PNJ Hadès
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20.12.18 22:35
Quoi qu'en disent ceux qui cherchaient à trouver un point positif à leur situation, les deux dernières opérations d'envergure s'étaient soldées par un désastre. Les Agences avaient beaucoup appris, certes, mais ces leçons arrachées à l'ennemi dans le sang et la souffrance ne porteraient leurs fruits que dans plusieurs mois, voire plusieurs années ; cela ne comblerait pas leur sous-effectif à court terme et il était illusoire de s'attendre à ce que le monde s'arrête de tourner le temps qu'elles reconstituent leurs forces.

Au moins la seconde catastrophe de Diomède était-elle restée circonscrite à une île perdue loin de la civilisation. Celle de Goma par contre avait eu des répercussions planétaires : entre l'extermination de toute forme de vie dans un rayon de plusieurs kilomètres autour du lac Kivu, la destruction de la deuxième plus grande ville de RDC et l'éruption du Nyiragongo, c'était toute la province du Nord-Kivu qui était paralysée. Or cette région meurtrie était d'une importance stratégique majeure : il s'agissait en effet de l'un des principaux sites d'extraction de quantités de minéraux indispensables à l'industrie électronique, un flux de matériaux à présent tari jusqu'à une date indéterminée. Un sordide effet domino s'était amorcé, à l'impact magnifié par les fragilités toujours pas résorbées datant des actions de Poséidon, et une nouvelle crise s'était abattue sur l'économie mondiale.

Cerise sur le gâteau, il y avait toute une brochette d'illuminés qui voyaient en cette répétition abrégée de l'épisode des dix plaies d’Égypte un nouveau châtiment divin dans la même veine que ceux de Tokyo ou de La Havane. Les médias et les réseaux sociaux amplifiaient leur rhétorique apocalyptique comme un mégaphone, donnant naissance à d'innombrables mouvements de panique. Autant d'incendies que les experts, les communicants et les politiciens avaient le plus grand mal à éteindre avant qu'ils ne se propagent.

« Ils vont se servir de ça pour faire pencher la balance lors des négociations. » prédit sombrement l'agent Traoré en rangeant son journal dans sa mallette après avoir passé le checkpoint. « Pourquoi c'est à nous de nous en occuper d'ailleurs, où sont les parasites en costard-cravate quand on a besoin d'eux ? »

« Occupés à se faire remonter les bretelles par d'autres parasites et à essayer de les convaincre de ne pas tous nous mettre à la porte, je présume. » répondit Ho Sun, dont l'humeur n'était guère meilleure. Après tout ce qui était arrivé, les deux femmes se seraient volontiers passé de voyager jusqu'à Washington pour rencontrer le Triumvirat des marchands d'armes – leur surnom officiel – au sujet du bilan de leur collaboration avec l'alliance. Surtout avec tout le cirque auquel elles avaient dû se plier pour ne pas trop laisser transparaître leur épuisement face à leurs interlocuteurs. Le résultat était de toute façon imparfait : si elles avaient réussi à effacer les cernes et les traits tirés, rien n'avait pu être fait pour les pansements et attelles sous les vêtements de la française ni pour les cicatrices symétriques couturant le visage, le cou et les mains de la chinoise.

« Au moins Al-Aswad devrait se montrer raisonnable ; Carlson aussi si nous nous montrons fermes d'entrée de jeu. Kaganovitch en revanche... »

« Kaganovitch ferait mieux de se mettre en tête que le fait que certains de ses mercenaires se soient remarquablement bien acquittés de leurs tâches ne suffira pas à nous faire oublier que ce sont aussi les siens qui causent le plus de problèmes côté discipline, et que même si tout était parfait ça ne lui donnerait toujours pas tous les droits. »

L'oligarque abusait depuis le premier jour des privilèges liés à son statut d'associé des Agences, au point que malgré son utilité en tant qu'intermédiaire celles-ci étaient arrivées à bout de patience et n'attendaient plus qu'un prétexte pour se débarrasser de lui. Ce serait sans doute déjà arrivé depuis un moment si la perle rare qu'était Marchesi n'était pas issue de ses rangs. Personne ne regretterait sa disparition ; il vaudrait mieux pour lui qu'il écoute les conseils de son compatriote Vassiliev, qui venait compléter l'équipe du côté des Agences.

Le russe était arrivé en avance, comme la dernière fois. Il les attendait sur l'un des sièges dans l'antichambre de la salle de réunion, rigide comme une statue dans son costume civil impeccable malgré ses propres blessures. Mais il n'était pas seul : en face de lui se tenait l'aberration de compagnie de Rosenberg, qui avait troqué sa tenue de cobaye pour un ensemble noir des plus sévères. Le regard de Mélissa passa de l'un à l'autre, avisant les postures identiques, le teint et les cheveux trop pâles, les visages inexpressifs... d'accord, c'était vraiment dérangeant.

« C'est décidé, je ne veux plus jamais vous voir tous les deux dans la même pièce. »

« Je vous demande pardon ? » interrogea poliment le colonel en se relevant et en empoignant une pile de dossiers.

« On dirait que vous êtes père et fille et que vous vous rendez à un enterrement. »

« C'est voulu. »

« Je ne veux même pas savoir... » fit la française en gardant un œil sur la gamine factice. Elle ne manqua pas de relever le moment précis où la créature consentit enfin à se faire passer pour humaine, l'instant où elle se mit à faire semblant de respirer, à simuler un pouls, à cligner des yeux et à reproduire tous ces minuscules mouvements involontaires qui différenciaient un individu vivant d'un cadavre... ou d'une marionnette. « Qu'est-ce que tu fais là, toi ? Je croyais que tu étais censée rester au laboratoire. »

« Stationnée à Washington. Protection du Congrès et du Président. »

« Le comité de direction de FIRMAMENT a décidé qu'elle allait se rendre utile puisqu'ils sont en sous-effectif, qu'ils ont toujours eu peur d'une attaque sur leur capitale et qu'ils ont enfin quelque chose qui peut faire obstacle à un niveau 5 plus de trois secondes. » clarifia Vassiliev.

« Ces américains, je vous jure... » soupira l'asiatique, résumant l'opinion générale : les États-Unis étaient la seule nation de l'alliance à ne pas avoir tiré un trait sur leur capitale et autres métropoles avant même que les factions divines ne commencent à collectionner les conquêtes. Sentimentalisme absurde, même si leur Agence avait au moins eu le bon sens de ne rien y laisser d'important.

Et en parlant de choix contestables de la part de leurs leaders autoproclamés, il était temps d'aller récompenser les profiteurs de guerre qui leur servaient d'alliés et de renégocier les termes du partenariat à l'aune de leurs contributions. Joie.

« Bon, quand faut y aller... »

« Et pas de bouquet cette fois, nous ne sommes pas un service de livraison. »

Le quatuor fit son entrée dans une salle de réunion identique à celle qui avait accueilli la première rencontre entre l'alliance et les marchands de mort, tous ces mois auparavant. L'arrivée du trio de milliardaires était imminente ; lorsque la porte s'ouvrit de l'autre côté de la salle, ce fut Vassiliev qui se chargea d'accueillir leurs invités.

« Bonjour à tous, heureux de vous revoir. Nous n'attendions plus que vous. »
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27.01.19 11:16
C'est bon, vous pouvez y aller.

Malik Al-Aswad remercia le garde en faction d'un signe de tête, rattachant sa montre à son poignet - il avait déjà rempoché clefs, portefeuille et autres effets personnels depuis quelques instants. Cette fouille préliminaire relevait de la routine désormais, même si leurs « clients » - si l'on peut dire - veillaient à limiter ces entrevues dans un souci de discrétion.
Bien que l'accord ait été conclu voilà un certain temps maintenant, on ne pouvait pas reprocher aux représentants des différentes agences d'observer certains protocoles de sécurité - quand bien même l'on devinait aisément qu'ils auraient pu se défendre par eux-mêmes en cas de besoin ; ne serait-ce que parce qu'il était peu probable qu'eux laissent leurs armes à l'entrée.

Et parlant d'arme...
Un bruit massif se fit entendre depuis de la table sur laquelle le milliardaire venait de récupérer ses affaires, le faisant machinalement tourner les yeux dans sa direction. Pourtant, il en devinait déjà la cause : l'énorme revolver du tout aussi énorme Kaganovich, qui venait de l'y laisser choir avec nonchalance - laquelle n'allait heureusement pas jusqu'à oublier d'en mettre la sécurité.

Nul besoin d'être aussi renseigné qu'eux pour comprendre au premier regard qu'il s'agissait du plus gros calibre disponible sur le marché - et peut-être même un peu au-dessus ; Al-Aswad n'aurait pas été surpris d'apprendre que son « confrère » s'était offert un modèle unique.
S'il n'était pas étonnant que des personnes dans leur secteur d'activité - et avec un compte en banque tel que les leurs - portent sur elles de quoi assurer leur protection, choisir une telle arme pour ce faire n'était tout de même pas sans paraître quelque peu disproportionné.
La rendre plus tape-à-l'oeil qu'elle ne l'était déjà semblait impossible, à moins de la couvrir d'or massif - une idée qui, là encore, avait déjà dû passer par la tête de son imposant propriétaire.

Ce dernier eut droit à un regard noir de la part du soldat en charge de l'inspection - qui, curieusement, n'appréciait guère de se faire jeter ainsi les choses, en particulier un tel objet - et y répondit par un sourire carnassier, n'ayant rien perdu de son penchant pour les provocations au rabais. Que ce soit parce qu'il n'avait pas idée des ennuis que cela pourrait lui valoir ou parce qu'il persistait à tester de dangereuses limites demeurait un mystère.

L'irakien poussa un discret soupir et se désintéressa de la scène, rejoignant Carlson qui les attendait déjà au bout du couloir. Ils ne s'adressèrent pas la parole - ils était depuis longtemps établi qu'ils n'avaient rien à se dire - et durent attendre de sentir le sol trembler à l'approche du troisième larron pour que la porte s'ouvre devant eux.

Madame, messieurs, fit Al-Aswad en rejoignant l'un des sièges vacants, aussi courtois qu'à l'accoutumée.
Il fallut quelques secondes encore pour que son regard se pose sur l'enfant, comme si l'incongruité de sa présence délayait d'autant sa réalisation - et il eût été difficile de l'en blâmer.
Malgré cette surprise légitime, il sut se reprendre sans tarder : Ah, mesdames, pardon. Il avisa les visages plus familiers de l'autre côté de la table. Devrions-nous refaire les présentations ?

J'ignorais que vos agences avaient une section maternelle, railla Kaganovich, posant sur son propre fauteuil son volumineux fessier. C'est la journée « emmenez vos mioches au travail » ?

Aucun des deux autres hommes d'affaires ne jugea bon de répondre quoi que ce soit, laissant cela aux bons soins de leurs hôtes - si tant est qu'ils ne préfèrent pas gagner du temps en reléguant ces commentaires au rang des bruits parasites.
De même s'abstinrent-ils, tous autant qu'ils sont, d'émettre la moindre remarque sur l'état de santé de certains de leurs interlocuteurs, malgré leurs bandages encore apparents : cela valait probablement mieux.
Tous finirent de s'installer pour qu'enfin la réunion puisse commencer.

Bien, fit Al-Aswad, les doigts croisés devant lui, une fois confortablement assis lui-même. Que pouvons-nous faire pour vous ?

Comme à l'accoutumée, « l'invitation » qui les avait amenés ici ce jour était laconique au possible : malgré les efforts mis en oeuvre pour sécuriser leurs communications, ils n'en faisaient pas moins preuve de la plus grande prudence - ce qui était tout naturel étant donné l'impact catastrophique que la plus petite fuite pourrait avoir sur la totalité de leurs opérations.
Ainsi leurs « fournisseurs » n'avaient-ils qu'une idée très vague de l'objet de ce rassemblement - si ce n'est que ce devait être important, sans quoi il n'aurait tout bonnement pas lieu.

Avant qu'on ait pu lui répondre, cependant, l'on toqua brusquement à la porte - laquelle laissa entrer le soldat qui avait passé les possessions en revue il y a tout juste un instant ; toutes les têtes pivotèrent dans sa direction.

Mon général, fit-il à l'adresse d'Ho Sun, l'air quelque peu alarmé, vous devriez allumer la télévision.
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28.01.19 23:20
Ils avaient à peine commencé et le géant russe faisait déjà tout pour se rendre insupportable. Aucune surprise de ce côté-là, l'oligarque semblait physiquement incapable de se retenir de narguer ses interlocuteurs, se croyant sans doute intouchable. Le détromper ne serait qu'une perte de temps, tout comme il serait inutile de souligner l'hypocrisie de ces paroles venant de quelqu'un qui employait lui-même des enfants-soldats. Tous l'ignorèrent donc superbement et s'adressèrent plutôt aux deux autres magnats, ceux qui avaient su rester professionnels plus de trente secondes.

« L'agent Traoré est venue en remplacement de l'agent Johnson et représente également nos collègues français. L'agent Laplace est ici au nom de la Division Scientifique. » expliqua la générale en désignant successivement les deux participantes qui n'étaient pas présentes lors de la première réunion. Heureusement qu'elle s'était rappelée du nom d'emprunt de la gamine factice, qui en guise de salut se contenta d'incliner la tête de façon à peine perceptible. Une fois ces formalités évacuées, il était temps d'entrer dans le vif du sujet, ce que fit Mélissa... ou plutôt ce qu'elle aurait fait si l'un des gardes en faction dans le hall n'avait pas choisi ce moment pour débarquer dans la salle, faisant tout son possible pour garder son calme malgré la gravité de ce qu'il venait leur annoncer.

Ils avaient demandé à ne pas être dérangés, sauf en cas d'urgence. Se remémorant ce qu'il s'était passé lors de leur dernière rencontre en ces lieux – il fallait espérer que cela ne se répéterait pas à l'avenir –, ils se tournèrent vers l'écran de la salle de conférence en dissimulant à leur tour leur appréhension. Celui-ci s'alluma et ils purent enfin prendre connaissance du message du Sanctuaire.

Cette annonce-ci n'était pas aussi surréaliste ou préoccupante que le discours d'Athéna à Tokyo mais il s'en fallait de peu. Un silence atterré s'étira pendant de longues secondes lorsque le spot s'acheva puis reprit du début ; ce fut finalement Vassiliev qui le brisa en passant en revue les images de l'éveillé accompagnant l'avertissement.

« Ce ne serait pas le Boucher de Catane, par hasard ? » demanda-t-il comme d'autres parleraient de la pluie ou du beau temps. S'il semblait prendre la chose avec philosophie au premier abord, ses yeux révélaient toute l'ampleur de la froide irritation qu'il ressentait réellement. La française lui répondit sur un ton désabusé : « Si. Et si ces accusations sont fondées, il faudra le reclasser niveau 5. Un niveau 5 particulièrement violent dont ils ont grillé la couverture et qu'ils viennent de provoquer devant la planète entière. »

Elle se passa une main sur le front et émit un soupir las. Il fallait qu'elle arrête de se dire que les choses pouvaient difficilement empirer, l'univers considérait manifestement cela comme un défi et prenait un plaisir pervers à lui prouver qu'elle avait tort.

« Dernière localisation connue ? » interrogea la générale, qui avait le sens des priorités.

« New York. »

Tous les regards convergèrent plus ou moins brusquement vers la fausse jeune fille, qui était retombée dans le mutisme après avoir délivré sa réponse lapidaire ; Carlson en particulier était au bord de l'attaque cardiaque. On ne pouvait pas lui en vouloir cette fois : dans une ville aussi densément peuplée, un éveillé de la dangerosité de Reagan pouvait faire des dizaines, voire des centaines de milliers de victimes le temps que le Sanctuaire ait vent de sa présence et dépêche un guerrier capable de l'arrêter. Quant au combat lui-même, il pourrait transformer des quartiers entiers en champs de ruines.

« Il a quitté le sol américain il y a plusieurs heures, probablement à destination de Death Queen Island. » élabora l'interface lorsque les autres continuèrent de la fixer avec insistance. L'information fut accueillie avec un certain soulagement, mais sans aller jusqu'à rassurer complètement l'assistance : ce n'était pas parce qu'ils avaient – peut-être – évité un carnage que cette annonce n'aurait pas d'autres retombées négatives. Lesquelles précisément, cela restait à voir, mais ils pouvaient déjà l'imaginer.

Mélissa eut une pensée pour tous leurs cols blancs en charge de la désinformation ou de l'analyse stratégique qui devaient être en train de s'arracher les cheveux en ce moment-même. Ils avaient fourni un effort herculéen pour éviter que qui que ce soit découvre que les Spectres avaient envahi le Sanctuaire et en étaient repartis victorieux, ce afin d'empêcher une panique mondiale. Tout ce travail pour maintenir la population dans une ignorance béate et voilà que les Saints eux-mêmes criaient leur impuissance sur les toits ? Et s'ils invitaient des équipes de tournages extérieures pour filmer leur petite mise en scène et qu'un membre des forces athéniennes incapable de tenir sa langue laissait fuiter la vérité sur ce qu'il s'était passé l'année dernière ? Deux chocs médiatiques pour le prix d'un, il ne manquerait plus que ça.

« Si quelqu'un doutait encore de la nécessité de préparer un plan B pour protéger l'humanité... » remarqua Ho Sun, laissant la fin de la phrase en suspens. Effectivement, il y avait au moins un aspect positif et c'était que certains politiciens devraient se montrer nettement plus réceptifs aux arguments des Agences à partir de maintenant. L'asiatique indiqua à la française de poursuivre là où elle s'était arrêtée avant que le garde ne s'invite à leur réunion : mieux valait mettre cette désastreuse nouvelle de côté pour le moment ou ils n'arriveraient à rien aujourd'hui – chaque instant passé à réfléchir amenait de nouvelles raisons de dénoncer cette intervention, une véritable fractale de désolation. Ils auraient tout le temps de fulminer plus tard.

Mélissa se retourna vers ses papiers mais le cœur n'y était plus. Cela avait beau être important, sa seule envie était de quitter cette pièce pour se rendre là où elle serait la plus utile, à préparer l'alliance aux inévitables conséquences de tout ce cirque moyenâgeux. De plus, elle se sentait fatiguée d'avance sachant que ce vautour de Kaganovitch verrait dans le message des Saints une occasion en or d'extorquer des concessions supplémentaires à ses commanditaires.

« Cela fait maintenant plusieurs mois que nous collaborons et les soldats que vous nous avez si gracieusement prêtés ont eu le temps de participer à plusieurs opérations d'envergure. Le moment est donc venu de faire le bilan avec vous, de modifier notre partenariat en conséquence et bien sûr de distribuer récompenses et blâmes en fonction des contributions – positives ou négatives – de chacun d'entre vous. » parvint-elle toutefois à énoncer. Heureusement, le colonel prit le relais :

« Résumons la situation avant d'entrer dans les détails : les combattants fournis par messieurs Kaganovitch et Al-Aswad sont en tête, grosso modo à égalité en termes de performances sur le terrain. Cependant, ceux de Kaganovitch sont aussi – et de loin – ceux qui posent le plus problème côté discipline. En revanche les vôtres, monsieur Carlson, se sont largement intégrés sans faire de vagues. »

Ho Sun se fendit d'un signe encourageant en direction du maillon faible du Triumvirat ; son imposant et prévisible homologue ne manquerait pas de se moquer de ce « prix de participation » – il ne suffisait pas d'être sage pour être qualifié de bon élève après tout – mais les organisations secrètes avaient besoin de soldats, pas de têtes brûlées.

« Avez-vous quelque chose à répondre à cela avant que nous ne nous penchions plus précisément sur la question ? »
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24.02.19 8:18
Mesdemoiselles, salua-t-il poliment celles qui venaient de lui être succinctement présentées, sans prendre la peine de vérifier si ses homologues en faisaient de même.

Si la présence d'une enfant dans ce qui avait peu à envier à une salle de guerre avait de quoi intriguer, la réponse concise de la générale laissait peu de place au doute : ils n'en tireraient rien de plus - et il n'était sûrement pas dans leur intérêt d'insister, ils l'avaient tous compris. Si frustrant que ce soit, il leur faudrait hélas se résoudre à ce que les questions qu'ils devaient se poser demeurent sans réponse.

Cependant, à peine avaient-ils fini de prendre place qu'on vint les déranger - et étant donné les consignes strictes données aux gardes en faction, ce devait être de la plus haute importance. Il ne fallut qu'une poignée de secondes pour que l'écran rivé sur le mur du fond n'affiche le programme d'une chaîne d'information.

Malgré la hâte avec laquelle elle s'était saisie de la télécommande, la représentante asiatique eut la présence d'esprit de choisir une chaîne dont le présentateur s'exprimait dans la langue de Shakespeare, de sorte que nul ne doive demander à son voisin de lui faire la traduction - rendant leur consternation à la fois unanime et simultanée.

Carlson parut encore plus ahuri qu'à son habitude, surprenant ceux qui doutaient que ce soit seulement possible ; Al-Aswad opta pour un silence poli, se voulant aussi neutre que faire se peut ; quant à Kaganovich, s'il se passa de tout commentaire, il ne prit en revanche pas la peine de réprimer un rire tonitruant.

On croirait pas vu comme ça, mais je dois bien avouer que ce ce charlot en a une sacrée paire ! dit-il en écrasant son énorme paume sur la table, comme pour appuyer son hilarité. Si vous réussissez à mettre la main dessus, faites-le moi savoir : j'aimerais l'inviter à travailler pour moi !

Fermez-la, Kaganovich. coupa sèchement Vassiliev.

Ces petites réunions avaient beau être espacées dans le temps, et aussi rares que faire se peut, cela n'empêchait pas le comportement du poussah russe de porter sur les nerfs des différents représentants des agences. Néanmoins, une fois n'est pas coutume, l'intéressé la ferma bel et bien - quoique le rictus resté collé sur son visage joufflu soit là pour s'assurer que les envies croissantes de lui ouvrir la gorge avec un trombone ne s'estompent pas tout à fait.

Imperméable à ses frasques - et, de manière générale, d'un sérieux irréprochable -, le milliardaire irakien préféra quant à lui porter son attention sur la mystérieuse fillette. Le monolithisme avec lequel elle procura à ses supposés pairs les informations demandées n'était absolument pas sa place chez une enfant de son âge ; à ce titre, il ne réussit qu'à la rendre plus intrigante - voire même un peu inquiétante.
Pour sa part, l'homme d'affaires n'était pas sans exhiber une certaine fascination à son égard - qu'il mit toutefois de côté en un instant lorsque reprit le dialogue.

Je suis simplement heureux de savoir que mes employés ont pu vous être utiles, fit-il alors pour revenir dans la discussion. Certains d'entre eux n'avaient, après tout, eu que peu d'occasions de tester leurs capacités sur le terrain avant que vous les sollicitiez, malgré leurs qualifications. Tant mieux si ça n'a pas été un problème.

Son discours relevant encore une fois plus de l'amabilité que d'un réel apport constructif, il ne récolta que quelques hochements de tête en retour ; il ne semblait pas en demander davantage.

Pour ma part, émit Carlson tout en levant la main, comme s'il craignait qu'on ne le remarque pas sans cela, et bien, j'aimerais savoir si vous auriez une estimation du temps durant lequel vous aurez encore besoin de nos soldats ? Oh, n-ne vous méprenez pas, je suis on-on ne peut plus ravi de participer à l'effort de guerre, mais je ne me sens pas très en s-sécurité sans mes hommes.

Il rehaussa ses lunettes d'une main tremblante, jetant des coups d'oeil nerveux tout autour de lui, comme s'il craignait que quelqu'un tente d'attenter à sa vie dans cette pièce hautement gardée.
Et le pire était qu'il n'avait peut-être pas entièrement tort - car si Kaganovich était au naturel un homme intimidant, ne serait-ce que de par sa corpulence, son aura de menace semblait avoir grimpé de quelques crans.

Je ne suis pas sûr d'aimer ce que vous sous-entendez, dit-il d'un ton peu amène - il n'avait jamais été quelqu'un de très cordial, mais il était à un rien de devenir ouvertement hostile. Peut-être que ce sont vos larbins qui ne sont pas capables de les encadrer correctement, hein ? Qu'est-ce que vous en dites ? Le cigare qu'il se préparait à allumer cassa en deux entre ses doigts. Il est grand temps que quelqu'un avec un peu plus de poigne prenne cette opération en main, si vous voulez mon avis.
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28.02.19 23:08
L’être humain n’était pas une créature logique, cela Tetragrammaton le savait, c’était même la toute première leçon que ses concepteurs lui avaient enseigné lorsqu’ils lui avaient donné ce qui était de très loin sa tâche la plus lourde : celle de leur servir d’oracle, à une échelle sans commune mesure avec tout ce que l’IAO avait bien pu concocter pour le compte du gouvernement américain. Ce savoir ne lui était cependant pas d’une grande aide, à part pour éviter les plantages : une intelligence entièrement logique devenait du même coup éminemment prévisible dès lors qu’on en comprenait les règles, ce qui permettait d’en simuler le comportement – même en interaction avec ses semblables – sans grande difficulté. Prévoir les agissements d’un ensemble d’intelligences illogiques par contre, surtout quand le système n’avait pas toutes les cartes en main... À quoi bon avoir un accès illimité à un océan de données, écouter la planète entière au travers d’un million d’oreilles et la surveiller par dix milliers d’yeux si aucun d’eux n’était au bon endroit, si aucune de ses sources d’informations ne laissait la machine décortiquer les rouages de l’esprit de l’instigateur de ce tumulte ?

Ledit tumulte risquant fort d’avoir des conséquences mondiales, sa participation à la réunion avec le Triumvirat se retrouvait reléguée en priorité basse – ce n’était pas comme si sa marionnette apportait grand-chose à la discussion, de toute façon. Le système redirigea donc la plus grande partie de la puissance de calcul et de l’énergie parapsychique consacrées aux actions de sa Manifestation vers une série de simulations poussées : il lui fallait anticiper les retombées potentielles de cette provocation du Sanctuaire afin que les Agences puissent s’y préparer, et vite.

Le problème, c’était l’absence totale d’informations quant au but de cette manœuvre honnêtement confondante. Le cerveau humain fonctionnait parfois de manière contre-intuitive et aboutissait à des choix sous-optimaux – à moins que les Dieux n’aient leur propre logique, sauf qu’aucun élément ne venait étayer la thèse d’une implication d’Athéna dans cette opération –, mais à ce point ? Si la pratique du duel judiciaire avait disparu du monde civilisé, c’était pour une raison : elle ne laissait aucune place à la présomption d’innocence, ni à un procès équitable, ne représentait pas un châtiment proportionné à l’offense… en somme, ce n’était qu’un vernis qu’on utilisait pour rendre plus avenante la loi du plus fort. Might makes right, la négation de l’idéal moderne de la justice.

C’était déjà un pari plus que risqué du point de vue des relations publiques, seulement les conditions additionnelles faisaient qu’aucune des issues possibles de l’affrontement n’était réellement à l’avantage du Sanctuaire. Ce n’était pas un combat à mort et Reagan avait reçu un sauf-conduit, donc s’il devait périr avant ou pendant la confrontation, les chevaliers sacrés se seraient parjurés devant la Terre entière. Si le Chevalier Noir remportait le duel, il ne serait pas puni pour ses crimes, un flagrant déni de justice. S’il perdait et que la championne d’Athéna le laissait repartir ensuite, il resterait libre de commettre de nouvelles exactions tout en ourdissant sa vengeance pour son humiliation publique – humiliation qu’aucun système pénal digne de ce nom ne considérerait comme un juste châtiment pour avoir blessé et traumatisé des enfants, d’ailleurs. En fait, ils avaient tout bonnement oublié de préciser ce qu’il se passerait en cas de victoire du Sanctuaire et c’était précisément pour cela que s’ils choisissaient d’emprisonner le renégat, de l’estropier ou autre moyen de le mettre hors d’état de nuire, leurs détracteurs pourraient légitimement clamer que l’offre des Saints était de mauvaise foi.

Plus la machine y réfléchissait, plus le futur devenait incertain. L’équation avait trop d’inconnues, et la plus importante d’entre elles était la réaction de Reagan. Il lui faudrait attendre afin d’y voir plus clair.

« Si nous mettons la main sur cet individu, ce ne sera certainement pas pour le recruter. » ajouta Traoré à la suite de Vassiliev, tandis qu’à l’insu de tous Tetragrammaton réinvestissait sa marionnette. Ce chapitre étant définitivement clos, la conversation se remit enfin sur les rails qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

Al-Aswad énonça quelques courtoises platitudes, sans surprise, puis ce fut Carlson qui ouvrit le bal en matière de revendications ineptes. L’embryon de bonne volonté que les négociateurs s’étaient efforcés de cultiver à l’égard du milliardaire américain dans l’intérêt de leurs échanges se réduisit comme peau de chagrin, voire même s’évapora dans le cas de la générale.

« Vos soldats resteront à notre service aussi longtemps qu’il le faudra : je ne sais pas si vous avez remarqué mais nous ne sommes pas face au genre de foutoir qui se nettoie en deux jours. Et puis soyons sérieux, le jour où un véritable émissaire des factions divines se montrera à votre porte, ce ne sera pas une poignée de niveaux 2 sans armures qui vous sauvera. Croyez-moi, ils sont beaucoup plus utiles là où ils sont actuellement. Si vous vous inquiétez tant pour votre sécurité, nous pouvons sûrement arranger quelque chose, mais il vous faudra consentir à certains sacrifices au niveau de votre train de vie. »

Intimidé comme à son habitude et conscient du message implicite des propos de l’asiatique – « Ces soldats ont mieux à faire que de protéger un parasite tel que vous. » –, Carlson se recroquevilla sur lui-même en bredouillant de vagues excuses. Ironiquement Beth aurait pu la lui livrer, son estimation, si Ho Sun lui avait posé la question et si les résultats des simulations de Tetragrammaton n’étaient pas aussi confidentiels. En extrapolant à partir des tendances actuelles et à supposer que le Sanctuaire ne se ressaisisse pas avant le point de non-retour, l’alliance n’aurait plus besoin de ses services… quelque part entre 2021 et 2026, avec une moyenne de 2023, date à laquelle plus rien de tout cela n’aurait d’importance puisque l’un des innombrables scénarios-catastrophes que Tetragrammaton s’efforçait de prévoir et d’éviter aurait fini par se concrétiser, signifiant l’ultime échec des Agences.

La rencontre aurait pu être un succès – relatif – si les choses en étaient restées là. Hélas, Kaganovitch s’exprimait – ou plutôt s’offusquait – à son tour, et il ne serait pas aussi facile à remettre à sa place que le timide américain. Ce fut le compatriote de l’oligarque qui monta au créneau cette fois, avec une répartie tout aussi cinglante que celle de la chinoise.

« Nous ne sous-entendons rien du tout. Vous par contre… Quelqu’un avec un peu plus de poigne ? Laissez-moi deviner, vous voulez dire quelqu’un comme vous ? Pourtant les problèmes avec vos hommes ne datent pas d’hier, loin de là même. Nous avons un dossier épais comme l’annuaire téléphonique recensant les exactions de vos troupes sous de précédents employeurs. Vous savez, celui qui aurait pu vous valoir une trentaine de condamnations à La Haye à vous et à vos amis et que nous avons fait enterrer pour prix de votre collaboration. »

Quelques pages des documents compromettants en question apparurent à l’écran histoire d’appuyer les dires du colonel. Certaines des preuves qui y étaient présentées étaient contre-indiquées pour les âmes sensibles ; le visage de Carlson se para ainsi d’une teinte verdâtre des plus délicates lorsqu’il posa les yeux sur les photographies.

« Ne venez pas nous parler de discipline et soyez un peu plus conscient de votre position, je vous prie. Je doute que vous ayez mieux à proposer que nos mesures de contrôle. »

« Bon, si vous avez fini de rouler des muscles tous les deux, peut-être que nous pourrions revenir à des discussions plus productives ? » souffla la française, exaspérée par ces prises de bec inutiles. Leur temps était précieux, surtout en ce moment. « Ça ne m’amuse pas plus que vous d’être là, vous savez, et si vous continuez de faire traîner les choses nous n’aurons d’autre choix que de mettre quelqu’un à la porte. »
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[Frontline] Les Etoiles brillent au Firmament