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ThanatosDieu de la Mort | Administrateur
Dieu de la Mort | Administrateur

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Mar 4 Juil - 13:48

Il avait été décidé que la rencontre se déroulerait au Nouveau-Mexique.

Ainsi, un hélicoptère non-répertorié se retrouva-t-il bientôt à survoler le désert en direction de Los Alamos, comptant notamment à son bord le multimilliardaire Malik Al-Aswad et le scientifique qu'il avait emmené avec lui. Si un tel véhicule n'était peut-être pas le plus propice à la discrétion, les hauteurs dans lesquelles étaient situées le centre de recherche les obligeait à passer par là - leur prudence n'en était pas au point de requérir que tout participant soit à même d'y parvenir en grimpant.
Celui-là même qui, dans les années quarante, avait vu naître sous la supervision du brigadier général Leslie Richard Groves ces deux enfants terribles que l'histoire retiendrait sous les noms de Fat Man et Little Boy. L'opération portait peut-être le nom de Projet Manhattan, mais c'était dans ses locaux que la bombe en elle-même avait été créée - et non-loin de là que son brouillon avait poussé son premier cri en un souffle destructeur.

Quand on prenait le temps d'y penser, la situation de l'époque, lors de leurs démêlés avec les forces japonaises, ne différait pas tant de celle à laquelle ils se retrouvaient aujourd'hui confrontés. Dépassés par l'ampleur de la menace, les savants de plusieurs nations consentaient un effort collectif afin de reprendre leur destin en main - si funeste soient les moyens qu'ils devraient employer pour y parvenir.
À n'en pas douter, bon nombre des actuels occupants de la place fortifiée devaient secrètement espérer que le résultat de leur travaux ne soit jamais forcés de prendre un tournant aussi meurtrier... Ou, si ce devait être le cas, que ce soit avec une efficacité tout aussi décisive ; sans cela, gare à la contre-attaque. Si vaste soit la renommée que cela avait valu au bon docteur Oppenheimer, qui avait envie de devenir son direct successeur ?

Ce n'était toutefois pas pour travailler sur la fission de l'atome que le riche homme d'affaires avait amené l'un de ses chercheurs avec lui - quand bien même l'idée de projeter une bombe équivalente sur le siège reconnu d'un groupe d'éveillés avait dû en effleurer plus d'un en ces murs. Ils avaient d'autres choses à faire.
Dès leur arrivée, ils furent pris en main par les soldats déjà présents sur place, sans que les échanges aillent plus loin que les politesses d'usage - et encore. Sans doute avaient-ils reçu pour consigne de n'en dire qu'un minimum et le prenaient-ils un peu trop littéralement ; ils avaient beau être grassement payés, les licenciements dans un tel contexte devant se faire à coups de balle dans la tête, il était bien normal qu'ils souhaitent ne prendre aucun risque.

Procédez comme vous me l'avez montré, et tout devrait bien se passer. prit-il le temps d'adresser à son « employé » en blouse blanche tandis qu'ils évoluaient dans les couloirs à grands renforts de cartes d'accès, de code à douze chiffres et de reconnaissance rétinienne. FIRMAMENT n'aurait, de toute évidence, pas mis longtemps à moderniser l'endroit après l'avoir réquisitionné - un choix judicieux ; il avait fait ses preuves.

Une phrase bien anodine ; quiconque en aurait été témoin aurait pu difficilement imaginer qu'elle cachait d'amorales manipulations commises aux tréfonds de quelque sordide dimension infernale. N'eurent-elles été pratiquées sur des spécimens plus morts que vifs, l'on aurait pu parler de torture ; mais les intéressés étant à peine plus que des tas de viande dont on retardait l'inévitable putréfaction, les risques de plaintes étaient par conséquent assez minimes. Et puis, « géhenner » était synonyme de supplicier ; il eut été fâcheux de faillir à leur réputation.

S'ils étaient toujours aussi réticents à l'idée de laisser des civils se balader sur l'un de leurs sites, les équipes sur place avaient néanmoins accepté sa présence à contrecœur ; après tout, il ne se passerait rien ici aujourd'hui qu'il n'ait déjà vu à l'oeuvre dans ses propres laboratoires, en théorie. Sous quel motif pourraient-ils donc lui en refuser l'accès, tant que les consignes de sécurité étaient respectées ?
À fortiori sachant que, des trois personnes concernées, il était sans conteste celui à avoir fait la meilleure impression lors de leur premier rendez-vous ; cela avait dû les rendre plus réceptifs à ses demandes qu'à toutes celles que les deux autres auraient pu émettre. S'ils voulaient instaurer une relation de confiance, il fallait aussi en passer par là.

Même si son existence avait depuis été révélée au monde, l'installation était à l'origine tenue secrète : aussi n'était-elle en rien aussi vaste que d'autres sites plus moderne. Les têtes pensantes de FIRMAMENT n'entendaient pas à y changer quoi que ce soit : non seulement avait-elle prouvé être parfaitement fonctionnelle dans sa formule actuelle, mais en plus injectaient-ils déjà suffisamment d'argent dans ce programme pour ne pas en dépenser davantage en travaux d'agrandissement.
Toujours est-il qu'il ne fallut donc pas longtemps pour que la petite troupe se retrouve devant les portes de ce qui devait être devenu en quelque sorte l'aile médicale - et les deux hommes qui en barraient le passage. Percevoir le claquement des bottes des soldats parut interrompre la discussion animée qu'ils étaient en train d'avoir. S'il n'en perçut pas toute la teneur, Malik Al-Aswad en avait entendu suffisamment pour savoir que ce n'était pas l'amour fou entre ces deux-là. Le plus âgé d'entre eux vint vers eux ; malgré sa cinquantaine bien dépassée à en juger par son cheveu d'un gris fermement enraciné, son port altier faisait en sorte qu'on ne doute pas de sa bonne santé. Les soudards s'écartèrent, se rangeant sur les côtés pour lui laisser l'accès à leurs « invités ».

Monsieur Al-Aswad, je suppose ? fit-il - malgré un effort notable pour paraître affable, la tension de son précédent échange ne s'était pas encore entièrement résorbée. Si le fait de l'avoir dans les pattes pour cette session le gênait en quoi que ce soit, il fut extrêmement capable pour ce qui est de ne pas le montrer. Maynard Rosenberg. C'est un honneur de vous avoir parmi nous.
Tout le plaisir est pour moi, répondit le grand ponte de l'industrie. En avançant la main pour serrer la sienne, il se figea un instant en constatant - non sans mal du fait de son réalisme épatant - qu'elle était artificielle.
Ah, je vois que vous avez l'oeil, fit Rosenberg en esquissant un sourire un peu plus franc, agitant ses doigts factices avec autant de légèreté que s'ils avaient été parfaitement naturels - une preuve supplémentaire de sophistication. Moi-même, il m'arrive de l'oublier, parfois. Ça fait tellement longtemps.
Impressionnant, fit Al-Aswad en souriant de concert, finissant par aller au bout de son geste malgré cette découverte inattendue. C'est vous qui l'avez conçue ?

Avoir d'avoir pu aller plus loin dans les mondanités, ils furent cependant dérangés par l'irruption du second individu - lequel les dépassa sans même un regard pour aller directement vers le jeune homme caché dans l'ombre d'Al-Aswad. S'il semblait considérablement plus jeune que le sieur Rosenberg dans son grand manteau noir, rasé de frais et avec ses cheveux blonds plaqués en arrière, il n'en évoluait pas moins dans cet environnement comme s'il y était parfaitement à sa place - avec une assurance de conquérant ; d'où l'air suffisant placardé sur son visage.

Voilà donc notre fameux candidat ? fit-il en se penchant légèrement pour le dévisager, sans perdre un seul instant son sourire au parfum d'arrogance. Son accent germanique semblait moins tenir de l'imperfection que d'une forme de fierté. Pour ne rien vous cacher, je vous imaginais plus impressionnant... Mais je suppose que l'habit ne fait pas le moine, n'est-ce pas ? Soyez assuré que nous tous ici avons grand hâte d'assister à votre démonstration. À son tour, il lui colla sa main sous le nez, ne prenant toutefois pas la peine d'en ôter le gant de cuir. Professeur... ? Vous êtes bien professeur, n'est-ce pas ?
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RogosSpectre du Dullahan | Modérateur
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Ven 7 Juil - 9:11
Rogos – ou plutôt Armand Cantor, son identité d'emprunt pour cette mission ô combien sensible – affichait une nervosité de circonstance. Contrairement à son employeur, il ne jouait la comédie qu'à moitié, sans doute moins même : la tâche qui lui échoyait lui avait fait retrouver ses racines, pour le meilleur comme pour le pire. Parmi le pire, il y avait ce qui s'apparentait au stress chronique qu'il avait autrefois ressenti en période d'examen ou en passant devant un jury chargé d'évaluer la qualité de son travail, de le juger. Non non non, ça n'allait pas du tout, c'était aux Spectres de juger les gens et non l'inverse ! Être enfermé pendant des heures avec Thanat... Malik Al-Aswad pendant que leur hélicoptère survolait les étendues constellées de cratères datant de l'âge atomique du Nouveau-Mexique n'avait fait qu'accentuer cet inconfort. Peu d’Étoiles Maléfiques pouvaient se targuer d'être restées aussi longtemps en présence du Dieu mais c'était-là un « honneur » qu'il laisserait bien volontiers à d'autres.

Et puis il y avait la base elle-même bien sûr. Ses longs couloirs mornes, aseptisés et tortueux, ses dispositifs de sécurité omniprésents dignes de Fort Knox et ses gardiens patibulaires... Tout pour le mettre à l'aise tandis qu'il suivait le multimilliardaire tel un ersatz de l'ombre impossiblement noire qui hantait Ses pas lorsqu'Il ne prenait pas la peine de dissimuler Sa véritable nature.

« Oui monsieur Al-Aswad. » répondit-il, laconique, alors qu'Il lui délivrait Ses instructions. Procéder comme il l'avait déjà fait... c'est à dire reproduire sa performance de la trois-cent quatre-vingt-sixième et ultime itération de l'expérience. Il avait passé une éternité dans sa tour, au point d'en perdre la notion du temps, à réviser sans cesse son protocole expérimental pour enfin livrer un produit fini à la hauteur des attentes du Faucheur. Une étincelle d'orgueil professionnel héritée de sa vie humaine déplorait les raccourcis auxquels il avait dû recourir pour parvenir à ce résultat. Il n'avait pas eu le choix : sans les empreintes cérébrales de ses camarades pour le guider ou l'assistance d'Oblivion et d'Andréa pour certains points critiques de ses manipulations, il aurait été bon pour doubler la longueur de sa série de tests... au minimum !

Enfin, l'homme d'affaires et son laquais se retrouvèrent face à ceux qui jugeraient des aptitudes scientifiques de ce dernier. Ils dégageaient tous deux une aura de calme et de compétence mais il semblait y avoir une sorte de distance entre eux, pour une raison que le Dullahan n'arrivait pas à saisir. En tout cas, l'instant était rare : le Spectre avait l'occasion de voir comment le Faucheur évoluait en compagnie de Sa moisson quand la faux restait accrochée au mur.

Son employeur échangea les amabilités d'usage avec le dénommé Rosenberg qui se montrait nettement plus plaisant que les gorilles auxquels ils avaient eu droit jusqu'ici. Le deuxième homme par contre ne prit pas part à ces salutations : il ignora superbement le multimilliardaire et aborda directement le français en blouse blanche, faisant fi des convenances. Le cavalier sans tête n'arrivait pas à savoir s'il devait se sentir flatté, intimidé, gêné ou offusqué de l'affront fait à son Seigneur – sans parler des autres provocations de l'inconnu.

Probablement un mélange des trois derniers mais ce fut la timidité qui l'emporta, à son grand regret et pour un certain nombre de raisons. « Cantor. Docteur seulement. » répondit-il en s'excusant... tout à fait honnêtement, puisque même son doctorat n'était qu'une imposture obtenue par le biais de Thanatos. Il n'aurait pas été surpris de voir la main tendue disparaître compte tenu du ton sur lequel la question avait été posée mais contre toute attente, le gant de cuir ne bougea pas.

« Ce n'est pas grave, que sont les titres après tout ? Tant de gens ne reçoivent pas la reconnaissance qu'ils méritent, surtout dans notre domaine... Et puis vous êtes peut-être encore un peu jeune pour recevoir ce genre de « distinction » de la part de ceux qui se disent vos pairs et vos supérieurs. »

La condescendance dans ces paroles était manifeste à plus d'un égard et n'était pas dirigée que vers Rogos – il allait de soi toutefois que son interlocuteur ne l'incluait pas dans cette catégorie des génies incompris dont il faisait mention. L'homme au manteau noir savait pertinemment qu'il n'observerait que le travail d'un simple docteur, c'étaient les excuses de l'intéressé qui provoquaient son amusement. Il y avait quelque chose de dérangeant chez lui ; Rogos mit fin à son hésitation et lui serra la main le plus brièvement possible.

« Manfred Feuerbach. » annonça l'arrogant individu, daignant enfin se présenter. Sans se départir de son sourire impassible, il se tourna ensuite vers Al-Aswad et le salua à son tour, sans chaleur ni bon mot. Une formalité dont il fallait s'acquitter entre gens civilisés, rien de plus.

Rosenberg, lui, se montra tout à fait correct. Poli mais ne laissant aucun doute quant à leurs positions respectives d'examinateur et d'examiné, ne cherchant pas à attaquer la crédibilité de son invité. Il se montra cependant bien moins tolérant concernant l'allemand :

« Herr Doktor Professor, si vous avez fini de rabaisser le docteur Cantor au sujet de son titre, lequel n'est évidemment dû qu'à son âge et à ses choix de carrière plutôt qu'à un quelconque manquement de sa part, je pense qu'il serait temps d'assister à cette démonstration. »

L'un des gardes actionna l'ouverture de la porte sur ces entrefaites. La réprimande parut glisser complètement sur Feuerbach, qui n'y accorda pas la moindre importance en s'engageant dans le couloir derrière les battants, précédant le reste du petit groupe. Le scientifique plus âgé reprit sa conversation avec le multimilliardaire sans rien afficher de son probable déplaisir.

« Pardonnez-moi pour cette interruption. Pour répondre à votre question, non, je n'en suis pas le concepteur, c'est l’œuvre d'un collègue. Mon domaine d'expertise se trouve ailleurs. Et puisque nous en sommes à discuter de nos petits secrets, je vous avoue ma grande curiosité quant aux circonstances de l'acquisition de votre matériel expérimental ; les rapports sur le sujet m'ont laissé sur ma faim. »

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