Ephemer
Ephemer

Date d'inscription : 22/06/2017
Nombre de messages : 102
Age : 27

L'envol d'un vautour. Empty
Revenir en haut Aller en bas
L'envol d'un vautour. 201195horloge221.03.19 3:20
HRP : Ce RP est écrit avec pour objectif de libérer le Surplis du Griffon.

Quelle étrange époque. Cette évidence traverse un instant l'esprit du Juge des Enfers alors qu'il s'extirpe d'un sombre portail, son regard d'acier se posant sur les horizons glaciales du Cocyte. Perché sur les hauteurs de la région infernale, Eurynomos glisse ses mains dans son dos, inspirant doucement l'air ambiant. Pendant un court instant, un léger sourire vient se poser sur ses lèvres, alors que ses paupières viennent cacher ses yeux. Un très léger soupir de bien-être résonne vient alors terminer ce moment de tranquillité. Une félicité provenant de cette simple sensation de sentir la morsure glaciale de la Prison des Rebelles traverser chaque parcelle de son corps sans vie. Sa sortie des frontières obscures du Tartare commence maintenant à dater, bien entendu... et pourtant, il n'avait pas pris la peine de s'arrêter à cet endroit, de ressentir ce froid...
Un froid capable de lui arracher un étrange sentiment de vie, une impression qui s'oppose à la funeste réalité des Spectres ayant connu le tragique destin du baiser de la Mort. Une machinerie gelée, brisée, animée par la simple expression d'un pouvoir supérieur. Comment ce silence pourrait bien habiter une telle sensation ?

Un nouveau soupir traverse les lèvres du Vautour, qui s'installe tranquillement sur ce monticule qui surplombe le désert gelé. Retirant sa cravate, il laisse cette dernière s'envoler au gré du vent glacial qui vient frapper, continuellement, le visage des différents pécheurs qui contribuent à la réputation de cette prison. Un instant, il se demande si l'arrogance des dirigeants chinois les guideront jusqu'aux geôles hivernales de la Huitième Prison ? Où sont-ils les représentants des déchets de l'humanité qui sont plongés dans les Maleboges de la Septième Prison ? Caressant son menton à cette pensée, il envoie rapidement l'interrogation au loin, d'un revers de la main imaginaire.

Quelle drôle d'époque, oui. Une époque où il n'arrive pas à trouver réellement une place utile. Cette réalité, il n'est pas le seul à l'avoir bien assimilé : son Étoile, elle aussi, a compris ce simple fait. De cette information est née alors une réflexion qui guida le Vautour et son invisible alliée à une conclusion : il n'y a qu'une seule chose à faire. Mais les conséquences d'un tel acte pour les Enfers restent difficiles à accepter. Par cette action, il retirera une force... un nouvel élu devra apparaître – ou un ancien élu devra être de nouveau convoqué. Car, ce qui va commencer à se produire est finalement simple : l'Étoile quittera son hôte. Le lien sera rompu. Oh, cela ne sera pas aussi violent qu'à l'époque : l'un comme l'autre se sont mis en accord à ce sujet... L'Étoile ne sera pas arraché, elle quittera simplement ce corps, pour prendre le temps nécessaire de trouver un meilleur hôte... Quant à Euryomos ? Le Noble et Glorieux Griffon n'est qu'une facette de son existence.... Peut-être est-ce d'ailleurs ceci qu'il ressent, au contact du froid glacial du Cocyte. Sa nature, plus primitive qui, même à travers le sombre voile de la Mort, réussi à interpréter, à apprécier, ce qui doit l'être.

Revenir à ce qu'il était. Pour peut-être totalement disparaître. Ce sera là la conséquence d'une décision importante, d'une époque qu'il n'arrive pas à assimiler. Un échec dans sa mission de Juge. Oh, une certaine colère l'a bien animé lorsqu'il a compris cette réalité, la réfutant. Comment peut-il échouer ? Il avait tant à prouver à sa sortie des Abysses du Monde. Après la colère, c'était la folie qui s'est de nouveau emparée de lui, la peur de retourner là où les pires pécheurs ont pu se rendre... Les silhouettes des Hécatonchires, les regards obscures de ces créatures millénaires. Et l'immobilisme... l'incapacité à ne serait-ce que ramper alors que le monde absorbe chaque centimètre d'un corps immortel. Devenir une gargouille, à peine capable de penser alors que les années, les siècles, défilent.
Un petit tressaillement anime ses lèvres, son esprit vibrant à ce souvenir. Revenir à une telle condition ? Il préférait de loin revenir à la source de son existence, ne refaire qu'un avait l'esprit qui l'avait animé, même si cela signifiait sa disparition complète... oui, il préférait l'absence totale d'existence à cette prison.

Et puis, il y a eu l'acceptation. Après la rage, la folie, ainsi que l'espoir d'un probable moyen. Des étapes nécessaires à cette conclusion inévitable : rester ainsi serait être une épine pour les Enfers et, surtout, pour le Faucheur. Qu'importe l'angle de réflexion, il s'avérait que seule cette réflexion s'extirpait de cet agglomérat de pensées.

Un nouveau soupir traverse alors les lèvres du Juge. Doucement, il déboutonne les premiers boutons de sa chemise, alors que le surplis du Griffon apparaît face à lui, lévitant légèrement. Un petit sourire étire alors ses lèvres, tandis qu'il vient glisser ses doigts fins contre le noir métal, laissant son corps ressentir une ultime fois ce lien qui existe entre lui et cet artefact antédiluvien. Aucun mot. Il n'a beaucoup d'aucun mot pour échanger avec ce vieil ami. Cet allié d'une époque lointaine. Le froid s'engouffre dans sa chemise, venant caresser sa peau, mais surtout, le fil rouge qui retient sa chair. La blessure divine. Le vol d'une partie de son identité pour les rejetons de l'Assembleur des Nuées... La douleur, parfois, se réveille, se rappelant à lui, comme un souvenir tenace, violent... Le torse ainsi en partie dénudé, il porte alors lentement sa main jusqu'au fil écarlate, qu'il fait glisser, doucement...

Ses paupières se ferment lentement, écoutant la symphonie de son corps s'éveiller lentement. Ce qui se passe, nulle ne pourrait le voir. Une douleur traverse sa chair tandis que la vieille blessure laisse échapper l'ultime trésor d'Eurynomos. Une passation de pouvoir étrange, douloureuse... mais essentielle. Les doigts de l'ancien Juge commencent alors doucement à virer au noir, cette corruption s'étendant lentement contre son corps, au rythme des battements de son âme. Et alors que le Griffon abandonne définitivement le Vautour, ce dernier ouvre un œil, observant la ligne d'horizon. Sa respiration, plus profonde, accompagne les bruits sordides de sa chair qui, lentement, se referme au mouvement du fil. Un éclat vert anime son regard, accompagnant le sentiment de faim déroutant qui envahi son corps. Un sourire carnassier... une peau de charbon... Très vite, il redécouvre cette apparence, cette nature profonde.

Le Vautour se laisse alors tomber dans les plaines gelées du Cocyte, avançant doucement... pour se perdre ? Pour rassasier sa faim primitive ?
C'est une toute autre histoire qui restera dans les brumes du monde des morts.

L'envol d'un vautour.