des armées d'antan, ils tireraient chacun leur tour pendant que leurs camarades rechargeraient, sans laisser de temps mort permettant à l'autre camp de contre-attaquer.

Ils prirent leurs jambes à leur cou dès l'envoi de la première salve, zigzaguant pendant que chaque soldat prenait le relais à tour de rôle pour écraser la ligne de défense retenant leurs renforts sous un feu constant. Cela ne signifiait cependant pas la fin de leurs problèmes, loin de là même puisque les tirs de mitrailleuse les trouvaient toujours avec une précision qui n'était pas naturelle, les obligeant parfois à invoquer brièvement leurs pouvoirs pour se tirer du guêpier... ce qui leur valait instantanément d'autres projectiles encore mieux ciblés. Il adressa un regard lourd de reproche à leur traqueur.

« J'y peux rien, merde ! Elles sont pas vivantes ces foutues machines, je peux pas les pister ! »

« Dis-moi que t'as une bonne nouvelle... »

« Nos gars ont repris leur avance et ont assez de jugeote pour ne pas utiliser les grenades ? »


Encore heureux, ç'aurait été un coup à se reprendre leurs propres explosifs à la figure. « Génial, maintenant... » commença Sobieski alors qu'il prenait un tournant, une nouvelle rafale leur interdisant pour la énième fois de progresser vers l'ennemi. Ses instincts aiguisés s'emballèrent soudain et il changea de direction à la dernière seconde : « Non, pas par... ! »

Un projectile tombé du ciel pulvérisa la maison où ils s'apprêtaient à se réfugier, ne laissant qu'un tas de poutres et de gravats. Fils de chiens, ils avaient failli tomber dans le piège !

« On alterne, faites-moi taire ces mitrailleuses ! » ordonna-t-il en enflammant son cosmos, l'espace-temps se distordant au creux de sa paume pour forger un fragment de pure destruction et le recracher là où se tenait l'objet de sa hargne.

***

« Canon EHSH. Bordel. » jura Ho Sun en tirant le docteur Cantor derrière elle. Ce dernier s'estimait déjà content de pouvoir suivre sur ses propres jambes plutôt que d'être trimbalé comme un sac de patates. Le commando s'abrita derrière le coin d'un bâtiment juste à temps pour échapper à une éruption lumineuse qui retourna une voiture ; il vit que sur tout un côté du véhicule, l'éclat avait complètement incinéré la peinture et fait fondre la surface du métal en dessous. Plus le temps passait et plus il apprenait à apprécier sa combinaison hermétique : grâce à elle ses yeux et ses oreilles étaient toujours intacts, il n'avait pas encore de brûlure au troisième degré ni d'hémorragie interne ou d'organes broyés à cause du souffle des explosions. Des bleus partout et sans doute des os fêlés si par contre mais on ne pouvait pas tout avoir. « Nous savions que nous n'en aurions pas éternellement l'exclusivité. »

L’Étoile Terrestre aurait adoré qu'on lui explique comment fonctionnait cette fameuse arme : un instant il n'y avait rien et soudain, surgissant de nulle part, une vague de chaleur et de lumière si intenses qu'elles marquaient les murs et le sol – les portions qui n'avaient pas été vitrifiées et tenaient encore debout après l'onde de choc en tout cas – avec l'ombre de ce qui avait la malchance de se trouver trop près de l'épicentre, rappelant les macabres pochoirs d'Hiroshima et Nagasaki. Aucun d'eux n'avait été touché directement mais il s'en était fallu de peu ; trois soldats avaient subi des brûlures à travers des tenues pourtant ignifugées et l'un d'eux avait le bras cassé. Quant à leurs ennemis, ils avaient appris à leurs dépens qu'un mur en béton fût-il armé ne constituait pas une protection adéquate face à des tirs de railgun et s'étaient repliés plus profondément dans la base.

« Laissez-moi derrière, je ne fais que vous ralentir. » proposa le Spectre. Les combattants des Agences auraient plus de succès s'il se cachait dans un recoin en attendant qu'ils en aient terminé, ça ne devrait pas être si difficile à trouver... Autrement il ne voyait pas comment se caler sur leur rythme sans son cosmos et il aurait du mal à les convaincre que son « éveil spontané » en plein milieu de l'opération n'était qu'une heureuse coïncidence.

« Ne dites pas de bêtises Cantor, il y en a d'autres qui rôdent un peu partout, je préfère vous avoir là où je peux vous voir. »

Des détonations saccadées retentirent à deux rues de distance ; les robots qui assuraient leurs arrières venaient de tomber sur un détachement ennemi. Rogos concéda le point mais ça ne réglait pas leur problème pour autant.

« Ils l'auront voulu, passons aux choses sérieuses. Aleph, le sol ! »

Le corps du géant s'électrifia et il abattit son poing monstrueux à ses pieds, un mouvement si rapide qu'il sembla instantané aux yeux du Dullahan. L'asphalte fut pulvérisé et violemment expulsé dans un rayon de plusieurs mètres, mettant la terre à nu et rompant du même coup une canalisation d'eau. Les cosmos des asiatiques s'harmonisèrent, comme s'ils appartenaient désormais tous à une seule et unique personne ; des arcs électriques fusèrent de leurs mains pour atteindre l'eau et la terre. Une sorte de sable noir fut extrait du sol, s'envolant en suivant le courant pour former un tourbillon de plus en plus massif, de plus en plus épais autour du groupe. L'eau fut pareillement placée sous le contrôle des éveillés, le français eut à peine le temps de la voir adopter une teinte dorée avant que son flot ne se divise en globules, puis en une brume de gouttelettes qui vinrent se mêler au sable... non, des particules de fer en lévitation électromagnétique, il ne le réalisait que maintenant.

Alors voilà leur bouclier... le cavalier sans tête faillit demander comment ils comptaient y voir à travers ce rideau opaque puis se rappela de la présence des drones. Question stupide, il n'aurait qu'à suivre les militaires et à leur faire confiance.

Le commando chargea bravement, protégé par une tempête de métal volant striée d'éclairs, le scientifique faisant de son mieux pour courir dans les pas des soldats. Les flashs de lumière incandescente s'enchaînèrent autour d'eux en ne laissant aucune pause, et pourtant le tourbillon tint bon. Les éclats de métal réfléchissaient ou absorbaient l'éclat meurtrier et ce que Rogos soupçonnait être le liquide produit à partir de l'eau explosait dans la fraction de seconde, opposant un souffle contraire à celui de l'attaque ennemie afin de l'amortir. La chaleur qui aurait dû les ébouillanter vifs devenait simplement douloureuse, les ondes de choc qui auraient dû leur briser les os ne faisaient plus que les secouer jusqu'au fond des tripes. Mais cela ne suffirait pas, s'ils se rapprochaient trop leurs adversaires pourraient conjurer une détonation à l'intérieur du bouclier, et là...

La foudre jaillit du dernier soldat de la colonne puis fut transmise à celui devant lui : elle gagna en intensité, se propagea au suivant et ainsi de suite jusqu'à ce que l'homme de tête se retrouve au centre d'un halo électrique amplement digne d'un chevalier de Bronze. Il frappa du poing le rempart mouvant, ménageant un orifice qui se referma immédiatement. Il y eut un épouvantable vacarme lorsque le mur du son fut pulvérisé par des centaines de projectiles et trois signatures cosmiques pourtant abritées loin à l'intérieur de la base s'éteignirent subitement alors même que d'autres s'élevaient, leurs propriétaires ayant momentanément cédé à la panique.

« Qu'est-ce que... »

« Rail-shotgun ? » musarda un soldat. « Vous demanderez aux américains s'ils ont réfléchi à un nom, ils aiment ça. »
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