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RogosSpectre du Dullahan | Modérateur
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Sam 23 Juin - 14:56
Théozoa :

- Étymologie : du grec Θεός / Τheos (dieu) et ζῶα / zōa, pluriel de ζῶον / zōon (animal).
- Origine : Lanz-Liebenfels, Jörg, 1905, Theozoologie : oder die Kunde von den Sodoms-Äfflingen und dem Götter-Elektron, Vienne.

Extrait du rapport Ashtear, Maxwell, Rosenberg et al., 2002,
Technologies parapsychiques : perspectives et menaces.

***

La cible était particulièrement bien choisie. La – soi-disant – République Démocratique du Congo était l'un des pays les plus pauvres et inégalitaires de la planète. Une nation sous perfusion, dépendante d'une aide internationale allègrement détournée par une administration corrompue et inefficace, une économie sous-développée et sans aucune perspective de modernisation axée sur l'agriculture et l'exploitation des richesses minières du sous-sol dont tous les profits étaient absorbés par une classe aisée ultra-minoritaire et les grandes entreprises étrangères. Une guerre civile qui durait depuis plus de 20 ans et avait fait plusieurs millions de morts sur fond d'indifférence totale du reste du monde alors que des milices armées s'affrontaient entre elles et défiaient ce qui passait pour un gouvernement pour le pouvoir et le contrôle des gisements de terres rares, gemmes et métaux précieux.

Tous ces problèmes s'étaient soudain aggravés lorsque le courroux de Poséidon avait arrêté net les échanges commerciaux et interrompu le flot d'aide humanitaire. La guerre avait redoublé d'intensité, d'autant plus lorsque des fanatiques s'étaient joints en masse au mouvement dans ce pays très religieux. Craignant pour leur sécurité les ONG, investisseurs étrangers et autres multinationales avaient rapatrié leurs bénévoles, leur matériel, leurs employés et leurs capitaux, ce qui n'avait fait que jeter de l'huile sur le feu. Le régime était au bord de l'effondrement, le peu d'infrastructure du pays était en ruines, l'armée se repliait en laissant des provinces entières aux mains des seigneurs de la guerre...

Le chaos était tel que l'ONU, l'OMS et avec elles les Agences n'avaient été informées du fait que la ville de Goma était en proie à un mal étrange que trois jours après que le nombre d'infectés soit passé à quatre chiffres. Le temps qu'un contingent de médecins spécialistes des urgences épidémiques arrive sur place, la barre des 100 000 individus atteints des symptômes avait été franchie. Lorsqu'ils avaient été évacués à peine plus d'une journée plus tard par les Agences et leur personnel muni de toutes les fausses accréditations que l'activation de leurs contacts dans les plus grandes organisations internationales avaient pu obtenir, il était déjà trop tard. La deuxième plus grande ville de RDC et son million d'habitants étaient condamnés ; le pays ne s'en relèverait pas.

Cette maladie qui s'était propagée à la vitesse de l'éclair malgré toutes les mesures prises par la population était atypique : elle se manifestait par une perte d'énergie ainsi qu'une apathie croissantes qui évoluaient ensuite vers des crises de narcolepsie et d'amnésie partielle de plus en plus fréquentes. Dans leur sommeil, les gomatraciens étaient également sujets à d'effroyables cauchemars qui coïncidaient avec une recrudescence de ce qu'on ne pouvait qu'appeler des poltergeists. Les médecins de l'OMS avaient d'abord pensé à une sorte d'horrible mutation du pathogène responsable de la maladie du sommeil mais avaient été obligés de revoir leur copie en découvrant ces symptômes plus exotiques, puis de l'abandonner une fois mis en présence d'hommes en lunettes et costumes noirs qui leur avaient sorti une histoire à base de terrorisme à l'arme biologique avant de les faire monter dans des avions quittant le pays. Ce n'était pas si éloigné de la réalité : le phénomène n'avait rien de naturel et – si les Agences n'arrivaient pas à résoudre le problème très vite – ne constituerait que le prélude d'une catastrophe pire encore.

Il n'y avait plus eu une telle mobilisation des Agences – en célérité comme en envergure – depuis la bataille des îles Diomède. Et c'était à Connor que revenait la tâche peu enviable d'organiser leurs opérations lorsque la générale Ho partirait au front : elle était plus haut gradée que lui mais ils auraient besoin de tous les éveillés disponibles pour mener l'assaut... ou contenir les dommages en cas d'échec.

« Les infectés ont commencé à tomber dans le coma et ça s'accélère, ce n'est plus qu'une question d'heures. » rapporta le britannique à l'asiatique, qui s'escrimait à concevoir un plan d'action et à donner des ordres dans le hall de l'aéroport qu'ils avaient réquisitionné pour en faire leur QG ; le reste du complexe avait été transformé en base militaire improvisée et grouillait à présent de soldats et de matériel. Personne n'était venu s'en formaliser : les agents étaient les seuls êtres humains encore en pleine possession de leurs facultés mentales dans un rayon de dix kilomètres... à l'exception bien sûr des responsables de cette folie.

« Les derniers Timur seront en place d'ici une demie-heure et vos occultistes disent qu'il ne leur faudra pas beaucoup plus longtemps pour activer le voile. Les équipes ont presque fini de débarquer, les machines d'Ishii sont en cours d'assemblage. Des progrès côté localisation ? »

« Aucun. Le périmètre tient ? »

« Pas de mouvement des milices ni de l'armée. Pas âme qui vive à moins de cinq kilomètres de la ville. »

Une bénédiction, ça : l'armée s'était certes débinée dès que l'épidémie avait pris un peu trop d'ampleur mais elle avait fait le ménage derrière elle – encouragée en sous-main par l'avant-garde des Agences sur ce point. Tous les navires du port avaient été coulés pour éviter que les infectés ne s'enfuient par le lac Kivu et n'aillent répandre le fléau ailleurs. Tous les villages environnants avaient vu leur population déportée manu militari, tous les ponts avaient été détruits et les routes coupées ; une trêve avait même été conclue avec les seigneurs de la guerre pour construire une barrière de barbelés et de champs de mines aux alentours de Goma. Ils gardaient leurs distances depuis mais grâce à eux, les risques d'interférences extérieures ou de présence de témoins gênants étaient considérablement réduits.

« On ne peut plus attendre, il faut envoyer les équipes et tant pis si nous n'avons qu'une vague idée des endroits où chercher. »

« Nous pourrons toujours les faire changer de direction en cours de route si nous recevons de nouvelles informations. Dernière vérification auprès des scientifiques et s'ils n'ont toujours rien, nous donnerons le signal. »

***

Mais dans quelle galère se retrouvait-il encore fourré... La journée avait pourtant commencé normalement – enfin, aussi normalement que possible quand on passait son temps à triturer de la matière grise à des dizaines d'étages sous terre avec l'assistance d'un ordinateur incorporant des êtres humains en guise de processeurs – jusqu'à ce que Rosenberg reçoive une communication importante, ressorte livide de son bureau et ordonne à un bon quart de ses subordonnés de faire leurs valises pour la RDC, et que ça saute. Rogos avait appris au cours d'une série de briefings tendus dans l'avion que les Agences se tenaient à l'affût du moindre signe de réapparition du pathogène de Stepnogorsk, dont la présence avait finalement été signalée à Goma... trop tard pour qu'il soit possible d'en endiguer la prolifération ou de prendre leur temps pour l'étudier et concevoir une contre-mesure.

Une fois arrivés à destination, le sixième sens du Dullahan avait immédiatement été assailli par la présence d'un nombre prodigieux de signatures cosmiques, erratiques et individuellement insignifiantes mais produisant collectivement une sorte de bruit de fond psychique insupportable. Leurs agents éveillés n'en étaient pas à l'origine.

Il avait bravement dissimulé son malaise le temps de s'habituer à cette sensation tandis que les chercheurs étaient emmenés dans un hangar de l'aéroport reconverti à la hâte en laboratoire, rejoignant leurs confrères venus d'autres sections de la Division Scientifique – y compris tout un contingent en provenance des Recherches Occultes. Le Dullahan faisait partie de ceux qui avaient pour tâche d'examiner des autochtones à divers stades de la maladie ; les agents de terrain qui les avaient ramenés lui rapportèrent que les locaux s'étaient laissés faire sans opposer de résistance. Les individus au stade le plus avancé étaient catatoniques, les autres plus ou moins léthargiques, ne semblant plus bouger que par automatisme. Apparemment, cette espèce de torpeur généralisée avait causé de nombreux accidents en ville et les plus vulnérables – les vieillards et les enfants en bas âge – mouraient déjà en masse. Feuerbach, qui était là également et odieux comme à son habitude, avait insisté pour leur faire voir le côté positif de cette situation : au moins ils n'auraient pas besoin d'euthanasier qui que ce soit pour procéder à des nécropsies.

Leurs analyses avaient vite confirmé ce dont ils se doutaient déjà : c'était bel et bien le pathogène de Stepnogorsk, un parasite que l'un des mécènes du Perfect World Movement leur avait demandé d'améliorer en échange du savoir ésotérique qu'il fournissait aux éco-terroristes. Les soldats de l'alliance avaient déjà été confrontés à ses effets lors de l'attaque du laboratoire kazakh et en avaient ramené des échantillons que l’Étoile Terrestre avait pu étudier à l'occasion depuis qu'il travaillait pour Tetragrammaton. Il ne s'agissait alors que d'une forme incomplète : là, ils avaient affaire au produit fini, l'ultime création du docteur Morris et de ses acolytes.

Le parasite était un micro-organisme qui, une fois introduit dans le corps de sa cible, altérait son cerveau en réorganisant ses réseaux neuronaux et modifiant ses équilibres biochimiques dans le but de produire des circuits et un schéma d'activité bien précis. Ceux d'un certain type d'éveillés. Les effets secondaires – la maladie – étaient évidemment gravissimes : le processus formatait en quelque sorte l'encéphale du sujet, le transformant peu à peu en légume. S'il existait un sérum-miracle pour changer quelqu'un en chevalier, ce n'était certainement pas ça.

Ce n'était que la première étape, il en était sûr, mais il n'était pas accrédité pour savoir ce qu'il se passait ensuite. Tout ce qu'il avait pu glaner en prêtant attention aux conversations de ses collègues de plus en plus paniqués c'était le mot « Théozoa » généralement accompagné d'un « On va tous mourir » ou autre expression équivalente prononcée de plus en plus fréquemment à mesure que le temps s'écoulait.

« Beth, il est à combien celui-là ? » demanda-t-il en examinant l'électroencéphalogramme de l'un de ses patients et la concentration de diverses substances rapportées par les sondes dans son cortex.

« Niveau 2, tranche inférieure. »

Il ne comprenait pas pourquoi la gamine pâle avait été incorporée à l'effectif de la mission ; pour ce genre de travail ils pouvaient tout aussi bien accéder à Chokmah par un canal de communication à distance, pas besoin d'amener son interface sur le site d'un cataclysme imminent. La générale n'allait tout de même pas lui demander de combattre ? Enfin, pour le moment elle se rendait utile auprès des scientifiques en servant de technicienne de laboratoire et en évaluant l'intensité du cosmos de ces éveillés involontaires passant sous leurs bistouris. Le docteur Cantor n'était pas censé en être capable après tout.

« Un point de plus pour le professeur, on dirait que son hypothèse se vérifie. Et ça veut dire qu'on est dans la merde. » remarqua-t-il en jetant un regard inquiet en direction de son supérieur occupé à faire son rapport.

Ils avaient remarqué que les auras de leurs sujets se fondaient les unes dans les autres à mesure que le temps avançait, perdant peu à peu leur individualité. Le rythme de progression du phénomène – et de la maladie en général – semblait variable mais tendait à harmoniser le stade d'avancement du processus de conversion cérébrale, comme pour faire en sorte que tous les infectés arrivent au stade final en même temps, et ce même s'ils avaient été contaminés à des moments différents. Le problème étant que ce mécanisme de régulation reposant apparemment sur tout un fouillis de protéines et de neurotransmetteurs exotiques qui n'étaient pas présents chez ceux affectés par les précédentes versions du parasite – sans doute l'une des additions du bon docteur Morris, complétée ici par des éléments mystiques à en croire l'allemand – était décentralisé et autonome. Le sixième sens naissant de ces éveillés captait l'état de l'aura de leurs congénères et le parasite accélérait ou ralentissait le processus en conséquence, sans qu'il soit nécessaire pour les personnes qui l'avaient répandu d'intervenir. On ne pouvait donc pas s'en servir pour les localiser.

« La générale ne va pas être contente. Espérons que les occultistes auront eu de meilleurs résultats. »

***

Les scientifiques n'avaient rien d'utile à leur apporter, les thaumaturges non plus et même Binah n'avançait qu'à peine dans sa collecte d'informations. Les facultés de perception de la troisième cellule étaient brouillées par les interférences de près d'un million de signatures parapsychiques, pour ne rien dire des perturbations que provoquaient les poltergeists dus – selon Rosenberg et Feuerbach – à l'activation subite et au calibrage de nouveaux circuits neuronaux remplaçant les anciens dans le sommeil des infectés. Plus le phénomène s'intensifiait, moins il était probable que Tetragrammaton arrive à en détecter les responsables : Binah devait consacrer une part croissante de son énergie à la dissimulation des émanations d'aura en provenance de la population, renforçant l'effet d'un réseau de Timur encerclant la ville et du filtre de perception le plus vaste et le plus puissant jamais déployé par leurs occultistes. Les fous furieux qui avaient répandu le parasite avaient également mis en place leur propre barrière pour éviter d'être remarqués par le Sanctuaire mais comment être sûrs qu'elle tiendrait le coup lorsque leur sinistre projet arriverait à sa phase finale ?

Le soir commençait à tomber... plus le choix. Ho Sun était partie rejoindre ses soldats, le laissant à la barre du QG. Tous les combattants avaient été informés qu'un groupe d'intérêt avait provoqué l'épidémie en guise de préparation pour un rituel thaumaturgique de grande envergure qui déboucherait sur la création d'une arme de destruction massive. Ils ne savaient malheureusement pas où frapper pour empêcher cela et l'option nucléaire – ou même simplement thermobarique – n'en était pas une, ils étaient donc obligés d'envoyer leurs éveillés quadriller les secteurs que Chokmah, en utilisant le peu de données exploitables à disposition et les connaissances théoriques apportées par les occultistes, avait désignés comme abritant le plus probablement le cœur des opérations ennemies.

« Il y aura certainement des gardes. » avertit le vétéran en parlant dans son micro. « Il se peut qu'ils ne soient là que pour faire diversion mais ne les sous-estimez pas, ils seront sans doute éveillés ! Au cas où vous trouveriez le cœur du rituel, chaque unité d'intervention sera accompagnée d'un membre de la Division Scientifique qui aura pour tâche d'analyser et de désamorcer le dispositif. La répartition est la suivante : Kihara / Peltier, Feuerbach / Vassiliev, Rosenberg / Khalil, Beth / Bilodeau-Tanguay... »

Ils avaient déployé 49 équipes éveillées au total, sans compter les unités conventionnelles, les thaumaturges, les machines de guerre, les chimères, le personnel non-combattant... une mobilisation sans précédent tout compte fait, surpassant même celle qui avait triomphé de l'Ordre de Lémuria aux îles Diomède. Et il ne savait pas si cela serait suffisant.


Dernière édition par Rogos le Jeu 28 Juin - 21:58, édité 1 fois
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Jeu 28 Juin - 3:20
Personne n’a eu l’occasion de faire remarquer, encore moins de célébrer, le fait que ce soit notre première mission tous ensemble : la nervosité de nos supérieurs, replongés malgré eux dans certains souvenirs peu envieux, couplée au briefing et aux chiffres plus que terrifiants auxquels nous avons eu droit, nous a fermé le clapet dès que nous avons grimpé dans l’avion qui nous mènera à la République Démocratique du Congo, dernier berceau d’horreur à avoir attiré l’attention des Agences. La dernière fois que j’ai été témoin de ce genre de mobilisation, c’était au Sanctuaire, pendant l’attaque des dieux Hindous, mais les deux ne se comparent même pas. Déjà tant de victimes, et rien à faire pour arrêter l’épidémie… seulement espérer qu’elle ne se répande pas plus loin. Et ensuite, détruire la source du problème. Pas de guérison miracle, pas de résurrection de masse. À peine commencé, et déjà nous avons à transporter ce poids sur nos épaules, cette impression d’échec…

Dans l’avion, nous avons échangé quelques mots. Théo refait son manège, mais sans bonne humeur, plus par nécessité pour chasser la peur. Il tente de se montrer rassurant, de donner du courage à tout le monde, mais il sait : certains ne reviendront pas. Tout le monde le sait. C’est trop gros pour que ça n’arrive pas. Assise entre Taras et Luiza, je tente de rester calme, respirant profondément en regardant le sol. Je ne peux pas avoir de peine pour ces gens-là… même s’ils survivent, et si c’est moi qui aie à les tuer, quand le moment sera venu? Après qu’ils m’aient protégé, soutenu, accepté, je dois détruire ce qu’ils ont à peine commencé à croire. Et ensuite, retourner à la maison.

Dmytryk compte quelques pilules dans sa main avant de les avaler. Je ne suis pas sure qu’elles fassent quoi que ce soit, mais il est craintif depuis l’opération. Papanek reste en retrait avec Roth, lui parlant constamment pour le rassurer, mais le géant reste trop nerveux, au point où même Luiza tente de le calmer pour qu’il n’effraie pas les autres. Keaton et Higgins se tiennent la main. Et je suis au milieu de tout ça, à tenter de jauger ce qui s’est passé et ce que nous allons faire. Même aux Enfers…
Après l’atterrissage, nous descendons en file et nous dirigeons vers la zone sécuritaire pour aider à monter le camp, et pour le reste de la journée nous attendons. Les scientifiques et les docteurs « s’occupent » des victimes et on aide comme on peut, mais il n’y a pas grand-chose à faire et à ce stade, mieux vaut éviter de nous contaminer en plus. Alors on nettoie notre équipement et on discute. Je vois Rogos une fois de temps en temps, lui et ses supérieurs, et l’expression sur leur visage me fait vite comprendre que toute cette histoire, c’est du sérieux. Le Québécois me remarque en train d’observer le va et vient constant et me tapote l’épaule.

-Hey. Ça va aller.

-… On se sent mieux, après?

-Des fois.

Sa main se serre et il finit par forcer un sourire en m’ébouriffant les cheveux. Qu’est-ce qu’il peut me dire de plus? Notre général pour la mission nous rejoint enfin et nous nous rassemblons devant lui pour recevoir les nouvelles instructions. Toutes ces recherches pour se faire dire que finalement, faudra faire le travail à la dure… Ça arrive souvent, chez FIRMAMENT. Sauf que cette fois, en plus de nos propres coéquipiers, on aura des scientifiques à protéger sur le terrain. Je doute qu’ils aient eu droit au même entraînement que nous, ce sera donc comme trainer un véritable poids mort avec nous. Tout pour rendre ça facile…

-Okay groupe, on peut faire ça. On va chercher Beth pis on part, Roth, Papanek et Higgins, vous restez avec en arrière. Taras, reste avec Keaton pis tenez-vous prêts à bouger. De Assis, Marchesi pis moi on ouvre la marche.
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Ven 29 Juin - 16:10
- Contexte et définition historique : terme provenant des écrits pseudo-scientifiques de Lanz-Liebenfels, à l'origine de la pensée dite « ariosophique » ayant inspiré la dimension mystique de la propagande et des politiques du régime nazi. Désigne des déités interstellaires se reproduisant par l'électricité, prétendument ancêtres de la race aryenne. Selon cette doctrine, les croisements avec des races inférieures (humains et hommes-singes / anthropozoa) seraient à l'origine de la perte des pouvoirs parapsychiques hérités d'ancêtres divins. Lanz-Liebenfels propose des politiques eugéniques visant à restaurer la pureté et les pouvoirs de la race aryenne : reproduction sélective des individus de race supérieure, stérilisation de masse des races inférieures.

Ibid.

***

Il avait été placé avec Ho Sun. D'ordinaire cela aurait été une bonne nouvelle : dans les armées modernes les généraux se tenaient éloignés du champ de bataille, ils n'y mettaient les pieds que pour se livrer à des inspections ou relever le moral des troupes tout en prenant garde de rester à bonne distance du danger. Sauf que voilà, leur situation n'avait rien d'ordinaire. L'alliance était désespérée et l'unité personnelle de la générale rassemblait quelques-uns des meilleurs éléments de l'Agence chinoise, ils ne pouvaient se permettre de rester à l'arrière à se tourner les pouces. Et oui cela incluait Ho Sun elle-même, qui était également une éveillée d'élite – ou ce qui passait pour tel avec la sélection limitée à disposition des Agences – selon Rosenberg. Une meneuse d'hommes à l'ancienne qui commandait depuis la première ligne, c'était bien sa chance.

Il y avait deux sortes de gens autour de lui : ceux qui savaient précisément ce qui était en train d'arriver et ceux à qui on n'en avait révélé qu'une partie. Les premiers semblaient écrasés par le poids de ce savoir, ils étaient horrifiés mais aussi sombrement résignés et déterminés à faire leur devoir jusqu'au bout. Les seconds, la catégorie dont Rogos faisait lui-même partie, n'avaient qu'une idée diffuse de ce dont ils étaient censés avoir peur mais l'humeur de leurs collègues était contagieuse. Même pour lui, alors qu'il savait logiquement qu'il n'avait rien à craindre : il était niveau 5, il pouvait triompher sans peine de ce qui massacrerait ces simples mortels par centaines et même s'il se faisait tuer, ce n'était pas la fin pour un Spectre alors pourquoi s'inquiéter ? Il pouvait bien se répéter ce mantra autant de fois qu'il voulait, rien n'y faisait, il était toujours rongé par l'anxiété. Et il ne savait pas quel était le pire : être plongé dans l'ignorance ou connaître la terrible vérité ?

Toute règle avait cependant ses exceptions. Deux exceptions même : Beth et Feuerbach, qui ne montraient aucun signe de panique – aucun signe de quoi que ce soit même dans le cas de la jeune fille mais ce n'était pas nouveau. L'allemand par contre enfilait sa combinaison et s'équipait de ses armes à toute vitesse, chacun de ses gestes trahissant un enthousiasme débordant. Plus d'une personne le regardait avec suspicion et dans le cas des russes ainsi que de Rosenberg, un dégoût mêlé d'une franche hostilité.

« Euh... vous êtes sûr que ça va, professeur ? » fit le Dullahan puisque personne d'autre ne semblait décidé à dire quoi que ce soit sur cette crise de folie apparente. Non qu'il se préoccupe du bien-être de son ex-supérieur, loin de là même mais s'il se mettait à faire n'importe quoi sur le terrain...

« Mieux que jamais. » répondit celui-ci avant de se mettre à... chantonner ? Décidément, quelque chose n'allait pas avec ce type. Encore plus que d'habitude.

« Vous avez bien entendu ce que l'agent Connor a dit ? On risque de mourir nous aussi. »

« Oui oui, les soldats sont là pour régler ces détails-là. » rétorqua le blond en accompagnant ses mots d'un revers de la main dédaigneux, comme si tout cela n'avait pas la moindre importance. Il ne tenait quasiment plus en place, ayant fini de se harnacher de la tête aux pieds. L'air sceptique du français et les remarques de certains agents qui se demandaient à voix haute si c'était vraiment une bonne idée de le laisser participer à l'opération n'eurent aucun effet.

« C'est juste que je ne manquerais cela pour rien au monde. Vous verrez, ce sera une expérience très enrichissante pour vous... et pour toi aussi, mon enfant. » dit-il en se dirigeant vers la sortie ; il contourna l’Étoile Terrestre et en profita au passage pour ébouriffer les cheveux de la gamine en exhibant son rictus le plus malveillant. Pour la toute première fois, Rosenberg n'accueillit pas ses commentaires douteux avec son exaspération coutumière mais bien avec une véritable expression meurtrière ; le pistolet que le scientifique plus âgé était en train de ranger à sa ceinture finit broyé par sa main mécanique. Rogos soupçonnait que le regret affiché alors que sa poigne s'ouvrait et laissait retomber les débris métalliques était celui de ne pas avoir vidé son chargeur sur son confrère. La seule et unique réaction de Beth fut d'aller vérifier l'état de la prothèse mais son propriétaire la chassa d'un mouvement fatigué ; elle ne se fit pas prier et une fois équipée – où avaient-ils trouvé une tenue à sa taille ? – emprunta à son tour le chemin menant à l'extérieur de l'aéroport et à leurs escortes. Le Spectre termina de raccorder son Gymnot puis la rattrapa.

« Pourquoi le laisses-tu faire ? »

Pas de réponse, comme souvent. Pourquoi diable s'imaginait-il encore pouvoir obtenir mieux ? Il ne l'avait jamais vue se préoccuper d'elle-même : elle ne socialisait avec personne – en-dehors des sujets strictement professionnels, autant s'adresser à un mur –, travaillait en permanence sans jamais s'accorder ne serait-ce qu'un moment de détente... Ce n'étaient pas ses affaires mais il trouvait ça malsain. L'absence de relation humaine, le surmenage, le maniement d'outils tranchants et de produits toxiques sans supervision, les combats d'entraînement contre des adultes souvent éveillés et armés c'était une chose mais là ils étaient en guerre. « Tu es avec Bilodeau-Tanguay. Ils ont une niveau 3 donc ils seront certainement envoyés dans les coins les plus dangereux. Tu es sûre que ça va aller ? »

« Ils ont une niveau 3. Et une technopathe, ils auront des robots et l'autorisation de demander un appui de drones. »

Bon, elle avait pris la peine de renverser son argument et de faire des phrases, ça devait compter comme un progrès... Ce n'était pas la réaction qu'il voulait voir mais il avait essayé ; il ne pensait pas que mentionner la famille de la jeune fille lui apporterait de meilleurs résultats. Tous les autres agents, scientifiques comme soldats, même les plus stoïques, avaient trouvé un moment pour contacter leurs amis, leurs familles, leurs collègues restés en sécurité pour leur faire parvenir un dernier message au cas où ils ne reviendraient pas, s'ils ne s'en étaient pas déjà chargés avant leur départ. Même le Dullahan avait au moins pris la peine de sauvegarder les apparences en amendant ses dernières volontés. Elle, non. Tant pis, qu'y pouvait-il ?

« Essaye de faire attention, ils ont besoin de toi au labo. »

« Vos notes aux simulations sont moins bonnes que les miennes. »

Sa façon de dire « mêlez-vous de ce qui vous regarde » sans doute... Elle n'avait pas tort, hélas. Les scientifiques physiquement aptes étaient obligés de participer à deux séances hebdomadaires d'exercice sportif et d'entraînement au combat avec leurs protecteurs ; pas de quoi les changer en vrais soldats mais le but était de toute façon plus modeste : faire en sorte qu'ils ne soient pas de parfaits boulets au cas où il leur faudrait aller sur le terrain. Privé de cosmos, il n'avait pas eu à feindre grand-chose pour être classé parmi les médiocres. Enfin, il savait viser et tirer correctement, suivre les ordres, bouger en formation et se mettre à couvert au moins.

« Excuse-moi d'être inquiet, c'est la première fois que je risque ma vie, moi ! Et pour toi aussi je suppose, tu ne devrais pas prendre ça à la légère. Ils t'envoient où d'ailleurs ? »

« Université. »

« Base militaire pour moi. »

« Je sais. »

Les technopathes savaient toujours tout, avec ce cadre de travail plein de micros et de caméras qui était le leur. C'était très irritant.

La gamine pâle fut la première à bifurquer pour rejoindre son groupe, auquel elle se présenta avec la parcimonie verbale habituelle (« Beth, technopathe de rechange. »). Rogos les salua de la tête sans s'arrêter de marcher – la générale détestait les lambins –, s'attardant une fraction de seconde supplémentaire sur Oblivion. C'était l'instant de vérité, tous ces mois de préparations et d'efforts pour en arriver là... Il y avait des moments comme ceux-là qui restaient dans les annales des Agences, de grandes opérations qui les obligeaient à donner tout ce qu'elles avaient et où l'épreuve du feu révélait leurs meilleurs éléments. Il n'aurait certainement pas l'occasion de briller pendant cet affrontement, ce n'était pas son rôle ; la Mante par contre pouvait en ressortir auréolée de ses prouesses martiales, ce qui permettrait peut-être aux infernaux d'obtenir l'influence que Sa Seigneurie leur avait ordonné d'acquérir en Son nom. Et à côté de cela, tous deux pourraient être témoins des atouts que l'alliance gardait dans sa manche en prévision des batailles les plus difficiles.

L'asiatique et ses subordonnés attendaient à l'écart, disposés en cercle. Il avait l'impression qu'ils se livraient à une sorte de cérémonie, chaque homme et femme prenant successivement la parole pour un court discours, mais il n'en comprit pas un mot. Une fois le rituel achevé, tous burent un verre cul sec ; le français eut le temps d'apercevoir plusieurs cachets et comprimés dans chaque verre. Ce n'étaient pas des drogues de combat comme les autres puisque ces dernières étaient administrées par injection...

« Prêt, docteur ? » l'interpella Ho Sun. Il ne savait pas s'il devait se mettre au garde-à-vous ou non. Sans doute pas, il n'était pas militaire. « Oui mon général ! »

Le sol trembla derrière lui. Il tourna la tête et se retrouva nez à épaule avec un humanoïde colossal. Le corps de la créature sans visage semblait fait de métal et se mouvait pourtant avec souplesse ; à y regarder de plus près, le Spectre put voir qu'il devait s'agir d'une agglomération de poudre métallique. Ses membres se terminaient par des griffes puissantes, sa « peau » était parcourue de sillons dessinant une sorte de circuit et son torse s'ornait de l'inscription 01-א.

Ce format... Keter, la première cellule de Tetragrammaton. L'Énergie, quoi de mieux pour partir au combat ? Lui qui s'était demandé ce que pouvaient faire les autres interfaces... un golem pour l'une d'elles, de toute évidence.

« Aleph est là, nous sommes au complet. Nous irons à pied, ce n'est pas si loin et il vaut mieux éviter d'utiliser des véhicules. »

Lorsqu'ils sortirent de l'aéroport pour s'aventurer dans les rues désertes d'une ville trop silencieuse, il comprit ce qu'elle voulait dire. Tous les bruits normaux de la vie urbaine étaient portés disparus ; les rares infectés encore en état de bouger s'étaient retirés dans leurs maisons d'une démarche de somnambule et seules quelques alarmes retentissaient en vain là où des incendies s'étaient déclarés à cause des poltergeists. Goma était déjà morte, quand bien même le cœur de ses habitants battait encore.
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Sam 30 Juin - 16:28
C’est finalement Beth qui vient nous chercher, et son arrivé ne fait que créer un autre malaise. Même moi je sursaute en observant la gamine blonde se présenter d’une voix morose, parfaitement à l’aise dans son uniforme et sans aucune hésitation dans son vocabulaire. Une vraie pro, plus jeune que moi —et Leticia— et sans aucun mensonge derrière son profil professionnel. Mais comment en est-elle arrivée là? Je sens le malaise de Théo et l’exaspération des autres, à laquelle je ne peux que me joindre : moi, au moins, je n’ai jamais été un boulet à protéger. Luiza ne mâche pas ses mots et n’hésite pas à s’exprimer à voix haute :

-Oh non, pas une autre!

Bilodeau-Tanguay lui lance un regard indigné, mais reste étrangement seul à défendre la nouvelle venue. Aucun support de la part de Papanek, qui l’observe froidement, ni de Keaton et Higgins qui la fusillent du regard. La chauve en particulier ne doit pas apprécier d’avoir à partager la scène avec une autre technopathe, surtout une envoyée par les haut-gradés comme si ses propres habiletés ne suffisaient pas, mais je doute qu’il y ait une raison aussi personnelle à l’affectation de Beth à notre équipe. Peut-être qu’ils pensent juste qu’on a l’habitude des soldats plus jeunes?

-Bon ben… bienvenue dans l’équipe, Beth. Vite fait, au fond t’as Papanek, notre docteur, Keaton, sniper et super pair d’yeux, De Assis, la pro de l’approche silencieuse pis d’la décharge cosmique, Higgins, l’autre technopathe, Marchesi, notre niveau 3 pis une esti de tornade au combat, Dmytryk, le… l’homme à tout faire? C’est bon ça Taras? ‘Kay, j’étais où… ah oui, ensuite y a Roth, notre gars d’la défense pis ton protecteur pour la mission, pis finalement moi, Bilodeau-Tanguay, le gars aux ondes de choc pis le… leader. J’pense.

Le Québécois nous lance un regard interrogateur et nous hochons les épaules avec indifférence. Les communications importantes passent d’abord par lui et c’est le seul qui ose parler au nom de l’équipe, je suppose que c’est vraiment ce qu’on aura le plus près d’un chef. Il a débité toutes ses présentations d’un trait, faisant signe à la petite de se taire dès qu’elle tente de prendre la parole, sans doute pour dire qu’elle sait déjà tout ça, mais connaissant Théo, il tient à avoir un minimum d’interaction avec tous ses coéquipiers, pour ne pas avoir affaire qu’à un nom dans un dossier. Il reste cependant le plus professionnel possible, mais son éternelle inquiétude n’est jamais loin… et je me surprends à ressentir à mon tour une pincée de jalousie.

-OK, p’tit changement d’plan : Higgins, tu vas rester avec Keaton et Dmytryk, tant qu’à avoir deux techniciens on va essayer de répartir les tâches. Taras, si Papanek a besoin de bouger du change de place avec comme ça y aura toujours deux personnes avec Beth, pis… pis…

Le reste de la phrase de Théo se perd dans un hoquet de stupeur et nous nous retournons tous en même temps pour voir ce qui le fait autant paniquer. Notre premier réflexe est de mettre la main sur nos armes, mais le monstre passe tranquillement devant nous sans se retourner, rejoignant Ho Sun et le « docteur Cantor » plus loin, et vu l’absence de menace nous finissons par nous calmer. Notre truc, c’est les éveillés humains et parfois des chimères, et les seuls golems que nous avons pu étudier ne ressemblaient pas à ça. FIRMAMENT a toujours de quoi surprendre.

-Huh. Un X-Men.

-Osti t’es cave!

Un dernier moment de rigolade —un rire honnête, sans le cynisme de Taras— pour nous remonter le moral, et d’un mouvement de tête Théo nous donne l’ordre de partir. Nous nous mettons en position, suivant les autres équipes, puis bifurquant dans une rue quelconque pour suivre la route qui nous a été indiquée. Jamais le terme « silence de mort » n’aura été plus approprié, en sachant ce qui attend les rares civils encore présent, et notre propre mutisme qui n’ose pas les secouer. Seul Jess prend la peine de marmonner quelques mots pour nous donner un aperçu du chemin, mais ses interventions ne sont pas très nombreuses. Après tout, qu’est-ce qu’il peut bien y avoir à dire? Il n’y a personne… Pour l’instant. Le pire, en ce moment, c’est plutôt l’anxiété d’Alastor. Le géant s’est fait donner une énorme responsabilité et a une peur bleue d’échouer, heureusement que Papanek veille et l’aide à faire son boulot : notre technopathe de rechange marche donc devant Roth, pour bien la protéger de derrière, et l’autrichien marche à ses côtés en vérifiant les toits des bâtisses, et après plusieurs minutes de silence décide de rompre le silence.

-Alors, Beth… je suppose que tu as une bonne connaissance de notre équipement supplémentaire pour cette mission. Qu’est-ce que tu peux nous dire de plus à ce sujet?
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Jeu 5 Juil - 20:21
- Mise en application du concept : en 1943, la probabilité croissante d'une défaite militaire poussa le leadership nazi à approuver une expérience de l'Ahnenerbe dont le but était de créer une arme capable de s'opposer au progrès des troupes alliées, ce avec la contribution d'une partie du personnel scientifique affecté à la Solution Finale.

La procédure utiliserait deux types de matière première. Premièrement : des enfants produits par le Lebensborn (censés posséder le plus haut niveau de pureté raciale) dotés de facultés parapsychiques suite à un programme d'entraînement rigoureux, désignés « réceptacles ». Deuxièmement : des spécimens humains jugés « indésirables bien que possédant du sang aryen du fait d'une trop importante hybridation avec des races inférieures », également éveillés par un conditionnement spécifique, désignés « sacrifices ». L'expérience devait transférer l'essence vitale et parapsychique purifiée des sacrifices aux réceptacles afin de permettre à ces derniers de transcender leurs limites humaines et ainsi retrouver la forme et les pouvoirs de leurs soi-disant ancêtres divins.

Ibid.

***

Rogos faisait de son mieux pour ne pas rester à la traîne. Son groupe venait d'être renforcé d'un petit contingent robotique, en plus de la créature de métal animé dont il peinait à suivre les foulées. Les soldats éveillés ne faisaient aucun effort pour lui adresser la parole au-delà du strict nécessaire : ils préféraient rester silencieux, concentrés sur leur mission. Il ne leur en voulait pas mais ça n'arrangeait pas l'état de ses nerfs. Se répéter ses consignes en boucle non plus d'ailleurs.

Rosenberg l'avait averti que les éléments du rituel auraient des points communs avec Tetragrammaton en cela qu'ils mêleraient magie, cosmos et technologie. Un puzzle, une synergie où chacune des trois forces couvrait les angles morts des deux autres afin qu'elles puissent toutes révéler leur plein potentiel, au-delà de leurs limites ordinaires. Un tout supérieur à la somme de ses parties. Envolées lyriques mises à part, l'assemblage fonctionnait comme un gigantesque neurodrive, un dispositif intégrant un cerveau ou en tout cas un réseau de neurones dans une machine. Et son rôle était de désactiver ladite « machine » – une métaphore dans le cas présent puisque tous ses composants n'étaient pas d'origine mécanique ou électronique – au péril de sa propre vie.

Le Spectre pensait pouvoir s'acquitter de sa tâche concernant les éléments cosmiques et scientifiques du rituel mais côté ésotérique, il était perdu. Les occultistes étaient hélas en sous-effectif, on avait besoin d'eux ailleurs que sur le champ de bataille lui-même et il lui avait donc fallu se contenter d'une poignée de talismans reliés à distance aux thaumaturges, qui leur serviraient de relais pour leurs propres manipulations. À quoi tenaient ces choses-là parfois...

« Arrivée dans une minute. » avertit un soldat. Le trajet avait été quelque peu rallongé car ils évitaient les grandes artères, passaient au ras des murs et couraient d'obstacle en obstacle afin d'être à couvert au cas où d'éventuels tireurs embusqués les prendraient pour cibles, cependant ils arrivaient rapidement au bout du périple. Pas trop tôt : il ne savait pas précisément en quoi devait consister l'apothéose de l'épidémie mais le moment s'en rapprochait indubitablement, l'intensité des cosmos des centaines de milliers d'éveillés s'élevait sans cesse et leur concert de « voix » discordantes s'harmonisait de plus en plus pour tendre vers une note unique.

« Rien sur l'imagerie thermique ; restez sur vos gardes quand même. »

Un conseil sensé quand on savait que certains ennemis des Agences disposaient de camouflage infrarouge et que les groupes d'intérêts avaient tendance à s'échanger leurs petits secrets. Leurs mystérieux criminels avaient déjà traité avec le PWM, pourquoi n'auraient-ils pas fait de même avec Phénix ?

« Stop ! » ordonna la générale lorsqu'ils arrivèrent finalement en vue de la base militaire protégeant le cœur de la ville... jusqu'à ce que l'armée l'abandonne derrière elle en tout cas. Ils restèrent là, immobiles pendant plus d'une minute alors que les soldats examinaient et ré-examinaient les images des drones. Ils pensaient clairement à quelque chose mais ne jugeaient pas pertinent de lui faire partager leurs réflexions, c'était très frustrant.

« Illusion ? » osa finalement demander l'un d'eux. Voilà qui était intéressant, il aurait adoré savoir ce qui leur avait mis la puce à l'oreille. « Sûrement ; on passe en ASIF. »

Le cavalier sans tête aurait juré entendre des grognements sur – une fois encore – les américains et leur manie des initiales au milieu des murmures d'assentiment ; les chinois partageaient visiblement l'opinion de leur générale. Une seconde plus tard, la visière de son casque s'opacifia totalement avant d'afficher une image de l'extérieur telle que captée par les caméras : la réponse des Agences face aux adeptes de la surcharge sensorielle et aux illusionnistes du dimanche dont les techniques n'affectaient que rarement les machines ou ne s'étendaient généralement pas au-delà du spectre de la lumière visible. Il ne remarqua pas tout de suite la différence mais un soldat eut l'amabilité de lui indiquer les vagues silhouettes précédemment invisibles qui se déplaçaient derrière les fenêtres.

« À l'assaut. »

Les seuls humains encore sains de cette ville étaient les soldats des Agences et leurs ennemis : pour une fois, il était raisonnable de frapper d'abord et de poser les questions ensuite. Au signal d'Ho Sun, un brouillage radio fut activé et plusieurs roquettes s'écrasèrent sur le bâtiment, pulvérisant la façade. Ses subordonnés la précédèrent au feu ; explosions et rafales d'armes automatiques leur répondirent tandis que les messages s'enchaînaient dans leurs communicateurs, les prévenant qu'ailleurs également la bataille de Goma venait de débuter.

***

Un très mauvais départ. Prévisible, ni son rôle ni son apparence ne prédisposaient les mercenaires à l'accueillir avec bonne humeur. Les interactions avec d'autres gens que le personnel affecté à Tetragrammaton étaient toujours difficiles : les scientifiques et techniciens étaient supposés garder une certaine distance mais il lui faudrait rechercher un autre genre de coopération avec ses gardes. Éviter de froisser accidentellement quelqu'un lui paraissait être une raison tout à fait valable pour ne pas se montrer et garder le silence ; pourtant le professeur insistait pour que l'interface sorte, aille à la rencontre des gens et prenne la parole. Puis il l'admonestait lorsque – sans surprise – ça ne se finissait pas bien. Tout était tellement plus simple quand les communications passaient simplement par un écran ou un canal vocal... Hélas les circonstances ne leur laissaient pas le choix cette fois, tous les effectifs disponibles étaient mobilisés.

Cela dit, ses propos auraient effectivement pu être mieux choisis. Ils pouvaient être pris pour une insinuation selon laquelle Higgins faisait mal son travail ou était trop faible pour rester en vie lors des épreuves à venir et aurait donc besoin d'être remplacée. Exprimer ces choses n'avait jamais été son intention : le journal des incursions régulières de la technopathe chauve dans les systèmes de l'alliance montrait qu'elle était aussi compétente que prudente. Elle n'avait jamais cherché à fouiner là où il ne fallait pas et il n'avait donc pas été nécessaire de la punir comme tant d'autres de ses semblables. La jeune fille pâle tenta de reprendre la parole pour s'excuser du malentendu – il faudrait trouver autre chose pour vaincre leurs réticences à s'embarrasser d'une deuxième enfant-soldat encore plus jeune que celle qu'ils avaient déjà – mais en fut empêchée par le canadien. À deux reprises même, puisqu'il ne la laissa pas non plus dire qu'elle les connaissait déjà tous, à un degré qui les braquerait encore plus si elle commettait une erreur supplémentaire en l'avouant. Personne n'aimait se savoir espionné.

« Enchantée. » fit Beth lorsque son chef d'équipe termina d'exposer son plan et lui laissa enfin l'occasion d'en placer une. Il était temps d'essayer de réparer les dégâts en faisant preuve de davantage de tact. « Je fais partie du personnel scientifique, le combat n'est donc pas mon fort. Je m'en remet à vous. »

C'était techniquement la vérité, le rôle de l'interface de Chokmah n'était pas de combattre et dans ce cas précis sa mission serait de désamorcer le dispositif utilisé par le groupe d'intérêt à l'origine du phénomène touchant Goma. Il fallait espérer que la démonstration de contrition – voire de soumission – suffirait à mettre fin à cette animosité à son égard. La distraction momentanée provoquée par le passage d'Aleph ne leur ferait pas oublier en tout cas, malgré l'impression donnée par ce soudain accès d'hilarité générale.

Beth suivit docilement le mouvement lorsque le groupe prit la route, prenant la place indiquée par le canadien dans la formation. Ils s'enfoncèrent dans les rues pleines de voitures abandonnées et de déchets exposés aux éléments, entre les maisons aux portes closes et aux fenêtres barricadées datant des premiers temps de l'épidémie, lorsque les habitants avaient tenté de mettre en place des mesures de quarantaine rudimentaires ; ça ne leur avait évidemment pas réussi. La vermine qui vivait cachée dans toute ville s'était enhardie avec la baisse de l'activité humaine et infestait maintenant les parages au grand jour – ou au grand soir –, s'enfuyant à l'approche des mercenaires.

La tension montait de plus en plus au sein de l'unité, surtout chez le colosse qui lui servait de garde du corps. Elle essaya de lui adresser un signe de tête encourageant : le professeur disait que c'était la chose à faire dans ces cas-là. Papanek tenta également de détendre l'atmosphère – et par la même occasion de la faire se sentir moins mal à l'aise sans doute ? – en engageant la conversation avec elle. Ça ne coûtait rien de jouer le jeu... en se montrant plus causante que d'habitude puisque c'était apparemment important, même si le point d'équilibre entre pénurie et excès de paroles lui échappait toujours.

« Les nouvelles batteries ont deux fois plus d'autonomie, la couche électroréactive des combinaisons a été renforcée depuis Stepnogorsk, le système de refroidissement des railguns et les condensateurs des Gymnots sont un peu plus performants, la cadence de tir sera meilleure. Toutes les grenades sont de grade maximal, faites attention avec les émétiques en particulier, leur contenu se répand très vite même si le vent joue en votre faveur. »

Les chimistes français avaient eu droit à de multiples comparaisons avec un célèbre putois de dessin animé lorsque les agents des autres pays avaient constaté l'efficacité de leurs créations ; la blague tournait encore dans les laboratoires, à leur grand regret.

« Le reste nous rejoindra quand nous franchirons le périmètre extérieur. Je ne voudrais pas gâcher la surprise à Higgins. »

Et en effet, lorsque la limite de la zone contrôlée par les Agences fut atteinte, trois machines de guerre japonaises les attendaient. Leurs corps insectoïdes recouverts d'un camouflage urbain semblaient faits pour la mobilité tout en restant suffisamment imposants pour servir d'abris mobiles, leurs batteries de capteurs apporteraient des yeux supplémentaires à l'escadron – conjugués à ceux des drones dissimulés dans le ciel nocturne – et leurs armes fourniraient un appui appréciable. Laissant la technopathe se familiariser avec leurs nouveaux alliés mécaniques, Beth entreprit d'en expliquer les caractéristiques aux autres.

« Le Kamakiri est équipé de six Chunjun – deux actifs, quatre de rechange –, deux mines antipersonnel télécommandées, deux mitrailleuses indépendantes, un lance-flamme et un lance-grenades. Les Onigumo ont chacun deux railguns, deux grappins pour l'escalade, quatre mines, deux lance-grenades, une mitrailleuse et un réservoir de gaz de combat, tous indépendants. Les deux modèles ont un dispositif d'autodestruction pour les attaques-suicide. »

Le premier type de robot rappelait une mante religieuse et était une variante des unités inaugurées à Svalbard qui commençait tout juste à être produite en masse, faite pour la vitesse et le combat rapproché comme à mi-distance. Le deuxième était arachnéen, pensé pour les traquenards, les attaques décisives à longue portée et la protection des soldats battant en retraite. Ils en auraient sans doute bien besoin d'ici quelques minutes à peine... ou plutôt secondes, car les drones détectaient du mouvement dans les bâtiments environnants alors même que les détonations commençaient à retentir aux quatre coins de la ville et que les canaux de communication s'animaient soudain, les enjoignant d'activer les filtres sensoriels de leurs combinaisons.

***

Ces soldats inconnus étaient manifestement venus leur disputer le contrôle de la ville ; c'était à peu près tout ce qu'ils étaient parvenus à glaner... ça et le constat qu'ils étaient remarquablement bien équipés. Mais le patron aussi avait plus d'un tour dans son sac, et comme les méthodes de ces intrus indiquaient qu'il ne s'agissait probablement pas des sbires de l'une ou l'autre divinité, cela voulait dire qu'ils avaient toutes leurs chances. Ils n'avaient même pas besoin de terrasser immédiatement l'opposition, la ralentir jusqu'à ce que le rituel arrive à son terme serait amplement suffisant.

Le plan du patron était simple : profiter du fait que la clé de voûte du rituel ne pouvait être aisément localisée afin d'établir de multiples leurres un peu partout dans Goma. Plutôt que de défendre tous ces leurres en même temps, leurs hommes formeraient quelques escadrons aux effectifs fournis qui attendraient que l'ennemi divise ses forces, puis s'en prendraient aux groupes d'assaut les plus vulnérables en tirant avantage de leur supériorité numérique. Ils infligeraient le plus de dégâts possible puis se replieraient avant que d'autres hostiles ne puissent venir au secours de leurs victimes et répéteraient le processus autant de fois que nécessaire.

Bien sûr, certaines équipes étaient mieux positionnées que d'autres pour mettre le plan à exécution. L'université était difficilement défendable ce qui avait poussé Sobieski, chef du quatrième escadron, à parier plutôt sur une attaque-surprise sur le chemin menant au campus, en passant par l'intérieur des maisons pour réduire les chances d'être détectés. La qualité du matériel furtif ennemi compliquait la tâche mais c'était pour ces cas-là qu'ils avaient embauché un traqueur...

« Merde ! » pesta soudain ce dernier, surprenant son supérieur.

« Qu'est-ce qu'il y a ?! »

« Ils en ont une qui peut faire de la projection astrale, je crois qu'elle m'a repéré ! »

Merde, effectivement. Pas le temps de lui demander s'il « croyait » juste avoir été démasqué ou s'il en était sûr, il fallait agir avant que toute l'embuscade ne tombe à l'eau, surtout si l'ennemi avait ses propres éveillés !

« Donne les coordonnées ! »

« 54E ! »

Cinquante-quatre mètres vers l'est, au niveau du sol puisqu'il n'avait pas précisé d'élévation... donc trois mètres vers le bas pour maximiser le champ d'action de l'offensive. Derrière lui, chacun des éveillés équipé du gantelet spécial ajustait son calcul par-rapport à sa position respective ; c'était regrettablement près de la limite de portée efficace du dispositif, la marge d'erreur serait plus grande. Tant pis.

Tous élevèrent leur cosmos à son signal et activèrent l'appareil, coupant le flux d'énergie pour redevenir indétectables par le sixième sens adverse dès l'attaque exécutée. Chaque gantelet généra un trou de ver infinitésimal débouchant à proximité de leurs cibles, aspirant un faible volume d'air au passage et le soumettant à une pression qu'on ne trouvait d'ordinaire que dans les entrailles d'une étoile agonisante. Lorsque les singularités ainsi formées émergèrent du raccourci dimensionnel, le monde fut dévoré par la lumière. La matière fut convertie en énergie, l'énergie en chaleur et la chaleur en onde de choc. Même à cette distance, ils durent baisser les yeux pour ne pas être aveuglés par l'éclat insoutenable du flash lumineux ; l'intensité du flamboiement était telle que près de l'épicentre, elle pouvait provoquer une cécité définitive. Une fraction de seconde plus tard, un coup de tonnerre ébranla leur cachette. Ils se mirent en route : si les intrus avaient survécu, ils devaient à présent être désorientés par ces explosions venues de nulle part. S'ils s'en rapprochaient suffisamment dans l'intervalle la prochaine salve serait plus précise et dévastatrice ; pendant ce temps, la piétaille non-éveillée descendrait dans la rue et couvrirait leur avancée en canardant l'ennemi.
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Ven 13 Juil - 3:48
-Ah, les surprises des Agences…

Une bonne réponse aux explications de Beth, mélangée d'humour qui se veut avenant et de sarcasme. En effet, quand FIRMAMENT surprend, on est les derniers à la trouver drôle, ce n'est pas toujours à notre avantage. Il faut faire plus d'effort pour intégrer la gamine à l'équipe, ce n'est pas comme si elle avait demandé à être la bizarre du groupe. Ça explique la discussion lancée par Papanek, qui avant ça s'était contenté de l'examiner de loin. La théorie de l'enfant prodige pour expliquer sa présence ne tient pas vraiment… Si ce n'était qu'une éveillée normale, elle aurait fini avec nous, chez les mercenaires.

Alastor aussi se pose ces questions. En marchant derrière l'enfant, il scrute sa démarche et sa posture comme si elle était un puzzle impossible à compléter. Voir le colosse toujours plus nerveux et incertain, à se demander s'il est seul, me fait un drôle de pincement au cœur… mais il n'osera pas le demander.

-Ils t'ont fait des expériences à toi aussi?

-Marchesi!

Je hausse les épaules, comme si l'embarras de Roth ne me faisait rien, puis indique au reste du groupe que nous sommes arrivés à destination. Tout de suite, Emily s'approche des robots comme une gamine devant un cadeau, les scrutant sur tous les angles en débitant des observations et admirations que je ne comprends qu'à moitié, suivie des autres qui écoutent les explications plus calmement. Je ne peux m'empêcher de sourire en entendant le nom du premier robot…

-Mouvement à l'ouest!

Oh. Ça commence déjà. Chunjun en main, je me tourne vers la direction indiquée en scrutant les bâtisses, sans rien voir. Keaton est déjà là-dessus, le regard dans le vide, à scruter bien plus loin que ce que nos yeux peuvent voir. Taras doit la guider pour qu'elle se déplace à la même vitesse que nous, l'éternel désavantage d'un tel don, même si la rousse est capable de coordoner ses mouvements avec sa double-vue jusqu'à un certain point.

-Y a de la vie à environ cinquante mètres.

-Des civils?

-Je sais pas. Ils bougent beaucoup pour des légumes…

Soudain, la sniper se fige et cligne des yeux, revenant à la réalité.

-Je les ai perdu!

En entendant la nouvelle, tout le monde se prépare et commence à zigzaguer entre les bâtisses, filtres sensoriels activés, gardant un œil sur les fenêtres des immeubles et utilisant la projection astrale de Keaton sur de plus courtes distances pour repérer de possibles ennemis. Elle devrait y arriver. Ne plus rien voir d'un coup est tout aussi révélateur que si elle repérait quelqu'un : ça veut dire que non seulement l'ennemi sait qu'on est là, il prépare aussi quelque chose et a les moyens de se débattre.

Et pourtant, il n'y a rien.

Mes capteurs m'alertent du danger bien trop tard et je n'ai pas le temps d’en chercher la provenance qu'une explosion me soulève de terre pour me projeter contre la bâtisse la plus proche. La vague de chaleur, combinée à l'impact violent, me laisse avec à peine assez de force pour lever mollement les bras pour me protéger d'une pluie de débris. Plus désorientée que blessée, je jette un regard embrumée autour de moi, pour constater que tout le monde a été touché et tente maintenant de se relever. Seule Luiza, le corps parcouru de décharges bleutées, a plus de vitalité.

-Bordel! Debouts, DEBOUTS!

Je m'extirpe des débris avec difficulté, grimaçant en sentant mes muscles protester contre l'effort. Papanek se précipite vers Beth pour s'assurer qu'elle va bien, sous les yeux d'un Alastor pas trop amoché, mais tétanisé par un premier échec.

-C'était quoi ça?!

-Je sais pas!

Dans un geste aussi brave que stupide, Higgins s'approche de l'endroit d'où est venue l'explosion pour l'examiner, voir trouver une pièce de technologie à exploiter, mais sa posture nous annonce que nous n'aurons pas cette chance.

-Rien. Pas de résidu, pas de canon.

-Tu examineras ça plus tard, on a de la compagnie!

Les bruits de pas et les ombres sur les murs sont faciles à rater, surtout pour ceux encore trop pris par la dernière attaque, mais Luiza a raison : un groupe approche, très vite, et ce ne sont pas des renforts.

-Esti de sacrament…

-Jess, prends Gumo et couvre-nous du haut des bâtisses! Cherche la source des attaques!

-Gumo c'est lequel?

-Celui que tu veux! Ben, Roth et Beth, prenez Kiri et contenez l'attaque sur l'ouest! Taras, avec moi, on fait la même chose à l'est avec Oni! Empêchez-les de se disperser!

-Oh non…

-Théo, en position pour un Salut de Canon !

Le Québécois marmonne quelques insultes dans sa langue, puis se place devant moi et Luiza en décrochant une grenade explosive de sa ceinture. On a pratiqué cette technique quelques fois en entraînement, pour lui permettre d'améliorer ses ondes de choc directionnelles, mais rien ne prouve que ça marchera sur le terrain. Et le timing doit être parfait, sinon...
Ce sera une attaque en deux vagues. La première, l'explosion de la grenade, et ensuite, une onde de choc pour renvoyer les shrapnels et nous protéger tout en repoussant l'ennemi. Emily donne le signal et nous comptons silencieusement, ou plutôt nous récitons les quelques paroles de la chanson qui a inspiré l'attaque, et Théo lance sa grenade de toutes ses forces.

-FEU!

L'explosion retentit exactement au même moment que le cri d'Emily, et une fraction de seconde plus tard Bilodeau-Tanguay frappe des mains, créant une puissante onde de choc qui contient la puissante chaleur et la renvoie vers les soldats. De Assis et moi retenons notre souffle, attendant de voir si ça a marché ou s'il faudra traîner le Québécois transpercé de shrapnels en sécurité, mais il est encore debout. Une seconde, puis deux, et nous nous relevons. Il va bien, il aura un peu de temps pour s'en remettre, si on passe à l'attaque tout de suite. Mais vu la réussite de la manœuvre, il est content, et ça ne peut que faire du bien.

-HA! We salute you, mes tabarnak!

-Bon travail, tout le monde! À l'attaque!

Enfin...
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Sam 14 Juil - 22:58
- Résultat : protocole appliqué en 1945. Échec catastrophique. Au lieu de transformer des humains en divinités ou simplement d'accroître le niveau de leurs capacités parapsychiques, l'expérience tua à la fois sacrifices et réceptacles (66 victimes) puis engendra une entité très agressive et apparemment dénuée d'intelligence qui attaqua immédiatement les présents. (NB : deux hypothèses s'affrontent quant à l'origine de l'entité ; les tests menés par nos équipes tendent à infirmer la thèse d'une créature invoquée en provenance d'un autre lieu et à soutenir celle d'un être artificiel.)

L'entité (nom de code : type Svarog) tua 37 soldats et 86 non-combattants (dont des prisonniers du camp d'extermination où se déroulait l'expérience), détruisit 2 tanks et plusieurs bâtiments à l'aide de facultés psychokinétiques. Inorganique, elle se montra hautement résistante et résiliente, incombustible et insensible aux armes chimiques, capable de survivre à la destruction de la majeure partie de sa masse corporelle et de régénérer rapidement les zones endommagées en violation apparente des lois de conservation de l'énergie et de la matière. Elle implosa sans raison déterminée un peu plus de 9 minutes après sa « naissance », disparaissant sans laisser de traces et emportant avec elle le contenu d'une section spatiale sphérique d'environ deux mètres de diamètre.

Un faisceau d'indices nous conduit à penser que le responsable scientifique du projet savait que l'expérience échouerait (sans pour autant savoir en quoi consisterait le résultat final) et aurait délibérément menti au Führer. Le nettoyage complet du site ainsi que la capture des survivants du personnel par les forces armées soviétiques et leur décès probable à la date actuelle nous empêchent toutefois d'étudier cet incident autrement que par le biais de trop rares documents d'archive.

Ibid.

***

Les filtres sensoriels avaient très probablement sauvé la vie de nombre de leurs soldats. Aveugles et sourds, ils n'auraient pas fait long feu face à l'ennemi. Numéro 2 inspecta les relevés arrivant des quatre coins du champ de bataille pour déterminer les caractéristiques de l'arme ennemie : intensité lumineuse du flash, température à l'épicentre, pression et célérité de l'onde de choc, perturbations électromagnétiques et gravimétriques, produits de réaction chimique... La longueur d'onde du dégagement d'énergie était typique d'une réaction d'annihilation matière-antimatière en atmosphère, identique au résultat d'un tir de Toungouska. Cela allait compliquer les choses ; la cellule intégra immédiatement ce nouveau facteur à ses simulations du déroulement possible de la bataille, tout en laissant de la marge pour accommoder de multiples inconnues – portée, précision, cadence de tir... – jusqu'à ce qu'une analyse plus précise des capacités adverses lui permette de raffiner ses modèles.

C'était une expérience très instructive d'être du mauvais côté d'une arme spatio-temporelle, d'autant plus qu'aucun groupe d'intérêt ne s'était jusqu'ici retrouvé en possession d'une telle technologie. C'était forcément le fait d'un matériel particulier, le groupe accompagnant l'interface avait été assailli à lui seul par pas moins de sept explosions simultanées et il était hautement improbable que l'ennemi soit parvenu à réunir autant d'éveillés spécialisés dans ce type de techniques. Il y avait cependant une autre interrogation de taille : cette technique-ci ne pouvait être exécutée que par un éveillé de la tranche supérieure du niveau 3 au strict minimum ; d'où venait l'énergie manquante ?

La réponse pourrait cependant attendre, la priorité allait à la formulation d'une parade. Numéro 2 accéda donc aux archives du SSS et se mit à la recherche de facultés parapsychiques appropriées. Gate Shunt, Zero-Point Lock, Entropy Sink... inutilisables par l'unité Bilodeau-Tanguay. Ray Shield, Mirage Cloak, Scattering Mist Veil, Crystal Dust Cloud, Counterblast, Mirror Shards... également inadaptés à leurs pouvoirs respectifs ; les électrokinésistes chinois par contre devraient être capables d'en reproduire les effets, il suffirait de réarranger quelques équations. La seule option serait de combiner les facultés de Roth, De Assis et Bilodeau-Tanguay, seulement un tel projet n'était pas viable : ils ne pouvaient pas produire un bouclier à la fois omnidirectionnel et permanent, y recourir diminuerait drastiquement la mobilité de l'équipe entière pour un gain limité et le plus important, ils n'étaient ni entraînés ni équipés pour faire usage de techniques synergiques.

« Je vais bien. » déclara l'interface en émergeant des décombres avec l'aide de Papanek... en tout cas les dommages subis ne l'empêcheraient pas de suivre. La combinaison avait admirablement bien fait son travail, pour elle comme pour les autres, mais leur chance ne durerait pas longtemps s'ils laissaient l'ennemi s'approcher. Ils avaient tiré depuis une cinquantaine de mètres et avaient manqué la cible d'environ cinq mètres, soit une marge d'erreur de 10% ; si ce chiffre évoluait dans les mêmes proportions qu'avec Toungouska, une attaque à moins de vingt mètres pourrait être fatale. « Trou noir. » tenta-t-elle d'expliquer à Higgins en entendant ses interrogations et exclamations paniquées, mais le message sembla passer inaperçu à cause de l'arrivée de nouveaux hostiles.

La chauve prit le commandement et divisa rapidement les tâches entre les membres de l'unité. Beth obéit sans poser de questions, rejoignant ses gardes du corps pour protéger le groupe du péril qui se rapprochait à couvert pendant que les sous-fifres non-éveillés faisaient bruyamment diversion. Elle prévint tout de même les mercenaires du danger sans s'embarrasser d'explications techniques pour cette fois.

« L'attaque précédente ignore les obstacles entre tireur et cible ; il faut bouger ou forcer l'ennemi à bouger pour l'empêcher de viser, le garder loin de nous ou l'affronter au corps-à-corps. »

Le fracas d'une détonation fut suivi par celui de la technique du canadien. Les rafales d'armes automatiques se calmèrent momentanément alors que leurs porteurs se mettaient à l'abri, un instant trop tard pour certains. Un soldat tomba et ne se releva plus, deux autres durent être traînés en sécurité par leurs camarades, gémissant en laissant une traînée de sang derrière eux. La situation devait être bien en main de ce côté-ci si les auxiliaires avaient le temps de chanter.

Une connexion fut établie entre Chokmah et le Kamakiri tandis que la cellule traitait les données envoyées par leurs multiples capteurs. Les éveillés évitaient de se montrer à l'air libre, n'apparaissaient pas à l'imagerie thermique et ne se servaient pas de leurs capacités parapsychiques pour le moment, ce qui rendait la détection difficile mais non impossible : le bref moment de calme provoqué par Bilodeau-Tanguay permit aux capteurs acoustiques de repérer des bruits de pas rapides et nombreux à une trentaine de mètres. Il fallait faire vite : le robot de combat se tourna vers la bâtisse et y tira une grenade. L'explosion démolit une bonne partie du rez-de-chaussée de la petite maison dont les murs fragiles commencèrent immédiatement à s'effondrer. La vue aérienne transmise par les drones permit d'extrapoler les chemins que leurs ennemis emprunteraient pour évacuer ; la machine fut repositionnée pour permettre à ses mitrailleuses d'arroser simultanément les deux trajets les plus probables.

« Soutien aérien temporairement indisponible. » avertit la jeune fille lorsqu'un message l'informa que des collègues moins fortunés avaient réquisitionné tous les drones armés du secteur pour se tirer de leur propre pétrin. Numéro 2 avait paré au plus urgent et s'en remettait à présent aux deux gardes ; l'interface désigna une rangée d'immeubles se dressant derrière eux, entre leur champ de bataille et l'aéroport. « Roquettes toujours possibles mais les immeubles bloquent la trajectoire. On les détruit ou on se contente du mortier ? »

Mieux valait se débarrasser le plus vite possible des éveillés : l'intensification de leur aura serait le seul signe avant-coureur de l'offensive et elle ne permettrait pas de deviner à l'avance l'endroit où se produirait l'explosion. Ils pouvaient frapper n'importe où.

***

Ces intrus s'étaient vite repris et ils n'y allaient pas par quatre chemins. Cette maison abritait encore ses occupants d'origine et ils l'avaient fait sauter dès que lui et ses hommes y avaient mis les pieds ! Enfin, une famille de plus ou de moins ça ne ferait pas une grande différence dans le plan du patron, il avait la population entière de cette ville en guise de cobayes. Les soldats sortirent en catastrophe par l'arrière de la masure avant qu'elle ne s'écroule mais leur route fut coupée par des rafales de mitrailleuses qui transperçaient sans mal les parois en bois des maisons adjacentes. Ils n'avaient pas d'autre choix que de s'éloigner de l'ennemi au lieu de s'en rapprocher ; cela dit, ils avaient tout de même réussi à réduire la distance.

« Les péons sont coincés. » alerta le traqueur. Sobieski siffla sa désapprobation : dix contre un et ils étaient ceux qui se faisaient tenir en respect, quelle honte. « On les libère et on prend ces connards en tenailles ! Feu en succession, on bouge dès qu'on a tiré, restez à l'affût de la sale petite fouine ! »

Attaquer d'un coup avec tous les gantelets avait été un pari motivé par l'urgence, sa réussite aurait estropié l'opposition dès l'assaut initial. Ça n'avait pas marché et puisque l'ennemi les localiserait s'ils utilisaient leur cosmos, un changement de tactique s'imposait. Tels les fusiliers des armées d'antan, ils tireraient chacun leur tour pendant que leurs camarades rechargeraient, sans laisser de temps mort permettant à l'autre camp de contre-attaquer.

Ils prirent leurs jambes à leur cou dès l'envoi de la première salve, zigzaguant pendant que chaque soldat prenait le relais à tour de rôle pour écraser la ligne de défense retenant leurs renforts sous un feu constant. Cela ne signifiait cependant pas la fin de leurs problèmes, loin de là même puisque les tirs de mitrailleuse les trouvaient toujours avec une précision qui n'était pas naturelle, les obligeant parfois à invoquer brièvement leurs pouvoirs pour se tirer du guêpier... ce qui leur valait instantanément d'autres projectiles encore mieux ciblés. Il adressa un regard lourd de reproche à leur traqueur.

« J'y peux rien, merde ! Elles sont pas vivantes ces foutues machines, je peux pas les pister ! »

« Dis-moi que t'as une bonne nouvelle... »

« Nos gars ont repris leur avance et ont assez de jugeote pour ne pas utiliser les grenades ? »


Encore heureux, ç'aurait été un coup à se reprendre leurs propres explosifs à la figure. « Génial, maintenant... » commença Sobieski alors qu'il prenait un tournant, une nouvelle rafale leur interdisant pour la énième fois de progresser vers l'ennemi. Ses instincts aiguisés s'emballèrent soudain et il changea de direction à la dernière seconde : « Non, pas par... ! »

Un projectile tombé du ciel pulvérisa la maison où ils s'apprêtaient à se réfugier, ne laissant qu'un tas de poutres et de gravats. Fils de chiens, ils avaient failli tomber dans le piège !

« On alterne, faites-moi taire ces mitrailleuses ! » ordonna-t-il en enflammant son cosmos, l'espace-temps se distordant au creux de sa paume pour forger un fragment de pure destruction et le recracher là où se tenait l'objet de sa hargne.

***

« Canon EHSH. Bordel. » jura Ho Sun en tirant le docteur Cantor derrière elle. Ce dernier s'estimait déjà content de pouvoir suivre sur ses propres jambes plutôt que d'être trimbalé comme un sac de patates. Le commando s'abrita derrière le coin d'un bâtiment juste à temps pour échapper à une éruption lumineuse qui retourna une voiture ; il vit que sur tout un côté du véhicule, l'éclat avait complètement incinéré la peinture et fait fondre la surface du métal en dessous. Plus le temps passait et plus il apprenait à apprécier sa combinaison hermétique : grâce à elle ses yeux et ses oreilles étaient toujours intacts, il n'avait pas encore de brûlure au troisième degré ni d'hémorragie interne ou d'organes broyés à cause du souffle des explosions. Des bleus partout et sans doute des os fêlés si par contre mais on ne pouvait pas tout avoir. « Nous savions que nous n'en aurions pas éternellement l'exclusivité. »

L’Étoile Terrestre aurait adoré qu'on lui explique comment fonctionnait cette fameuse arme : un instant il n'y avait rien et soudain, surgissant de nulle part, une vague de chaleur et de lumière si intenses qu'elles marquaient les murs et le sol – les portions qui n'avaient pas été vitrifiées et tenaient encore debout après l'onde de choc en tout cas – avec l'ombre de ce qui avait la malchance de se trouver trop près de l'épicentre, rappelant les macabres pochoirs d'Hiroshima et Nagasaki. Aucun d'eux n'avait été touché directement mais il s'en était fallu de peu ; trois soldats avaient subi des brûlures à travers des tenues pourtant ignifugées et l'un d'eux avait le bras cassé. Quant à leurs ennemis, ils avaient appris à leurs dépens qu'un mur en béton fût-il armé ne constituait pas une protection adéquate face à des tirs de railgun et s'étaient repliés plus profondément dans la base.

« Laissez-moi derrière, je ne fais que vous ralentir. » proposa le Spectre. Les combattants des Agences auraient plus de succès s'il se cachait dans un recoin en attendant qu'ils en aient terminé, ça ne devrait pas être si difficile à trouver... Autrement il ne voyait pas comment se caler sur leur rythme sans son cosmos et il aurait du mal à les convaincre que son « éveil spontané » en plein milieu de l'opération n'était qu'une heureuse coïncidence.

« Ne dites pas de bêtises Cantor, il y en a d'autres qui rôdent un peu partout, je préfère vous avoir là où je peux vous voir. »

Des détonations saccadées retentirent à deux rues de distance ; les robots qui assuraient leurs arrières venaient de tomber sur un détachement ennemi. Rogos concéda le point mais ça ne réglait pas leur problème pour autant.

« Ils l'auront voulu, passons aux choses sérieuses. Aleph, le sol ! »

Le corps du géant s'électrifia et il abattit son poing monstrueux à ses pieds, un mouvement si rapide qu'il sembla instantané aux yeux du Dullahan. L'asphalte fut pulvérisé et violemment expulsé dans un rayon de plusieurs mètres, mettant la terre à nu et rompant du même coup une canalisation d'eau. Les cosmos des asiatiques s'harmonisèrent, comme s'ils appartenaient désormais tous à une seule et unique personne ; des arcs électriques fusèrent de leurs mains pour atteindre l'eau et la terre. Une sorte de sable noir fut extrait du sol, s'envolant en suivant le courant pour former un tourbillon de plus en plus massif, de plus en plus épais autour du groupe. L'eau fut pareillement placée sous le contrôle des éveillés, le français eut à peine le temps de la voir adopter une teinte dorée avant que son flot ne se divise en globules, puis en une brume de gouttelettes qui vinrent se mêler au sable... non, des particules de fer en lévitation électromagnétique, il ne le réalisait que maintenant.

Alors voilà leur bouclier... le cavalier sans tête faillit demander comment ils comptaient y voir à travers ce rideau opaque puis se rappela de la présence des drones. Question stupide, il n'aurait qu'à suivre les militaires et à leur faire confiance.

Le commando chargea bravement, protégé par une tempête de métal volant striée d'éclairs, le scientifique faisant de son mieux pour courir dans les pas des soldats. Les flashs de lumière incandescente s'enchaînèrent autour d'eux en ne laissant aucune pause, et pourtant le tourbillon tint bon. Les éclats de métal réfléchissaient ou absorbaient l'éclat meurtrier et ce que Rogos soupçonnait être le liquide produit à partir de l'eau explosait dans la fraction de seconde, opposant un souffle contraire à celui de l'attaque ennemie afin de l'amortir. La chaleur qui aurait dû les ébouillanter vifs devenait simplement douloureuse, les ondes de choc qui auraient dû leur briser les os ne faisaient plus que les secouer jusqu'au fond des tripes. Mais cela ne suffirait pas, s'ils se rapprochaient trop leurs adversaires pourraient conjurer une détonation à l'intérieur du bouclier, et là...

La foudre jaillit du dernier soldat de la colonne puis fut transmise à celui devant lui : elle gagna en intensité, se propagea au suivant et ainsi de suite jusqu'à ce que l'homme de tête se retrouve au centre d'un halo électrique amplement digne d'un chevalier de Bronze. Il frappa du poing le rempart mouvant, ménageant un orifice qui se referma immédiatement. Il y eut un épouvantable vacarme lorsque le mur du son fut pulvérisé par des centaines de projectiles et trois signatures cosmiques pourtant abritées loin à l'intérieur de la base s'éteignirent subitement alors même que d'autres s'élevaient, leurs propriétaires ayant momentanément cédé à la panique.

« Qu'est-ce que... »

« Rail-shotgun ? » musarda un soldat. « Vous demanderez aux américains s'ils ont réfléchi à un nom, ils aiment ça. »
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Jeu 26 Juil - 1:49
Même si elle ne m'aurait pas servi à grand-chose, je regrette un peu de ne pas avoir une meilleure arme à feu que mon pistolet. Aux vues de mes aptitudes -et aussi d'un manque- ça n'aurait servi à rien de m'encombrer d'une arme trop lourde qui me demande de rester immobile, ce n'est pas à ça que je sers sur le terrain. C'est bien beau, mais plus difficile à mettre en pratique devant un groupe armé de mitrailleuses, surtout au milieu des tirs de mon propre groupe. Luiza n’a pas ce problème : slalomant entre les immeubles, elle surprend les ennemis les plus malchanceux d'une puissante décharge, puis d'un bon coup de couteau quand elle en a la chance. Taras et Théophile sont à couvert et réagissent aux tirs avec un sang-froid exemplaire, éliminant les péons sans jamais faillir, ce qui encourage ceux qui ont moins d'expérience à adopter une stratégie plus prudente. Même Roth ne faillit pas, choisissant plutôt de protéger Kiri et donc celle qui commande le robot, permettant des manœuvres plus risquées. Et pour bien compléter, Keaton veille du haut de sa bâtisse et punit sévèrement ceux qui pourraient l'oublier.
C'est un carnage.

-Hé, hé! Où est-ce qu'ils croient aller, eux?

L’œil vissé à la lunette de son fusil, la rousse se désintéresse du combat pour regarder ailleur, tout en évaluant la distance pour voir si elle a une chance. Avec le railgun, peut-être, mais le temps de l'équiper il sera trop tard. Notre plus grosse prise est en train de filer… Mais impossible de les pourchasser avec tous ces tireurs dans notre dos.

-… On pourra pas les sauver, hein?

À la question de Beth sur la destruction des bâtisses, Bilodeau-Tanguay a tourné la tête vers ces derniers pour évaluer la situation, mais aussi le poids de la vie qui s'y trouve. Il y a encore des civils, coincés dans un état catatonique, mais vivants. Un long silence s'installe sur les ondes, le temps de réaliser ce qu'on est en train de faire, et le Québécois se râcle la gorge.

-OK. On rase.

-Pourquoi attendre qu'ils se cachent? On peut bloquer les routes avec les débris pour les piéger, et ça me fera plus de place en même temps.

-Ça peut marcher. Mais sans vue aérienne, ils risquent de nous semer avant même qu'on tire un seul coup.

-Marchesi peut les courser, elle est assez rapide. Luiza aussi.

Une forte détonation, puis un des adversaires s'écroulent. Pendant que nous tentons de trouver la meilleure stratégie, les attaques continuent. Keaton est bien intentionnée, mais si elle continue comme ça les péons vont commencer à se déplacer pour éviter ses tirs et ça risque de tout compliquer.

-OK. Roth, Théo, prêts pour une petite Marche du Toréador?

-Tout un changement de registre, pareil…

-Pas vraiment. Luiza, Marchesi, à mon signal vous partez, ils risquent de vous prendre en chasse, si ça arrive ramenez-les par ici et Keaton sera prête à agir. Jess, ça va être compliqué pour toi de te déplacer, mais vois ce que tu peux faire.

-Compte sur moi.

-Beth? Rejoins Papanek, j'ai une mission pour vous deux : trouvez un corps avec un équipement pas trop endommagé. On va voir ce qu'on peut faire avec. Théo, passe par Taras, je te couvre!

Le signal est donné et tout le monde fonce pour accomplir sa tâche respective. Tout en accompagnant Beth, Papanek parle à Alastor d'une voix rassurante pour s'assurer qu'il reste calme. Le géant est au centre de cette manœuvre dangereuse qui teste son endurance. Sur papier, il devrait s'en sortir, mais sur le terrain… En beuglant, Roth sort de sa cachette et se plante au beau milieu du terrain, boucliers levés et pistolet en main, avant d'avancer vers les tireurs. Ces derniers tombent dans le panneau : délaissant en grande partie les autres attaquants cachés, ils s'en prennent à cette nouvelle menace qui arrive de plus en plus vite vers eux, et ce malgré les balles qui ne l'atteignent pas. Il tient bon… bientôt, ça importera peu qu'il ne puisse pas les attaquer, la seule vue de deux mètres de muscles intouchables devrait les faire paniquer, au point de ne pas réaliser que les autres ne tirent plus…

Si on appelle ça la Marche du Toréador, ce n'est pourtant pas Alastor qui joue le rôle du taureau.

Un sifflement et les tirs provenant des robots reprennent, donnant assez de temps à Bilodeau-Tanguay pour finir de se placer derrière les tireurs et épauler son railgun. Le tir est parfait, l'explosion aussi, même si Roth est épuisé par l'effort, et le Québécois vole à son secours en concentrant son cosmos, prêt à frapper. S'il y a des survivants, ils ne feront pas long feu.

Keaton pointe quelque chose au loin et son robot tire une grenade, provoquant la chute d'un des immeubles.

-Ils sont partis par là! Allez-y les filles, je vous couvre! Bouge, Gumo, on a du boulot!

Un faible goût de sang emplit ma bouche alors que je file comme une flèche vers l'explosion, me fiant plus à mon sixième sens qu'aux directions de la rousse. Dès qu'on sera plus près, ça devrait s'arranger.
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Ven 3 Aoû - 0:29
- Définition contemporaine : un Théozoa est le résultat d'un essai théogénique, type d'expérience visant à combiner technologie humaine, pouvoirs parapsychiques et thaumaturgie afin d'aboutir à la création d'un outil capable de dupliquer à échelle réduite certaines fonctions et caractéristiques du divin (NB : le terme de « dieu artificiel » trop souvent utilisé par les non-spécialistes est cependant à la fois une exagération grossière et la preuve d'une incompréhension fondamentale du concept, son emploi est donc à proscrire même à des fins de vulgarisation) pour un usage scientifique, militaire ou même civil. Il en existe plusieurs sortes, disposant de facultés variées et produites par divers modes de fabrication.

L'entité ainsi créée est à la base immatérielle mais a besoin d'une forme corporelle à la fois pour interagir avec le monde physique et pour maintenir sa cohésion structurelle. Cette forme peut être générée soit en se servant de matière préexistante en tant que réceptacle, soit ex-nihilo. Dans ce second cas, l'enveloppe est constituée d'un type de matière exotique non-baryonique appelée « matière virtuelle », interagissant mécaniquement mais non chimiquement avec la matière conventionnelle et retournant au néant lorsqu'elle n'est plus maintenue par l'énergie du Théozoa. Cette constitution particulière est à l'origine de plusieurs des spécificités de ces entités : régénération et capacité à supporter de graves dommages, insensibilité aux menaces biologiques, chimiques ou radiologiques, autosuffisance...

Extrait du rapport Maxwell, Ogilvy, Rosenberg et al., 2007,
Nouveaux paradigmes de l'intégration des para-sciences aux technologies conventionnelles.

***

Ils étaient en train de se faire massacrer. Ils n'arriveraient à rien en continuant comme ça, en fuyant des bombardements qui passaient à chaque fois un peu plus près jusqu'à ce qu'ils soient finalement bloqués par la destruction systématique du terrain et éliminés par un barrage d'obus tombés du ciel. Il leur fallait se rapprocher et combattre au corps-à-corps, tant pis si cela compliquait l'utilisation des gantelets.

« Y'a pas trente-six solutions : on charge ! » annonça Sobieski, déclenchant immédiatement les protestations de ses hommes. « Non mais ça va pas ?! Vous avez pas vu ce qu'ils ont fait à Malik ou quoi ?! »

Bien sûr qu'il avait vu, difficile de ne pas prêter attention à la disparition subite de la moitié du torse du soldat devant lui, réduite à un brouillard rouge. Il n'était pourtant passé qu'une fraction de seconde dans la ligne de mire de l'ennemi, mais cela avait suffi à sceller son destin.

« Si on s'arrête de bouger on meurt, que ce soit à cause des snipers ou de l'artillerie. Nos chances sont meilleures si on se rapproche. »

L'ennemi ne pourrait pas les bombarder sans risquer de toucher également ses propres combattants et les tireurs embusqués auraient besoin de faire de plus grands mouvements avec leur arme pour ajuster leur visée. Il ne restait donc plus que cette option. Heureusement, le patron ne les avait pas laissés partir au feu sans leur fournir une petite assurance ; quant à savoir si celle-ci serait aussi efficace que promis, c'était une autre histoire.

Il était plus que temps qu'ils se décident : il y eut une grande explosion de l'autre côté du quartier et la barre d'immeubles qui leur servait d'écran face à une partie des frappes d'artillerie en provenance de l'aéroport s'écroula dans un immense nuage de poussière. Une seconde plus tard, les éveillés se retrouvèrent pris au piège d'un véritable apocalypse de détonations et de bâtiments s'effondrant tout autour d'eux, coupant leur route quand ils ne menaçaient pas carrément de les ensevelir sous les décombres. Sans oublier le souffle des explosions, les boules de feu, les shrapnels et toujours ces damnées rafales de mitrailleuses ! Toutes objections balayées, toute idée de discrétion oubliée, ils intensifièrent leurs cosmos au maximum et s'élancèrent à toute vitesse vers leurs adversaires, adoptant une trajectoire délibérément erratique pour ne pas se faire tirer comme des lapins par les snipers. L'un des leurs ne fut cependant pas assez rapide : ses jambes furent hachées menues par une rafale, il s'étala au sol de tout son long et fut promptement achevé par une bombe venue le cueillir avec un timing et une précision diaboliques. Sobieski trembla mais ne se retourna pas et s'arrêta encore moins. Ce qui ne voulait pas dire qu'il n'allait pas venger son subordonné.

« Bon, ce truc est censé manipuler la gravité donc je dois pouvoir m'en servir... comme ça ! » fit-il en ajustant le flux d'énergie parcourant son gantelet ; les débris autour de lui cessèrent de choir et se mirent à la place à le suivre, lévitant et orbitant autour de lui pour former un rempart de bois et de gravats. Dans le même temps, il se munit de son pistolet-mitrailleur et de la seconde arme passée à sa ceinture, le pommeau d'une épée sans lame... pour le moment : l'instrument se synchronisa avec son gantelet et, absorbant le cosmos ambiant produit par leurs victimes léthargiques, matérialisa un tranchant extraordinairement fin et acéré.

Il était paré : une dernière impulsion cosmique ciblant le géant leurrant leur piétaille ainsi que son ami aux ondes de choc puis il défonça un mur et se retrouva face à l'ennemi, vers lequel il expédia immédiatement les pans de béton qu'il venait de fracasser à l'aide de l'emprise gravitationnelle. Derrière lui, le restant de son escadron à présent muni d'épées similaires émergea également et se mit à canarder les mercenaires pour les tenir en respect le temps d'arriver au contact.

« Vous allez payer ! » beugla-t-il en se portant au devant de Marchesi et De Assis, lame au clair.

***

L'autorisation était parvenue à la cellule et les tirs de missiles et de canons avaient débuté, la première salve pulvérisant les immeubles et leurs habitants avant que les suivantes, débarrassées de cette obstruction, ne s'abattent sur leurs ennemis eux-mêmes. Les informations transmises par les capteurs biométriques retranscrivaient le trouble ressenti par les mercenaires mais cela ne dura pas : la bataille se rappela à leur bon souvenir et ils s'y replongèrent rapidement. Tant mieux, il n'y avait plus rien à faire pour les victimes de toute façon, les personnes qu'elles étaient autrefois avaient cessé d'exister et il n'en restait plus que des cadavres en sursis.

En parlant de cadavres... Beth obéit sans poser de question et suivit Papanek à la recherche d'une dépouille remplissant les critères de leur commandante. Cela ne devrait pas être trop difficile, les assauts successifs des auxiliaires – maintenant ceux de Roth et Bilodeau-Tanguay – ayant forcé leurs opposants à battre en retraite vers une position plus favorable, abandonnant plusieurs carcasses derrière eux. Elle joignit ses efforts et ceux des robots sous son contrôle à la performance du duo d'éveillés, les tenues pare-balles de l'ennemi n'étant pas d'une grande utilité face à des armes d'un tel calibre. Une réussite : le canadien et son compère firent un carnage, une fois de plus, pendant que l'autrichien et sa protégée mettaient la main sur l'un des corps désirés. Elle vérifia que son matériel de communication était encore en état de marche... pas tout à fait mais cette situation pourrait être arrangée avec une réparation mineure à laquelle elle s'attela immédiatement.

« Vous voudrez le faire vous-même ou je m'en occupe ? » demanda-t-elle à Higgins en finissant de raccorder un fil déchaussé et rétablissant le courant dans l'appareil. Un signal l'alerta : leurs adversaires éveillés avaient arrêté de fuir et se frayaient un chemin à travers le barrage d'artillerie, droit vers les mercenaires censées les pourchasser. « L'ennemi fait demi-tour, arrivée imminente. »

Ils ne cherchaient plus à se cacher : cette fois, il n'y eut pas de brusque montée d'une énergie normalement voilée pour avertir les agents. Un premier flash de lumière enveloppa le colosse et le québécois, brûlant et expulsant tout dans un rayon de plusieurs mètres. Un second cibla Keaton, un troisième Higgins et un quatrième Dmytryk. Un instant plus tard, sept éveillés mitraillant à tout va déboulèrent sur le champ de bataille, trois se dirigeant vers l'italienne et l'espagnole, deux vers ceux qui venaient d'exécuter la Marche du Toréador et les derniers vers l'interface et son protecteur. Elle interposa immédiatement les machines de guerre entre les assaillants et leurs cibles. À cette distance, ils pourraient faire usage de leurs facultés propres... ce qui ne tarda pas à se produire, l'un des éveillés courant vers le duo féminin utilisant une forme de télékinésie pour leur envoyer l'une des grenades à sa ceinture sans se départir de ses autres armes.

Pendant que les autres combattants croisaient le fer ou échangeaient des coups de feu, Numéro 2 réorienta leur soutien d'artillerie. Il était devenu impossible de bombarder les éveillés adverses sans transformer du même coup leurs propres soldats en dommage collatéraux mais il restait possible de pilonner les non-éveillés pour éviter qu'ils ne viennent les prendre à revers. Il y avait urgence, Chokmah recevait de multiples rapports préoccupants indiquant que la bataille s'engageait dans une toute autre dimension.

« Possibilité de renforts ennemis supplémentaires... »

***

L'affrontement était d'une telle violence que l'infiltré avait du mal à croire qu'il ne s'agissait que d'une escarmouche entre éveillés de bas niveau. Cela dit si l'humanité avait un talent c'était bien celui-là : la violence.

Le commando chinois avait pénétré dans une base inondée et avait eu droit en guise de cadeau de bienvenue à une vague de plusieurs mètres de haut derrière laquelle se regroupait tout un peloton de soldats prêts à en découdre. Pas du tout impressionnés par ce signe de la présence d'un dangereux hydrokinésiste dans les rangs ennemis, les militaires avaient échappé à la déferlante en grimpant aux murs pour se placer au-dessus du niveau de l'eau... sans s'aider de leurs mains – celles de la générale étant d'ailleurs occupées à hisser le scientifique à sa suite. Puis ils y étaient restés accrochés le temps qu'une bonne moitié du groupe produise une décharge qui s'était propagée jusqu'aux péons abasourdis. Au lieu de les électrocuter, la technique avait provoqué un soudain bouillonnement de l'eau à leurs pieds, instantanément suivi d'une puissante déflagration qui avait fauché l'intégralité de leur comité d'accueil.

L'ennemi avait répliqué avec une nouvelle salve de pure énergie lumineuse ; leur bouclier de particules ferreuses perdit la moitié de sa masse, liquéfiée par la chaleur tandis que la plus grande partie de l'eau recouvrant la cour s'évaporait subitement, résultant en une seconde onde de choc due à la pression de la vapeur. Rogos ne dut sa survie qu'à Aleph, qui l'abrita de sa carrure imposante. Les choses avaient dégénéré à partir de là et la confusion était telle que le Spectre avait le plus grand mal à établir un tableau d'ensemble, même avec son sixième sens. Trop d'éveillés en même temps au même endroit.

Un militaire à côté de lui avait apparemment jugé qu'il serait dommage de gâcher toute cette vapeur : des arcs électriques la collectaient et la rassemblaient en un anneau gazeux jaunâtre produisant à intervalles irréguliers des lances liquides qui fusaient vers l'autre camp et éclataient en tapissant les alentours de flammes inextinguibles brûlant même le béton. Dans un couloir à l'étage, éventré par une explosion, un ennemi assisté par un döppelganger fantomatique se battait en duel contre un agent ; son épée parvenait à entamer le métal d'une Chunjun mais son adversaire lui sectionna un bras d'un coup du tranchant de la main nimbé d'électricité. La scène fut engloutie par un éclat ardent et le bâtiment entier s'effondra, un ennemi ayant sans doute décidé de sacrifier son camarade promis à une défaite certaine pour une chance de se débarrasser d'un membre du commando. Un autre militaire attaquait un mirador par l'extérieur, courant à la verticale sur la façade en entraînant derrière lui un nuage de poussière métallique qu'il projeta à l'intérieur une fois arrivé à portée ; une décharge remonta la traînée de poussières à la manière d'une mèche et provoqua une détonation qui souffla le haut de la tour. Une énorme masse aqueuse en jaillit et fondit sur le soldat, qui se laissa choir pour y échapper mais ne fut sauvé que grâce à l'intervention de la générale qui l'attrapa à l'aide d'un second nuage ferreux et le remorqua en sûreté. Le tout était évidemment agrémenté de force tirs d'armes à feu, jets de grenades et même soutien d'artillerie transformant peu à peu la caserne en amas de décombres.

« Bon, au moins je ne suis pas le seul à avoir besoin qu'on lui sauve les miches... » marmonna le Dullahan juste avant que la main d'Aleph ne le repousse, lui évitant tout juste d'être coupé en deux par un ennemi qui venait de leur sauter dessus depuis le toit. Le temps qu'il reprenne son équilibre, un bruit de tonnerre retentit et lorsqu'il posa de nouveau les yeux sur l'épéiste, il n'en restait plus qu'une paire de jambes et une traînée de sang sur le sol ; le mur à proximité était également décoré d'un trou qui n'y était pas avant et qui avait apparemment traversé plusieurs autres parois. Le golem baissa son autre bras, sur lequel des étincelles bleutées achevaient de se dissiper.

« D'accord, j'ai rien dit. » corrigea-t-il en inspectant les alentours, autant pour s'assurer qu'il ne serait pas pris par surprise une deuxième fois que pour chercher tout ce qui pouvait ressembler à un accès vers le dispositif qu'il avait pour mission de désamorcer. Il s'enfonça prudemment dans le bâtiment, protégé par le géant, et au bout de quelques dizaines de mètres tomba sur une paire de cadavres de soldats – non-éveillés à en juger par leur accoutrement dépourvu de gantelet ou d'épée – qui semblaient avoir été écorchés vifs puis énucléés. L’Étoile Terrestre déglutit, doublement lorsqu'il avisa Ho Sun un peu plus loin, les bras de sa combinaison entièrement couverts de sang et les lambeaux de chair suspects à ses pieds. Elle était penchée sur le subordonné qu'elle avait secouru plus tôt, plié en deux par la douleur.

« Cantor ? Vous tombez bien, il a besoin de soins. »

« Tout de suite ! »
confirma-t-il en sortant son kit médical, plus fourni que celui des simples soldats. Il n'allait cependant pas en faire trop non plus, il ne faisait pas bon s'attarder au milieu d'un champ de bataille...

« Ouvrez l’œil, ils ont stationné au moins deux escadrons éveillés ici, il se pourrait que nous touchions au but. »

Ou qu'il ne s'agisse que d'une diversion mais le conditionnel est là pour ça, compléta mentalement le français en retirant le casque de son patient. Ce qu'il y avait en dessous n'était pas beau à voir. Il s'aida des données envoyées par l'habit de l'asiatique pour accélérer son diagnostic et commencer plus vite les soins d'urgence. Malgré la souffrance, ce dernier ne cessa pas une seconde de générer son cosmos, ce qui surprit le faux docteur. Pourquoi faisait-il ça, il n'était pas en train de combattre ? Puis Rogos entra en contact avec le blessé et son sixième sens détecta ce qui lui avait été caché jusqu'alors, une sensation semblable à celle qu'inspirait la proximité avec les matériaux constitutifs d'une armure.

Il n'eut pas le temps de faire une bêtise en demandant ce que ces éléments faisaient à l'intérieur d'un corps humain car un cosmos inédit apparut plus profondément dans la caserne. Il avait ressenti celui d'un ennemi, ne s'en était pas formalisé au départ – les environs étant déjà une véritable cacophonie de signatures énergétiques – mais il avait attiré à lui les auras errantes des infectés... et les avait transmutées en quelque chose d'autre. Une aura vide, trop pure pour être naturelle.

La générale bondit en direction de ce cosmos, son énergie amplifiée au maximum... et au-delà du maximum, puisqu'il se rendit compte qu'elle siphonnait également celle de son subalterne. Elle érigea un bouclier fulgurant un instant avant qu'un faisceau de lumière incandescente ne les réduise en cendres ; à la place, l'autre côté de la barrière électrique disparut dans une blancheur aveuglante. L'onde de choc renversa le Spectre, qui fit de son mieux pour protéger son patient. Pour la deuxième fois, il se releva pour constater l'étendue des dégâts en remerciant les filtres sensoriels. Au-delà de la barrière, le couloir était entièrement noirci, comme si un incendie s'y était déclaré avant de s'éteindre aussitôt... en ayant d'abord brûlé tout ce qui pouvait l'être. Tout ce qui était vaguement combustible était soit en feu, soit déjà complètement incinéré et les contours de la technique défensive d'Ho Sun étaient marqués par une bande de plusieurs centimètres où le béton avait fondu et émettait une lueur rougeoyante. Et dans l'ombre au bout du couloir se tenait une silhouette ovoïde, lévitant à hauteur de torse.

« Fuyez. Je vais le retenir. » ordonna la générale, dont la combinaison fumait et s'écaillait en surface, alors même que le cavalier sans tête savait qu'elles supportaient sans peine d'être passées au lance-flammes.
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Ven 10 Aoû - 2:51
-Amuse-toi. Les autres, préparez-vous!

Ils reviennent? D'accord ; je suis plus que prête à les découper en morceaux, si Keaton ne s'occupe pas de leur cas avant. De retour sur le champ de bataille, ils n'auront aucune chance, on a assez ravagé le terrain pour réduire leur mobilité tout en profitant pleinement de la nôtre. Un signe de main et Luiza et moi bifurquons dans de petites ruelles, déterminées à les prendre entre deux feux avant de les ramener dans le carnage, mais ce n'est pas suffisant pour se mettre complètement à couvert, surtout vu ce qui se passe…

Une série d’explosion retentit derrière nous, réduisant au silence nos communications, puis pluie de débris s'abat sur nous et je vois Luiza disparaître sous les blocs de béton avant d'être ensevelie à mon tour. Il n'y en a pas assez pour m'écraser complètement, mais les coups répétés à la tête, au torse et à l'estomac me donnent l'impression que c'est le cas. Je n'ai pas mal, ou trop pour vraiment le comprendre. Mes émotions ont de la difficulté à se manifester correctement aussi : confusion, colère, honte en sentant un liquide poisseux le long de mes jambes, puis la panique quand j'arrive à y porter ma main pour la voir couverte de rouge. On ne s'y habitue pas. Par réflexe, je tente de me relever.

-Reste à terre!

L'avantage de tous ces débris est qu'ils forment une mince protection contre les autres attaques, trop sauvages pour nous permettre de se défendre tout de suite. Si on ne se sort pas de là bientôt, par contre, ils vont nous faucher sans rencontrer de résistance! Le silence sur les ondes est plus terrifiant encore : Des neuf membres de l'équipe, il n'en reste que la moitié capable de se battre, les autres étant trop blessés ou sonnés pour se relever après la dernière salve d'explosion. On ne peut que croire au miracle, puisque Papanek est encore en bon état et profite de la protection offerte par les robots pour se glisser vers Roth et Théo, fouillant dans leur équipement respectifs pour leurs injecter une dose d'adrénaline avant de commencer les soins. On a besoin de ces deux-là, ils sont la meilleure défense de l'équipe. Du haut de l'immeuble qui menace de s'écrouler à tout moment, un Onigumo endommagé descend en transportant Keaton, assommée. On ne pourra pas l'aider si elle reste coincée là-haut. Ne manque que Taras et Emily, qui ne donnent aucun signe de vie. Vu leur emplacement au moment de l'attaque, et l'état de santé du Biélorusse...

On doit faire quelque chose. On ne peut pas rester là!

-Il faut rejoindre les autres! Couvre-moi!

Je me doute déjà de ce qu'elle a en tête : Les stratégies utilisées pendant la bataille de Cité-Soleil ont été analysées par Higgins dès notre retour pour en tirer le plus d'information possible, et une des attaques utilisées par Mélissa Traoré devrait être on ne peut plus appropriée. De plus, vu les tirs constants de l'ennemi, ils vont peut-être pouvoir nous aider... mais ce ne sera pas sans risque. Vu nos blessures, nous ne serons pas très bien protégées, et selon Beth les grenades neurotoxiques sont plus puissantes que jamais, ce qui menace aussi nos camarades qui se battent derrière... Mais quel autre choix avons-nous? Si on ne fait rien pour se défendre, on pourrait très bien tous y passer.
Serrant les dents, j'enroule mes doigts autour du plus gros bloc de béton que je puisse trouver et me redresse pour le lancer de toutes mes forces vers l'éveillé le plus près, qui avançait avec sa propre épée futuristique en main. Heureusement que ma précision au lancer est meilleure que celle au tir... C'est l'occasion pour Luiza de s'extirper des débris pour lancer une grenade neurotoxique vers l'ennemi, avant de filer. Je dégaine mon pistolet et tire quelques coups, autant pour activer la grenade que de tenir l'adversaire en respect, mais plutôt que de suivre l'Espagnole qui bat en retraite, je reste là à regarder le nuage mortel se répandre.

-Qu'est-ce que tu fais?! Viens!

La moitié des éveillés sont juste là. Le poison devrait les achever rapidement, mais c'est trop dangeureux d'assumer leur mort et leur tourner le dos avant de les mener directement à nos collègues. Trois contre un, c'est beaucoup, mais si je dois y passer ça limitera les pertes...
La perte d'une assassin sans rédemption? La sécurité de traîtres aux dieux avant la mienne?
La chance de sauver des amis? De faire une différence?

-Va aider Emily. Je m'occupe d'eux.

-Mais...

-Maintenant.

De Assis n'insiste pas —je ne m'attendais pas à ce qu'elle le fasse, et se dépêche de rejoindre la technopathe. En prenant une grande respiration, je dégaine mon Chunjun et l'active tout en rangeant mon pistolet. Je n'aime pas tirer avec ce truc, de toute façon. Ces ordures vont avoir droit à un passage à tabac à l'ancienne et c'est très bien comme ça. Alors que je fonce vers l'ennemi et que des coups de feu plus familiers reprennent —Keaton a dû se reprendre et protège maintenant le quatuor encerclé— les drogues de combat commencent à faire effet sur Bilodeau-Tanguay, pour le meilleur comme pour le pire.

-Leticia!? LETICIA! TIENS BON, J'ARRIVE!

Il n'aura pas le temps, pas tant que le reste des éveillés seront là. Mais Feuerbach et son équipe de scientifiques débiles pourront prendre des notes, parce qu'il n'y a pas que moi qui puise sa force de l'altruisme : le cosmos du Québécois augmente sans s'arrêter et il enchaîne les ondes de choc en direction de l'ennemi pour se frayer un chemin, en vain. Les autres tentent bien de l'aider, mais ont de la difficulté à garder le rythme et se contentent de tirer pour couvrir son avancée. Toujours pas de signe de Taras...

Pas le temps d'y penser. Mon sixième repère l'ennemi le plus près et je fonce en décrivant un arc de cercle de mon épée pour lui trancher la tête. Tant mieux si ses compagnons le voient. Je n'ai pas de temps à perdre, et si je peux éviter un vrai duel j'ai encore l'avantage. Après tout ce qu'ils ont fait, ils ont l'audace de nous dire que c'est à nous de payer? Ils auraient du choisir leurs derniers mots mieux que ça...
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Lun 13 Aoû - 12:39
- Création : il existe trois méthodes principales de production d'une entité pseudo-théopotente. Elles utilisent toutes des éveillés ayant subi un conditionnement spécialisé en guise de matière première ; les expériences visant à utiliser des sources d'énergie parapsychique non-humaines n'ont pour l'instant livré aucun résultat concluant. Un Théozoa ne dispose pas d'une conscience propre, son comportement est donc régi par des restes d'instincts primaires hérités des éléments biologiques ayant servi à sa fabrication si rien n'est fait pour rectifier cette situation. En conséquence, les dispositifs modernes implantent des instructions pré-programmées dotant l'entité d'une intelligence artificielle rudimentaire semi-autonome.

1) Transcendance : la méthode la plus ancienne, ayant servi à créer les premiers Théozoa. Transfert d'énergie à sens unique entre les unités organiques, l'une d'elles accumulant la puissance de ses semblables jusqu'à sa métamorphose en une entité distincte.

2) Gestalt : également appelée « méthode du puzzle ». Les éveillés sont ici mis sur un pied d'égalité : choisis pour leur possession de facultés spécifiques et complémentaires, ils forment un ensemble cohérent. L'union de leurs facultés et énergies génère un tout supérieur à la somme de ses parties.

3) Substrat : méthode inspirée des théories abiogénétiques de la « soupe primordiale » et du processus chimique de cristallisation en solution. La psyché des unités organiques est entièrement dissoute, la frontière entre individus abolie, créant ainsi un champ homogène. Une impureté (idée, image, programme...) est introduite dans ce mélange, servant de noyau autour duquel se cristalliseront les énergies parapsychiques.

Chacune de ces méthodes a ses propres avantages et inconvénients par-rapport aux autres, cependant aucune d'elles ne semble capable à l'heure actuelle de livrer les résultats attendus, ce pourquoi nous recommandons d'adopter une approche hybride. La dimension sacrificielle de la procédure (les éveillés utilisés ne survivent pas à la l'opération) est un défaut commun à chacune de ces méthodes ainsi qu'un facteur contribuant de manière significative à l'instabilité persistante des Théozoa. Nous recommandons de poursuivre les recherches sur la technologie neurodrive afin d'améliorer la longévité et la pérennité de ces entités.

Ibid.

***

Les caméras, aériennes comme embarquées dans les combinaisons, relayaient d'effroyables scènes de dévastation. Les combattants de l'alliance recevaient le soutien de Tetragrammaton lorsque les chimères, robots, drones et autres golems ne suffisaient pas. Leurs ennemis n'étaient pas en reste, invoquant un nombre sans précédent de Théozoa pour mettre fin aux assauts des Agences.

Hommes et bêtes mouraient à tour de bras et alimentaient des charniers sans cesse grandissants, fauchés par la mitraille, les explosions, le poison ou les pouvoirs surnaturels de l'une ou l'autre erreur de la nature. Les flammes dévoraient des pâtés de maisons entiers lorsque les bombes ne les rasaient pas en premier, les rues retentissaient des bruits de la bataille : éboulements, détonations, cris de colère, de peur et de douleur. Missiles, obus et appareils volants sifflaient dans le ciel.

Chokmah vérifia où en étaient les autres cellules et leurs interfaces. Aleph protégeait le docteur Cantor tant bien que mal face aux attaques d'un type Gebeleizis. Gimel les dissimulait tous aux yeux du monde extérieur. Dalet refroidissait en accéléré les railguns de l'unité Khalil et préservait leurs composants, leur permettant d'enchaîner davantage de tirs meurtriers à une cadence accrue. He tronçonnait bâtiments et éléments du mobilier urbain pour tenir à distance un dangereux type Zirnitra. Vav manipulait un nuage d'acide brûlant tout sur son passage, couvrant l'avancée de son escorte. Zayin était aux prises avec une créature qu'ils n'avaient jamais rencontrée, érigeait des barrières d'énergie géométriques pour contenir la conflagration qu'émettait son adversaire. Het et Tet travaillaient de concert contre un type Ambisagrus, le premier réduisant l'ampleur du don d'ubiquité de l'aberration tandis que les quintuplés affrontaient les appendices restants le temps que l'équipe Vassiliev se mette en position pour réitérer le dernier mouvement de la bataille de Stepnogorsk. Yod aidait son groupe à se frayer un chemin au milieu des chutes de décombres pour contourner un ennemi puissamment retranché.

Et Beth suivait Papanek le plus vite possible tout en se préparant à pirater les communications adverses à l'aide de l'appareil de communication prélevé sur un de leurs morts. Plusieurs niveaux de sécurité informatique, cryptages militaires... rien de bien compliqué pour la deuxième cellule, encore moins quand elle empruntait les capacités de la troisième. Non, le problème se situait au niveau du système de secours : un transmetteur thaumaturgique. Comme les autres cellules, Chokmah fonctionnait grâce à la magie mais ne pouvait pas s'en servir, il lui faudrait l'aide d'un occultiste pour s'immiscer dans cette partie du dispositif... Sauf qu'il n'y en avait aucun de disponible, il faudrait donc se contenter d'un brouillage superficiel. De toute façon, il y avait des affaires plus pressantes à régler, comme le duo d'éveillés sur ses talons et ceux de Papanek. Beth n'était pas faite pour le combat, ils étaient beaucoup plus rapides qu'elles et ne tardèrent pas à la rattraper.

« Crève ! »

Ce qui leur tenait lieu de préparation d'artillerie avait fait des ravages mais ils ne pouvaient plus s'en servir à cette distance de crainte de se blesser ou de s'aveugler eux-mêmes. Le duo avait cependant d'autres armes : ils étaient sur le point de la couper en trois avec une attaque combinée mais leurs épées furent interceptées de justesse par celles du Kamakiri sous son contrôle. Robot et éveillés se séparèrent dans une gerbe d'étincelles et un crissement strident, leurs armes respectives marquées d'une profonde entaille... sauf que celles de l'ennemi se reconstituèrent immédiatement. Qu'à cela ne tienne, la machine de guerre se replia en marche arrière tout en les tenant en respect avec ses mitrailleuses, laissant du même coup une mine antipersonnel cachée dans les décombres. La jeune fille tira plusieurs coups de feu sans se retourner, se fiant aux yeux de son compagnon mécanique plutôt qu'aux siens ; les projectiles visant les interstices de la tenue pare-balles furent évités ou bloqués d'un revers de la lame. Sans importance, l'objectif était de les empêcher de remarquer la bombe. Ils faillirent tomber dans le panneau mais se déportèrent juste à temps pour éviter d'être réduits en charpie par l'explosion et ses shrapnels... en plein dans la ligne de mire de l'Onigumo transportant Keaton, dont le changement de direction leur avait été dissimulé par le piratage de leurs communications au moment crucial.

Le tir de railgun ne fut pas aussi efficace qu'il aurait pu l'être mais éveillé ou non, le séide touché n'irait pas loin avec un bras en moins. Son camarade tenta de le venger en lançant une grenade, contrée au vol d'une balle du Kamakiri. Constatant l'insuccès de la tactique, il repassa au fusil d'assaut.

« Je ne pourrai pas le refaire, ils vont passer sur les comms de secours. » prévint l'interface. Le danger était loin d'être écarté : un second duo déboulait au coin de la rue, paré à attaquer Papanek en profitant qu'il soit occupé à soigner Roth – Bilodeau-Tanguay s'était déjà remis sur ses pieds pour se porter à la rescousse de Marchesi, son énergie amplifiée dominant la cacophonie ambiante. Beth l'épaula avec son pistolet ainsi qu'en commandant à la deuxième araignée métallique d'effectuer un autre tir de fusil électrique – à travers les bâtiments ce coup-ci puisqu'il n'y avait pas de trajectoire dégagée. Elle repositionna immédiatement la machine pour couvrir Dmytryk et Higgins, inertes ; bien lui en prit, son corps résistant servit de bouclier face à une nouvelle détonation lumineuse destinée à les achever.

Ne restait plus qu'à activer les injections anticipées d'antidotes et de sérum de régénération pour les combattants pris dans le champ d'action de la neurotoxine. L'italienne devrait survivre si elle n'encaissait pas trop de dégâts supplémentaires, même si elle aurait besoin de passer entre les mains de Numéros 5 et 6 à la fin de la bataille, à l'instar de son collègue biélorusse il y a quelques temps.

« Attention, ce groupe n'a pas encore déployé de renforts. »

***

« Je vais t'étriper, salope ! »

Sobieski était autant en colère envers lui-même qu'envers son ennemie. Il s'était montré trop lent et maintenant il se savait condamné ; sa connaissance des agents chimiques militaires était suffisante pour reconnaître l'imminence de son propre trépas. Au mieux, son cosmos ne ferait que retarder l'inévitable de quelques minutes ; il arracha fébrilement l'une des seringues préparées à l'avance de sa besace. Atropine, diazépam et autres drogues efficaces contre la plupart des armes chimiques couramment utilisées, qu'il s'injecta dans la jambe. Trop tard pour le sauver mais tout pour pouvoir rester opérationnel plus longtemps, prolonger son sursis... ou plutôt son agonie.

« Kurt prendra le commandement après moi, Selim ensuite. »

Peut-être son tout dernier ordre. Flanqué de ses acolytes, il prit sa place dans une formation enveloppante face à celle qui avait eu l'outrecuidance de vouloir les affronter à trois contre une et était tout de même parvenue à leur infliger ce sort abject. Ils allaient lui faire regretter.

Il commença par faire circuler son aura dans le gantelet, générant une explosion sous les pieds de leur adversaire – aucune règle ne l'obligeait à faire déboucher le trou de ver à la surface – qui l'engloutit dans une trombe de débris sans pour autant éblouir son créateur comme l'aurait fait une éruption de lumière classique. Ses subordonnés enchaînèrent avec un tir croisé, couvrant sa charge : un coup de télékinésie pour dévier la lame de son opposante puis il frappa de sa propre épée avant de tirer une rafale de pistolet-mitrailleur à bout portant.

L'un de ses camarades tentait de voler à son secours. Il aimait les ondes de choc ? Très bien, ils allaient lui en donner : l'un de ses soldats imita son chef en activant à son tour le manipulateur de distorsions, générant une explosion souterraine pour pulvériser le québécois.

***

Le français et le blessé appuyé sur son épaule regagnèrent l'air libre peu avant que le mur du fond de la cour ne soit détruit par une nouvelle attaque. Il y eut un nouvel éclat immaculé, un bruit de tonnerre mais il ne fut pas ballotté par le souffle cette fois : Aleph les avait abrités derrière un dôme d'électricité crépitante. Un rayon de lumière intense et ininterrompu, presque solide, s'écrasait contre le bouclier et ruisselait à sa surface en vagues de flammes blanches de chaleur. Dans ce qu'il restait du corridor, la générale se défendait d'un assaut similaire derrière sa propre barrière étincelante. Deux autres éveillés chinois étaient pareillement cloués sur place. Leurs signes vitaux indiquaient qu'ils souffraient le martyre, pourtant cette offensive était moins puissante que la lance incandescente initiale.

À l'origine de cette radiance se trouvait un œuf irisé parcouru de croisillons sombres, de la taille d'un enfant accroupi, percé de cavités d'où jaillissait le flot d'énergie. Il n'eut pas le temps de se demander ce qu'était cette chose étrange : un tir de railgun en plein centre la fit éclater comme un fruit trop mûr. Les fragments les plus petits se désintégrèrent immédiatement en lambeaux de noirceur tandis que les plus gros se recollaient et se couvraient de bubons de plus en plus nombreux. L'attaque avait cessé, c'était l'essentiel ; ils n'eurent toutefois pas le temps de presser leur avantage, les éveillés ennemis survivants ayant choisi ce moment pour se rappeler à leur bon souvenir.

Une nouvelle série d'explosions, de coups de feu et de masses d'eau s'abattant sur eux depuis le ciel plus tard et l’œuf s'était complètement régénéré. Le faux docteur trouva refuge derrière un parapet afin de terminer le traitement de son patient tandis qu'un soldat parvenait à s'extraire de l'affrontement contre le manieur d'eau pour propulser une volée de flèches liquides – formées à partir de l'élément de son adversaire – vers la créature. La « coquille » s'ouvrit soudainement et son image se brouilla alors que l'air était agité par un vent puissant ; les projectiles explosèrent violemment mais leur feu n'atteignit pas l'être qui dévoilait à présent sa véritable apparence.

On aurait dit une fée réimaginée par un réalisateur de films d'horreur. Ce que le Spectre avait pris pour un œuf nacré était en fait quatre paires d'ailes d'insecte longues et minces comme des couteaux, enveloppées autour de son corps : un homoncule androgyne dont les traits étaient enlaidis par des mandibules chitineuses et de multiples yeux à facettes, les membres terminés par de grandes griffes recourbées.

Les nervures de ses ailes s'éclairèrent et l'aberration projeta un rayon bien plus puissant que les précédentes attaques dispersées en direction d'Aleph. Le colosse de métal érigea un mur fulminant qui fut renforcé par une couche d'une curieuse matière translucide ; la hausse soudaine du cosmos du blessé indiquait qu'il était à l'origine de cette protection additionnelle. Des langues de plasma carbonisaient l'extérieur de la barrière mais la chaleur ne parvenait pas jusqu'à eux : quoi que ce soit, c'était efficace.

« Vous avez bientôt fini ?! »

« Presque, arrêtez de gigoter ! »

Une dernière manipulation pour remettre en place une épaule luxée, une ultime injection et il aida l'éveillé à enfiler son casque en s'efforçant de ne pas bondir lorsque ses mains effleurèrent les stigmates trop réguliers gravés dans son visage, se prolongeant le long de son cou et sans doute sur tout le reste de son corps. Des brûlures rectilignes parfaitement symétriques qui n'avaient rien à voir avec les attaques ennemies, comme si la peau était marquée au fer rouge par en-dessous. Rogos sentait le cosmos circuler le long de ces tracés, trop intense pour le corps de son hôte. Son sixième sens lui indiquait qu'il y avait une sorte de circuit en matériaux mystiques là-dessous et que l'énergie qui le parcourait brûlait l'homme de l'intérieur. La chair se nécrosait à vue d’œil mais était aussitôt revitalisée. Les médicaments qu'ils avaient ingurgités au début de la mission... un cocktail d'analgésiques et d'accélérateurs de régénération ?

Le soldat se releva et émit une décharge qui souleva une grande quantité de poussière, la changeant en davantage de matière bleuâtre qui vint renforcer le bouclier faiblissant. L'offensive s'interrompit lorsque Ho Sun arracha une porte métallique de ses gonds et la projeta sur l'ennemi en même temps qu'une salve d'aiguilles formées à partir d'un nouveau nuage ferreux. La créature fit vibrer ses ailes : l'onde de choc dévia le plus gros projectile et fit retourner les autres à l'état de poussières. Aucunement découragée, la générale projeta une étincelle électrique qui mit le feu aux particules en suspension ; le souffle de la déflagration subite repoussa la créature et fit s'effondrer sur elle le plafond déjà endommagé. Un autre soldat démolit les piliers soutenant cette section de l'édifice et les étages au-dessus s'abattirent également sur la monstruosité.

« Il va se libérer, sortez d'ici ! »

Le Dullahan obtempéra, non sans poser la question qui lui brûlait les lèvres : « C'est quoi ce truc et comment on s'en débarrasse ?! »

« Une version miniature de ce que ces connards essayent de créer ici. Et idéalement, on les détruit à l'explosif. »

« Trop près, trop d'interférences, trop bien protégé. Il faudra faire ça comme des chevaliers. »

Avec leur cosmos donc, du moins si les sbires de l'ennemi leur en laissaient l'occasion. Un pilier aqueux s'était formé et avançait vers eux en ne laissant dans son sillage que des gravats fracassés par la pression. Leur sniper était indisposé, trop occupé à éviter de se faire tuer par les explosions d'un éveillé qui le poursuivait sur les toits. L'amoncellement de débris fut violemment expulsé dans les airs, délivrant l'être enfoui ; il tira au même moment qu'Aleph émettait un faisceau d'énergie de son cru. Au lieu de se percuter, les deux rayons destructeurs se courbèrent en arrivant à proximité immédiate l'un de l'autre, manquant leurs cibles et forant à la place des trous jumeaux dans le béton.
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Mar 14 Aoû - 3:55
Décidémment, cette idée de s'approcher le plus possible pour éviter les tirs de "trous noirs" aura été on ne peut plus fausse : être suffisamment près de mes ennemis pour leur porter un coup fatal ne les empêchent pas de frapper à nouveau, cette fois sous terre pour m'arrêter dans mon élan. La nouvelle tempête de débris me renvoie par terre dans un gémissement, le choc dans mes jambes les rendant incapables de supporter mon poids, et l'inquiétude rejoint enfin les autres membres de l'équipe.

-Sors de là, Marchesi! On arrive!

Non! S'ils sont encore capable de tenir debout et de faire autant de dégâts même sous l'influence de la neurotoxine, quand les autres arriveront ils vont les encercler! Et tant qu'ils pourront faire ces maudites explosions, ils auront l'avantage. Ce n'est pourtant pas leur seule arme : mon Chunjun s'éloigne malgré moi, écartant mon bras pour m'offrir en cible au chef du groupe qui tente à son tour de porter un coup d'épée. Il n'y a pas trente-six solutions ; je lâche mon arme pour me jeter sur la gauche, effectuant une roulade malgré la douleur dans mes jambes pour m'éloigner le plus possible, mais ce n'est pas assez pour échapper complètement aux tirs de pistolets. Quelques balles ont le temps de m'atteindre —ma combinaison tient le coup, mais l'impact reste assez fort pour faire craquer quelques os— avant que je n'arrive à décrocher une grenade au hasard de ma ceinture pour la lancer derrière moi. Je n'ai pas pu mettre beaucoup de force dans le geste, ma position ne le permet pas, mais peut-être que le télékinésiste de la bande ne l'aura pas remarqué. Pas de risque à prendre : je me retourne sur le dos en dégainant mon pistolet pour répliquer jusqu'à ce qu'un flash aveuglant s'interpose entre nous. Ça ira, je préfère ça à un explosif...
Mais ça n'a pas été assez rapide pour les empêcher de m'attaquer sur un autre front.

-ARGH!

-Bordel!

Une autre explosion, cette fois destinée à Bilodeau-Tanguay. Le Québécois s'écroule, ses jambes constellées de blessures, et les autres doivent foncer vers lui pour qu'il ne se retrouve pas fauché sur le champ par une autre attaque. Roth, malgré sa faiblesse, tente de maintenir ses boucliers en place pendant que Papanek tente de s'occuper de Théo, mais ils disparaissent après à peine quelques secondes. Vu la proximité des combats, Jess ne peut plus tirer sans risquer de toucher un de ses compagnons, elle décide donc d'aller récupérer Emily et Taras pour leur administrer des soins et peut-être renforcer un peu nos rangs. Ça nous prendrait un miracle... à la place, on a droit à Luiza, qui sort enfin de sa cachette.

-Reculez!

Mais si elle tente quoi que ce soit, elle sera la prochaine cible des explosions! Il n'y a que trois de nos ennemis qui ont le temps de répéter cette attaque et ils sont juste devant moi, c'est à moi de les distraire suffisamment longtemps... et à un moment, la neurotoxine devrait commencer à faire effet, non?
On ne peut pas attendre ça.
Le télépathe d'abord, et garder les autres à l'œil. D'un geste rapide, je dégaine vers mon couteau et fonce vers l'endroit où j'ai laissé mon Chunjun, la trajectoire "évidente" à emprunter, laissant mes adversaires s'interposer, mais dès que l'un d'eux commence à préparer son offensive, j'enchaîne la mienne, me jetant sur leur leader avec toute la force et la violence dont je suis capable. Je serre les dents en laissant ma colère prendre le dessus, m'immuniser à la douleur et à la raison qui me dit de m'enfuir, de lancer une grenade de plus et laisser l'explosion s'occuper du reste. Trop long. Ils peuvent s'en défendre. Ils connaissent trop bien les tactiques militaires.
Mais ils ne connaissent pas Leticia Marchesi.

Mon poing s'enfonce dans son estomac, déchirant sa peau, ses muscles et ses os, puis l’attrape par le collet pour le lancer sur les deux autres avant qu’ils ne tentent quelque chose. Maintenant, c’est le temps de récupérer mon Chunjun pour vraiment partir à l’attaque.

-Une lacrymo?!

-Oui, une lacrymo! DÉGAGEZ!

Roth et Papanek relèvent Bilodeau-Tanguay et suivent Beth jusqu’à un endroit plus sûr, loin du brouillard blanc qui entoure maintenant les ennemis, laissant Luiza seule. Le cosmos de l’Espagnole monte en flèche et elle envoie une puissance décharge dans le nuage de gaz, y mettant toute sa puissance. Je ne sais même pas si ça devrait marcher… mais le cosmos étant ce qu’il est, les résultats sont plutôt satisfaisants. C’est étrange, les choses qui sont possibles quand on a aucune idée de ce qu’on fait.
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Sam 18 Aoû - 0:12
- Observations : une recrudescence d'incidents caractéristiques relevés par nos agents de terrain nous amène à penser qu'un nombre croissant de groupes d'intérêts et Agences étrangères mènent à présent des recherches sur les Théozoa. Cette hypothèse est confortée par des documents ramenés d'opérations récentes visant le conglomérat Phénix et le mouvement fondamentaliste Adonai Tsabaoth. D'autres groupes sont soupçonnés de se livrer aux mêmes recherches à un stade moins avancé ; aucune conjecture ne peut cependant être émise quant à l'état de l'art parmi les Agences d'autres nations. Les analystes du Département Stratégique pensent que ce soudain intérêt pour cet axe de recherches à l'existence jusque-là extrêmement méconnue suggère l'implication d'un acteur tiers disséminant délibérément des informations sur ce procédé ; ils craignent à présent l'escalade dans la course aux armements entre groupes d'intérêts et Agences étrangères.

En conséquence et en conjonction avec les analystes stratégiques, nous émettons deux préconisations principales : premièrement, une démarche proactive d'élimination prioritaire des groupes et individus ayant connaissance de l'existence de ces entités ainsi que la saisie ou la destruction des moyens techniques employés par ces groupes ou individus, dans la limite de ce qui ne reste pas de déclencher une guerre avec les autres Agences bien sûr. Deuxièmement, la création d'une section dédiée au sein de la Division Scientifique, avec budget, personnel et équipements idoines afin de faire avancer plus rapidement l'étude sur ces entités toujours reléguées au rang de lubies ou de simples curiosités scientifiques en dépit de nos précédentes recommandations. Malgré les contraintes importantes liées à leur développement et les défauts inhérents à cette technologie, il existe une probabilité significative que des Agences ou groupes d'intérêts hostiles parviennent à en faire un outil sinon viable, du moins utile dans leurs activités ; notre sincère et professionnelle opinion est que FIRMAMENT ne peut se permettre de rester à la traîne.

Ibid.

***

C'était pour ça qu'il détestait le cosmos, même s'il en était lui-même un utilisateur. Une force ineffable qui pouvait rendre un mourant plus fort qu'il ne l'avait jamais été, l'emplissant d'un souffle nouveau quand ses émotions lui permettaient de transcender ses limites. D'une certaine façon, il pouvait comprendre que les enfants soient ceux avec le plus de facilité pour éveiller ce pouvoir : ils n'avaient pas encore appris à accepter la réalité du monde qui les entourait, contrairement aux adultes. Cette propriété ajoutait aux combats un élément d'imprévisibilité incroyablement frustrant, d'autant plus qu'elle limitait le potentiel de ceux qui comme lui s'étaient éveillés sur le tard ou ne possédaient pas la bonne mentalité. Là où la mercenaire qu'il pensait avoir tuée puisait une énergie supplémentaire dans sa souffrance et son obstination, Sobieski ne recevait presque rien de sa volonté de venger ses camarades et de mener à bien les plans de son organisation, quoi qu'il en coûte. C'était rageant.

Il battit en retraite lorsqu'il vit la grenade voler vers lui, incertain de pouvoir la retourner à l'envoyeuse avant qu'elle ne lui explose à la figure. Le poison faisait son œuvre, rendant son corps de plus en plus lourd, de plus en plus maladroit... Par bonheur il ne s'agissait que d'une munition aveuglante ; les balles tirées dans le même temps par contre étaient beaucoup moins inoffensives. Il grimaça en protégeant ses yeux et ses points vitaux, sentit une paire de projectiles s'enfoncer profondément dans sa chair, réduisant d'autant le peu de temps qu'il lui restait à vivre. Il voulut riposter mais son adversaire avait profité de cette diversion pour se remettre d'aplomb. Et elle était furieuse.

La suite montra cependant qu'elle ne s'était pas laissée envahir par ses émotions au point d'en perdre son sens tactique. Toujours plus forte et toujours plus rapide, elle feinta, déstabilisant leur formation, et s'en prit directement à lui sans leur laisser le temps de réagir. La douleur ne dura qu'un instant, s'interrompant subitement lorsque l'attaque lui fracassa la colonne vertébrale. Son corps brisé et éventré rencontra violemment celui d'un de ses subordonnés et ils furent tous deux projetés dans un mur ; il s'effondra au sol pour ne plus se relever tandis qu'un écran de fumée irritante dérobait une fois de plus leurs ennemis aux regards.

« Chef ! »

Cette voix... Reynolds ? Il était gaucher, il leur restait peut-être un dernier coup à tenter. Il se rappelait confusément des instructions de sécurité délivrées par le patron lorsqu'il leur avait remis leur équipement : dans leur état, il ne servait plus à grand-chose de s'en préoccuper.

Une puissante impulsion cosmique fusa de l'autre côté du rideau de fumée et Sobieski sentit son second acolyte succomber. Affaibli par la neurotoxine, il n'avait pas été capable de l'éviter. Avec ça, ils n'avaient définitivement plus d'autre choix.

« Je suis foutu... » articula-t-il péniblement à travers le sang qui emplissait sa bouche. « Laisse-moi et... prend ça... Tu sais quoi faire. »

***

Suivant l'exemple de Marchesi, Beth s'était repliée derrière un écran de gaz de combat, rappelant un Onigumo à ses côtés pour ce faire. À la différence de la substance lacrymogène, celle-ci était incolore, inodore... et extrêmement corrosive. Les poursuivants de Papanek, Roth et Bilodeau-Tanguay traversèrent le nuage sans se rendre compte de rien puis se mirent à hurler de douleur quelques secondes plus tard lorsque leur peau se couvrit de plaques sanglantes. Leurs yeux et voies respiratoires étaient protégés : il ne faudrait pas compter sur la cécité ou l'asphyxie pour faciliter davantage le travail des agents mais cela devrait suffire pour le moment.

Laissant les robots en première ligne, elle se hâta jusqu'à l'autrichien pour l'aider à rafistoler le québécois et les autres patients qui ne tarderaient pas à arriver. Comme les événements l'avaient prouvé, son corps physique ne contribuait pas grand-chose en termes de potentiel de combat, elle était plus utile en agissant au travers de machines.

« Que puis-je faire ? »

L'italienne et l'espagnole semblaient avoir les choses bien en main, deux signatures ennemies avaient disparu ou étaient devenues insignifiantes. Leurs opposants avaient surestimé l'efficacité de leur innovation de dernière minute : l'explosion souterraine pouvait certes être employée à courte distance sans handicaper l'utilisateur mais c'était au prix d'une puissance réduite que leurs protections pouvaient supporter. Le problème, c'était la dernière signature qui émergea du nuage, se précipitant aux devants des deux combattantes.

Tous les capteurs observant et analysant la scène émirent une cascade d'alertes et de messages d'erreur. L'image transmise n'était plus celle d'un humain mais d'une grotesque tache de couleurs passée par plusieurs couches de mirages et de miroirs déformants, changeant et ondulant sans cesse. Même Chokmah ne put démêler instantanément l'origine de cette étrangeté, il lui fallut près d'un dixième de seconde – une éternité pour un système aussi perfectionné – pour y parvenir. Les Onigumos reçurent l'ordre de stopper l'anomalie ambulante ; le tir de barrage de railguns et de grenades n'eut aucun effet : les projectiles virent leurs trajectoires s'infléchir dans tous les sens avant d'être renvoyés dans une toute autre direction, les boules de feu et leurs ondes de choc elles-mêmes furent dispersées et neutralisées. Le dernier éveillé s'était muni de deux gantelets générateurs de trous noirs et leur résonance essorait l'espace-temps comme un vulgaire torchon, détournant toutes les attaques.

« Il va s'autodétruire, retraite ! »

La deuxième volée d'explosifs visa le sol sur le chemin du kamikaze, même s'il n'était pas certain qu'il soit encore soumis aux règles de la pesanteur. Les nuages de fumée n'eurent pas le temps de se dissiper pour lui permettre de voir si oui ou non le terrain accidenté était parvenu à le ralentir qu'une vibration colossale ébranla la moitié du quartier.

Appeler cela une explosion n'aurait pas été rendre justice à la réalité du phénomène. Il y eut bien un flash, une pression, un appel d'air, mais le résultat final... C'était comme si le monde était en fait un miroir brisé par le poing d'une déité colérique dont les fragments n'étaient pas retombés à la bonne place après le choc. Certains n'avaient même pas du tout été replacés dans le cadre : l'air était traversé d'une arborescence de fissures tridimensionnelles rayonnant sur des dizaines de mètres et par endroits, celles-ci n'avaient laissé que le vide, comme si ce qui s'était trouvé là avait chu de l'autre côté de l'interstice. Ailleurs, des éléments du paysage avaient été déplacés sans aucune logique apparente. Des parties de bâtiments disparates soudées les unes aux autres, voire fusionnées avec des arbres, des poteaux électriques ou la terre elle-même. Et ce n'était que le début : ce qui était droit pouvait à présent être tordu, ce qui était vertical pouvait être horizontal ou de guingois et réciproquement, ce qui était à droite pouvait se retrouver à gauche, l'avant interverti avec l'arrière, le haut avec le bas, l'intérieur avec l'extérieur. Nombre d'objets s'étaient même retrouvés flottant loin du sol, appuyés sur rien, la gravité momentanément suspendue.

Et puis les lois de la physique reprirent leurs droits. Les fissures se résorbèrent et là où la trame de la réalité était restaurée, les décombres tombèrent du ciel en une effarante avalanche. La terre trembla et se fendit ; un voile de poussières recouvrit tout, les privant de toute visibilité. Le groupe des blessés était loin de l'épicentre, Marchesi et De Assis pouvaient compter sur leur cosmos – la distorsion spatiale accompagnant son usage devrait au moins leur avoir évité d'être découpées par une fissure – mais les machines n'avaient aucune de ces protections : ils avaient perdu un Onigumo et les deux robots survivants étaient endommagés.

« Ah, on dirait que j'arrive trop tard. » déplora une voix filtrant de leurs communicateurs. Une voix qui n'appartenait à aucun personnel des Agences et qui s'assortit d'une aura dans le lointain, plus puissante que celle de tous les séides mises ensemble ; elle se mit en mouvement à la vitesse d'un missile de croisière, droit vers eux. « Et non, vous n'êtes pas les seuls à pouvoir pirater les transmissions adverses. Si vous me disiez qui vous êtes, sales petits fouineurs ? »

***

« Allez voir au sous-sol, c'est le seul endroit qui reste ! »

Si ce qu'ils cherchaient était bien dans cette caserne, ça ne pouvait en effet être caché que sous terre. Vu le degré de dévastation que les protecteurs de l'endroit étaient prêts à déchaîner, il ne pouvait en être autrement. Accompagné de son garde du corps, le Spectre laissa derrière lui la bataille qui faisait rage en surface et s'enfonça dans les niveaux inférieurs de la base. Ce devrait être vite fait, les plans des lieux ne mentionnaient qu'un parking ainsi que de petits locaux techniques et de stockage.

Les secousses de l'affrontement se répercutaient jusque dans les fondations de la base, faisant tomber des filets de poussière du plafond. Il espérait que les lézardes qu'il pouvait voir sur les piliers de soutènement étaient d'origine et non dues aux combats. Pas de temps à perdre, il progressa le plus vite possible dans les souterrains en se livrant à une inspection sommaire ; il recherchait une installation de taille, pas le genre de chose que l'on pouvait aisément planquer dans un recoin. Et puis les sens d'Aleph devraient remarquer ce que le docteur Cantor n'était pas censé pouvoir ressentir.

« Toujours rien ? » demanda-t-il, ce à quoi l'amoncellement de métal mouvant répondit par un signe de tête négatif. Il restait silencieux mais au moins il se rendait utile, n'hésitant pas à détruire les portes verrouillées sur leur passage, soit en les défonçant, soit en changeant ses mains en griffes traversant l'acier comme du papier, soit en les découpant avec un laser pouvant jaillir aussi bien de son doigt que de son non-visage. Même si Rogos avait pu utiliser son cosmos, il n'en aurait pas eu besoin ; à la place, il tenta de se servir de son sens surnuméraire pour suivre ce qu'il se passait en haut.

Plus facile à dire qu'à faire : l'aura de la curieuse créature ne fluctuait pas, elle était toujours au maximum et ne trahissait aucune sorte d'émotion, qu'elle soit passive ou en train d'attaquer, intacte ou blessée. Celles des éveillés chinois étaient prodigieusement inconstantes en revanche, passant d'un niveau presque équivalent à celui d'un chevalier de Bronze à quasi-inexistante et vice-versa à un rythme démentiel. Cela rendait la situation encore plus difficile à déchiffrer mais il y arrivait mieux ici, relativement au calme et sans distractions visuelles. Quelques secondes de concentration lui permirent de formuler une hypothèse ; une commande vocale fit apparaître une vidéo du combat dans un coin de l'écran de son casque, il en aurait besoin pour confirmer.

Le monstre n'était plus statique comme à son apparition initiale : il virevoltait à présent avec célérité aux quatre coins de la base, prenant et perdant de l'altitude, entrant et ressortant des bâtiments pour esquiver et prendre à revers, se faisant tour à tour mitrailleur, bombardier ou tireur d'élite. Ses attaques éblouissantes alternaient entre brèves salves répétées pour le harcèlement, offensives plus soutenues striant le champ de bataille de longs sillons ardents et frappes concentrées creusant de grands cratères vitrifiés. Ses ailes affûtées interceptaient les coups d'épée ou produisaient un vent violent qui repoussait humains et grenades quand ceux-ci s'approchaient trop près. Les asiatiques étaient également passés aux choses sérieuses : chacun d'eux était maintenant couvert des pieds à la tête du matériau translucide qu'avait employé l'éveillé secouru par le Dullahan, les rayons incandescents étaient déviés et non plus bloqués par leurs boucliers, leurs ripostes tantôt à base de décharges électriques, tantôt de métal magnétisé ou d'eau transmutée en explosif – l'hydrokinésiste ennemi devait être vert de rage – gagnaient en vitesse et en précision.

L’Étoile Terrestre avait entendu parler de la fixette chinoise sur les électrokinésistes, bien sûr. Il avait d'abord pensé qu'il ne s'agissait pour eux que d'un moyen d'utiliser leur matériel sans avoir à transporter de batteries mais force était de constater qu'il s'était trompé, cela allait plus loin. D'une manière ou d'une autre – impliquant très probablement ces implants qui les brûlaient de l'intérieur –, ils avaient trouvé un moyen de partager leur cosmos... et ça ne semblait pas se limiter à un prêt de force brute, à voir la diversité de facultés utilisées ou la façon dont ils réagissaient à des attaques qu'ils n'étaient pas censés pouvoir voir venir. Il devait toutefois y avoir d'autres inconvénients... comme le fait qu'un éveillé occupé à faire don de son énergie à un autre se retrouvait vulnérable.

Une colonne de plasma s'abattit quelques mètres devant lui après avoir transpercé le sol de la cour et le plafond du parking. L'atmosphère s'embrasa ; prisonnier des flammes, il ne vit plus rien jusqu'à ce qu'elles se dissipent. Lorsqu'il leva la tête, il vit le bras d'un soldat inerte pendre dans le trou menant à l'air libre et frissonna. Si l'aberration avait attaqué cinq mètres plus à gauche, le Dullahan aussi serait devenu une victime.

« Xie et Shen sont HS ! Cantor, dépêchez-vous ! »

« Je fais aussi vite que je peux ! »
rétorqua-t-il en vérifiant qu'il n'était pas blessé, juste couvert de cendres.

« On aurait bien besoin d'Aleph ! »

« Je sais ! »


Que croyaient-ils, qu'il lambinait exprès pendant qu'ils se faisaient écharper ? Il reprit sa route au pas de course dans le souterrain désert, parvenant à un petit entrepôt. Vide ou en tout cas dénué de contenu intéressant, comme tous les lieux visités jusqu'ici. Cela ne fit qu'ajouter à un énervement grandissant. Contre toute prudence, il voulait remonter et prêter main-forte aux militaires contre leurs ennemis. Il avait beau se faire passer pour un chercheur et être incompétent en combat comparé à ses véritables camarades, il n'en restait pas moins un soldat de l'armée de Thanatos, un de ceux qui devaient se battre en première ligne ! Son rôle n'était pas de rester lâchement planqué dans le noir pendant que d'autres versaient son sang à sa place !

Ce n'était vraiment pas le bon moment pour une telle poussée de bellicisme ; la mission avant tout. Il refréna à grand-peine son envie de faire quelque chose de stupide et passa à la porte suivante tandis qu'à la surface, les choses semblaient approcher de leur dénouement. L'hydrokinésiste fut finalement descendu par un tir de railgun et tout le cosmos disponible fut regroupé sur un trio d'éveillés faisant face à la créature. Lorsque cette dernière fit feu sur le groupe, la masse d'énergie fut prise au piège au lieu de détonner : elle se courba autour du trio jusqu'à former un cercle enserré par une cage électrique. Un ourobouros éclatant contenu dans une double-hélice bleutée, de plus en plus large à mesure que l'entité forçait pour tenter de briser cette barrière peu orthodoxe. En pure perte : les flaques d'eau constellant la cour s'évaporèrent, la terre fondit sous le flux de lumière à tel point qu'en sous-sol Rogos put voir se dessiner le tracé rougeoyant de l'attaque là où le béton se liquéfiait... et pourtant la cage étincelante tint bon. Finalement, la monstruosité fut incapable de poursuivre son offensive et se déporta à la hâte pour échapper à la contre-attaque. Elle n'en eut pas le temps : les soldats libérèrent toute la puissance accumulée et l'image disparut pendant un instant.

Seul le soutien du géant épargna au Spectre une nouvelle chute lorsque tout l'édifice trembla, une secousse sans précédent qui fit s'abattre un déluge de gravats à l'autre bout du souterrain, accompagné d'un bruit qui l'aurait rendu sourd s'il n'avait eu son casque. Lorsque la vidéo revint il n'y avait plus trace de l'ennemi nulle part, rien qu'une immense brèche fumante dans l'un des murs d'enceinte qui se prolongeait à travers l'immeuble de l'autre côté de la rue.

Le français déglutit puis tenta un trait d'humour : « Vous n'aviez pas besoin d'Aleph finalement. »

« Ne vous emballez pas, il est toujours là. » répliqua sèchement la générale. Rogos trébucha : « De quoi, il a survécu à ça ?! »

« Oui mais il ne s'en remettra pas si facilement. »

« Nous ne lui en laisserons pas le temps. Soldats, achevez-moi cette chose ! »
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Dim 26 Aoû - 21:36
Peut-être est-ce parce que les éveillés tel que je les connais sont bien trop loin des limites humaines plus conventionnelles, ou peut-être est-ce simplement dû à un passage trop long chez FIRMAMENT teinté par l’habitude d’utiliser des armes relativement normales —fusils, épées, tasers, grenades— mais il y a quelque chose de troublant à voir l’ingéniosité de nos ennemis alors que ces derniers n’ont que peu d’accès au cosmos. Pas que les Agences aient à s’en faire de ce côté non plus, la puissance brute de notre équipement rivalise très bien avec celui plus créatif de nos adversaires, mais il y a ce petit quelque chose, ce métissage entre la technologie et l’énergie surnaturelle, qui me fait poser bien plus de question que nécessaire. Les dieux et leurs armées ont beau tenter de se moderniser, il y aura toujours certaines lacunes, simplement parce qu’ils n’en ont pas vraiment besoin. Les Agences et tout ce qui leur ressemble sont quelque chose à part, et tout ce qui pourrait aider à rivaliser avec de « vrais » éveillés est utilisé à son plein potentiel.
Je me doute déjà que les autres Spectres n’en seront pas trop inquiets, puisque malgré toute leur inventivité ces gadgets ne sont juste pas assez puissants pour nous faire beaucoup de mal. Mais un jour, cette zone d’ombre nous rattrapera et vu la tendance, il n’y aura pas grand monde pour comprendre ce qui se passe.

-Garde un œil sur Théo et prépare-toi, Jess et Emily arrivent. J’ai besoin d’une minute…

Papanek est épuisé. Il a réussi à éviter les combats et en a profité pour dédier toute son énergie aux soins, mais cette première vague d’attaques lui demande quand même beaucoup d’efforts. Il nous rassure en disant qu’il peut encore se battre, s’il le faut, mais aucune dose d’adrénaline ou autres drogues ne pourra l’aider à poursuivre son travail de médecin : ce sera même pire pour sa concentration et sa dextérité. Tout ce qui peut aider, c’est un peu de repos.
Je pourrais sans doute en profiter aussi.

-Uh…

-Taras? Taras, tu m’entends?!

-Toé mon esti si j’apprends que t’as fait le mort tout c’temps là…

-Que… quoi? Quoi?! Mais non!

-Silence!

Quelque chose approche. Une puissance cosmique écrasante qui fonce vers Luiza et moi alors que nous commençons à peine à battre en retraite. Je commence déjà à accélérer quand Beth nous dit enfin ce qui se passe : il reste un survivant et plutôt que de nous attaquer, il a réussi à mettre la main sur un deuxième gantelet! Cette nouvelle puissance est signe de destruction, pas juste pour nous et Goma, mais pour lui aussi! Pas le temps de l’arrêter, tout ce qu’il y a à faire, c’est fuir. Sans attendre, je rassemble toutes mes forces et cours vers le reste du groupe, là où je serai plus protégée, suivie de près par De Assis et Dmytryk qui a réussi à se remettre sur pieds et à suivre sans trop de problème. Keaton est devant, aidant Higgins à marcher, pendant que les autres nous encouragent, mais ce n’est pas assez, et alors que les deux filles parviennent à se mettre à l’abri, je ne peux que regarder alors que le monde se déforme autour de moi.

Je croyais avoir tout vu. Des paysages infernaux aux illusions seulement limitées par l’imagination, l’hors de l’ordinaire ne devrait plus m’impressionner, et pourtant… le soudain vacuum me soulève de terre et m’envoie valser contre un vieux banc sans que j’arrive à me relever. Alourdie par mes blessures et une exposition trop longue au gaz neurotoxique, c’est à peine si j’arrive à lever mes bras au dessus de ma tête pour me protéger de la pluie de débris, grimaçant en sentant la poussière s’infiltrer dans mes blessures juste avant que les restes de murs, lampadaires et autres infrastructures retombent autour de moi comme les murs d’un tombeau. L’air peine à entrer dans mes poumons, et ce qu’il reste de lumière danse comme une nuée d’étincelles devant mes yeux.

-LETICIA!

-Merde, elle est où?!

Rassembler mes forces, une dernière fois, sinon ils n’auront pas le choix d’abandonner les recherches et me laisser là. Ramenant mes jambes contre moi, je pousse les débris avec mes pieds, finissant par créer un léger éboulement. Je gémis en sentant la douleur remonter le long de ma cuisse.

-Là!

Une série de coups étouffés, des pas qui approchent, et une bouffée d’air frais suivie d’un flash qui me font sursauter. Des mains m’attrapent les épaules et une fraction de seconde plus tard je me retrouve de nouveau à l’extérieur, lancée sur les épaules de Taras, à combattre ma nausée à chacun de ses pas.

-Par pitié, dépêchez-vous!

La course effrénée des deux mercenaires ne dure que quelques secondes, le temps de rejoindre les autres, et le Biélorusse me dépose au sol avant de s’éloigner, surveillant au loin. Je tente de me relever, mais Keaton m’en empêche tout en vérifiant les seringues à ma ceinture.

-Ne lui administre rien, les derniers effets de la neurotoxine vont se dissiper sous peu. Contente-toi d’arrêter le saignement. Je finis de m’occuper d’Emily et…

L’Autrichien n’a pas le temps de finir sa phrase : un nouveau cosmos, encore plus puissant et contrôlé, s’approche de nous. Une voix inconnue se fait entendre dans nos casques et nous nous regardons sans comprendre, puis devenons plus agités quand nous comprenons que ce n’est pas un allié.

Taras vient pour prendre la parole, mais Théo lui fait signe de rester silencieux. Ce nouvel ennemi ne sait pas qui nous sommes et il n’a pas besoin de le savoir, le moins il en sait sur nous, le mieux. Et vu sa puissance, nous ne pourrons pas le vaincre dans un combat normal, il faudra être rusé…
Le Québécois nous fait un signe de la main et nous nous remettons en marche, à la recherche d’un endroit où planifier notre offensive. Appuyée contre Jess, je tente de me concentrer sur le cosmos du nouveau venu, pour y trouver une faille ou peut-être un indice sur son identité. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un soldat divin, il semble travailler seul… mais comment avons-nous pu ne jamais le remarquer?
Merde, une cité entière condamnée, comment avons-nous ne pas le remarquer?

-Je vais te tuer.

Parce que quelle importance, s’ils meurent? Parce que ce ne sont que des humains, pourquoi s’y intéresser? Et ensuite on se demande pourquoi l’Élysée est si peu peuplé… À force d’oublier que nous avons déjà été humains, nous creusons notre propre tombe exactement comme eux…
Là-dessus, les Spectres ne sont pas bien mieux que les Saints. Mais qui le sera?

Je m’éloigne de la rousse pour faire quelques pas seule. Les railguns devraient pouvoir servir dans notre prochain combat, mais pas tant qu’on soit surs qu’on puisse porter un coup fatal. Le Gymnot devrait aider, et il reste assez de munitions. Mais il faut se rapprocher. Est-ce que Roth pourrait le faire? Heureusement qu’il nous reste des grenades.
Au pire, je ferai diversion moi-même.

-Si ça répond pas à ta question, je sais pas quoi te dire, mon cher. Après ton petit numéro à toi et tes amis, qu’est-ce que tu pensais attirer ici?

Luiza a encore disparu. Elle doit être en train de chercher, se préparer pour une ambuscade… On a beau avoir des blessés, la guerre n’attend pas. Il faut en finir au plus vite.
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Ven 31 Aoû - 22:22
- Décision : le comité de direction approuve la mise en place d'un projet-test ayant pour but d'évaluer :

1) l'efficacité des nouvelles méthodes proposées conjointement par les Départements R&D et Recherches Occultes ;

2) les applications en termes de recherche scientifique fondamentale et appliquée de la technologie Théozoa ;

3) les applications militaires de cette même technologie.

Les ressources allouées au projet consisteront en un budget de 3,5 milliards de dollars et 21 sujets éveillés sacrifiables de niveau 2 (renouvelables en cas de pertes dans la limite de trois renouvellements complets) pour une durée de deux ans. Le projet pourra être pérennisé et étendu si ce test initial s'avère concluant.

Auteurs anonymes, 2007
Délibération du comité de direction de FIRMAMENT relative au projet Zoroaster.

***

Il ne pouvait pas en être certain à cette distance mais il lui sembla que c'était l'éveillée la plus puissante du lot – l'équivalent d'un chevalier de Bronze – qui répondit en premier à sa petite provocation. Yakub sourit sous son masque à gaz, même s'il prenait la menace très au sérieux. Il savait depuis longtemps que les factions divines n'étaient pas les seuls obstacles dont ils devaient se méfier, que les armées humaines non plus n'étaient pas à sous-estimer. Il avait toute une collection de cicatrices pour le lui rappeler, dont les plus impressionnantes dataient du jour où les russes avaient incendié toute la base souterraine où il se trouvait avant de la faire s'écrouler sur sa tête puis de noyer les décombres sous plusieurs mètres d'eau. Il était d'autant moins enclin à prendre ses adversaires du jour à la légère en voyant que ceux-ci alignaient plusieurs dizaines d'éveillés ainsi que toute une batterie d'armes ésotériques, biologiques et technologiques aux performances encore largement inconnues. Ils s'étaient même montrés capables d'affronter des Théozoa avec un calme et une efficacité qui ne pouvaient vouloir dire qu'une chose : ils avaient déjà triomphé de telles créatures par le passé.

« Nous avons commis une grave erreur de jugement. Il nous faudra réévaluer nos plans pour les prochaines opérations. »

« S'il y a une prochaine opération tu veux dire. Essaye de ne pas te faire tuer, j'ai déjà assez de travail comme ça. »

Même via l'oreillette, la voix de Yua trahissait la pression pesant sur elle : quoi de plus normal puisqu'elle devait à la fois maintenir la barrière protégeant leur cachette et accélérer la complétion du rituel. Le résultat final serait certes de moins bonne qualité mais ce serait toujours mieux que de rentrer bredouille après tous ces mois de préparation.

Yakub s'élança une fraction de seconde avant que le premier missile ne transforme l'endroit où il se tenait en cratère fumant. Les suivants, accompagnés d'obus qui explosaient en l'air pour produire un déluge de shrapnels, s'abattirent avec une précision et un timing parfaits pour couvrir l'intégralité de la zone où il aurait pu se trouver suite à cette première esquive compte tenu de sa vitesse de déplacement... puis vinrent les munitions incendiaires, érigeant des murs de feu pour le confiner aux endroits où les autres armes pourraient le réduire en miettes. Une telle coordination le surprit : il ne pensait pas être obligé de déployer son bouclier aussi tôt. Une profusion d'arcs électriques se formèrent autour de lui, rassemblant la moindre particule ferreuse disponible pour créer un cyclone de poussières métalliques. Insuffisant : il agrandit encore et encore la portée de son pouvoir, récoltant de plus en plus de métal jusqu'à se retrouver entouré d'une barrière tempétueuse qui se renouvelait plus vite que les projectiles, les flammes et les ondes de choc ne l'entamaient. Même avec cette défense en place, il était forcé de se déplacer à couvert et à son allure maximale pour bénéficier d'une protection supplémentaire tout en zigzaguant entre les bombes, profitant du court intervalle nécessaire à la réorientation des canons.

« Ça y est, tu regrettes de leur avoir donné ta position ? » interrogea Yua, sarcastique, alors que le tonnerre et la pluie d'acier incessants achevaient de raser la moitié du quartier sans aucune considération pour la vie des habitants. Plus loin, d'autres frappes démolissaient les plus hauts immeubles pour dégager de nouvelles lignes de tir tandis que Yakub étouffait la réaction de combustion pour traverser un rideau de feu, juste à temps pour échapper à une énième bombe à fragmentation. De l'autre côté nappes de gaz mortel, nuages de phosphore, aérosols explosifs lui coupaient encore et toujours la route. « Au moins les autres ont la paix pendant que j'attire les tirs. Et puis ça montre qu'ils me prennent au sérieux. »

Il serait d'ailleurs très impoli de ne pas répondre à une telle marque d'estime... et pour être franc, être toujours sur la défensive commençait à lui taper sur les nerfs. Il avait collecté suffisamment de métal pour adopter une approche plus proactive : il concentra une fraction des particules composant son bouclier pour former plusieurs dizaines de cônes métalliques. Son aura électrique s'intensifia brusquement et ses créations fusèrent pour intercepter les projectiles ennemis en plein vol ; il en créa d'autres en remplacement, tirant en continu à la cadence d'une mitrailleuse. Obus et missiles étaient à présent déviés ou explosaient loin de lui, bien que ces derniers se soient mis à adopter des trajectoires plus erratiques pour continuer d'approcher à travers le barrage. Bien essayé mais il faudrait mieux faire. Il forma également d'épaisses barres de métal qu'il envoya se planter dans les rares bâtiments tenant encore debout : des appuis auxquels il pouvait s'agripper à distance grâce à son pouvoir électromagnétique et ainsi survoler le sol dévasté, lui ouvrant un chemin plus direct grâce à ses cibles.

Ce passage à la haute voltige se retourna instantanément contre lui : il dut alterner attraction et répulsion pour changer brutalement de direction cinq fois de suite, esquivant in extremis un nombre égal de munitions bien plus rapides que les précédentes. Il n'avait pas le temps de les viser avec ses propres projectiles, son bouclier n'était pas assez résistant pour les bloquer et il ne pouvait pas non plus les détourner directement. Il fit l'erreur de se déporter vers le haut pour éviter le dernier tir ; la partie de son bouclier située à hauteur de son torse s'illumina d'un éclat blanc aveuglant et il fut violemment rejeté en arrière lorsqu'une chaleur infernale vaporisa la surface de la plaque d'armure qu'il portait sous ses vêtements. Yakub ne se laissa pas démonter et se ressaisit avant de se laisser aller à la chute libre : un coup d'attraction électromagnétique pour se déplacer sur le côté et il échappa de justesse à une paire de tirs hypersoniques ainsi qu'à une douche de métal en fusion née de sa propre technique.

« D'accord, on ne passe pas par le haut. » fit-il en revenant au sol. Ce n'était pas grave, il était presque arrivé – même si un trajet qui aurait dû lui prendre moins d'une seconde s'était étiré sur plus de trente –; il abaissa la température de son armure malmenée, renforça sa barrière mouvante et se recouvrit d'une épaisseur de métal poli comme un miroir. Il n'avait pas senti cette dernière attaque arriver – elle l'aurait sans doute terrassé s'il avait laissé une ouverture pour voir à travers son bouclier au lieu de se reposer sur les autres sens que lui conféraient ses facultés – et à en voir les effets, il devait s'agir d'une arme optique. Maintenant qu'il avait jaugé les capacités de l'ennemi, il ne se laisserait plus prendre au dépourvu.

Une dernière accélération l'amena suffisamment près des mercenaires pour que le pilonnage cesse. Derrière lui, le bombardement intensif avait creusé une tranchée qui coupait la ville en deux, ne laissant dans son sillage que des montagnes de cadavres et de ruines fumantes. Qu'importe : il avait réuni un million de sacrifices, quelques dizaines de milliers de plus ou de moins ne changeraient pas grand-chose à l'issue finale.

***

Correspondance : 99,76%

Nom : Yakub Luria
Niveau : 4
Classe : électrokinésiste
Statut : présumé mort (révoqué) actif

Priorité : maximale
Ordres : élimination immédiate
Capture : non
Degré de dommage collatéral acceptable : …


L'éveillé avait été formellement identifié en comparant sa signature énergétique avec celles de la base de données ; immédiatement, tous les systèmes d'armement ou presque s'étaient réorientés afin de le prendre pour cible. L'alliance avait déchaîné sur lui une puissance de feu suffisante pour exterminer une petite armée : des missiles aux railguns – le modèle géant qui pourrait servir de canon principal à un navire de guerre – en passant par les bombes à fragmentation, les gaz et les incendiaires, tout y était passé.

Personne ne s'attendait réellement à ce que cela fonctionne. Comme Schneider – avec lequel il avait beaucoup de choses en commun –, Luria faisait partie de ces éveillés qui s'étaient frottés plus d'une fois aux armes conventionnelles et s'était donc constitué un arsenal de techniques faites pour contrer des attaques que le sixième sens ne pouvait pas voir venir. Même le laser avait échoué mais au moins ils avaient maintenant une meilleure idée de ses vitesses de déplacement et de réaction ainsi que de la portée de son « radar ». Ils n'avaient pas gaspillé toutes ces munitions pour rien.

L'interface transmit toutes les informations pertinentes aux mercenaires. Le niveau de l'ennemi, les différentes facultés qu'il utilisait (décharges électriques, technopathie, ferrokinésie, photokinésie, manipulation des réactions chimiques...), tout pour augmenter leurs chances de survie. Les armes à feu de Beth ne lui seraient pas d'une grande utilité, il lui faudrait se reposer sur les robots ; ceux-ci furent envoyés préparer le terrain tandis que des frappes ciblées d'artillerie retombaient derrière eux, dans l'espace les séparant de l'aéroport.

Luria ne leur laissa pas beaucoup de temps pour se préparer, même si le tir de barrage avait considérablement ralenti sa progression. Les capteurs de mouvement détectèrent plusieurs objets massifs fonçant vers eux à grande vitesse ; Beth s'écarta immédiatement mais faillit tout de même être fauchée par l'une des poutrelles métalliques que l'éveillé projetait comme de simples fléchettes et qui s'encastraient profondément dans l'asphalte et le béton.

« Qu'est-ce que je pensais attirer ici ? Plutôt les Saints ou les services antiterroristes. Quelque part je suis heureux de m'être trompé : je suppose que votre présence ici signifie que nos politiciens ont fini par se découvrir des tripes. » fit la voix qui s'incrustait une fois de plus dans leurs communications. « Mais votre petite reconstitution de Dresde n'était bonne qu'à me servir d'échauffement. Si vous ne pouvez même pas vous débarrasser de moi alors vous n'avez aucune chance face aux vrais monstres. Figurez-vous que j'essaye de changer cela et que je suis toujours à la recherche de nouveaux partenaires ; laissez-moi parler à vos supérieurs, je suis sûr que notre association serait très profitable. »

Douze tirs de fusil électrique en provenance des quatre coins du champ de bataille convergèrent sur la position de Luria. Demande refusée : sa proposition ne servait clairement qu'à gagner du temps pendant que ses camarades complétaient leur rituel.

« Au moins j'aurais essayé. » réagit-il en feignant le regret. L'attaque n'avait eu aucun effet : entre sa puissance équivalente à celle d'un chevalier d'Argent et ses sens supplémentaires, même un railgun ne pouvait espérer l'atteindre s'il tirait depuis une distance supérieure à dix mètres, sauf coup de chance ou coordination miraculeuse. Son aura s'amplifia, signalant le début du combat : la façade devant eux éclata sous la pression d'un tsunami de sable métallique parcouru d'arcs électriques. Le flot presque liquide se divisa en de multiples appendices terminés par une pointe acérée ; chacun d'eux accéléra en direction d'un membre du groupe, prêt à les empaler.

Ils n'allaient pas se laisser faire : les robots avaient placé des mines et grenades dans leur dos, recyclées en charges de démolition. Elles détonèrent, détruisant le dernier bâtiment qui se dressait encore entre eux et l'aéroport... et les lasers militaires montés sur son toit. Les lances de lumière invisibles s'écrasèrent sur son bouclier, chauffant le métal à blanc ; dès que l'un des appareils entrait en surchauffe, un autre prenait le relais, maintenant la pression. Des bombes incendiaires tombées du ciel firent naître des murs de flammes qui lui interdisaient de se mettre à couvert, de sortir de la ligne de tir spécialement dégagée pour l'obliger à toujours rester sur la défensive.

L'ennemi modifia sa technique pour mieux encaisser cet assaut constant, dévoilant un instant sa silhouette. Son corps et son visage étaient entièrement dissimulés par une tenue de combattant du désert avec shemagh et cape de camouflage ; c'était à peine si l'on pouvait deviner une peau mate derrière les lunettes tactiques et quelques mèches de cheveux noirs échappées du tissu. Difficile de voir quel matériel il utilisait mais l'on pouvait supposer qu'il était équipé de l'attirail standard, gantelet EHSH et épée rétractable.

« Voilà qui est mieux. » approuva-t-il en créant une poignée d'orbes fulgurants. Les sphères de plasma fusèrent vers les mercenaires, explosant au moindre contact pour creuser des cratères vitrifiés dans le sol ou les rares murs tenant encore debout. « Si vous me montriez ce que vous pouvez faire d'autre ? »

***

Il n'y avait rien dans cette base, ils avaient perdu leur temps et en plus une nouvelle aura bien plus puissante que les autres attaquait l'équipe de Marchesi. Le français était inquiet : cet ennemi-ci devait être du niveau d'une Étoile Céleste, au-delà de ce que sa consœur était censée pouvoir affronter avec ses pouvoirs restreints. Est-ce que les Agences continueraient d'avaler ses mensonges si elle était forcée de dévoiler une plus grande fraction de ses véritables capacités ? Deux montées en puissance aussi drastiques en aussi peu de temps ? Les situations de vie ou de mort avaient certes le chic pour catalyser la croissance d'un éveillé, surtout chez les plus jeunes d'entre eux, mais même les miracles avaient leurs limites... Et ils la surveillaient déjà davantage que la plupart de leurs autres éveillés. Parce qu'elle venait de l'extérieur, parce qu'elle était l'un de leurs éléments les plus puissants. Leurs scientifiques savaient reconnaître les marqueurs d'une ascension à un niveau cosmique supérieur, des signes dont les implants améliorés qu'elle avait reçu suite aux événements en Chine ne manqueraient pas de relever l'absence.

Ils étaient si près du but, hors de question que tout se mette à capoter maintenant !

Rogos revint à la surface et trouva les soldats de nouveau aux prises avec la créature. Il lui manquait tout l'avant du corps ainsi que la moitié de ses membres, de grandes fissures couraient le long du reste de son anatomie mais cela ne semblait pas l'embarrasser outre mesure. Il n'y avait ni chair ni os ni sang à l'intérieur, rien en-dehors d'une noirceur informe. Ses déplacements et ses attaques n'étaient en rien ralentis, affaiblis ou gênés par le fait qu'elle n'avait plus d'yeux ; son énergie n'avait pas diminué non plus. Il ne put retenir un frisson en la voyant continuer de combattre avec des dommages qui auraient terrassé le plus obstiné des Spectres. Les mouvements des asiatiques laissaient voir le sentiment d'urgence qui les habitait tous.

Ils étaient exténués et blessés, leur équipement était endommagé et leurs munitions raréfiées. Toutefois, la durée du combat leur avait permis de s'adapter aux facultés de leur adversaire : là où ils ne pouvaient auparavant que bloquer ou esquiver tant bien que mal les salves incandescentes, ils arrivaient à présent à les dévier, voire même à les renvoyer. Les traits de lumière se courbèrent autour de leurs cibles avant d'être réfléchis vers leur émetteur, le privant peu à peu de toute échappatoire puis le plaçant à l'endroit parfait pour qu'une volée de lances métalliques ne l'épingle. Clouée au mur comme un insecte, l'aberration entreprit immédiatement de se dégager au mépris des pointes qui la transperçaient de toute part, agrandissant délibérément ses propres plaies pour pouvoir s'échapper. Elle ne fut pas assez rapide : un éveillé s'élança vers elle, chargé de tout le cosmos de ses camarades. Le rayon meurtrier que la chose tira pour se défendre s'ouvrit en deux devant lui et il la pourfendit d'un poing nimbé de foudre. La décharge l'oblitéra entièrement ; le temps que le soldat retombe au sol, il n'en restait que quelques volutes de ténèbres.

Ho Sun ne leur accorda que quelques secondes pour se réjouir de leur victoire. Le Dullahan put voir que plusieurs des plaques blindées recouvrant leurs combinaisons avaient fondu, les relevés des capteurs indiquaient nombre de brûlures, d'hémorragies et d'os fracturés... mais ils n'avaient pas le luxe de se reposer. Pas maintenant.

« Cantor, vous avez trouvé quelque chose ? »

« Rien du tout mon général. »

Un concert de jurons particulièrement salés se fit entendre.

« D'accord, on administre les premiers soins et on part aider l'unité Bilodeau-Tanguay. » soupira-t-elle en vérifiant la condition de son matériel ; ses subordonnés en firent de même avant de parer au plus pressé concernant leurs blessures. Le cavalier sans tête se précipita pour les assister mais ne put s'empêcher de se demander si cette décision était bien raisonnable, et pas seulement parce qu'ils n'avaient plus l'air en état de combattre. Leurs chances de découvrir le QG ennemi à temps diminueraient si les autres équipes se portaient au secours de celle du canadien ; c'était sans doute précisément ce que recherchait leur opposition. La générale avait déjà dû considérer le dilemme et faire son choix à l'aide d'informations dont il ne disposait pas ; il ne devrait pas questionner son autorité et pourtant... « Vous êtes sûre ? »

« Certaine. Je n'aime pas ça non plus mais nous ne pouvons pas ne pas réagir à l'introduction d'un élément aussi puissant sur le champ de bataille. »

Effectivement, s'ils ne se débarrassaient pas très vite du nouvel arrivant celui-ci pourrait les exterminer groupe après groupe – ou les forcer à battre en retraite après de lourdes pertes dans le meilleur des cas. Marchesi était niveau 3, leurs chances de succès étaient plus hautes tant qu'elle restait dans la partie.

Content de ne pas avoir écopé d'une remontrance pour avoir contesté la décision de sa supérieure – un privilège des médecins s'inquiétant légitimement pour leurs patients sans doute –, il se laissa embarquer par Aleph sans protester. Le groupe endolori et ensanglanté mais de nouveau relativement d'attaque après une nouvelle injection de drogues laissa derrière lui la caserne ravagée pour voler à la rescousse de leurs camarades en péril.


Dernière édition par Rogos le Mar 11 Sep - 7:45, édité 1 fois
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Mar 11 Sep - 3:40
La discipline et l’entraînement rigoureux nous empêche de rester plantés là à admirer le spectacle : pendant que l’intégralité de notre armement se déchaîne face à ce nouvel ennemi, nous nous dispersons à la recherche du meilleur endroit où continuer le combat. Inutile d’essayer de prendre trop de distance, on en aura pas le temps, mais c’est juste assez pour nous permettre de trouver quelques bonnes cachettes, poser des pièges et réévaluer le terrain. Cachettes qui ne font pas long feu ; la minute où je mets les pieds dans un des bâtiments à moitié détruits, Théo m’attrape par le collet et me jette par terre, avant d’en faire de même en me couvrant de son bras. L’information entre dans nos casques à une vitesse folle, je n’ai pas le temps de tout voir, mais au moins mes compagnons plus attentifs sont là pour couvrir mes arrières. La première vague d’attaque a été plutôt facile à esquiver, même si Roth s’en est voulu de ne pas pouvoir protéger Beth, mais la suite aurait bien pu tous nous tuer. Le pire, c’est que c’est une de nos attaques! Alors que je me préparais à m’engouffrer dans le bâtiment pour tenter une attaque aérienne, notre nouvel ennemi a déployé sa propre attaque, une nuée d’aiguilles qui envoient tous les autres dans une panique mal contrôlée… sauf moi. Franchement, il faudra plus qu’une mission d’infiltration pour que je commence à avoir peur de quelques pauvres aiguilles. Il a bien de la chance que je ne sois « qu’une simple niveau 3 » sinon je lui aurais fermé le clapet, à ce salaud! Mais nos explosifs couvrent la zone d’un grand mur de flammes, stoppant l’assaut et détruisant les derniers murs, en plus de ce qui se trouvait au-dessus.

Tout cette puissance déchaînée pour un seul homme, et ce n’est pas suffisant. Et tout le monde le sait.

Alors merde, qu’est-ce qu’on fait?! Pas moyen de me découvrir un autre niveau de puissance, ils vont bien voir que quelque chose ne va pas! Et même si je le pouvais, je ne sais pas si je pourrais garder le rythme, mes propres techniques sont bien peu adaptées à ce genre de combat… je bondis sur mes pieds, suivie de près par Théo qui épaule son railgun en marmonnant quelques jurons dans sa barbe. Si ça se trouve, on a l’instigateur de toute cette horreur sous le nez. Mais ce dernier ne nous laisse pas le temps d’agir : c’est à mon tour de pousser brutalement le Québécois pour le sauver de cette nouvelle salve explosive, qui passe à quelques centimètres de nous avant d’exploser, ce qui nous force à rester à terre quelques secondes de plus. Les autres en font autant, Alastor se plaçant devant Beth et Papanek pour accueillir leur sphère avec ses boucliers, et Keaton parvient même à tirer sur la sienne de son fusil de précision, provoquant l’explosion entre elle et l’éveillé sans broncher. L’occasion pour Bilodeau-Tanguay d’enfin lever son arme…

-Manfred, tout le monde!

-Yeah!

Le Québécois tire une balle explosive, déclenchant une vague de shrapnels et de poussières, en même temps que Luiza lance une grenade fumigène. D’autres grenades suivent, une assourdissante de Keaton et une aveuglante de Roth, pendant que les autres arrosent la zone de leur pistolet ou fusil automatique. Dommage qu’on ne puisse pas utiliser les grenades émétiques ou neurotoxiques, on a pu voir que le type porte un masque à gaz, mais peut-être qu’on peut l’endommager. En attendant, il ne faut que l’aveugler et le tenir en place, le temps qu’on trouve quoi faire d’autre…

-Théo, Roth! Formation Notre-Dame, maintenant!

-Mais…

-MAINTENANT!

La seule chose qui semble vraiment fonctionner, c’est la chaleur. On a quelque chose pour ça, FIRMAMENT nous aura au moins appris à avoir un plan pour tout, mais c’est très dangereux, et vu la fatigue des deux concernés ça pourrait mal tourner. Roth n’a pas encore eu la chance de se remettre d’un usage trop long de son cosmos et Théo a été blessé, ses ondes de choc pourrait aggraver son état, sans parler de tous les risques pour les autres… mais c’est ça la guerre. Des convictions auxquelles on croit assez pour se jeter dans la mêlée et y laisser sa vie. Parce que c’est tout ce qu’on sait faire, parce que tant qu’à mourir, autant bien mourir pour une cause…
Tant mieux si en plus, on a la chance d’y croire.

Les quelques secondes de doute d’Alastor sont de trop : c’est suffisant pour laisser à l’ennemi une chance de s’échapper ou pire, de contre-attaquer en nous empêchant de changer de formation. Emily lève le poing, ordonnant aux autres d’attendre, puis concentre son cosmos. La carcasse fatiguée du Kamakiri se redresse dans un mouvement étrange, comme s’il avait oublié comment bouger, puis fonce vers Luria en brandissant ses lames. Je ne sais pas ce que penseront nos supérieurs de cette manœuvre, gaspiller une telle machine pour une distraction, mais vu comment ils ont géré leur partie de la défense, ils ne doivent pas pouvoir ce plaindre. Tout ça a laissé assez de temps à tout le monde pour se placer.

-FEU!

Higgins abat son poing, pour mieux se saisir d’une grenade incendiaire et la lancer devant elle. Ben en fait de même et Taras va même jusqu’à se délester de deux grenades avant de se jeter au sol pour ne pas finir cuit sur place. Sans pouvoir cacher sa peur, Alastor déploie une nouvelle fois ses boucliers, en faisant des efforts surhumains pour leur faire prendre le plus d’expansion possible, pendant que Théo se trouve de l’autre côté du brasier à multiplier les ondes de choc pour tenter de contenir les flammes lui aussi. Dans de meilleures conditions, on a déjà réussi à créer de véritables tourbillons avec cette technique, mais personne ne tiendra jusque là. Tapie au sol, Chunjun en main, j’observe les flammes en ignorant le picotement de la chaleur sur ma peau le plus possible, prête à bondir dès que l’attaque faiblira, même si ça ne fait pas partie du plan. On ne peut pas rester là à attendre que les secours arrivent, et si on arrive à se débarrasser de cet ordure nous-même…
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Sam 15 Sep - 19:05
- Décision : en dépit de l'accident ayant coûté la vie à quatre membres du projet Zoroaster, le comité de direction reconnaît la validité de la preuve de concept ainsi que le potentiel des recherches sur la création d'entités pseudo-théopotentes artificielles (Théozoa) et autorise le passage à l'étape suivante. Le comité approuve l'intégralité des mesures additionnelles de sécurité suggérées par les membres du projet afin d'éviter la reproduction d'un désastre similaire, incluant la dissociation entre composants matériels et agissants du système via la création de périphériques externes temporaires ad hoc ainsi que son organisation en gestalt à deux niveaux.

Ayant reçu les résultats de l'évaluation physique et psychologique du professeur Rosenberg suite à l'accident, le comité le déclare apte à reprendre ses activités. Les professeurs Ashtear, Maxwell, Rosenberg et Singh sont dès à présent affectés au projet-successeur en tant qu'administrateurs, chacun à la tête d'une de ses onze subdivisions. Le choix concernant les sept postes restants sera arrêté à une date ultérieure.

Les ressources allouées au projet consisteront en un budget illimité (sous réserve d'approbation par le comité) ainsi que de 143 éveillés non-sacrifiables (132 niveaux 2, 11 niveaux 3) et de la mise à disposition d'espaces spécialement dévolus à la conduite du projet dans des sites sécurisés dispersés pour la première phase débutant en 2010 et s'achevant en 2020 (estimations provisoires sujettes à révision). Quatre phases sont prévues.

Auteurs anonymes, 2008
Délibération du comité de direction de FIRMAMENT relative à la fin du projet Zoroaster.

***

Cette première série d'attaques lui avait permis d'évaluer la qualité de l'opposition mais il lui fallait encore récolter davantage de renseignements. Parmi tous ces éveillés, une seule – la jeune fille qui avait manifesté son intention de le tuer – représentait une menace sérieuse ; c'était d'ailleurs sa présence qui l'avait décidé à attaquer ce groupe plutôt qu'un autre. L'unité était pour moitié composée de membres dont le rôle n'était sans doute pas le combat direct, l'une d'entre eux n'émettait même pas de cosmos, même si la vitesse de réaction de ce dernier spécimen laissait voir qu'il s'agissait bel et bien d'une éveillée... une spécialisation furtive peut-être.

Cependant, même si aucun de ces soldats ne l'égalait en termes de puissance brute, leur coordination – meilleure que celle de ses propres troupes – leur permettait de tirer tout l'avantage d'une supériorité numérique écrasante. Ils bénéficiaient de plus d'un soutien à distance de qualité qui maintenait Yakub sous une pression constante : s'il réagissait une fraction de seconde trop tard en évitant les balles des snipers des autres unités ou s'il laissait la moindre brèche dans le bouclier le protégeant des lasers venant de l'aéroport... il y perdrait un membre ou y gagnerait une brûlure au troisième degré, dans le meilleur des cas. Il faisait lui-même usage de technologies avancées pour amplifier ses pouvoirs, aussi mesurait-il l'ampleur du doigté requis pour que ses ennemis parviennent à un tel niveau de synchronisation entre leurs agents et leurs systèmes d'armements.

Ses sens additionnels l'informèrent que le tireur d'élite du groupe épaulait son fusil ; il ressentit l'accumulation d'énergie dans les circuits de l'arme et réagit en compactant la poudre métallique sous son contrôle pour créer un mur suffisamment épais pour résister à un obus antichar. Lorsque le fracas du tir retentit, il fut surpris en voyant la profondeur à laquelle le projectile s'enfonça dans le matériau avant d'exploser. L'ordinateur auquel il était relié pour améliorer son contrôle de ses facultés calcula qu'une version perforante de cette munition aurait franchi l'obstacle en conservant suffisamment d'énergie cinétique pour le blesser malgré sa tenue en kevlar ; une sacrée performance qui lui donna une assez bonne idée du genre d'ennemis que les combattants d'en face s'attendaient à devoir combattre.

« Et bien, je vois que vous avez de grandes ambitions. » dit-il dans un sifflement appréciateur alors que des balles plus conventionnelles ricochaient sur son bouclier. Il prit ses distances lorsque celles-ci s'assortirent de grenades, modifiant la barrière afin d'amortir le souffle d'une explosion ou de piéger un éventuel gaz toxique... ni l'un ni l'autre, ses adversaires tentaient de le désorienter par le biais d'attaques visant ses sens. Ou de le faire paniquer, ou au contraire de lui faire baisser sa garde ; tant de motivations possibles pour une action en apparence si simple. Il laissa donc sa technique le protéger du flash, du son et de la fumée et accueillit la manœuvre suivante avec toute la prudence et la violence nécessaires.

Les arcs électriques rayonnant de son corps s'amplifièrent et un second nuage de métal noir fut extrait du sol et des ruines environnantes ; une partie du nuage vint s'ajouter à son bouclier, l'autre se fragmenta en milliers de fléchettes aérodynamiques lévitant devant lui. Ils n'étaient pas les seuls à pouvoir pulvériser le mur du son avec un courant électrique : une puissante impulsion électromagnétique accéléra les projectiles, qui balayèrent un grand arc devant lui en déchiquetant les cachettes de fortune de ses ennemis et le robot qu'ils venaient de lui envoyer, imparfaitement abrité derrière ses lames. La machine continua pourtant d'avancer, portée par son élan et la résistance conférée par ses systèmes redondants ; Yakub fit jaillir du sol deux pieux métalliques qui se croisèrent en lui transperçant le torse, l'immobilisant enfin juste avant qu'elle ne s'autodétruise en faisant détoner simultanément toutes ses munitions restantes. Il lui fallut concentrer l'essentiel de ses défenses pour se protéger de l'explosion et des shrapnels, affaiblissant dans le même temps d'autres sections du bouclier ; l'ennemi profita aussitôt de l'ouverture pour déchaîner sur lui un ouragan de flammes attisées et dirigées par leur cosmos.

« Ils ont la tête sur les épaules et ils savent comment contrer mes pouvoirs. » remarqua Yakub en altérant illico la barrière pour bloquer la fournaise, s'adressant cette fois à sa collègue restée dans leur base et non à l'ennemi. Il pouvait facilement se protéger de la chaleur intense, des ondes de choc ou faire cesser la réaction chimique avec cette substance qui transformait son nuage ferreux en composés inutilisables mais les trois en même temps, ça devenait tout de suite plus compliqué.

« Imbécile. » répondit Yua, qui n'avait décidément aucune patience.

« Ta confiance en moi me réchauffe le cœur. »

Il mit fin à l'embrasement en déployant la poussière de métal comme un filet moléculaire qu'il resserra puis transforma en sphère solide et hermétique, isolant la dangereuse mixture grâce à une couche de matière déjà brûlée, non-réactive. Un rien suffirait toutefois à faire sauter ce revêtement interne et à libérer la substance, aussi s'en débarrassa-t-il en l'enfouissant profondément sous terre.

Bien, il pensait avoir suffisamment observé les capacités de ses adversaires, il était donc temps d'arrêter de jouer. Première étape : reconstituer ses réserves, ce qui fut fait lorsqu'une énième décharge d'énergie fit sortir du sol un nouveau flux de métal. Il n'y en avait plus beaucoup dans l'environnement immédiat, il lui faudrait se montrer plus économe à l'avenir ou se tourner vers d'autres sources moins faciles d'accès.

Deuxième étape : réduire le désavantage numérique. Un tentacule métallique serpenta vivement en direction des décombres où gisaient ses défunts subordonnés et trouva la dépouille du malheureux en charge d'invoquer leurs renforts portatifs, hélas tué avant d'avoir eu le temps de se servir de son atout. Le membre artificiel en ramena une gemme incolore, curieusement taillée en forme de dodécaèdre, au centre de laquelle pulsait une minuscule sphère de fumée noire. Elle n'était pas endommagée, parfait.

Troisième étape : profiter de sa supériorité écrasante en termes de force et de vitesse pour faire un massacre. Dans un bruit de tonnerre et en moins de temps qu'il n'en fallait pour cligner des yeux, il franchit la distance le séparant de la formation ennemie. La connexion technopathique aux machines intégrées à sa tenue l'aida à conjurer plus rapidement ses facultés : le cosmos concentré dans sa main droite activa son gantelet et une explosion lumineuse ravagea la position du sniper adverse ; celui dans sa main gauche généra une spirale de plasma qu'il projeta vers l'homme aux boucliers. Ses murs d'énergie étaient remarquablement résistants pour un éveillé de son niveau mais ils n'avaient tenu le coup jusqu'ici que parce que Yakub avait visé tous les membres du groupe en même temps au lieu de focaliser son pouvoir sur une cible à la fois. L'air s'enflamma et se dilata à vitesse supersonique sous la température solaire de l'attaque, l'onde de choc ajoutant à la dévastation causée par la chaleur extrême ; le jet destructeur creusa une tranchée aux bords chauffés à blanc longue de plusieurs mètres à travers les débris derrière les mercenaires.

Il devrait éviter de s'attarder et passer à la suite s'il ne voulait pas que les autres le frappent dans le dos. C'était justement pour ça qu'il avait récupéré le cristal : il le jeta négligemment en l'air en y injectant une larme de son cosmos puis se mit en quête de l'éveillée la plus puissante du groupe, celle qui l'avait menacé. Il changea une partie de son bouclier en une myriade de fouets tranchants qui découpèrent et transpercèrent tous les obstacles sur leur chemin pour fondre sur l'italienne et ses compagnons les plus proches comme une nuée de serpents. Un examen rapide de leurs tenues lui fit comprendre que les décharges électriques ne seraient d'aucune utilité tant que leurs protections resteraient intactes ; il employa une autre salve de plasma à la place, un faisceau concentré qui d'un mouvement de la main balafra le champ de bataille d'un sillon ardent. Puis d'un deuxième, d'un troisième, d'un quatrième alors qu'il attaquait successivement le canadien, l'espagnole et le biélorusse.

« Alors comme ça tu veux me tuer ? » demanda-t-il en arrivant finalement face à la mercenaire. Les fouets métalliques continuèrent de la harceler tandis que le courant électrique donnait naissance à un autre vortex de plasma au creux de sa paume, qu'il déchaîna sur son adversaire à la manière d'une grenade... si une grenade pouvait émettre une chaleur capable d'évaporer la chair et de faire fondre l'acier. Un océan de lumière engloutit momentanément la scène et lorsqu'elle se dissipa, Yakub se tenait à la lisière d'un cratère rougeoyant.

« Ça ne servirait à rien de toute façon, vous arrivez trop tard pour nous arrêter. Vous ne sauverez personne. » poursuivit-il en vérifiant que l'entité que la gemme avait conjuré au contact de son aura faisait bien son travail en achevant les cibles de sa première attaque. Le conteneur s'était dissous, délivrant des filaments d'obscurité qui s'étaient multipliés et entremêlés pour dessiner une silhouette vaguement reptilienne flottant à hauteur de torse, si noire qu'elle en semblait dépourvue de relief. Le Théozoa utiliserait un raccourci dimensionnel pour arracher les organes de ses victimes directement depuis l'intérieur de leur poitrine, ni leurs armures ni leurs boucliers ne pourraient les sauver...

Beth se releva pour protéger Roth en jetant une grenade d'un rouge criard à la figure du monstre, un geste qui aurait dû être futile – il ne serait pas détruit pour si peu et les dégâts infligés se résorberaient en quelques secondes – mais qui, au lieu de produire une simple explosion, résulta en une sorte de vibration qui le figea sur place, interférant directement avec son cosmos. Plus surprenant encore, un tir de railgun frappa la créature avec un timing impeccable, avant qu'elle ne puisse se remettre à bouger ; elle implosa puis éclata dans un flash arc-en-ciel. L'ordinateur de Yakub réagit en lui envoyant un message inattendu :

Unité CD-096 : dégâts critiques.
Erreur 674 : régénération impossible.
Cause : interférence thaumaturgique.
Résolution du problème... échec.
Reconfiguration d'urgence en cours.


Les plus gros fragments de la créature – ceux qui n'étaient pas retournés au néant – convergèrent et elle se reforma mais son créateur savait qu'elle n'avait fait que restaurer ses capacités de combat : les dommages avaient été dissimulés et pas effacés, quoi qu'en dise le niveau de son cosmos. Elle ne pourrait pas encaisser une autre attaque du même acabit. Yakub prépara une seconde volée d'orbes de plasma explosifs qu'il envoya tout autour de lui avant de poser sa question : « Un contre très à propos, remarquablement exécuté. C'est comme ça que vous avez détruit nos autres Théozoa ? Comment avez-vous appris à faire ça, je me le demande... »

***

Le commando et Rogos passaient par les toits, un chemin plus direct qui leur permettait d'éviter les mille et une obstructions au niveau du sol, même si cette succession de sauts et d'atterrissages brutaux malmenait sérieusement le scientifique. L'ennemi ne pouvait pas les rejoindre ici sans faire une cible de choix pour les drones ou leur soutien à distance. Ils pouvaient voir et entendre les explosions ébranlant le champ de bataille de l'équipe Bilodeau-Tanguay ; le Dullahan aurait pu jurer que les militaires devenaient de plus en plus tendu à chacun de ces flashs particulièrement intenses marquant l'instant où Luria faisait usage d'une technique dont la puissance surpassait de loin celle des membres de leur groupe. De tout le groupe additionné même : cela faisait si longtemps qu'il n'avait plus été confronté au cosmos d'un chevalier d'Argent qu'il en avait perdu ses propres repères et commençait à adopter ceux des Agences.

Un simple niveau 4 n'aurait pas dû l'impressionner, lui qui côtoyait régulièrement des éveillés capables d'égaler voire de vaincre des chevaliers d'Or, qui s'était trouvé plus d'une fois en présence d'une divinité mais maintenant qu'il évaluait cette aura comme l'aurait fait un combattant de l'alliance... De leur point de vue, ils s'apprêtaient à affronter un monstre qui pouvait les écraser comme des insectes. C'était le genre de changement de perspectives qui lui donnait une appréciation renouvelée pour ses coreligionnaires.

« Il ne se bat pas à fond l'enfoiré, il garde de la marge. »

« C'est pour nous ça, il prend ses précautions. »

Il n'allait pas s'en plaindre, tout ce qui pouvait éviter à la Mante de griller sa couverture était bienvenu. Alors même qu'il pensait cela, les attaques de Luria montèrent subitement en puissance ; il en gardait toujours sous la pédale mais il passait aux choses sérieuses. Le français s'interrogea tout aussi sérieusement sur son rôle dans l'affrontement à venir, ou plutôt son absence de rôle. Il ne ferait que les gêner, une fois de plus et à sa grande frustration. Il doutait même de son utilité en tant que médecin : cet affrontement-ci serait sans doute encore plus chaotique que le précédent, il n'aurait jamais le temps de tirer un blessé à l'écart pour s'en occuper. Vu la violence des attaques utilisées, il doutait même qu'il puisse faire quoi que ce soit pour les soldats s'ils venaient à encaisser un coup direct. Il détestait se sentir impuissant, un sentiment qui l'avait trop souvent poursuivi au long de sa carrière...

« Et moi, mon général ? Qu'est-ce que je fais, je continue la mission ? »

L'asiatique s'apprêtait à répondre lorsqu'un nouveau cosmos apparut là où se battaient leurs collègues, identique à celui de la créature qui avait dévasté la caserne, blessé et faillit tuer leurs hommes. Un message d'alerte retentit dans leurs casques, qui affichèrent un flux vidéo en provenance du groupe des mercenaires ; il ne comprit pas tout de suite que ce qu'il y voyait était l'image de la créature, tant sa noirceur absolue masquait les détails de son anatomie. Un monstre différent mais non moins étrange que celui de la base militaire.

« Zirnitra confirmé. Sniper requis en soutien immédiat, balle thaumaturgique. »

Le tireur d'élite du groupe venait tout juste de sauter d'un toit à l'autre : il se réceptionna en position de tir, railgun au poing, appuyé sur la corniche du bâtiment et insérant une munition rouge dans la chambre de l'arme. Une suite d'informations défila sur la visière à réalité augmentée du Dullahan (Type Zirnitra. Armement : système de couplage dimensionnel. Mode opératoire : ablation / destruction des organes de la cible, défenses conventionnelles et couverture inefficaces. Parades : ne pas rester statique, ne pas approcher à moins de vingt mètres.), sans doute bien moins complètes que ce que l'interface fournissait aux soldats ou aux mercenaires, à sa grande irritation. Un marqueur coloré au centre d'un cercle représentant la zone d'exclusion dans laquelle il ne devait surtout pas mettre les pieds s'afficha sur son écran, signalant l'emplacement du monstre.

Beth utilisa une grenade anti-magie, ce qui servit de signal au sniper. Il fit feu et la vidéo montra les effets spectaculaires du tir ; l'entité se reconstitua en quelques instants malgré tout mais tous traitèrent la chose comme un succès. Le groupe reprit sa route avec encore plus de célérité.

« Nous n'avons plus que deux balles thaumaturgiques, si Luria en déploie un autre... »

Ce fut au tour de la voix de l'ennemi de s'insinuer dans leurs communications ; sa question attira immédiatement l'attention du Spectre car elle contenait un mot qu'il avait entendu tout au long de la journée sans savoir à quoi il faisait référence. Ho Sun se tourna vers lui et même avec le casque cachant ses traits, il sut instinctivement qu'elle lui ordonnait de la boucler. Il pouvait presque l'entendre dire « Classifié. » de son ton le plus péremptoire.

« Il parle trop. »

« Il le fait exprès. Cantor, nous ne pouvons pas vous déposer et vous laisser continuer seul, c'est trop dangereux. Vous resterez en arrière et à couvert au cas où nous réussirions à extraire les blessés de l'unité Bilodeau-Tanguay. »

« À vos ordres. »
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